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d'observer une ruche d'abeilles, même avec des yeux de voyant, pour proférer sur le sort de l'Homme les paroles définitives, pas plus qu'on ne déchiffre cette énigme dans l'histoire des siècles morts. La source de toute certitude, l'exemple des héros l'atteste, ne jaillit que de l'expérience intime d'une conscience torturée par le mal, en révolte contre le monde qu'elle juge en le subissant. — Mais nous quittons là le terrain littéraire, et celui même de la philosophie, pour aborder ces régions secrètes auxquelles il suffit de convier chaque âme, en l'invitant à rentrer en soi.
P. S. — Le récent volume de Maeterlinck, le Temple Enseveli, reprend et approfondit l'idée centrale de la Vie des Abeilles : le Monde est indifférent ou hostile, mais l'homme peut trouver le bonheur en obéissant à la Loi intérieure de l'Esprit. On voit là se préciser une doctrine qu'on peut exactement définir, je crois, un « Positivisme M3'stique ».
GEORGES ANCEY
c/4 Marcel Luguet.
Dans un des essais précis et féroces qu'il a réunis sous ce titre: Souvenirs d'un auteur dramatique — essais inconnus, méconnus, et que la postérité citera comme on cite Saint-Simon ou Montaigne — Henry Becque a écrit ceci : « Lorsque le Théâtre (( Libre, il y a sept ans environ, dans son spectacle « d'ouverture, donnait ÏM . Lamblin^ om, SVI. Lam- (c blin, un petit acte, pas davantage, toutes les théoce ries et toutes les hâbleries recevaient, ce soir-là, « le coup mortel. Le monde théâtral s'allait repeu- (( pler, et la vieille scène française, délivrée enfin (( des crocodiles qui depuis plus de trenteans pleu- « raient sur elle, retrouvait de véritables auteurs dra- « matiques. » Et le vieux batailleur « fourbu, mé- « content, besoigneux y>, selon ses propres expressions, mais dont le grand cœur jusqu'à la fin salua
la jeunesse et la beauté, ajoute, avec sa crànerie : « En avant, maintenant, mes enfants! Ne vous (( plaignez jamais, c'est complètement inutile. Ne (( vous découragez pas surtout, vous le regretteriez (( plus tard. Vous êtes dans le champ et il est « libre. Passez-nous sur le corps. »
Ce petit acte, qui eut le privilège d'enthousiasmer Henry Becque, était signé de Georges Ancey.
Depuis, au même Théâtre Libre, Ancey triompha de nouveau. Ce furent l'Ecole des Veufs, les Inséparables, chefs-d'œuvre de la comédie rosse, et cette forte, cette douloureuse pièce, laT)upe, chefd'œuvre de la comédie tout court. Ancey connut la gloire restreinte, mais d'autant plus vive, d'être acclamé dès ses débuts par une élite d'initiés. Bien d'autres, Jullien, Brieux, Hennique,BonifacejFèvre, Curel, réussirent alors avec éclat. Mais il eut sur eux l'avantage d'incarner strictement un type précis, d'être salué par les connaisseurs comme le créateur d'un genre, celui même de la nouvelle école dont une petite salle de la rue Blanche fut la crèche de Bethléem, celui qu'on baptisa « comédie rosse » et qui garda fièrement ce nom comme les Gueux restèrent les Gueux. Ce n'est pas au hasard qu'Henry Becque désignait entre tous Georges Ancey: il n'eut pas de meilleur disciple, qui sût
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rester classique et sobre, loin des excès du réalisme et des prouesses de métier.
II est dangereux d'être chef d'école, dangereux de goûter l'idolâtrie des petites chapelles fermées, dussent-elles, comme le Théâtre Libre, abriter une Révolution. Le péril mortel qui guette les auteurs ainsi consacrés et marqués, c'est l'abord du grand public, de la foule surnoise et hostile à qui nos querelles d'esthétique paraissent jeux de mandarins. Ce danger, Antoine disparu, les écrivains qu'il avait lancés l'éprouvèrent l'un après Tautre: Jean Jullien avec la (Mer, Boniface avec les Petites (Marques, de Curel avec V (Amour brode, Brieux même avQC les bienfaiteurs . Et les critiques, Sarcey en tête, de s'écrier qu'ils l'avaient bien dit, que ces succès d'une soirée étaient sans portée véritable, que la comédie rosse était bien morte, etc., etc. Ils en pleuraient, les crocodiles, avec des bâillements de joie. Entre tous, Ancey fut frappé par cette revanche goguenarde de la vieille garde théâtrale. L'échec fâcheux de la Grand'iMère, suivi d'un assez long silence^laissa croire qu'une lassitude l'avait atteint comme quelques autres (par exemple Boniface et Fèvre) et qu'il n'avait pas assez médité l'énergique précepte de Becque : « Ne vous découragez « pas surtout, vous le regretteriez plus tard. »
Il fallut que le Théâtre Antoine ressuscitât le Théâtre Libre pour permettre à ses vétérans, cette fois devant un public plus large, de tenter à nouveau, bravement, une épreuve plus décisive. Des reprises d'abord les encouragèrent. L'École des Veii/sj jouée cent fois, put prouver sa vitaHté par le seul argument sans réplique, l'argument sonnant des recettes. La 'Dupe fut une des plus belles créations, la plus belle même, à mon sens, de M'^^ Suzanne Després. Et le succès de VcAvenir, fine et mélancolique étude de petites gens et de grands désirs, acheva de rassurer Georges Ancey. Je me rappelle, lors de cette première, devant la hâte des mains amies qui se tendaient alors vers lui, l'émotion brève et concentrée de cette physionomie amère, ordinairement impassible. Henry Becque lui demanda du feu en grommelant: « C'est bien, c'est très bien. >; Et le point rouge de la cigarette qui s'avança pour allumer l'autre me parut trembler légèrement. Il faut avoir passé par là pour comprendre qu'un tel frisson n'est pas signe de couardise.
Nous attendions depuis lors d'Ancey l'œuvre large et victorieuse qui le classerait définitivement parmi nos premiers dramaturges et apprendrait à tous enfin ce nom un peu sourd, ce nom discret comme le personnage qui le porte. Certaines des-
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tinées ont une malchance. Cette œuvre, Georges Ancey l'a peut-être écrite: voici qu'il apporte cinq actes. Et la Censure de les interdire après six mois d'hésitation, non d'un cœur léger, comme les cAvaries, mais de biais et comme par raccroc, pour faire nombre, et pour équilibrer, je pense, aux yeux de nos arbitres et des siens, l'interdiction de Décaderice, pièce antisémite, par l'interdiction de Ces (Messieurs, pièce anticléricale. Jeu de massacre impartial, qui n'est pas du goût des artistes.
Je sais qu'on invoque une question de principe: il est déplacé de mettre à la scène les représentants de la religion . Ceci vaut d'être discuté. En fait, certes, la chose est nouvelle. Avant Ces (Messieurs, en effet, le prêtre n'apparaît au théâtre que comme silhouette éphémère. Car on ne peut décemment ranger VcAbbé Constantin, n^est-cQ pas, au nombre des pièces qui comptent ? Il y a bien VcAbbé '"'Pierre, de Marcel Prévost, qui fut joué au Théâtre Libre. Le reprendrait-on aujourd'hui? Il y a l'abbé du Repas du Lion, celui du Domaine, celui du Torrent, l'évêque de la Vie Publique. C'est, je crois, à peu près tout. Nous sommes, en ce point, des retardataires. Les auteurs étrangers ont toute licence pour mettre à la scène les ministres du culte : voir Ibsen, Bjornson , Sudermann. Deux chefs-d'œuvre :
'J^randfoAu delà desforces humaines, oni pour héros un pasteur révolté. C'est que le prêtre, chez les peuples du nord, est déjà un demi-laïque. Il se mêle à la vie sociale et familiale de la race plus intimement quele curé. Chose essentielle, qui sépare les hommeset marque fortement les castes, la soutane lui fait défaut. C'est, à mon avis, la soutane, c'est le costume ecclésiastique qui est chez nous le gros obstacle à la franche peinture des mœurs cléricales. Le public français, devant cet emblème entouré d'un respect atavique, éprouve un sentiment de pudeur qui se changerait vite en sentiment de gêne si le personnage qui porte la robe en était trop clairement indigne. Voilà pourquoi nous n'avons pas, au théâtre, de pendant à ces âpres études que le roman nous a données: la Faute de l'abbé Mourety Lucifer, l'cAbbé Tigrane et V Empreinte. Mais cela, pure question de prudence, ne saurait être éternel. Quoi qu'on fasse, l'art dramatique évolue en même temps que les mœurs. Il s'est attaqué aux questions sociales, avec une rare virulence. Il s'attaque aux questions religieuses. Quoi de plus nécessaire et de plus logique > Nul ne peut prétendre échapper à la libre et vivante satire pour qui rien aujourd'hui n'est sacré. Georges Ancey aura eu l'audace de risquer le premier la partie
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que d'autres ambitionnaient sans doute. On lui fera honneur quelque jour de ce dont on lui fait un crime. Encore y a-t-il des convenances à suivre, une manière, un tact, un doigté, en si délicates matières. Y aurait-il manqué, par hasard) Lisonsle sans rien préjuger.
La fable de Ces oMessïeurs est fort simple et se déroule avec aisance en cinq actes, où, selon le mot de Verlaine, il n'est rien qui « pèse ou qui pose ». Le premier nous montre la vie intime d'une riche famille bourgeoise dans une claire campagne de Touraine, famille bien pensante, conservatrice, où Ton prépare une candidature avec des œuvres de charité. La grosse affaire du moment est l'arrivée d'un nouveau prêtre dans la cure de Sérigny. Une jeune veuve dévote, Henriette, s'en montre inquiète à l'excès. Son frère, le raisonneur de la pièce, Pierre Censier, la plaisante gaiement. Il définit le caractère d'Henriette, belle encore, qui aima le monde, et dont le deuil exalta la piété, en ces quelques phrases charmantes: « Il y a en toi, « ô sœur inconsciente, un mélange bizarre d'aspira- « tions dévotes et de regrets mondains, une contra-
« diction de piété fervente et de souvenirs légers... « En regardant (chez toi) d'un certain côté, il n'ap- (( paraît que des témoignages d'oeuvres édifiantes, « mais en ouvrant certain tiroir, à gauche, il en sort (( d'odorantes vapeurs qui obscurcissent le ciel. (( Enfin tu es dévote, et dans le fond tu es restée (( mondaine : tu es à la fois croyante et sceptique, « tu es incohérente, diverse et multiforme; tu es (( femme, en un mot, et tu n'aimes pas dire ton âge.» Cependant arrive l'abbé Thibaut, jeune, affable et de bonnes manières. Il édifie les dames, caresse les enfants, tire de sa poche de belles images, et s'en va parmi les révérences. « C'est un saint!» dit Henriette enchantée.
Le deuxième acte nous mène au presbytère. Nous vo3^ons là, en quelques scènes, M™*^ Bernât, la vieille bonne de l'abbé, qui a de l'ambition pour son Jean-Marie, l'abbé Morvan, prêtre algérien, belle figure d'incroyant robuste que la bienfaisance active console de la foi perdue, M""^ Pépin, chaisière de l'Eglise, éprise du Jésus en plâtre qu'elle orne chaque jour de fleurs nouvelles. J'omets mille traits pittoresques de dévotion provinciale. Surviennent Henriette et l'abbé Thibaut. La jeune femme, en phrases lyriques, avoue au prêtre ses tristesses, son âme vide, sa tiédeur
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anxieuse. Il la console en langage mystique, magnifiquement imagé. Elle se grise à ce charme ambigu. Ils forment l'édifiant projet de bâtir ensemble un asile. Cela occupera les loisirs d'Henriette et ne nuira pas au renom de l'abbé. « Il me semble, dit celui-ci resté seul, m'être comporté en tout ceci (( d'une façon vraiment chrétienne. Et puis d'ail- « leurs c'est pour l'amour de Dieu. »
Le troisième acte est consacré à la visite de l'Evêque. On y voit l'abbé Thibaut, triomphant et modeste, recevoir les louanges de Monseigneur pour les bonnes œuvres qu'il a fait éclore. Ces dames, dit-il, en ont tout le mérite. Henriette proteste ingénument. Tout cet acte, fait d'épisodes, dont l'un (la comédie enfantine) est d'une gaieté homérique, rappelle les meilleurs chapitres de l'cAnneau d'cAméthyste ou de VOrme du Mail. Il eût fait rire d'aise Ernest Renan. Il s'achève sur une scène exquise : l'abbé Nourrisson, jaloux de Thibaut, veut glisser à l'oreille épiscopale certaines révélations dont celle-ci n'est pas friande. Il y a là, dans la paix du soir qui tombe sur les tilleuls antiques, un assaut de ruses onctueuses, caresses sous lesquelles on sent les griffes, qui est un délice de haut goût. A la fin, l'Evêque se lève, tape sur la joue du méchant abbé, avec ces seuls mots:
« Vilain rapporteur! » C'est de la grande comédie.
Au quatrième acte éclate la crise ainsi préparée et prévue. L'abbé Thibaut est nommé vicaire d'une grande paroisse parisienne. M"^^ Bernât exulte; les dévotes se lamentent, et s'adressent à Saint Expédit pour conjurer le cataclysme. Henriette arrive impétueusement. Elle ne veut pas que l'abbé s'en ailte, elle le juge ingrat, déloyal. Et, comme il feint de ne pas comprendre, dans un élan de passion elle lui crie la vérité de sa douleur, de son amour, de sa pauvre tendresse humaine déviée par le mysticisme. Et ce sont des soupirs vraiment beaux, formulés en une langue admirable. Je cède au plaisir de citer : « L'autre jour, par exemple... (( oh! l'autre jour! Vous veniez de consommer le « Saint-Sacrifice avec une onction toute divine, sous « le murmure des mots sacrés, avec une voix si (( secrète et si chaude ! Vous étiez imprégné de lu- (( mière,vousagissiez dans une atmosphère mysté- (( rieuse et inquiétante, et vos mains expertes al- « laient, se posant, en de molles attitudes, sur les « livres saints et les vases sacrés. Je les avais sui- (( vies, dans la souplesse étudiée de leurs rites, et, (( quand vous vous retournâtes vers nous pour la (( bénédiction, quand vos mains sanctifiées se levé-
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« rent au-dessus de nous, un peu lourdes, encore « moites de s'être baignées dans le sang divin et (( comme parfumées encore de la chair du Christ, « vousdire, vous dire ceque je ressentis ! Je voulais (( m'élancervers vous, vers vos mains pour qu'elles « me touchent, elles qui venaient de toucher Dieu! « Oh ! être touchée, caressée, meurtrie par ces {( mains-là! » Je ne crois pas que, depuis les pages célèbres où Emma Bovary agonise, la sensualité mystique ait trouvé de plus parfaits accents. Et comme l'abbé, décidément, se dérobe, cherche des défaites diplomatiques, uniquement soucieux d'éviter le scandale, Henriette, furieuse et blessée, le quitte en le menaçant d'un éclat.
La pièce, dès lors, est finie. L'abbé ne reparaîtra plus. Il s'éloigne paisiblement vers des destinées confortables. Le cinquième acte nous fait assister aux aigres querelles d'une famille désunie par (( ces Messieurs » et à la convalescence d'Henriette, malade d'exaltation déçue. Pierre, l'homme de bon sens et de bon cœur, trouve enfin les accents qui la touchent et la jette aux bras des enfants. Elle a retrouvé le goût de la vie : sa nature saine la sauvera.
Cette analyse, que je crois fidèle, dit le faible et le fort d'une pièce dont le vrai titre — l'auteur y
songea — serait à mon sens la Dévote. Henriette est la figure centrale, seule émouvante, du tableau, où s'agitent dans la pénombre tant d'esquisses réjouissantes. Ses faiblesses, ses petits ridicules, sa douleur et sa bonté sont mis en frappante lumière et forment les péripéties du drame. Elle est bien la sœur, séduisante et troublée, des autres héroïnes d'Anccy, la Dupe et la jeune veuve de l^venir dont je ne me rappelle plus le nom. C'est une création originale faite pour tenter une grande artiste.
Par contre l'abbé Thibaut, dont on attend beaucoup, déçoit la curiosité. Il reste à l'état de portrait sommaire. Nous distinguons bien sa belle silhouette d'officiant aimable et ambitieux, nous remarquons ses tics, ses gestes, son langage souple et fleuri. Mais son cœur, sa pensée secrète, son vrai caractère nous restent obscurs. L'auteur n'a pas su les illuminer de ces clartés brusques, farouches, qui révèlent le fond d'une âme. Il nous annonçait un Tartufe et c'est une Elmire qu'il nous montre. Je crains que nous ne perdions au change.
Peut-être — car c'était l'écueil — Georges Ancey a-t-il reculé devant une biographie trop spéciale. Il semble avoir là hésité. Par une gaucherie qui étonne, en cette comédie si adroite, c'est dans une scène épisodique, c'est à la vieille gouver-
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nante qu'il fait révélerpar Jean-Marie la confidence de ses luttes intimes. J'y relève des indications précieuses, mais vaines, faute d'être à leur place. Relisez ce touchant récit : « Tu connais ce petit « carrefour, là-haut au seuil de la forêt, si calme, si (( seul... » et ce qui suit jusqu'à ces mots : « Voilà « où j'en étais quand la nuit me surprit. Je redes- « cendis au presbytère, songeur, mais — et c'est « peut-être ce qu'il yade plus triste — moins abattu « qu'on n'aurait pu le croire, dans la situation d'un « homme qui prend son parti et qui dit: (( Eh bien, « voilà ! » Depuis je n'ai jamais pu réagir. Je ne crois « plus, Francineî » Tout cela est exact et profond, mais c'est extérieur à la pièce. Il fallait que cette crise de l'abbé en fût le pivot, au contraire. Esquiver la difficulté n'est pas la résoudre. Ah! si Jean-Marie avait eu des mots pour confesser cette détresse devant Henriette elle-même ! si nous assistions à la double défaite de la dévote et de l'abbé, si la femme, alors, se détournait de son idole dépoétisée, quel puissantcontlitdramatique ! Je donne dans le travers commode de refaire — de défaire — une pièce, mais, à défaut de cette conclusion, telle autre pourrait intervenir. Ce que je maintiens, c'est que Georges Ancey aurait pu rehausser son abbé de couleurs plus passionnantes. La scène
capitale du IV, mélange subtilement dosé de hardiesse et de discrétion, y aurait gagné en franchise, sans être plus dangereuse, au contraire. Pour peu qu'on se pique de la chose, mieux vaut être hardi tout à fait. Pour rappeler encore un mot de Becque : « Tout l'art dramatique est dans le manque de « mesure. » Georges Ancey reste trop raisonnable. Il me répondra que c'est fort joli d'écrire cinq actes qui tiennent debout. D'accord. Mais il ne saurait se fâcher d'être l'objet d'une critique dont Molière inspira la formule.
Et les scrupules de la Censure ? Ce n'est pas ma faute si, chemin faisant, je n'ai rien relevé qui les justifie. Il s'agit ici d'une œuvre d'art où nul passage, à ma connaissance, ne choque la décence et le bon goût. Veut-on que les effusions d'Henriette semblent déplacées à la scène ? Alors il faut mltvàiYQ qM an on. \\ me semble que, précisément, la froideur de l'abbé Thibaut, dont je faisais tout à l'heure un reproche, doit compenser, s'il en est besoin, les ardeurs de sa belle pénitente. Serait-ce le sceptique Pierre qui se permet des coups de boutoir trop vifs ? (« La liberté, il n'y en a pas ! (( On rencontre un chien galeux, on le tue.») Mais ce n'est qu'un rôle entre dix et quelques phrases dans un rôle. La pièce est anticléricale, c'est en-
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tendu. Mais elle reste dans les limites d'une hardie satire de mœurs. Il serait curieux vraiment qu'une assemblée de dilettantes ne pût supporter sans tapage l'expression d'une pensée libre, alors que la Tribune et la Presse sontlivrées aux violences sans contrôle de gens qui ne pensent pas du tout. J'entends M. Larroumet me répondre : « Le théâtre «n'est pas un meeting. ))Sans cloute. Mais il ne saurait, sans déchoir, s'abstraire des questions vitales qui enfièvrent la vie contemporaine. M. Georges Ancey a raison de dire que l'influence du prêtre sur la femme est une de ces questions-là. Il faut donc souhaiter, pour l'honneur des lettres, que l'interdiction soit rapportée et qu' Ancey, après Ces (Messieurs, nous donne, désormais sans entrave, la série de belles et bonnes pièces dont celle-ci est le gage certain et l'appétissante promesse. Je suis sûr qu'il n'y manquera pas.