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Il n’est pas parisien parce que,dans le sens qu’on attache à ce mot, nous n’en voulons pas. Il rappelle le normand—pourtant il n’a pas le côté désagréable du normand.
Qu'est-il donc ?
Il est canadien.
On accorde que les provinces de l’ancienne France avaient et ont encore chacune son accent. Nous refuserait-on d’avoir créé un accent nous aussi—dans cette province du Canada qui est un démembrement de l’ancicaane France et qui n'a rien emprunté aux variations du langage français depuis un siècle et demi au moins ?
Pourquoi ne dirions-nous pas notre accent puisque des étrangers, qui ne savent ni le français moderne ni surtout le vieux français, parlent du patois canadien sans savoir ce que c'est qu'un patois ?
Un de nos amis qui a beaucoup voyagé, nous disait : “Savez-vous en quel lieu on-parle le meilleur français ? Je vais vous le dife- Chaque proviate de la France prétend avoir droit à | pfimo. Paris, qui n’a pas qu’un lan-
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gage, mais qui en a cent, ne veut pas souffrir de rivalité. Les Suisses sont très fiers de parler le plus pur français du monde. Leur prétention est cependant contrebalancée par les Belges qui se piquent d’avoir atteint la perfection en ce genre. Dans l'Amérique du Snd, la colonie importante de la Plata n'entend aucunement qu'on l’accuse de faiblesse sous ce rapport—et voiià le Canada quientre aussi en lice ! Comment nous démêler dans tout cela !”
Eh ! bravo ! cela montre au moins que la famille française est grande. Quant au procès, qu'il aille, sans être vidé, jusqu’à la fin des temps, et ce sera superbe : nous tâcherons de nous surpasser les uns les autres dans la connaissance et la pratique de la langue, ce qui
nous permertrs de nous corriger, Car nous avons des défauts.
Le dernier Français avec isquel nous avons 4 conversé. et qui est né à la Kochells, pense Le reconnaître ici comme accent dominant celui de l’Aunis et du Poitou.
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Il aurait raison si la Normandie n'avait pas existée, car, selon toute apparence, le normand domine encore plus ici que l'accent des
Charentes.
Nous avons notre accent. Il s'agirait de
le décomposer pour y ressaisir les bribes de quatre ou cinq accents d'autrefois. Nous n’avons pas cette prétention. Le monde est rempli de savants qui font métier de ces sortes
d’études,
On a nié jusqu'à notre force physique ! On__-
peut nier n'importe quoi, mais qu'est-ce que “la prouve ? |
Ne sait-on pas que, depuis un siècle, notre rôle consiste à répondre à des accusations gratuites ? Un de nos publicistes l’a dit : nous devons avoir raison deux foiset le prouver quatre fois—et encore cela ne suffit pas toujours.
Que n'a-t-on pas inventé pour nous reléguer au rang de race inférieure.
Longtemps après la conquête, on voulait fuire croire pour nous nuire, que nous cherchions à rappeler le gouvernement français.
C'était faux, Dieu merci !
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- travers le pays. On juge mal ce que l’on voit
Ensuite est venu le reproche de ne pas comprendre les institutions britanniques. Nous avons prouvé à qui l'a voulu (et même à ceux quine le voulaient pas), que nous savions
nous en servir mieux que les Anglais du Canada.
Puis on a prétendu que nous étions dépourvus d'instruction. En réponse nous avons
démontré de combien nous dominions nos voisins sous ce rapport.
On nous vppose quelques écrivains instruits, des gens respectables qui ont dit ceci et cela de nous.
—Messieurs, vous n'avez fait que passer à
si peu. Erreur n’est pas compte.
Nous avons notre accent. Il est clair et net, Il n’est pas expressif—c'est son défaut, Nous " parlons dolemment, même lorsque nous rLous animons. Ceci est surtout remarquable à la campagne. Les mots subissent trop une même et unique note dans notre bouche. C’est ce 0 dont il faudrait nous défaire si nous entrions ni sur la grande scène mare ou si nous nous x
mettions à soigner notre langage—ce qui est fort désirable. Dans tous les pays du monde, le peuple, du haut en bas de l’échelle, est d’une négligence notable à l'égard de sa langue. Nous ne sommes pas pires que les sutres. Le grand théâtre, à Paris, sert de modèle pour le langage parlé, Y admet-on les accents de province ? Jamais. Un acteur qui a ‘“ un accent ” est forcé de l’abandonner pour apprendre à parler franc. Ni les fantaisies des langues parisiennes, ni les capricieuses prononciations du midi, du nord, de l'est ou de l’ouest, n’y sont tolérées. Et quand l’acteur a dépouillé le vieil homme, quand on lui ouvre la scène, il est étonnant combien son accent se rapproche du nôtre. Ceci est tellement vrai que les Canadiens sont compris sans le moindre embarras dans tous les pays du monde où l'on parle français et dans toutes les parties de la France où un acteur françris peut être compris, ce qui n'arrive pas partout, on le sait.
Ceci ne veut pas dire que chacun de nous possède sa langue à la perfection. Entre
l’homme de l’art et le premier venu, il ya une distance. Il n'existe aucune nation chez laquelle toutes les classes parlent correctement.
Mais où a-t-on vu un Français qui nése soit pas trouvé à l’aise en nous entendant parler ? C’est exactement comme au théâtre. En dehors de l'élément Canadien. si ce même Français passe d'un groupe à un autre, dans n'importe quelle partie du monde, combien de fois sera-t-il mis à quia par des Français ? Plus souvent qu'il ne le voudrait !
Pourquoi ne répondrions-nous pas à cette remarque si fréquente dans la bouche des Anglais : ‘ Les Canadiens n’ont pas l'accent parisien.” Cela signifie-t-il que nous parlions
moins bien qu’en France.
Non ! nous n'avons pas l'accent parisien et c'est tant mieux !
Dans Paris, cette grande caBitale qui fait, à juste titre, l'admiration du monde, il s’en faut que tout soit adiuirable, Le peuple s'y est composé un argot ; les ignorants s’y exercent à psalmodier des bouts de phrases, sans penser à les finir. Est-ce là du français ? Est-ce
franc ? Est-ce intelligible, comme le veut le
français de bonne veine ?
À Paris, l'horreur de l’accent a fait naître
un chantonnement que ni la tribune, ni la bonne conversation, ni le théâtre ne veulent subir. Faut-il nous blâmer de ne pas donner . dans cette musique ?
Citons encore M, James Roy :
“ Ce n'est pas le français du Canada qui a changé ou dégénéré ; c’est plutôt le français de Paris qui, pressé par l'influence croissante de l'accent des basses classes depuis la révolution de 1789, a abandonné sa vieille prononciation pour en adopter une qui est encore plus éloignée de celle du Canada que des sources du latin mérovingien et du latin des soldats de César. Les sons du vieux langage étaient même devenus étrangers à Paris et à Versailles dès la fin du dix-septième siècle
&même, mais les habitants de Rouen et de Falaise (pays des Canadiens, les avaient conservés.
“ Au point de vue philologique, le français du Canada est donc plus pur que celz. de Puris. Tant par des expressions comparées que par la prononciation, on peut voir que le français du Canada n'est pas une corrup-
tion de celui de Paris. Si l'idiome canadien n'est pas toujours grammatical, c’est plutôt à cause d’un changement d'opinion survenu chez les grammairiens de France que par suite d'altérations produites au Canada.”
La parenté, la filiation directe de notre langage est établie par ce raisonnement et par mille preuves faciles à obtenir. S'en suitil que nous parlions tout à fait comme les Normands ? Non, L'accent du nord de la France se reconnait chez nous instantanément, mais nous nous exprimons avec plus de
pureté que nos pareuts de là-bas, Un reproche assez singulier nous a été fait.
Il s’agit, par exemple, de prononcer les mots soir, chat. Avec ces deux syllabes on prétend nous confondre, nous convaincre du crime d'ignorance en fait de langage.
Nous prononçons souere, tel qu'on l’écrivait en notre temps et tel que Molière le pronongçait devant Louis XIV. Les novateurs ouvrent la bouche toute grande pour lâcher ce mot et ils le font partir du gosier : souar. Le son que l’on produit de cette manière est empoulé et s’écarte du français.
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Le chat est autrement sérieux ! Un Canudien prononce chat. Ici apparait le Normand. Mais hâtons-nous de dire qne l’â circonflexe n'est pas toujours employé par nous hors de propos. La moindre attention y remédierait chez les gens instruits.
Un Canadien dira : “ malgré sa cabale, il ne gâgne rien.” ‘“‘Gageons qu'il pâlira.” ‘ Je suis Canadien.”
Dans les mots cabale, gageons, C'anadien, il donne à la lettre a le son voulu, Dans le mot gagne, il le change à tort et prononce aw-:
Puis, dans le mo* pälira, il a le soin de conserver ce dernier son (l'âcirconflexe) qui est en effet nécessaire. Nous pourrions citer. des centaines d'exemples semblables qui font voir que, en cela comme sur tout le reste, il n’y a pas de règle générale dans notre langage.
Un peu d'attention, sur les bancs du collège, corrigerait ces défectuosités.
Les gens instruits, une fois dressés à se surveiller quand ils parlent répandraient vite
une bonne prononciation autour d'eux, et,
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graduellement, tout le peuple s'en ressentirait.
Nous avons le ton dolent, un peu mort, de certaines contrées de la France. Il est diffici- . le de dire si notre peuple s’en débarrassera jamais. Quelqu'un a émis l'opinion qu'il nous venait des Algonquins, mais c'est oublier notre histoire puisque nous avons toujours.
vécus en dehors du contact de ces sauvages, lesquels, d’ailleurs, n'étaient plus qu’une poignéeinsignifiante de nomades dès l’année 1650, Quant aux Iroquois ils n'étaient pas sur les territoires canadiens. C’est de France que vient ce recto tono, cette monotonie du langage de nos campagnes,
Nous ne mettons pas dans l'expression de la phrase cette chaleur, cette vie, ce mouvement qui caractérisent le français des habitants des villes de France car “leurs paysans n'ont aucun feu. Un Canadien est tellement habitué à prononcer tous les mots sur la même note que lors même qu'il raconte une conversation supposée ou qu'il la répète aprés l'avoir entendue, c'est à peine si l'auditeur reut sui-
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