‹ La langue grecque [microform]. Mémoires & notices, 1864-1884Chapitre 6 sur 19 · PAR M. ROBERT BLACKIE · texte numérisé non relu

PAR M. ROBERT BLACKIE

professeur de grec à l'Université d'Edimbourg.

À l'édileur du Times.

Édimbourg, 18 janvier 1865.

Monsieur,

Je suis heureux de voir que dans vos colonnes un professeur de grec (1) a abordé la question de la prononciation grecque. Vous permettrez à un professeur écossais de cette noble langue de dire aussi un mot sur ce même sujet.

Votre correspondant se trompe lorsqu'il suppose que dans la Grande-Bretagne M. Gladstone est le premier humaniste vivant qui ait demandé un changement dans la méthode ac-

(1) La lettre en question, publiée dans le Times du 17 janvier 1865, avait été adressée à l'éditeur par M. le professeur Valettas. Voici le passage de M. Gladstone, auquel il est fait ici allusion :

«Je serais heureux de voir le jour où, sous l'autorité de nos humanistes, et particulièrement de ceux qui font la loi dans nos écoles, une amélioration pourrait être introduite, non-seulèment dans les arrangements que j'ai indiqués, mais aussi dans notre système barbare et sans pareil de prononcer le grec et le latin. Sous ce rapport du moins les Européens peuvent encore désigner les Anglais comme étant les penitus toto divisos orbe Britunnos. »

raissent singulièrement francisés. On parle français aujourd'hui dans toutes les langues de l'Europe, disait dernièrement un homme d'esprit. Le grec n'a pas échappé à cette maladie, et l’union d’un si antique vocabulaire avec les tournures de phrase de nos journaux n'est pas sans produire quelquefois un effet assez bizarre,

Mais notre objection n’est pas là. Nous ne voulons pas rechercher jusqu’à quel point des effort réfléchis et calculés parviendront jamais à rendre une vie réelle et active à une langue antique, et à en faire un organe de force à exprimer excellemment la pensée moderne. Nous accueillons sincèrement l'idée de M. d’Eichthal, en tant que proposition ingénieuse offerte à !’assentiment du public. Seulement, nous craignons que l’auteur et les adhérents qu'il pourra recruter ne se trouvent bien impuissants quand il s'agira de passer du projet à l'acte. Ce qu'il propose ne dépend de personne, à force de dépendre de tout le monde. Cela dépend d'abord des Grecs eux-mêmes, de l'importance qu'ils pourront prendre en Europe et des beaux ouvrages par lesquels ils sauront forcer l'attention sur le rajeunissement de leur littérature. Cela depend en outre de mille circonstances imprévues, de la force des choses, de la marche des évènements, du passé, du présent et de l’avenir. Pour faire du latin la langue internationale du moyen âge, il a fallu Rome et ses conquêtes, et le christianisme et l'Eglise catholique. M. d'Eichthal peut-il se flatter que jamais l'initiative individuelle et même l'association des efforts équivaudront à de pareils leviers ?

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