DE L'USAGE PRATIQUE
(Article de M. Littré dans le Journal des Débats du 13 mai 1865.)
Un homme qui s’est occupé de plus d'un sujet philosophique et qui vient de marquer sa trace dans l’étude toujours ardue des Évangiles, remet sur le tapis {on verra plus bas à quelle fin) la question, souvent débattue |entre les érudits, de la prononciation du grec ancien. On sait que les nations littéraires de l'Occident, chez qui le grec fait plus ou moins partie de l’éducation classique, le prononcent chacune suivant le son qu'elle attribue aux consonnes, aux voyelles, aux diphthongues, sans compter que chacune aussi accentue le mot suivant les règles d'accentuation qui lui sont propres. Comme très certainement le grec n'a pas été fait pour être prononcé à la française, à l'italienne, à l’allemande, à l'anglaise, à l’espagnole, il est clair que toutes ces prononciations sont vicieuses, ce n'est pas assez dire, détestables. Mais elles se recommandent par leur commodité; elles n’obligent à aucun exercice, à aucun effort, puisqu elles ne sont que la prononciation de la langue nationale appliquée au grec ancien ; dans les classes, elles font que les dictées sont saisies facilement par l'oreille de l’écolier et reproduites avec peu de fautes.
l'Occident s’est applaudi tout d’abord. S'il est fils politique de Rome, il est fils intellectuel de la Grèce. 11 avait l'Italie, la
Grèce lui manquait.