‹ La Lanterne de DiogèneChapitre 15 sur 20 · DE DUMAS A ROSTAND I · texte numérisé non relu

DE DUMAS A ROSTAND I

ses, dégage les frappantes beautés. Nous essaierons de dire un jour pourquoi celui-ci (( est des nôtres », de préférence aux jongleurs habiles qui ne bronchent jamais, pour cause, se bornant aux. exercices consacrés. Nous dirons que des chefsd'œuvre manques valent mieux que beaucoup de pièces bien faites, qu'il est plus nouveau, s'il est imprudent,de tenter des routes peu frayées et d'essayer du moderne épique que d'accommoder au goûtdu jourleplat d'adultère national. Nous dirons ces choses et d'autres. En attendant, monsieur Filon, il est dommage que votre lanterne, promenée d'auteur en auteur, n'ait pas reconnu parmi eux un homme. Il est dommage de passer à côté d'une âme, d'un souffle vivant, sans rien sentir. Vous aimez mieux les Vendeurs « de talent », en cette ville où ils sont cohue... Ah! littérateur que vous êtes! Voilà pour la comédie, nouvelle ou non. Voilà pour le drame moderne. Ce n'est pas là-dessus, croyez-le bien, que M. Filon nous dit adieu. D'autres horizons le convient. Le titre de son livre l'indique. C'est sur le drame « poétique », sur la « résurrection du vers », que se termine le volume en manière d'apothéose. De cela encore il faut s'expliquer. Dieu me préserve de médire de Cyrano de Bergerac, « le chef-d'œuvre de M. Rostand », selon

tQO LA LANTERNE DE DIOGENE

la formule de M. Gandillot! Je jure que je n'en ai pas envie, pour cette raison que je m'y plais beaucoup. Ni la douleur d'être avec les snobs, ni la surprise, d'ailleurs joyeuse, de me rencontrer avec M. Sarcey, ni ces trois cents cinquante spectacles qui rappellent la carrière épique de (Miss Hehjett et des Deux Gosses, ni tout ce que vous imaginerez, ne me détournera de dire que Cyrano est une pièce admirable, copieuse, spirituelle, éloquente, animée au plus haut degré de ce don précieux entre tous: le don du mouvement scénique, du tableau vivant et changeant. Cyrano est la fleur parfaite de la fantaisie romantique et de la facture parnassienne. Il est pleinement ce qu'il veutêtre, il l'est insolemment, il l'est trop. C'est bien la marque du chefd'œuvre. Vous voyez que j'en parle à mon aise, et je ne rappelle que pour mémoire quelle fortune c'est d'être servi par cet homme unique, cet homme orchestre qu'est notre étonnant Coquelin. En ce cas, il y a rencontre: le rôle le dispute à l'artiste. Ai-je le droit de conclure à présent que Cyrano, pour brillant qu'il soit et en raison de cet éclat même, marque l'achèvement d'une ère plutôt que l'éclosion d'un genre > Chef-d'œuvre, tant que vous voudrez, chef-d'œuvre I Mais, pour Dieu, ne lui donnez pas la seule louange qu'il usurpe! N'en

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