‹ La Lanterne de DiogèneChapitre 10 sur 20 · MAURICE MAETERLINCK I · texte numérisé non relu

MAURICE MAETERLINCK I

pie — mais on ne saurait tout avoir. Tel quel, ce livre est merveilleux, plein de chants, de rayons, de parfums. On n'analyse point un poème. Il faut le lire et vous le lirez^ si vous ne l'avez déjà lu. Ce que j'en voudrais retenir, ce qui donne à ces Géorgiques leur caractère et leur portée^ c'est le haut symbole que nous offrent les « blondes avettes » de Ronsard. Oui, Maeterlinck, cette fois-ci, a conçu enfin une idée centrale, il sait, à travers les méandres d'une fantaisie frémissante, où il entend nous mener. En se penchant sur la ruche sonore pour essayer d'en saisir les lois, sans cesse il est hante par l'image de cette autre ruche affairée qui a nom la cité humaine. Qui peut dire si elle-même n'est pas contemplée, d'Ailleurs, par un regard que nous ignorons? La comparaison donne lieu à mainte vision grandiose. Pour conclure Maeterlinck remarque que l'existence des abeilles, les prodiges accomplis par elles sont régis par une Loi souveraine, dont elles sont du reste inconscientes, qu'il nomme le génie de l'Espèce. Nepourrait-on pas découvrir, au-dessus de nos destinées, l'intluence d'une sem blable Loi ? Il pense la trouver dans ce fait que, seuls sur ce globe minuscule, nous sommes créés pour produire ce (( fluide étrange » qui possède mille noms: amour, vertu, intelligence, et qui est la puis-

sancedeTesprit. « Nous ne savons où il nous mène^ « ce qu'il fera de nous, ce que nous en ferons. Ce « sera à lui de nous le révéler quand il régnera dans « la plénitude de sa force.» En attendant, il dépend de nous — c'estlà notre seul avantage sur les humbles buveuses de rosée — de hâter la venue de ce règne, d'obéir consciemment au Destin. Cet esprit, orgueil et tourment des cerveaux mortels qu'il anime, nous devons lui donnertout ce qu'il demande, lui faire tous les sacrifices pour embellir sa floraison. — Nous ignorons qui profitera de cet épuisement sublime, et même s'il n'est pas sansbut,mais l'effort se suffit à lui-même par la joie pure qu'il nous donne et la beauté dont il gonfle nos fronts. Cette conclusion de poète est grande. Elle est mystique et désolée. C'est un acte de foi dans le vide. Avec un accent plus serein, un détachement plus facile, Renan nous avait dit déjà: « Un Dieu (f se fait avec nos pleurs», sans en être bien convaincu. Comme Renan Maeterlinck doute, et cherche dans ce doute même une satisfaction hautaine. Il me semble bien percevoir qu'il n'y réussit pas sans effort. Il est permis de supposer que ceci n'est pas la dernière étape de ce très noble etpuissantesprit. Il nous mènera plus loin encore. Pourquoi n'y estil pas parvenu ? C'est qu'il ne suffit pas, peut-être

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