Questions contemporaines, p. 9o
intellectuels et sociaux sont étroitement solidaires : l'organisation de renseignement supérieur est un problème vital, dont la solution exerce des répercussions directes sur la foule. Même désintéressé — il faudrait dire : surtout désintéressé — cet enseignement agit. Sans une haute culture intellectuelle, représentée par des organes puissants et variés, il est impossible de créer une large éducation populaire. L'enseignement supérieur ne doit pas être utilitaire. Il faut « mettre (qu'on me permette cette forme paradoxale d'exprimer ma pensée) le pédantisme en honneur, combattre ainsi l'influence trop grande des femmes, des gens du monde, des Revues...; donner plus à la spécialité, à la science, à ce que les Allemands appellent le Fach, moins à la Httérature, au talent d'écrire et de parler* ». Et ailleurs : « Il est reconnu que nos écoles sont des foyers d'esprit démocratique peu réfléchi et d'une incrédulité portée vers une propagande populaire étourdie. C'est tout le contraire en Allemagne, où les universités sont des foyers d'esprit aristocratique, réactionnaire (comme nous disons) et presque féodal, des foyers de libre pensée, mais non de prosélytisme indiscret^. » Je souligne ces derniers mots, afin que l'on se pénètre bien de la véritable intention de l'écrivain, et qu'on ne soit pas effrayé par quelques mots qui dépassaient sans doute sa pensée. Donc spécialiser la science dans l'enseignement supérieur, la réserver à une élite