‹ La langue française dans l'Ontario [microforme]Chapitre 4 sur 7 · LE PRÉSENT · texte numérisé non relu

LE PRÉSENT

Messieurs, ce qui précède suffit sans doute à vous faire concevoir l'importance de la question française dans Ontario. Cette question se pose ainsi: «Les milliers de Canadiens français établis dans l'Ontario conserveront-ils, oui ou non, leur langue française ?» Quelques compatriotes clairvoyants se posaient cette question il y a deux ans, et ils se disaient que, vu es circonstances où se trouvent les Canadiens d'Ontario, deux choses, entre autres, étaient nécessaires à la conservation de leur langue. La première: un patriolisme éclairé, vigilant et militant. La seconde : des maisons d'éducation où l'on enseignerait suffisamment le français et où l’on formerait une mentalité canadienne-française. Or, jetant un coup d'œil sur la province, nos penseurs durent s'avouer que l'une et l'autre de ces conditions essentielles de survivance faisaient grandement défaut.

Le patriotisme de nos compatriotes n'était pas mort, certes, mais il n'était que trop profondément endormi. Préoccupés de procurer l'établissement de leurs nombreuses familles, ignorants des dangers que couraient leur langue et leur nationalité, peu instruits de leur nombre et de leur force, les Canadiens français se contentaient de remplir leurs obligations journalières de bons pères de famille, sans regarder ni plus loin, ni plus haut. De plus, sous l'influence de l'’utilitarisme ambiant, ils se figuraient bien à tort qu'ils assureraient un avenir plus prospère à leurs enfants par une éducation anglaise outrancière. Cependant, les ennemis de notre langue, eux, ne dormaient point. Tant s'en faut. Ils se servaient activement, mais sournoisement, de leurs armes préférées : l'astuce, la calomnie, le mensonge.

Et les écoles! Des localités comme la ville d'Ottawa, une bonne partie des comtés de Prescott et de Russell, quelques endroits du Nouvel-Ontario, en possédaient d'assez satisfaisantes au point de vue français. Mais, dans le reste de la province, les écoles étaient plutôt anglicisantes. Tantôt l'enseignement du français en était complètement banni, tantôt il y était insuffisant.

L'avenir était donc peu rassurant, Le mal constalé, il fallait trouver le remède. En habiles sociologues, nos quelques braves reconnurent qu'il ne pouvait s’en trouver d'autre que l'organisation d'un grand congrès de tous les Canadiens d'Ontario. Idée

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vraiment providentielle qui marque une époque des plus importantes de l'histoire des Canadiens français dans l'Ontario.

Bientôt après, dans une réunion publique, ils étaient constitués en Comité d'organisation et se mettaient résolument à l'œuvre. Pendant une année que dura la préparation du Congrès, Dieu seul sait combien de jours et de nuits ils consacrèrent, par pur dévouement, à des travaux pénibles, souvent ingrats....

Par des lettres privées, par des circulaires, par des articles de journaux, et par des conférences, ils s'eflorcèrent de réveiller le patriotisme de leurs concitoyens. Ces nobles efforts furent couronnés d'un succès vraiment inespéré. Au jour fixé, le 18 janvier 1910, plus de 1200 délégués remplissaient la Salle du Monument National, à Ottawa. Ils venaient de toutes les parties de la province, jusque de Kénora, sur les confins du Manitoba, Les régions lointaines de l'Essex, de Kent, etc., en avaient envoyé près de 100, pour leur part.

Le nombre des délégués était admirable, leurs dispositions l'étaient encore davantage. Ah! Messieurs, quel beau et réconfortant spectacle que ce Congrès! Vous, qui n'y avez pas assisté, j'ose vous dire qu'il manque quelque chose à votre idéal du patriotisme...Et je ne vois pour vous qu'un moyen de combler en partie cette lacune, c'est de vous procurer le volume-souvenir de ce Congrès.

Je tiens à dire que ce patriotisme était bien français et bien catholique: de nombreux actes le prouvèrent.

Le Congrès s'occupa avec beaucoup de compétence des questions les plus vitales, et spécialement de la question de l'éducation. Il révéla aux Canadiens français leur nombre, leurs besoins, leurs forces, et traça d'efficaces programmes d'action. Puis, il fonda de toutes pièces une Association chargée de mettreces programmes à exécution, et de veiller aux intérêts des Canadiens français d'Ontario, surtout en matière d'éducation.

Cette association, dite « Association d'Éducation des Canadiens français d'Ontario » n'est pas restée inactive. Ses démarches auprès du Gouvernement provincial ont reçu un bon accueil, et les assurances données sont de bon augure. L'influence salutaire de l'Association s'est manifestée dans beaucoup d'autres circonstances importantes. Le meilleure preuve de sa vitalité et de sa force, c'est la guerre rageuse que ses ennemis lui ont déclarée. N'allez pas croire un instant que c'est elle qui a occasionné cette

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levée de boucliers. Non, l'Association a tout simplement forcé les ennemis à livrer au grand jour la guerre qu'ils faisaient depuis longtemps dans les ténèbres. Or; à cela, nous gagnons beaucoup, car le Canadien n'est pas habile aux luttes sournoises. Chevaleresque et franc, autant que français, il ne frappe qu'en face et à la lumière du soleil; il discute, il riposte, mais ne fait jamais profession de mentir.

Tels sont la génèse, l'évolution et l'état actuel de la question de la langue française dans l'Ontario.

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