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assez frappante, est bâsée presqu'en entier
sur les trois arguments soutenus, cinquante
ans plus tôt, par M. de Lotbinière. L'adresse
fut adoptée, les délibérations continuèrent U +
dans les deux langues, et quatre ans plus tard, te L !
en 1848, un acte impérial abrogeait la malenmd
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contreuse section de l'acte d'Union de 1840. Le même acte (1848) donnait au parlement canadien toute liberté d'établir à cet égard les règlements qu'il jugeruit les plus convenables.” L'Acte Fédéral de 1867 à maintenu cet état de choses.
Il ya un mot dont personne ne semble comprendre le sèns—c'est ‘‘patois”. On l’emploie pour signifier une foule de chosss qui devraient s'exprimer autrement.
Bescherelle le définit : ‘ Le langage du peuple et des paysans, particulier à chaque province. Les patois sont les vestiges, les restes plus ou moins altérés des idiomes primitifs qui ont concouru à la formation d'une langue. Chaque province a son patois : le patois bourguignon, gascon, etc.
‘“ Se dit quelques fois des étrangers dont on n'entend point la langue :
—J'ai dîné avec des Allemands, mais ils
ont toujours parlé en leur patois, je n'ai pu rivn comprendre.
LA LANGUE FRANÇAISE EN CANADA 31 een me Ces dernières paroles sont communément dans la bouche des gens de langue anglaise, lesquels ne comprenant pas le français, ou n'‘n ayant qu'une connaissance assez vague,
nous accusent de faire usage d’un patois.
En ce qui concerne les Français, ceux-ci
relèguent dans la catégorie des patois tous les mots de la langue littéraire du XVIIe siècle qu’ils ont perdus mais que nous avons
conservés.
On ne parle aucun patois en Canada. Cha-
cun des mots dont nous nous servons se retrouve dans le dictionnaire de l’Académie : nous n'avons ni l'accent parisien ni l'accent incompréhensible de la plupart des provinces de France : nous parlons franc, comme c’est la coutume en France dans la bonne compa-
gnie et sur la grande scène française. Inutile
de dire que tous les paysans canadiens ne sont pas *ersés dans les finesses du beau langage,
pas plus que ne le sont les paysans de l'Europe, et sur ce point encore, nous ne craignons point la comparaison |!
Pourquoi n’ayons-nous pas de mots de patois ?
Dans les premiers temps (XVILe siècle), l'influence des directeurs et directrices de nos institutions publiques a été décisive. Ecoles, hôpitaux, séminaires, cures, avaient à leur tête des hommes et des femmes très-instruits, venant de toutes les parties de la France et qui, en très peu de temps, eurent fondu les accents de leurs administrés en un seul corps où domina, nécessairement, le normand, mais où l’accent des bords de la Loire, prit aussi une belle part, Ces professeurs, ces prêtres, apprenaient aux petits Canadiens à bien parler, à bien prononcer, à bien saisir le génie de la langue française. Quelles conditions plus favorables peut-on exiger pour atteindre à l’uniformité et à l'exactitude du langage chez le peuple ?
Mais, dira-t-on, prétendez-vous que le Canada présente la merveille de l’üniformité du langage et de l'accent ? Sans doute ! Rien de plus facile que de le constater. De Gaspé à Prescott, il ne varie pas, et, ce qui est au moins aussi Curieux, c’est que, à l’ouest de la province d'Ontario, dans le comté d’Essex, par
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exemple, où nos gens sont si nombreux, le langage est le même que sur les rives du Saint- Laurent et de l’Ottawa. Il est le même dans les Etats-Unis, partout où nous nous sommes répandus.
Comment expliquer un fait en apparence si étrange ! Tout naturellement. Il remonte aux débuts de la colonie ; il suit ses développements et son histoire.
C’est le groupe normand qui est arrivé le premier. Les percherons suivirent de près et plus nombreux. Entre eux, il n’y 2 pas de différence bien notable, On connait, par l'histoire de Frunce, que le normand est absorbant. Il a dû s'imposersansretard. Lorsque d’autres provinces françaises nous ont envoyé, à leur tour, des familles, la place était prise quant à l'accent ; le langage ne s’est modifié que sous le rapport des termes, des locutions et cela pour enrichir le fond normand.
Nous avons l’uniformité et la pureté du langage populaire. L'habitant parle comme l'artisan, avec cette différence en sa faveur,
qu’il s'est tenu à l'écart des anglicismes.
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Les jeunes gens de la campagne, dès qu'ils viennent en contact avec des personnes instruites, modifient leur langage, en mettant de côté les quelques locutions nurement locales, ou autres, qui contrastent avec les exigences de la langue étudiée. Ilen coûterait peu d'exploiter ces éléments ; ce ne sont pas tous les peuples qui peuvent recruter ainsi du haut en bas de l'échelle sociale.
Depuis vingt ans il nous arrive des immigrants français, la plupart ertisans. Avant cela nous avious été cinq bons quarts de siècle avant d'en voir aucun’ Plus d’une fois on nous a arrêté, dans la rue, pour interprêter des Français nouvellement arrivés ici. Nos gens ne les comprenaient qu’à moitié. Un maçon déclarait avec emphase qu'il parlait “ francé ” que les Canadiens ne le pouvaient comprendre, que c'était déplorable, etc. Il n'avait pas dit une phrase dans son patois que nous nous trouvions interloqué à notre tour. Au milieu do termes français, des expressions qui ne sont pas dans le dictionnaire se heurtaient, s'emboitaient bout à bout et
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nous faisaient songer à ces mots de deux ou trois lignes que les Anglais écrivent vour exprimer toute une phrase en langue sauvage, Nos gens ‘‘ télescopent ” un peu leurs mots, mais ils ne poussent jamais l’élision aussi loin, et du reste ils n'ont pas à leur service cet accent mâchonné, ni toutes ces tournures étranges, Il en résultait qu'ils ne comprenaient pas le maçon. Ce qui nous amusa infinement, c’est que celui-ci comprenait les Canadiens-français tout en s’écriant qu'iis ne parlaient pas françuis !
Le préjugé joue dans ce monde un rûle
éncrme. La plupart des ‘“ Français de Fran-
ce ” qui nous visitent, entendant des sons qui rappellent la Normandie, concluent, sans examen, comme M. Duvergicr de Hauranne, que nous parlons ‘ un jargon normand qui a gardé tout l'accent du terroir.”
Le mot ‘“ jargon ” dépasse la mesure, Nous n'avons ni Breton bretonnant, ni Gascon gasconnant, ni grasseyeurs, ni chanteurs.
Cet aecent du terroir normand dont parle M. Duvergier, se réduit à fort peu de chose,
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Il n'en est pas moins vruique celui qui règne ici est plus rapproché du normand que de tout autre. :
Après, vient celui du Poitou et du pays de Chartres. ;
Il faut se rappeler que notre principal gronpe n’est pas originaire de la Normandie.
L’'Anjou, la Touraine, la Saintonge, le Poitou, l’Angoumois, le pays de la Rochelle nous ont Acnné la masse de nos fondateurs de famille.
Nous sommes sortis en grand nombre des Charentes. Au nord et à l’ouest, la Picardie, la Normandie,le Perche ont contribué par un
fort coniingent. En second lieu, le Maine les environs de Paris sont à citer.
Nous n'avons rien qui ressemble au langa- | ge des Jerseyais, Les Acadiens ont un accent à eux. Nous
0 n’avons point de parenté avec cette autre colonie française.
“ Plus de vingt auteurs ont affirmé, les uns après les autres, écrit M. Blain de Saint-Aubin, que Jes Canadiens parlent le patois normand. Je connais très-bien ce patois, que L
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l'on parle aussi dans les environs de Rennes, en Bretagne (où je suis né) et jusqu’au bord de la mer, c'est-à-dire jusqu’à Saint-Mâlo et Brieux, et je puis vous garantir ju’il est beaucoup plus patois, c'est-à-dire plus incorrect que le langage des ‘‘ habitants” canadiens les plus illettrés. En voulez-vous une preuve ? | “ Va cri mon coute que j'ai laissé sur la à hêche au bas du clos.” ‘* Huche le monde dans la prée et sorte leu s'y un pichet de piot.” Cela veut dire :
‘6 Va chercher mon couteau que j'ai laissé sur la barrière au bout du chamz.” “ Appelle les hommes qui travaillent dans la prairie et porte leur un pot de cidre.” “ Je remarque, pourtant,un mot usité dans le Bas-Canada, c'est ‘‘ cri,” voulant dire ‘t aller chercher ” par corruption du verbe ‘ quérir,” mais cette locution est employée dans plusieurs parties de la France, Des rapprochements plus nombreux démontreraient que vous n'êtes pas originaires de la Bretagne mais de Normandie.”
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Nous ajouterons que les Canadiens mêlent volontiers champs, clos, prairies ; qu'ils disent aussi ‘‘ le monde ” pour les hommes, les gens; huche pour appelle (peu fréquent) mais qu'iis ne connaissent ni coute, ni pichet, ni piot.
Pichet est un vieux’ mot français dont les Anglais ont fait pitcher M. Francisque Michel £ 3: 1 posé la tâche de parler du ‘‘ patois canadien ” devait l'Institut de France. Ce qu’il a inventé de faussetés et de ridicules pour nous peindre est incroyable, mais le pauvre homme se dénonce lui-même bien naïvement en disant qu'il a conversé avec les gens qui pouvaient le moins l'instruire : un cocher, un ouvrier, un journalier, un épicier. Si nous * 18 ju- . ger de la langue française par celle: «uple de Paris ou des campagnes, en ayant : » 4 de ne consülter que ces classes, on se moquerait de nous et à bon droit. Le cocher de M.
Michel avait beau écardir son cheval, le pouriou n'était plus véloce. Un Canadien lui a dit : ‘“M'sieu, j'entends pas l’anr'ois.” Quel accent a donc M. Michel qu'on a ;« le prendre pour un anglois ?
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La rage de donner du nouveau aux lecteurs ; pousse les écrivains jusqu'aux dernières limites : de l'invention. Voici, par exemple, un journa- | liste (du Figaro) qui veut qualifier la con-
| duite de ces députés dont les idées politiques à sont toujours un sujet de mystère, à cause du ; soin qu'ils prennent de n'être ni avec l’oppo-
sition, ni avec le ministère, ni avec les indé- R pendants—ni chair ni poisson, députés flottants, en deux mots, “Ce sont des marieux,
selon le terme dont se servent les Canadiens dans leur patois, pour qualifier ces sortes de personnages.”
Dix france de récompense à celui ou celle a ti qui ont entendu ce mot sortir de la bouche | d'un Canadien ! |
M. Kawalski prétend avoir entendu dire à une québecquoise : ‘“ Voilà ma flotte qui dévale,'—ce qui signifierait : ‘ Ma famille passe.” Ce pianiste a tellement mal compris ce qu'il a vu qu'il ne dit jamais rien selon la vérité ou le bon sens. Par exemple, il raconte que les Canadiens chantaient la Marseillaise duns un concert pour faire fâcher les Anglais.
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Il ne sait pas que jamais ces couplets ne | sout chantés que sur la demande expresse des Anglais qui en raftolent. Quant à nous, !a Marseillaise nous est bien indifférente !
M. Ampère visita, il y a quarante cinq ans,