‹ La langue française d'aujourd'hui; évolution, problèmes actuelsChapitre 50 sur 58 · La réforme intellectuelle et morale, p. i · texte numérisé non relu

La réforme intellectuelle et morale, p. i

intellectuelle, et écarter le grand public : tel est le second article du programme. N'en concluons pas que Renan était hostile à l'instruction du peuple : nul plus que lui n'a été convaincu de la nécessité d'éduquer toutes les couches sociales de la nation. Mais ce rôle n'appartient ni aux Facultés, ni au Collège de France : il faut des corps spéciaux, tout autrement organisés, tels que nos Universités populaires.

Enfin Renan nous conseille de nous occuper un peu plus des choses de chez nous. C'est un phénomène bien curieux, mais très humain, que chaque science, à ses débuts, affectionne et recherche les phénomènes les plus lointains, les questions les plus difficiles. Les premiers linguistes s'attaquèrent à l'origine du langage, problème qui ne pourra être abordé avec quelque chance de succès que lorsque l'anthropologie, l'ethnographie et la philologie comparée des langues anciennes nous auront donné tous les résultats qu'on peut en attendre : ce sera le couronnement de la linguistique, ce ne pouvait en être le début, puisque, dans les sciences d'observation, l'esprit humain ne peut procéder, pour la découverte, que par l'analyse, en remontant du composé au simple. De même on a créé des chaires de grec, de latin, de sanscrit, bien avant de songer à étudier le français. En 1848, un Allemand, M. Hahn, constatait avec étonne-

ment que Tétude de notre langue était fort négligée chez nous. Aujourd'hui même, tous les examinateurs se plaignent de la faiblesse des épreuves de français, depuis le brevet élémentaire jusqu'à l'agrégation K Si nous prenons la moyenne des notes données à la licence es lettres, nous aboutirons à cette invraisemblable conclusion, que les candidats écrivent mieux en latin qu'en français : j'aime à croire toutefois que la sévérité du juge — sinon sa compétence — est plus grande à l'égard de la dissertation française. En 1871, Renan réclamait encore en vain une chaire pour le celtique, enseigné depuis longtemps en Allemagne 2.

Dans son discours de réception à l'Académie française, Renan nous a rappelé comment Claude Rernard, qui le premier appliqua la méthode expérimentale aux sciences naturelles, concevait son extension beaucoup plus loin, jusqu'aux sciences dites morales. La philologie ne saurait procéder autrement.

Un des premiers, Renan a montré comment la science grammaticale devait, à l'instar des sciences naturelles, partir de l'observation des faits pour établir les lois, au lieu de prétendre, comme les grammairiens de l'ancienne école, plier les phénomènes à des règles a priori, plus ou moins artificielles, et

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