DE DUMAS A ROSTAND ICI
faites pas une arme offensive, une barrière sur la grande route de ceux qui cherchent, sous peine de lavoir bousculé parleur élan irrésistible. J'imagine que M. Rostand, s'il prend connaissance de certains éloges, à moins d'en sourire de bonne grâce, doit en être doucement gêné. Il est fort possible d'ailleurs qu'il veuille être un jour autre chose et réussisse de même sorte. Mais, jugeant de ce que nous tenons, je dis que cela ne me suffit point et ne me gtiit pas davantage, parce que ces châteaux en Espagne sont un beau royaume de rêve qui laisse debout tout entière, à côté de ses décors magiques, la grande et rude Réalité. Or c'est elle, la Réalité, étreinte et fécondée par l'artiste, d'où seulement peut naître l'Art complet, synthèse logique et frémissante, vers qui tendent tous nos désirs. L'effort général de ce temps, les volontés que je vois à l'œuvre, sous la variété des programmes, s'acheminent de ce côté-là. L'avenir dira si je me trompe. M. Filon me comprendra-t-il si j'avoue lui en vouloir à mort d'avoir pu signer cette phrase, digne des colonnes du Gaulois : «. Le brouillard (( du Nord est mis en déroute par cette glorieuse (( flambée de soleil provençal qui rend la France à « elle-même... » Etallezdonc! Roulez, tambours!. .. Ainsi, nos efforts défaillants pour comprendre et
goûter un Tolstoï, un Ibsen, un Bjornson, un Hauptmann, nos faibles velléités dépensée libre, tout cela est rayé d'un trait de plume > Ce drame de la vie intérieure, ce drame de portée sociale que nous saluâmes avec émotion chez les autres, que nous appelons de tous nos voeux parmi nous, va soudain être mis en fuite par cette épée et cette cape> Le a génie de la France » restera lié au beau geste d'un héros sans cervelle, et, devant les nations sérieuses qui s'inquiètent de sonder leur destin, notre fonction spéciale sera de faire sonner des rimes et d'agiter des oripeaux? Décidément, monsieur Filon, nous ne chaussons pas les mêmes besicles. 11 s'agit de poème en théâtre : vous négligez le Repas du Lion pour exalter les Romanesques.Qut direz-vous donc si je confesse que la défaite de r (Amour brode me paraît, à moi, préférable au triomphe du Chemineau ?
Après tout, vous direz sans doute que mon opinion est impertinente, et d'ailleurs vous importe peu. Mais voilà : d'autres la partagent. J'ose vous dire, monsieur Filon, qu'elle est celle de beaucoup « des jeunes » dont vous vous inquiétez parfois. J'en connais,, dont le nom dans vingt ans vous intéressera peut-être, que la poésie passionne et que « la résurrection du vers » laisse tout à fait indifférents.