‹ La langue française en Canada [microforme]Chapitre 12 sur 14 · ADA · texte numérisé non relu

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Guillaume. Il n'y a pas plus de deux ans qu'une chaire a été créée dans une grande université spécialement pour l'étude de la languc et de la littérature galloise.

On voit qu'on n'a pas, au centre de l'empire, de préjugés contre les langues étrangères.

A Jersey, qui appartient à l'Angleterre depuis la conquête, la législature a refusé de recevoir une requête parce qu'elle était écrite en anglais.

1} y aurait une jolie scène, si Ja législature de Québec en faisait autant, et pourtant, comme proportion de population, notre province est aussi française que peut l'être l'île de Jersey,

À l'île Mauriwé on continue encore 4 parle français, quoique la colonie soit passée sous le régime anglais depuis #vixante-ct-dix ans Et nous pourrions citer une foule d’autres colonies qui sont dans lo même cas, et où la domination politique n'a pas fait disparaître le dialecte indigène,

A Londres même, des avocats français ont souvent plaidé dans leur propre langue, et il y à quelques semaines à peine, que M. Renan était appelé à donner une série de conférences devant un auditoire presque entièrement

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composé de ministres des différentes sectes qui se disputent les âraes anglo-saxonnes, Tous ne comprenaient pas, sans doute, mais tous voulaient en avoir l'air.

Et si nous passons en Amérique, de que] droit veut-on nous conseiller d'échanger le français contre l'anglais, sous prétexte que. celui-ci est le plus répandu ? D'abord, il n’est pas plus répandu. On le parle, il est vrai, dans les Etats-Unis, à part le Texas et la Louisiane, et dans le Canada, à part Québec. Cela donne un chiffre d'environ quarante millions. La | population parlant espagnol et portugais, au Texas, au Mexique, dans les Antilles et dans l'Amérique du Sud, dépasse certainement cinquante millions. Si ce n’était qu'une question

, de chiffre, nous devrions donc apprendre l’espagnol,

Au Etats-Unis même, il y a une tendance à concéder aux minorités non-anglaises l’usage officiel de leur langue. L’espagnol au Texas et le français à la Louisiane ont été reconnus depuis longtemps. Maintenant, les Allemands à l'ouest réclament le mêine droit ainsi que les Canadiens-français de ln Nouvelle-Angleterre, et ils vont très-probablement l'obtenir,

Il en est de même à Manitoba, pour-les co-

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lonies mennonites, où l'allemand est enseigné dans les écoles établies par le gouvernement, et où on a pris la peine de faire traduire et publier en allemand plusieurs lois et documents officicls.

C'est un préjugé de croire que la pratique du français nous empêche d'apprendre l’anglais ; tout le monde peut en avoirla preuve, Nous éprouvons chaque jour la nécessité de nous familiraiser avec la langue du commerce par excellence, mais nous ne gagnerons rien à oublier ou renier la langue qui est par excellence celle de la littérature et de la conversation,

Un homme qui sait plusieurs langues vit d'autant. Il a des manières de penser, des nuances d'idées, des tournures d'expressions, une justesse de perception qu'il n’aur:tt pas

‘s'il ne savait qu’une langue, Son fonds d'i-

dées est augmenté de tous les mots qui ne peuvent pas être traduits, etil y en a beaucoup. y

Non seulement la langue française ne disparaîtra pas, mais elle s'affirme chaque jour davantage. Dans quelques comtés de l'Ouest, dans la région de l’'Ottawa, dans les cantons de l'Est, dans nos villes, elle gagne énormément de terrain, et le prochain recensement

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le démontrera. Ce n’est certainement pas le temps pour nous de la jeter aux orties comme une institution désormais inutile ou embarrassante.

Au contraire, c’est notre sentiment, notre désir, notre tendance, notre devoir de favoriser ses progrès ct de la placer sur un piédestal assez élevé et assez solide pour que ses ennemis ne puissent prévaloir contre elle, et que les gens intelligents la trouvent digne de leur respect.”

Dans un récit de voyage publié par la Revue des Deux-Mondes, où il est parlé du Bas-Canada et des Canadiens-français uniquement, on rencontre, dans un seul petit chapitre de six pages, les mots suivants qui sy trouvent süns commentaire ni traduction :

Settlement, french colonists, gentry, nobility, grey nuns, lumberer, comforter, raft, Eastern

.Townships, Red-River, Ship's stores...

Pourquoi l'écrivain ne se sert-il point des mots français correspondant, et dont nous faisons usage ? Evidemment pour produire

. plus d'effet. Il appartient à une certaine

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littérature à la mode Cu jour qui s'exerce à saisir la “couleur loca'e” sur le vif. Et voilà comment ce baragouinago français.

anglais cadre si agréablement avec son texte. Nouvelle manière de nous défigurer.

La langue anglaise ne s'est point emparé de nous, Nous sommes cependant un peu entamés par elle, mais Paris même est moins que toute autre ville en droit de nous reprocher quelques anglicismes qui se sont faufilés au Palais et dans les discours des élections. Ouvrons les journaux de la grande capitale ; leurs articles sont lardés de mots anglais, et de mots comme ceux-ci, par exemple, —prenons au hasard : Waïter, Eating-house, Police, News, Suweetheart, Car, Square, Mutton Chops, Hand-Book, Match, Boating, Post Stamps, Winner, Blue Books et Yellow-Books, (documents officiels dos Chambres), Fare,

Ticket, Velvet…..ete.Les parisiens font usage de six cents mots anglais dont les équivalents en langue française sont connus de tout le monde, et ont plus de grâce que les mots anglais. Nous n'en sommes pas encore là.

Dieu merci |

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L'anglais nous menace plus que le peuple de Paris : il est à nos portes et même parmi nous. [Il peut mettre séricusement en péril la languo française au Canada. La manie de parler anglais, ou mème d'introduire des anglicismes dans le langage ordinaire est condamnable au premier chef. La plaie existe, elle s'agrandit, et deviendra incurable, si une salutaire réaction n'est pas produite avant longtemps par les hommes jaloux de l'honneur de notre race et des souvenirs que 1a langue française porte avec elle duns ce pays fondé par nos ancêtres. A aucun titre un Canadien-français ne doit abandonner sa langue elle a conquis assez de gloire pour qu'un

pareil héritage ne soit pas laissé an bord du

chemin.

La pepulation française de la province de Québec dépasse un million d'âmes et se trouve située d'une manière à ne pas craindre l'envahisement de l'anglais, mais l’autre million, qui est dans Ontario et la Nouvelle-Angieterre est peut-être aventuré sous ce rapport.

Ceux qui délaissent le français sos le

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futile prétexte que pour le bien connaître il faut du travail, se dénoncent par lo fait même comme incapables de rien entreprendre de sérieux.

Sion objecte qu'il est plus facile de se rendre l'anglais familier, on commet encore une erreur, JL'anglais que l’on apprend, 8oidisant, est une pauvre langue, Il est constant que presque personne ne se donne la peine de l’étudier : à l'heure qu'il est, l’on n'acquiert proprement ni l’une ni l’autre langue, Telle est la vérité, ayons le courage de la dire. Quand l'ignorance et l’apathie nous font négliger les ressources qui nous sont propres (notre langue) il n’est guère probable que nous exploitions celles des autres,

A l'heure qu'il cst, dans 'es vil'es surtout, il ya une fou'e de personnes qui ‘ parlent

les deux langues ” et quine connaissent ni l’une ni l'autre. Cela va de soi. On n’est pas blâmable de savoir se tirer d'affaire selon le besoin — mais c'est autr: chose Icrsqu’un Canadien renonce à sa langue “ trop difficile

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