MAURICE MAETERLINCK I
téraire, il n'affronte plus le théâtre. Est-ce le regret inavoué de n'avoir pas atteintla foule, quetout artiste malgré soi souhaite pour maîtresse et pour confidente ? Est-ce la démarche d'un esprit mûr que ne satisfont plus les chimères) Toujours est-il, luimême nous l'avoue, voici longtemps qu'il a renoncé «à chercher en ce monde une merveille plus inté- (( ressante et plus belle que la vérité, ou du moins « que l'effort de l'homme pour la connaître ». Les féeries dont nous fîmes nos délices paraissent donc pour jamais condamnées. Plus d'une jeune femme etplus d'un jeune homme en conserveront le regret. En revanche, Maeterlinck nous gardait une précieuse surprise. Ses premiers volumes d'essais, la Sagesse et la Destinée, le Trésor des Humbles, où ce génie ardent et grave a noté pour nous chaque soir l'écho des voix de l'invisible, nous ouvrent un nouveau royaume où le Poète, peu à peu, se transforme, et devient un Sage amical. Le Trésor des Humbles dit son esthétique, en une suite d'études curieuses, attentives et imprévues. Nous le voyons là ouvert aux lectures, à l'histoire, aux chroniques diverses plus qu'on ne pourrait le supposer. Dans la Sagesse et la Destinée, il tente le suprême effort de dégager son point de vue propre sur le sens caché de la vie. Ce livre, où éclatent des lumières
partielles et des beautés philosophiques d'un ordre tout à fait supérieur, ne satisfait point cependant. Il abonde trop en redites, il est en quelque sorte immobile, ne va pas d'une pensée à une autre,d'un point de départ à un but. Aucune loi ne s'en dégage, mais le sentiment magnifique de notre grandeur et de notre misère devant l'éternel inconnu, en des phrases que, par moments, ne désavouerait point un Pascal.
Je me suis emparé du nouveau poème que ce printemps nous a apporté avec une curiosité pleine d'espoir, celle dont on salue les livres marqués du signe prophétique. Cette attente est bien dangereuse. C'est un grand éloge de dire, et il est cette fois mérité, qu'elle n'est pas entièrement déçue. Avec la Vie des cAbeilles, Maeterlinck indique un retour vers la nature et vers la vie. Il nous conte l'épopée d'une ruchedepuis son éclosion printanière jusqu'au sommeil hivernal. Passionnante épopée pittoresque! L'essaimage, la cité du travail, la jeunesse et le destin de la reine, ses noces éblouissantes en plein azur, la ponte, le massacre des mâles, mille autres épisodes gracieux ou tragiques sont décrits là en pages somptueuses, auxquelles manque peut-être, à mon goût, je ne sais quel divin naturel — celui de Michelet, par exem-