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VAUDEVILLE

D'un trait de la satire, en bons mots si fertile , Le Français, né malin, créa le vaudeville,

a dit BoiLEAu. En effet, le genre vaudeville est dû aux couplets qu'on introduisit dans le dialogue des pièces, et fut le germe de V opéracomique, jusqu'à ce que ce dernier déterminât son genre propre au moyen d'une musique nouvelle , faite spécialement pour lui.

Le vaudeville tire son nom des chansons d'ÛLiviER Basselin, foulounier à Vire, lequel vivait — s'il n'est pas apocryphe, comme le prétend M. Gasté — vers le milieu du xv^ siècle. Il habitait le fond de la vallée où coule la Vire ; cette vallée forme deux branches qu'on nomme les vaux. Ces chansons patriotiques et bachiques, jetées au hasard et sans titres, durent être d'abord connues sous la rubrique générale de « Chants des vaux de Vire ». Ce ne fut qu'en 1576 que

Jean Le Houx, chansonnier, comme Basselin, publia pour la première fois ses chansons et celles de son devancier, sous le titre de Vaux-de- Vire, dont on a fait, par ignorance géographique ou corruption de langage « vaudeville ».

La Comédie des Chansons, jouée en 1640, qui n'est autre qu'une suite de couplets, cousus les uns au bout des autres, peut servir de point de départ au genre vaudeville. C'était, du moins, l'idée émise ; elle devait prospérer. En tout cas, les comédies mêlées d'ariettes du THÉÂTRE DE LA FOIRE sont de véritables vaudevilles ; mais la création de l'OPÉRA-COMlQUE, avec sa musique ad hoc, tua le Vaudeville qui n'offrait plus assez d'attraits pour lutter contre ce nouveau genre. Il ne reparut qu'en 1792, et prit une brillante place, qu'il devait garder longtemps. Ce genre charmant, gai, vif, frondeur, spirituel et malin, est essentiellement français par le fond et par la forme.

VAUDEVILLE (Théâtre du). -~ Quatre hommes d'esprit joyeux s'associèrent en 1790 ou 1791 — ce sont Monnier, Pus, Barré et RoziÈRES — pour fonder un nouveau théâtre, qu'ils firent construire rue de Chartres, aujourd'hui disparue avec beaucoup d'autres

pour faire place au pavillon du Louvre et à la place du Palais-Royal. Ce théâtre, dont l'inauguration eut lieu le 19 janvier 1792, fut incendié en 1838. Le Vaudeville chercha un refuge dans une salle du boulevard Bonne- Nouvelle, où est la Ménagère, puis vint au théâtre de la Bourse, — ancienne salle des Nouveautés^ — que venait de quitter V Opéra- Comique. Le percement de la grande voie qui relie la Bourse au Nouvel-Opéra, délogea le Vaudeville^ qui vint alors, en avril 1869, prendre pied dans la bonbonnière qui fait le coin de la Ghaussée-d'Antin et du boulevard des Capucines. Il convient d'ajouter que le titre seul est resté. Le genre a complètement disparu.

VAUDEVILLISTE. — Auteur dramatique dont l'esprit est assez fm pour confectionner le genre vaudeville. Barré, Radet, Desfon- TAiNES et DÉSAUGIERS , Ics pèrcs du genre, n'ont jamais été détrônés. Brazier, Em. Wan- DERBRUCK, DuvERT, Lauzanne, ont été d'heureux successeurs.

Il y a une classe de vaudevillistes que nous ne devons pas oublier ici, c'est celle des AR- RANGEURS. Nous avons donné — à ce mot — leur manière de procéder.

VEDETTE. — 0 vanité! dont nous parlons ci-dessus, la vedette est un de tes enfants. Ainsi, un comédien en représentation ou en tournée, exigera que son nom soit placé seul et en gros caractères en tête de l'affiche ; de plus, qu'il ne soit pas confondu dans la distribution avec les autres noms, mais indiqué à la ligne. Dans l'un comme dans l'autre cas, c'est ce qu'on nomme « en vedette ».

Ceux qui ne peuvent obtenir la vedette^ surtout quand ils font partie de la troupe, se contentent de voir leurs noms imprimés en plus gros caractères que ceux de leurs collègues dans la distribution de l'affiche.

VENT. — Plusieurs moyens imitatifs sont employés pour faire le bruit du vent. Les cordes tendues rendent bien, au frottement, le sifflement du vent; des lames de bois, disposées sur un tambour tourné rapidement et frottant sur une étoffe de soie tendue, produisent le même effet.

VERTU. — Rassurez-vous, princesses de la rampe, ce n'est pas à vous que nous en voulons ; vos modestes appointements ne vous permettent pas ce luxe. Nous voulons simplement constater que le public veut et aime que

la vertu reçoive sa récompense à la fin d'une pièce. Ce sentiment lui fait honneur, lui rend l'esprit libre, le cœur content, et lui donne la satisfaction de voir au théâtre, et pour une modique somme , ce qu'il ne pourrait voir pour beaucoup d'argent dans le monde ordinaire.

VESTE. — Remporter sa veste est synonyme de chute, d'insuccès. L'origine de cette phrase qui est en grand usage dans les coulisses, et s'applique à tout ce qui ne réussit pas, remonte à une pièce intitulée « Les Etoiles »

jouée au théâtre du Vaudeville, en L'étoile

de Vénus et celle du Berger causent amoureusement ensemble sous forme de berger et de bergère.

(( — Le berger: La nuit est sombre, l'heure est propice : viens t'asseoir sur ce tertre de gazon.

« — Lm bergèi^e : L*herbe est humide des larmes de la rosée.

« — Le berger : Assieds-toi sur ma veste. »

A cette sortie inattendue, les rires, les huées, les sifflets contenus jusqu'à ce moment firent explosion, et le berger dut « remporter sa veste » dans la coulisse.

Cette scène se reiiouvella les jours suivants et l'on dut suspendre les représentations des Étoiles, auxquelles on allait pour voir Lagrange — c'était le berger — Remporte)^ sa veste. Des coulisses , cette locution a fait irruption dans le monde, et l'on dit assez généralement d'une chose qui ne vaut rien, ou qui ne réussit pas : c'est une veste, comme on dit : c'est un fiasco.

VESTIAIRE. — Lieu où l'on dépose les cannes, les parapluies, les manteaux, chapeaux et autres objets gênants.

Le dépôt des armes, cannes et parapluies est obligatoire ; on est plus tolérant pour les spectateurs des loges, galeries et balcons, qui sont censés les remettre aux ouvreuses. Il y a même avantage à en agir ainsi, car l'ouvreuse à laquelle vous confiez ces objets, devant compter sur une gratification, vous placera mieux. Le mal est qu'ayant peu de place pour les effets elle vous rend vos chapeaux bossues, vos châles plissés et vos pardessus frippés.

hesvestiaires ne datent que de 1817, époque à laquelle ils furent installés à la porte des théâtres de Paris. Ils sont obligatoires pour les directions; et les cannes, armes et para-

pluies doivent y être reçus gratuitement. Va-t-en voir s'ils viennent, Jean !

VOIR AU GAZ, A LA RAMPE, A LA LU- MIERE. — Ces trois modes synonymes se disent à propos d'une pièce dont les répétitions touchent à la fm, et qui se comporte assez bien. Gomme on ne peut juger que par appréciation, on dit : il faudra voir ça au gaz, c'està-dire devant le public, et salle éclairée. Gela est d'autant plus vrai que beaucoup de comédiens sérieux sont eux-mêmes surpris de CHUTES que rien ne faisait pressentir aux répétitions, tandis que certaines pièces qu'on s'attendait à voir siffler, ont réussi. Gela ne surprendra pas, si l'on veut se rappeler qu'au théâtre la question d'optique joue un grand rôle, tant pour les paroles que pour les décors, sans compter l'influence du public sur luimême : le fluide.

VOITURES. — (Voir sur ce sujet, à V Appendice, les articles 62, 63, 64, 65, 66 de l'ordonnance du !•'■ juillet 1864.)

VOL, VOL OBLIQUE. — Il s'agit ici d'une apparition, d'une déesse, d'une fée, d'un génie qui s'envolent. On comprend parfaitement

qu'un de ces personnages soit enlevé perpendiculairement par le fil qui le tient à la ceinture ; on comprend moins le vol oblique^ qui est très-gracieux, produit beaucoup d'effet, et est cependant très-simple.

Supposons le sujet à enlever, placé du côté gauche de la scène. Le FIL qui le tient à la ceinture, monte directement et perpendiculairement à un point fixe où il est attaché, en passant sur une roulette qui glisse de gauche à droite dans une rainure cachée dans les frises. En tirant cette roulette sur le côté droit, on enlève le sujet. en même temps que le fil de suspension se raccourcit, et le vol se produit du bas de la scène, côté gauche, à la frise du côté droit, où il se perd. Nous n'employons pas les mots techniques pour mieux nous faire comprendre.

ZÈLE. — Ce petit mot, formé de quatre lettres seulement et qui terminera notre vocabulaire, ne saurait être trop recommandé à MM. et à

MM"'" du théâtre. Il ne donnera pas le talent à ceux quf ne peuvent l'acquérir, mais il le remplacerasouvent; il empêcherales médiocres de devenir mauvais; il fera apprécier du directeur et du public l'acteur qui lui obéira, et sera une sauvegarde dans les cas difficiles : car il sera beaucoup pardonné à celui qui aura toujours été zélé.

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