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V. Grossesse

CENSURE. — Administration d'opérations chirurgicales pratiquées sur les œuvres de Tesprit au nom de la politique, de la religion et de la morale.

Le principe de la censure est apparent avec les origines de notre théâtre. Dès 1448 et 1488, le Parlement dut rendre des arrêts pour réprimer la licence des FARCES, SOTIES, et MORALI- TEZ que jouaient les clercs de la basoche, et môme faire fermer leur théâtre, qu'ils rou-^ vrirent sur un ordre du roi daté du 8 mars

Gomme ils avaient joué Louis XII sous la figure de Tavarice et qu'on voulait qu'il sévît contre eux, il répondit : « Je veux qu'on joue a en liberté, et que les jeunes gens déclarent a les abus qu'on fait à ma cour, puisque les « confesseurs et autres qui font les sages n'en « veulent rien dire, pourvu qu'on ne parle pas « de ma femme, car je veux que l'honneur « des femmes soit sacré. »

Aussitôt après la mort de Louis XII, le Parlement rétablit les défenses, et quelques années après, en 1538 et 1540, la censure; enfin, en 1609, Henri IV, dans une ordon-

nance du 12 novembre sur les théâtres et les comédiens, dit :

« Leur défendons- de représenter aucune « comédie ou farce qu'ils ne les ayent com- « muniquées au procureur du Roi et que leur a rôle au registre ne soit de nous signé ». V. cette ordonnance à V appendice.

Voilà donc un acte bien caractérisé de censure qui sera cimenté cent ans plus tard, en 1702, par la nomination de censeurs.

La censure peut avoir du bon, car d'après les immoralités — nous pourrions dire les obcénités — qu'on débite sur certaines scènes, on peut supputer la qualité de ce qu'elle coupe par ce qui reste. Malheureusement les censeurs sont des hommes, et c'est l'esprit d'appréciation qui seul est juge. De là des énormités et des naïvetés dont voici quelques exemples.

Un auteur avait donné le nom de Dubois à un valet fripon. La censure fit changer le nom de ce valet, parce que le préfet de police d'alors se nommait Dubois et qu'il n'était pas convenable de donner à un fripon le nom de celui qui les faisait arrêter. Une autre fois, on dut changer le nom de « barbe de capucin », et choisir une autre salade, sous le prétexte de respect pour la religion I

U Esope à la cour, de Boursault, fut fort maltraité par la censure qui lui coupa beaucoup de beaux vers, entre autres les quatre suivants, qui semblent cependant sortir du miroir de la vérité et qui se trouvaient dans la bouche de Crésus :

Par là je m'aperçois, ou du moins je soupçonne, Qu'on encense la place autant que la personne; Que c'est au diadème un tribut que Ton rend Et que le roi qui règne est toujours le plus grand.

Les censeurs sont aussi chargés de régler la longueur des jupes des danseuses et des figurantes dans les ballets] et féeries; seulement, quand ils les rallongent par en bas, ces dames les raccourcissent par en haut. Le diable n'y perd rien.

CHAMBRÉE. — Synonyme du mot salle, en tant seulement qu'on veut parler du nombre des spectateurs qui sont dans la salle : une moyenne chambrée ; une bonne, une pleine chambrée,

CHANGEMENT A VUE. — C'est toujours un attrayant spectacle pour l'œil, qu'un changement à vue, soit de décors, soit de costumes. La rapidité en faisant généralement la beauté, il faut que les machinistes soient à leur poste

et que tout soit bien équipé avant. Au signal convenu, les treuils et les CONTRE-Poms font leur offifce : un TRAPILLON engloutit une feuille de décor tandis que son voisin en fait surgir une autre; les plafonds, les rideaux ^ les BANDES D'AIR s'envoient et disparaissent dans le CINTRE, tandis que ce qui doit les remplacer descend* Tout cela se fait en un tour de roue.

Il y a aussi les changements sans déplacement qui se font à Taide de volets doublant le châssis et qui se manœuvrent à Taide de FILS tirés par derrière, et d'un seul coup. D y a quelquefois plus de cent volets sur un châssis.

Les changements de costumes se font toujours par les trapillons et à la main. Le costume qui doit disparaître ne forme jamais que deux morceaux, rattachés par un lacet, avec rosette en haut que défait Facteur au moment voulu, et un anneau en bas qui est saisi par la main du costumier placé au trapillon.

CHARGE. — Exagération voulue par certains rôles, mais dans les limites de la raison. Ainsi le rôle'de Werther ^ qui fut créé par Potier, est une charge du sentiment. Tiercblin, Odrt, Mazurier, Monrosb, Arnal, Lesueur, sont connus par leurs charges^ mais toutes plaisantes

et de bon goût. Gbassot n'était que la charge d'une charge.

Nous voudrions que MM. les comiques comprissent bien que la charge est au NATUREL ce que la caricature est au dessin : elle ne passe qu'à force d'esprit.

CHARGEZ I — Terme employé dans la manœuvre des décors, pour indiquer le mouvement de descendre. Toutes les parties qui descendent du CINTRE ou qui s'enfoncent dans les DESSOUS, se meuvent au commandement de « Chargez ! »

CHASSIS. — Tous les décors qui ne sont pas rideaux sont sur châssis, construits en sapin du Nord, très-légers, très-solides néanmoins, et chantournés suivant le besoin. Les châssis manœuvrent généralement sur le côté et s'accrochent — se guindent — sur les FAUX CHASSIS ou MATS. Les FERMES se font aussi sûr châssis,

CflAT. — Animal sournois qui se loge subrepticement dans la gorge des chanteurs — voire même des chanteuses — puisqu'on dit communément : il a lin chat dans le gosier.

CHATELET (théâtre du). — Inau^ré en 1862,

ce théâtre, le plus grand de Paris , puisquMl contient 9,600 places, peut se prêter à tous les genres; par sa dimension, il semble surtout destiné aux drames de cap et d'épée et aux féeries qui peuvent y déployer largement leur pompe et leurs nombreux cortèges.

CHAUFFER LA SCÈNE. — Se remuer, s'agiter, s'évertuer pour faire rendre à un rôle plus qu'il ne contient. De chauffer à BRU- LER LES PLANCHES, il n'y a qu'un pas.

CHEF DE CLAQUE. — V. Claque, Claqueurs.

CHEF D'EMPLOI. — Chaque acteur portant dans son engagement Y emploi qu'il doit occuper dans une troupe, stipule ordinairement qu'on ne pourra distribuer ses rôles à d'autres que lui sans sa volonté ; il devient par ce fait chef d'emploi. Cet usage, qui peut être excellent comme mesure d'ordre, a cependant l'inconvénient de fermer la carrière aux jeunes acteurs qui montrent du talent. On ne leur laisse jouer que les PANNES ; ou il faut un accident arrivé au chef Remploi pour les mettre en évidence. V. Double.

CHIEN. —V. Amir du chien.

CHCEUR. — Troupe réunie pour chanter ou danser ensemble. Dans la tragédie antique, le chœur faisait Toffice d'un personnage et dônijait en quelque sorte la RÉPLIQUE.

Dans le théâtre moderne, le chœur n'existe plus que comme une masse chantante ou dansante, et encore cette dernière est-elle plus communément appelée CORPS DE BALLET.

CHORÉGRAPHIE. —Science de la composition des BALLETS.

CHORISTE ou COMPARSE chantant. — Dans les grands théâtres, les choristes ne sont admis qu'au concours. Ils sont conduits par les coryphées ou chefs d'attaque, qui donnent le premier coup de g... osier; aussitôt chacun de suivre de la voix et du geste, avec un ensemble — pour le geste — à faire mourir de honte une mécanique.

Ce sont ces mêmes choristes qui chantent :

Allons, marchons!

Allons, courons !

Et saisissons Ce coupable!..

pendant vingt minutes sans bouger de place.

CHUTl — Ilya deux sortes de chuti l'un est

approbateur : c'est quand le public impose silence à quelques brouillons jaloux ou cabaleurs par un chuti bien accentué ; il équivaut presque à des applaudissements; l'autre qui tue net une pièce ou un acteur : c'est quand il s'adresse aux applaudissements que la claque ou quelques amis maladroits tentent pour sauver une mauvaise pièce ou pour faire plaisir à un mauvais comédien. Alors il change de sexe : ce n'est plus im chutI c'est une CHUTE.

CHU TE . — Insuccès d'une pièce ; mais au théâtre, comme ailleurs, toutes les chutes ne sont pas mortelles, et l'exemple n'est pas rare de pièces tombées à la première représentation, qui ont fourni une brillante carrière et sont môme devenues la gloire du théâtre français.

Ainsi Brùannicus et les Plaideurs de Racine furent siffles ; le Cid, ce chef-d'œuvre I éprouva le môme sort ; les Fables d'Esope, de Bour- SAULT ; le Grondeur, de Bruts et Palaprat, également. Les citations dans le répertoire moderne nous entraîneraient trop loin. Nous en traiterons les causes au mot PUBLIC.

Quelquefois, la chute d'une pièce tient à des circonstances imprévues, impossibles à prévoir. Le Cortolan d'ÀBSiLLE marchait au

succès quand un personnage eut à difé ce vers :

Ma sœur, vous souvient-il du feu roi notre père?

Un farceur du parterre répandit aussitôt :

fila foi, s'il m'en souvient, il ne m'en souvient g^ère!

Un fou rire s'empara de là salle, et la pièce ne put se relever.

pareille chose arriva pour le Siège de Parts de d'Arlincourt. Un soldat vient dire :

Pour chasser loin des murs les farouches Normands, Le roi Charles s'avance avec vingt mille Francs.

Il est plus riche que moi, cria un habitant du PARADIS, jouant sur les mots : Vingt mille francs. Le rire général qu'excita cette saillie faillit compromettre la pièce; l'auteur dut supprimer les vingt mille francs.

Les drôleries de ce genre ne sont pas extrêmement rares ; on connaît dans ce genre :

Mon pauvre père, hélas 1 seul à manger m'apporte.

malheureuse inversion. Et puis :

J'habite la montagne et j'aime à la vallée !..

c'est pis que Gargantua. Et encore :

Voici ces chevaliers que l'on nomme les preux !..

Le plus extraordinaire, c'est que ces choses,

qui sautent à Toreille, aient échappé aux auteurs et aux acteurs pendant les répétitions.

CINTRE. — Toute la partie supérieure de la scène, jusqu'au GRIL, se nomme cintre. Il est divisé en deux ou trois étages et desservi par des corridors qui en font le tour et qu'on nomme premier, deuxième et troisième corridors du cintre, en commençant par celui du bas.

Pour éviter de faire le tour et activer le service, les corridors de droite et de gauche sont mis en communication par des PONTS- VOLANTS suspendus au comble par des FILS ou des tiges de fer. C'est dans les corridors du cintre que se trouvent les TREUILS et TAMBOURS qui servent à la manœuvre.

CLAQUE, GLAQUEURS. — La c/oywe est fille de l'intérêt et de la VANITÉ. Directeurs , auteurs et acteurs s'entendent pour la soutenir ; le public la subit.

Elle remonte loin. Néron, chantant dans l'amphithéâtre, avait des claqueurs, d'où le nom de romains donné à ceux d'aujourd'hui.

Ses origines, chez nous, sont assez difficiles à saisir. Ce sont les auteurs qui, les premiers,

ont distribué un grand nombre de billets pour faire soutenir leurs pièces. Ce n'étaient pas proprement des claqueurs; c'étaient des spectateurs bienveillants.

A la représentation de V Accommodement imprévu, de Lagrange, un individu dti parterre applaudissait à tout rompre en même temps qu'il s'écriait : Que cela est mauvais/ que cela est exécrable I — Pourquoi applaudissez-vous alors? lui dit un de ses voisins. — C'est, répondit notre homme, que j'ai reçu un billet pour applaudir, et, comme je suis honnête, j'applaudis ; mais je n'ai pas promis de me taire et je crie ce que je pense.

DoRAT, voulant satisfaire sa vanité d'auteur, n'eut pas une claque comme nous l'entendons; mais il distribua tant de billets, à la condition qu'on applaudirait, qu'après la représentation d'une de ses pièces il s'écria : « Encore un ou deux succès comme celuirlà et je suis ruiné! » Il avait semé en France la graine des applaudissements payés, elle prospéra et devint bientôt une institution.

Nous maintenons le mot institution : la claque possède un chef, des lieutenants et des soldats.

Le chef de claque traite directement avec les directeurs, les auteurs et les acteurs : il

reçoit des trois mains. Il a tant de places de la direction, tant de billets d'auteurs et d'acteurs, ou une somme fixe de ces derniers. Ses troupes sont divisées en trois classes. La première est composée des purs, des intimes : ceux-là entrent à Fœil et ont les figures patibulaires que Ton connaît ; la deuxième comprend ceux qui paient un léger droit, et est, par conséquent, mieux composée : on les appelle les lavables, (en argot, laver veut dire vendre) parce que quelques-uns revendent leurs contre - marques avec bénéfice : aussi, on les surveille; la dernière est composée des solitaires qui paient leur billet d'entrée presque aussi cher qu'au bureau, quelquefois plus cher, mais ne sont pas forcés d'applaudir. Ils évitent ainsi de faire la QUEUE : c'est tout l'avantage qu'ils ont.

Les claqueurs étaient toujours groupés dans Id parterre, sous le lustre, ce qui leur avait valu \e surnom de chevaliers du lustre. Aujourd'hui que la nouvelle distribution des salles a pris le PARTERRE pour en faire des stalles, on met la claque un peu partout.

La position de chef de claque est un joli avoir et équivaut à un bon notariat. Auguste avait acheté sa charge à TOpéra 80,000 francs ; nous ne savons ce qu'il l'a revendue à David,

le titulaire actuel, mais il y a eu certainement une belle plus-value.

CLAQUE. — Un jugement du tribunal de commerce de la Seine dit « que le traité passé « pour assurer par des applaudissements sala- « ries le succès d'une pièce, est déclaré illicite, « et ne peut donner lieu à une action en jus- « tice, -quand bien même ce traité serait dé- « guisé par une vente de billets » .

COLIN. — Emploi d'amoureux comique dans les anciens opéras-comiques. On en a fait dans le monde un qualificatif : c'est un colin.

COMÉDIE. — Terme générique de toutes nos productions dramatiques jusqu'à Racine, car M"*® de SÉviGNB dit encore « la comédie du Cid^ » « la comédie de Cinna, » « la comédie de Phèdre, » et, bien que les genres soient aujourd'hui parfaitement définis, on dit encore « aller à la comédie » , comme disaient nos pères, pour aller au spectacle, quand bien même on n'irait voir que la tragédie.

Proprement, le mot comédie s'applique au genre de pièces dans lesquelles les caractères, les mœurs, les ridicules, particuliers ou généraux, sont exposés sans apporter à leur suite aucune action sanglante.

• Aristotb définit la comédie : « Une imitation des plus méchants hommes dans le ridicule. »

Cette définition prise à la lettre serait un peu sévère pour le genre et nous rapprocherait du drame. Nous aimons mieux la définition de BouKSATJLT. « La comédie, dit-il, est un poëme ingénieux pour reprendre les vices et les rendre ridicules d. Dagier ajoute : « hs. comédie ne souffre rien de grave et de sérieux, parce que le comique et le ridicule sont l'unique caractère de la comédie, »

Enfin nous finissons par cette définition qui semble les résumer et les confirmer toutes :

« La comédie est Tusage ou la représentation delavie ordinaire des hommes ; on y représente leurs actions les plus communes, et on y répand du ridicule sur leurs défauts, afin d'en préserver les spectateurs ou les en corriger. » C'est à peu près ce que dit Racinb auquel il serait inconvenant de ne pas laisser la parole en cette matière : « La comédie doit représenter au naturel les mœurs du peuple pour lequel elle est faite, afin qu'il s'y corrige de ses vices et de ses défauts, comme on ôte devant un miroir les taches de son visage. »

N'en déplaise à Racine, il n'en est pas des vices comme des taches du visage, qu'on ôte avec une éponge. Il y a des taches qui tiennent

à la peau, comme les vices tiennent à nos passions, et nos passions à la race humaine; de plus, l'œil de l'homme est ainsi fait que lorsqu'on lui présente un miroir, ce sont toujours les taches, ou pour parler vrai, les vices et les ridicules du voisin qu'il croit y voir. C'est Lafontainb qui a raison :

Lynx envers nos pareils et taupes envers nous.

COMÉDIE FRANÇAISE. — V. Théâtre- Français.

COMÉDIEN . — Nous avons déjà traité ce sujet au mot ACTEUR, mais pas avec le développement qu'il comporte et qui trouve mieux sa place ici.

Etre un bon comédien^ c'est posséder le plus beau, le plus rare et le plus difficile des talents ; c'est percevoir, comprendre, analyser, rendre et exprimer toutes les passions de l'humanité. « Le bon comédien^ a dit Rousseau, est celui qui oublie sa propre place à force de prendre celle d'autrui; il feint les passions qu'il n'a pas. » C'est probablement pour cela que les hommes politiques sont de grands comédiens.

Lekain divisait l'art du comédien en quatre parties : 1° l'ame; 2** l'intelligence; 3° la

VÉRITÉ ET la chaleur DU DÉBIT ; 4° LA QftACB

ET LE DESSIN DU CORPS. Ajoutous que l'osprit

d'observation, la connaissance parfaite de la langue, la sûreté de mémoire, Tétude de rhistoire, surtout celle des mœurs, et vingt années d un travail assidu suffisent à peine pour former un bon comédien,

Fleury donne, dans ses mémoires, la mesure des soins qu'un vrai comédien comme lui prenait pour représenter un personnage historique. Il devait faire le grand Frédéric dans les deux Pages, Il étudia les portraits de Frédéric II, prit des renseignements de ceux qui • l'avaient connu, donna à son appartement le nom de Postdam, se fit faire un vêtement militaire complet, pareil à celui du roi, et le mit chaque matin pendant plusieurs mois pour y habituer son corps et ô'y trouver à Taise. Il apprit à jouer de la flûte pour obtenir le mouvement de tête que Frédéric devait à cet instrument favori, etc.

Les grands comédiens comme Baptiste aîné et cadet, Saint-Prix, Prévillb, Dazincourt, Mole, Talma, faisaient des études sérieuses et ne recevaient personne quelques jours avant les grandes représentations.

Les exemples que nous pourrions citer dépassant les limites de notre vocabulaire, nous nous arrêtons. D'ailleurs, serviraient-ils? on se le demande I

COMIQUE. — Emploi, Acteur payé pour faire rire le public avec Tesprit des autres qu'il finit par croire le sien.

On compte au théâtre plusieurs genres de comique : le comique noble, le comique bourgeois, le comique niais et le bas comique. En forçant un peu celui-ci, on arrive au pître et au queue-rouge. Kéchelle des comiques commence au Théâtre-Français et finit aux Funambules, On trouve au sommet Got, Coquelin, Geoffroi ; au milieu Brasseur, Gn. Pérez ; au bas Paul Legrand et Debureau. *

Une chose remarquable, c'est que la plupart des comiques passés et présents sont, en dehors du théâtre, tristes, moroses et ennuyés. Le célèbre Thomassin qui, sous l'habit d'arlequin, a fait rire le monde entier, attaqué d'une maladie noire alla consulter le docteur Dumoulin. Celui-ci, ne le connaissant pas, lui conseilla d'aller voir arlequin. — Hélas I lui répondit Thomassin, il faut donc que je meure,

. car je suis cet arlequin auquel vous me renvoyez. GoT est très-sérieux et réfléchi ; Geoffroi presque taciturne ; Brasseur à peine gai; Debureau était mélancolique et bon père de famille.

COMITÉ. —Il est établi, dans toute entreprise

théâtrale sérieuse, un comité de lecture, — il devrait du moins en être ainsi — pour la réception, le renvoi à correction ou le rejet des pièces présentées. Gela avait lieu dans Tantiquité, cela a toujours eu lieu pour la Comédie- française, A ce théâtre, on votait par bulletin motivé ; les comédiens et comédiennes faisaient partie du comité , sous la présidence du commissaire du roi. Un jour on trouva dans Fume le bulletin suivant, émanant d'une de ces dames : « Gbttb petite acte m^ a paru chariCANTB, mais invraisemblable, je la refuse. » Depuis on a remplacé le bulletin par des boules blanches, rouges et noires : c'est plus grammatical.

COMMANDE. — Quelques lecteurs bénévoles peuvent ci*oire que les dramaturges et les vaudevillistes travaillent d'après leur propre inspiration , et qu'une pièce sort tout armée de leur cerveau : c'est une erreur; ces messieurs ne font pas seulement la confection , ils fabriquent sur commande. Les REVUES ne se font jamais autrement.

COMMERÇANT. — Les directeurs de théâtre sont considérés comme commerçants. Les auteurs ne le sont pas, les acteurs non plus.

COMMISSAIRE. — V./>o/tce, eikVAppendice Farticle 24 de Tordonnance du 1" juillet 4864.

COMMISSIONNAIRE. — V. à YAppendice Tarticle 44 de rordonnance du 1" juillet 1864.

COMPARSE. — Sorte d'automate vivant, qui obéit à un fil et exécute mécaniquement les : Ciel I Grands Dieux I Se peut-il ? Oui, oui ! Non, non I à mort I à mort I II fait les « murmures du peuple » « la foule qui remplit les salons, » les paysans et les soldats de tous les pays, recevant et donnant des coups de sabre ou de béton. Il représente les rois muets, les diables, les ours, une jambe d'éléphant ou le train de derrière d'un chameau, c'est encore lui qui, couché sous une toile peinte qu'il soulève de temps en temps, fait le Ilot de la mer , etc. , etc. Tout cela pour la modique somme de 75 cent, à 1 fr. 50 par soirée.

Les chefs de comparses reçoivent une haute paie supplémentaire de 50 cent, et ont le droit d'infliger des amendes à leurs subordonnés.

— Synonyme : figurant, V. Choriste.

CONCOURS. -^ Il y d^ concours pour les emplois de musicien instrumentiste et pour les choristes des deux sexes dans les théàkes

de chant. Il n'y a pas de mal à ça, si ce n'est que le concours qui a lieu pour les choses secondaires devrait exister pour les principales.

CONGÉ. — Temps accordé aux comédiens pour se reposer des fatigues de leur profession. Les congés sont d'un ou deux mois suivant les conditions de l'engagement.

Il était sage d'accorder un repos aux comédiens. Gomment en usent -ils? La plupart revendent leur congé à la direction; les autres font des tournées en province et ajoutent aux fatigues du métier les fatigues du voyage. En résumé, les congés ne sont que des suppléments de fatigues et d'appointements : c'est à ce commerce-là que Rachel s'est tuée.

CONSERVATOIRE. — V. Ecole de chant

CONTRE-MARQUE. — Morceau de carton qu'on distribue aux spectateurs qui sortent dans le cours d'une représentation et qui donne droit de rentrer. La contre-marque est au porteur et se négocie à la porte comme une action à la bourse : qui la vend ? qui la donne ? crient les spéculateurs de la chose à chaque sortie. La hausse ou la baisse dépendent de la pièce et des acteurs.

CONTRE-POIDS. — Pour diminuer la force musculaire nécessaire pour la manœuvre des grandes FERMES, BATIS, CHASSIS, apparitions, CHANGEMENTS A VUE, on fait usage de contrepoids équilibrés de façon à ce qu'un homme ou deux puissent faire mouvoir une itiasse qui en exigerait dix. Ce système des contre-poids a surtout l'avantage de pouvoir diriger le mouvement et de l'adoucir, ce qui est important pour le service des TRAPPES et des apparitions : un mouvement trop brusque, en ce dernier cas, lancerait l'acteur en l'air.

CONTRE- SENS. — Quelques acteurs y sont sujets et feraient mieux de faire des souliers ou de la maçonnerie que de jouer la comédie.

L'un s'écrie : Le ciel est contre moi/ et montre du doigt la terre, ou : Terre, engloutis-le / et montre le ciel; un autre raconte un épisode tragique d'un air riant.

C'est dans le costume surtout que le contresens abonde. Regardez un grçupe de paysannes, par exemple, vous n'en verrez pas deux chaussées pareillement, ni à la mode du pays.

CONTROLEUR. — Employé à l'échange des billets, coupons de loges, billets d'auteur ou de faveur. Cet emploi est très-recherché dans les grands théâtres.

COQUETTE (grande). — L ancien rôle des Gélimènes est connu dans le répertoire moderne sous le nom de grande coquette; en province, il est presque toujours tenu par le premier rôle femme.

CORPS DE BALLET. — On dit corps de ballet^ comme on dit corps d'armée. En effet, le corps de ballet se compose de pelotons, divisés d'abord par les sexes ; ensuite, pour les besoins du service, par quadrilles. Le Conservatoire, classe de la danse, entretient un corps de renfort que Ton prête aux théâtres subventionnés.

CORRESPOND ANT.—V. Agent dramatique.

CORRIDOR. — Les plus étroits sontles meilleurs... pour ceux qui ont besoin de s'y rencontrer. Dans certain théâtre, on pourrait établir des billets de conndor avec succès.

CORYPHÉE. — Premier CHORISTE, ou chef d'attaque.

COSTIÈRE. — Rainure qui se trouve dans le plancher, et à chaque PLAN, au nombre de deux ou trois, suivant qu'il y a un ou deux TRAPILLONS. C'est par la costière qu'on emboîte

— raies FAUX-CHASSIS et MATS SUT le chariot de manœuvre.

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