‹ La Lanterne de DiogèneChapitre 4 sur 20 · AUTEURS ÉTRANGERS · texte numérisé non relu

AUTEURS ÉTRANGERS

A Lucien Besnard.

Voici un livre qui a fait scandale. Nous pensions connaître Tolstoï comme romancier et comme prophète. Nous nous étions habitués à aimer l'un et à révérer l'autre. L'opinion publique, aisément satisfaite des antithèses bien tranchées, aprèsunmoment de surprise et d'humeur, s'était résignée à admirer sans espoir de suite probable l'œuvre inachevée du grand écrivain, désormais soucieux, semblait-il, du seul art de bien vivre, sans se demander si cette vie n'était pas la seule fin logique et nécessaire de cette œuvre, si le vieux maître faisait

(i) A propos de : Qu'est-ce que l'Art ?

autre chose que de mettre en action les idées d'un Levine et d'un Besoukhov. Tout de même cette gageure héroïque et paisible d'un homme osant au jour le jour réaliser son rêve intime, en contradiction avec le monde, avait fini par nous séduire et par nous toucher vaguement. Et nous écoutions avec intérêt, avec émotion quelquefois, mais sans y insister outre mesure, en personnes polies et prévenues, les opinions du solitaire de Yasnaïa Polyana sur Tamour, sur la religion, sur la guerre et sur la justice, opinions qui formaient un étonnant contraste avec celles, beaucoup plus goûtées en bonne compagnie, de l'abbé Jérôme Coignard. Or, voici que Léon Tolstoï vient de troubler cette quiétude et ce commode parti-pris. Il s'est avisé, ayant une doctrine, de la confronter avec sa vie entière et d'y soumettre ses œuvres d'art. Non seulement il nous a confessé, sans le moindre ménagement oratoire, Teffet que lui produisent de loin, dans sa chaumière de moujick, nos esthétiques et nos poèmes, nos théâtres et nos romans, non seulement, rude iconoclaste, il a frappé et mis à terre nos idoles les plus vénérées, un Goethe, un Wagner, un Ibsen, mais encoi-e il s'est jugé luimême et non moins durement condamné. Cette fois la chose parut un peu forte. Si épris que nous

soyons, au moins en paroles, de courage et de loyauté, il est certaines ferveurs d'audace, certaines folies de sacrifice qui répugnent invinciblement à notre esprit d'ordre et de mesure, soit bon sens, soit timidité. On aime rarement voir un homme brûler ce qu'il a adoré, surtout quand on s'y complaît encore. Donc, Tolstoï eut une mauvaise presse, ce dont je suppose, il ne s'émeut guère. Chose plus grave, un de nos critiques de qui la pensée a les plus beaux titres pour peser sur l'opinion, M. Emile Faguet, s'est élevé contre lui comme il sait le faire, avec verve et avec vigueur. Son récent article de Cosmopolis porte sur Tolstoï penseur un jugement d'une dureté sommaire. Ainsi Tolstoï dans cette affaire s'aliène décidément tout le monde, même M. de Wyzewa qui l'a traduit, même ses défenseurs d'antan. Voilà bien, contre un seul volume, d'assez fâcheuses apparences.

j'ai lu ce livre. Je l'avoue de suite : il m'a frappé, il m'a séduit, il m'a conquis de vive force. J'ai éprouvé, en le lisant, cette impression double et contradictoire qui déjà m'avait secoué à la lecture de (Ma Religion^dtFlaisirs vicieux et Plaisirs cruels, -voire de la Sonate à Kreuzer : d'une part, un sentiment de révolte confuse mais invincible, de l'autre,

un élan de joie, une adhésion passionnée, la conscience d'avoir trouvé là les paroles claires, essentielles, qui tracent la route et marquent le but. Comment concilier ces deux mouvements) Il me semble, tant bien que mal, y être à peu près arrivé. Je voudrais m'éclairer ici sur ce débat intérieur, m'imaginant n'être pas le seul à l'avoir, parmi nous,, ressenti. Je voudrais surtout vous faire ouvrir ce livre, qu'on peut condamner mais qu'il faut connaître^, et qu'on ne saurait lire avec ennui.

Suivons pas à pas notre auteur et tâchons de l'écouter fidèlement, pour l'approuver ou pour le combattre. Il parle d'ailleurs un langage d'une simplicité lumineuse. L'idée maîtresse de son livre, qu'il commente sans se lasser, ne tarde pas à apparaître. Elle ordonne le plan de l'ouvrage avec une impérieuse clarté. On peut la résumer ainsi : notre Art actuel, ce qu'on appelle Art dans les hautes classes européennes, et qui passe pour le fruit précieux d'une civilisation exquise, cet Art est mauvais et factice, pour des causes déterminées. Il faut lui substituer un Art véritable, pour le bonheur et pour le salut de la société à venir.

Une Critique de Vart actuel, tel est donc le début de Tolstoï, telle est l'œuvre de démolition véhémente à laquelle ilconsacre ses premiers chapitres. Après une rapide incursion dans le labyrinthe des Esthétiques, sur lequel il secoue promptement la poussière de ses sandales, sachant bien que ces vierges fanées ne seront jamais créatrices et que des dissertations de pédagogues n'influent point sur une âme d'artiste, il donne une définition de l'Art, la plus large et la moins contestable. Il le considère comme une des conditions de la vie humaine, comme un w moyen que possèdent les « hommes de communiquer entre eux leurs sentice ments bons ou mauvais ». De ce point de vue, le grand grief que soulève contre soi l'Art moderne est d'être exclusivement un Art d'élite, inintelligible à la foule des humbles, rendu possible seulement par l'exploitation, l'oppression des masses au profit de rares privilégiés. Un énorme travail se dépense, des vies sans nombre sont perdues pour mettre au jour des œuvres vaines, pour élever des pyramides stériles au cœur desquelles ne gît qu'un tombeau. Cela pour l'amusement des riches et le détraquement des pauvres à qui manque la beauté bienfaisante, comme manquent la lumière et le pain... Plainte justifiée? La question, hélas! ne

soulève guère de controverses. Les faits sont là, plus écrasants que le plus violent réquisitoire. Jusqu'ici Tolstoï ne découvre que la plaie reconnue, déplorée, (parfois même glorifiée) par d'autres artistes, cet abîme entre l'élite et le peuple, hiatus tragique des temps modernes, que l'on considère en général, tout en affectant de s'en plaindre, comme une lamentable fatalité. On n'y voit d'ordinaire qu'un remède, vague et lointain : l'éducation du peuple. Tolstoï renverse la tactique ; c'est la bourgeoisie qu'il attaque. C'est le procès de l'Art, de son Art d'hier, du nôtre encore, qu'il entame sans hésiter, plaidoyer le plus éloquent, le plus âpre, le plus décisif. Il faut lire dans le livre même ces pages merveilleuses et dénonciatrices, où je défie bien n'importe quel artiste de ne pas reconnaître quelque chose de soi.

La nature etles suites du mal sont révélées en un trait de lumière dans le chapitre intitulé : (Appauvrissement de la matière artistique. L'Art, privé de racines profondes, ne peut tarder à dépérir. Une fois devenu « Art déclassé », il a bientôt fait d'explorer le cercle étroit d'émotions de cette classe oisive et comblée, la plus inféconde en soimême, puisque isolée de tout ce qui peut faire la mouvante grandeur de la vie, l'aventure, l'ambi-

lion, le danger. Il n'a plus, dès lors ;, qu'un seul but à peu près général : le plaisir des sens, que deux ou trois thèmes épuisés, les intrigues sentimentales, le point d'honneur, le dégoiàt de vivre. Aussi est-il forcé, pour faire façade, pour avoir l'air de se renouveler, de recourir à des recettes ingénieuses, de se contrefaire en se répétant, quand il ne sombre pas dans le paradoxe : exaltation outrée du vice et recherche de l'obscurité. Ici le passage impitoyable sur la « littérature d'emprunt », analyse mordante et détaillée avec exemples à l'appui, que M. Faguet ne peut se tenir de signaler avec éloge. A cette cause primordiale de décadence s'ajoutent des causes secondes. Tolstoï les voit surtout dans ce fait que l'Art est devenu une profession, largement rétribuée par les amateurs dont elle pare l'existence vide en l'égayant de jeux choisis. L'industrialisme domine et tue la spontanéité; l'argent veut acheter la joie et supprime l'inspiration. Autre cause seconde : la critique, intellectuelle par nécessité, bientôt par goût et par habitude, incapable de comprendre le poète, faite pour prôner et pour imposer une fausse « production à froid ». Enfin les écoles d'Art, qui enseignent à tous une technique extérieure et banale, éducatrices de talents habiles, — habiles à

cço l.A LANTERNE DE DIOGENE

masquer leur impuissance sous une forme fleurie et morte. Je n'indique qu'à grands traits la satire. A chaque lecteur de se demander si son expérience quotidienne lui permet ou non d'y applaudir.

D'un seul mot le grand pamphlétaire se résume et flétrit cet amas de menteuse marchandise artistique : il n'y a pas là d'émotion, il n'y a pas de sincérité. Il y a des entrepreneurs experts fournissant à leur clientèle le genre de passe-temps qu'elle réclame. La grande, l'immense foule souffrante qui vit du labeur de ses mains, absorbée par de pressantes angoisses, ne trouve là nulle pâture pour elle. Comment s'en étonner? On n'y prend garde, on lui parle d'une vie qu'elle ignore, toute d'artifice et de loisir. Et telle est la perversion du goût public qu'on trouve une telle chose naturelle. On en dogmatise savamment, sans essayer de réagir... On feint de croire que la joie divine de goûter l'ivresse du songe doit être un luxe et un privilège, qu'elle n'est pas un lot bon pour tous, comme l'air et comme le sol. .. Encore une fois je vous renvoie au livre, et je serais surpris si chacun, après une résistance intime venue des mille concessions lâches où nous sommes tous enlacés, ne se disait pas malgré lui, dans une minute de franchise : (( Cela est vrai ! »

Cette partie négative achevée — c'est celle sur quoi tout le monde se mettra le plus facilement d'accord : critiquer n'empêche pas de jouir, — Tolstoï fait effort constructif. Il veut définir l'Art véritable. Cet Art a pour muse éternelle celle-là même que méconnaissent toutes les œuvres du pseudo-Art, celle qui seule engendre et crée : l'é, motion. Quels que soient ses mérites de facture, d'apparence extérieure, de métier (qualités précieuses aussi, (( qualités d'âme » comme les autres, Tolstoï l'oublie trop aisément), l'œuvre d'Ar.t digne de ce nom est celle qui est née d'une émotion profonde,centrale, jaillie librement etdouloureusement de l'inconscience de l'artiste. L'émotion est universelle. Le verbe qu'elle anime réveille un écho chez n'importe quelle poitrine d'homme. Elle seule, par des chaînes d'or, unit à une pensée d'artiste les mille pensées d'un public et ces pensées mêmes entre elles, qui ne forment plus qu'une âme multi- ■ pie, vibrante d'amour et de sympathie. Heureux miracle où Tolstoï reconnaît le signe distinctif qu'il recherche, et qu'il nomme la « contagion artistique ». Trois conditions sont essentielles pour que cette contagion puisse naître et se répandre largement :1a nouveauté de la parole émise, sa clarté, sa sincérité, cette dernière comportant les deux

autres. L'œuvre empreinte de l'émoi le plus vrai et qui le communiquera au plus grand nombre sera le chef-d'œuvre attendu.

Voici l'Art véritable indiqué en formules nettes et pratiques, dont l'évidence, à mesure qu'elles s'énoncent, dissimule la hardiesse. Nous avons une pierre de touche qu'on pourrait croire suffisante pour distinguer 'l'œuvre viable de toutes les contrefaçons mort-nées, et, comme le dit notre texte, des pierres delà mosaïque l'inappréciable diamant. Ce serait mal connaître Tolstoï, réformateur et moraliste, de croire qu'il s'en tiendra là. Ce n'est pas assez que l'Art émeuve, même fortement, tous les hommes. TJn tel Art sera viable sans doute, puisqu'il sera « universel », et les exemples en sont très rares, mais il sera neutre, sans vertu propre, et pour tout dire « indifférent ». Bien plus, il est des contagions malsaines, il est des émotions bonnes ou mauvaises suivant les sentiments qu'elles propagent. Il faut apprécier le contenu de l'œuvre, en discerner la qualité. Nous avons un critérium pour cela, infaillible, de valeur certaine. Comme le courant d'une rivière agit sur toutes ses molécules, quelque chose emporte et domine tous les sentiments d'une époque, une force, obscure ou manifeste, détermine le sens de la vie, à quoi

l'Aitj qui exprime la vie, doit être soumis comme elle-même. Une force > la Religion. Et voilà le grand mot lâché. Il n'y aura d'Art véritable, tout au moins d'Art supérieur, que si l'émotion qui le vivifie est une émotion religieuse.

Tolstoï fait ici un pas très dangereux. Il introduit, qu'il le veuille ou non, dans sa conception de l'Art, l'élément d'intellectualisme et de volonté réfléchie qu'il en avait voulu bannir et qui risque de tout fausser. Tant vaudra un concept religieux, tant vaudra maintenant l'oeuvre d'Art. Adieu les belles forces tout instinctives, les larmes qui ne peuvent pas tromper! Nous allons être saisis par une règle, une discipline, un étau. La « production à froid » nous guette. Ainsi l'objection se presse d'abord; mais la question n'est pas simple, il faut y regarder à deux fois. Tolstoï a pour lui une logique bien forte. Une voix puissante m'avertit qu'il a raison, raison quand même, et jene peux m'empêcher de le suivre malgré que je sente bien le danger. Il a raison quand il nous rappelle que la fonction primitive de l'Art fut essentiellement religieuse. L'Inde, l'Egypte, la Perse antique sont encore là pour l'attester. Il a raison quand il nous évoque la splendeur des tragédies grecques, merveilles toujours sans rivales. Celles-làfurentbien l'exprès-

sion d'un peuple, de sa croyance et de ses vertus; elles surent marquer, en effet, le sens de la vie selon les Grecs ; comme les temples et comme les victoires, elles concoururent dans leur ordre à l'harmonie de la Cité. Vient le Christianisme : que se passe- t-il? Tolstoï se donne quelque peine pour démontrer que là encore, tout au moins dans les premiers siècles, l'Art a suivi la Religion. Il serait plus juste de dire qu'il fut vaincu, supprimé par elle. Un exode prodigieux entraîna les pensées humaines vers le ciel flambo3^ant des Martyrs. La mort parut éclipser la vie. Quelle matièrefut restée à l'Art? Cependant ses premiers bégaiements, les mystères du moyen âge, Fimmense allégorie dantesque sont selon le cœur de Tolstoï.

A la Renaissance, tout se gâte. Contre elle s'élève son amer, son infatigable grief. C'est d'alors que les classes supérieures désertant lareligion antique sans y substituer une foi nouvelle, l'Art n'eut pas de visée plus noble qu'un perpétuel divertissement. C'est d'alors que s'est creusé le gouffre entre le peuple, toujours naïf, et une aristocratie sceptique et blasée. C'est d'alors que la littérature, devenue toute commerciale, s'est condamnée pour sa perdition à un rabâchage mortel, et s'est acculée à l'impasse où elle agonise aujourd'hui. Tableau sinistre?

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par endroits fidèle, mais vraiment, cette fois, bien chargé! Quoi ! il n'y a pas eu d'exceptions dans cette soi-disant décadence ? Quoi ! les oeuvres d'un Michel-Ange et d'un Léonard de Vinci, le drame de Shakespeare, \e Faust de Goethe, l'œuvre de Beethoven, celle de Victor Hugo, deLamartine, d'Alfred de Vigny ne sont pas une épopée religieuse, incertaine, hasardée, mais grandiose, et qui laisse bien loin derrière elle la marche désormais sénile de ce qui s'intitule Religion ? Je sais bien que ces noms appartiennent — si Ton prend les mots à la lettre — à l'Art restreint, à l'Art d'élite, mais enfin ils ont fait éclore d'assez vastes contagions, encore vivantes, pour n'être'pas mis de côté sans autre forme de cérémonie. Le « miracle grec», si on le leur oppose, ne doit pas non plus nous tromper : ce qui était relativement facile dans quelques bourgades d'Attique, le concours de toutes les âmes, devient autrement compliqué pour vingt nations formidables. Après la critique sanglante des gens de lettres de tous ordres, geais parés de plumes royales, nous nous attendions à voir rendre aux hardis pionniers de nos races, aux messagers immortels du verbe, l'hommage éclatant qui leur est dû. Nous pensions que ceux-là, justement, en l'absence d'une Religion assez haute pour rai-

lier tous les cœurs à elle, ceux-là ont porté de libres flambeaux dans les ténèbres inconnues, et que l'Art assuma de ce fait une mission quasi-prophétique d'une singulière grandeur... Mais non, Tolstoï ne veut rien entendre. Il est à peine besoin de dire que ce n'est pas qu'il tienne à défendre les rites d'un culte quelconque et confonde la Religion avec aucune Politique.il s'en estailleurs expliqué. C'est au nom de son idée personnelle, intransigeante, de la foi chrétienne, qu'il condamne de propos délibéré tout ce qui n'exprime point cette idée. O beautés d'une orthodoxie, même révolutionnaire ! Celle-ci, on le sait déjà, consiste surtout en deux dogmes : la fraternité entre les hommes doit être notre idéal suprême (à cela nulle objection). Cette fraternité ne peut être obtenue que par le parfait sacrifice de toutes nos passions personnelles, les plus hautes comme les plus basses, patriotisme, affections de famille, ambition, vanité, amour. Le type de l'homme, selon cette règle, serait à peu près celui d'un moine laïque qui prendrait une chaumière pour couvent. Et voici comment une fiction d'Art qui ne prêche pas la concorde unanime et le détachement de toutes choses n'est qu'une méprisable impiété. On voit-assez où se fait le divorce entre la pen-

sée de Tolstoï et nos convictions les plus chères. Tous ceux qui croient que le bonheur de l'homme est dans l'épanouissement joyeux de ses facultés naturelles, que l'harmonie universelle favorisera, loin d'y contredire, le développement de l'individu, que le sens profond de nos jours troublés est de préparer une alliance nouvelle entre la joie grecque et l'amour chrétien, tous ceux-là ne sauraient se réduire aux mutilations d'un ascète, sans d'ailleurs marchander leur admiration au vieillard stoïque qui conforme sa vie à sa foi. Ils ne peuvent accepter la fausse antithèse de la bonté et de la beauté, de l'esprit et de la matière, de la nature et de l'idéal. Le nihilisme monacal qui enfièvre toute cette doctrine d'un irréductible réfractaire leur sera toujours étranger. Nous sommes arrivés au point précis où notre guide nous abandonne, et par là s'éclaire enfin le plus étrange malentendu.

Quelle est en effet, vis-à-vis de Tolstoï, notre position actuelle? Nous avons adhéré sans réserves à sa critique de l'Art mercantile^ nous avons accepté avec joie sa théorie de l'Art véritable, nous

sommes même montés avec lui à cette conception de l'Art religieux qui, si elle n'embrasse pas tout le domaine de l'Art, en marque du moins la plus haute cime. Nous avons cessé de le suivre dès que, passant aux applications, il veut nous imposer une croyance spéciale et formuler un catéchisme. Chose curieuse : le même phénomène se produirait presque à coup sûr pour ses autres ouvrages dogmatiques. Rappelez-vous le plus retentissant d'entre eux, je veux dire ta Sonate à Kreuzer : là encore, admirable pamphlet contre les bassesses de l'amour vénal et les conditions du mariage. Là encore, conclusion stupéfiante invitant à la fin du monde par l'universelle chasteté. C'est marquer le défaut d'équilibre de ce très noble et puissant esprit, ce par quoi il donne sur les nerfs des logiciens stricts et pondérés. Ceux-ci, jugeant l'arbre à ses fruits, quand ils voient condamner dans un livre les chefsd'œuvre dont vit notre Europe, le referment en haussant les épaules et en grommelant: « C'est absurde. » Non pas, le livre est de premier ordre, mais il est écrit par le comte Tolstoï, c'est-à-dire par le plus grand génie russe doublé du moujick Soutaïeff. Qu'est ce que ce compromettant Sosie? Soutaïeff est le personnage qui a exercé sur Tolstoï (après Jean-Jacques Rousseau toutefois) l'in-

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fluence la plus évidente. Cette sorte d'apôtre paysan, extraordinairement populaire, entouré de voleurs et de mendiantes, et dont telles curieuses paroles rappellent la vie de Jésus, ne pouvait manquer de faire sur l'ardent écrivain, en quête alors (i) de sa destinée, une ineffaçable impression. De ce jour sa marque est visible dans tous les écrits qui suivirent; parfois même il semble prendre la plume à la place de son illustre disciple, qu'alors nous ne reconnaissons plus. De là les bizarreries qui nous étonnent. C'est lui, ne vous y trompez pas, c'est Soutaïeff qui, après les vues profondes dont nous enchante Quest ce que l'oArty dresse des livres auxquels il fait grâce cette not menclature déconcertante qu'un écolier ne signeraipoint. C'est lui qui rejette dédaigneusement (malgré Tolstoï^ on le sent bien, il en est là presque gêné), la neuvième symphonie de Beethoven comme une cacophonie abstruse. C'est lui qui ne trouve à retenir de toutes nos littératures que la Case de l'Oncle Tom •' n'est-ce pas l'épopée de l'esclave, bienvenue au cœur des serfs russes?... Erreur fanatique et touchante, que je n'ose pas attaquer trop

(i) Dans le courant de 1879, après les célèbres Confes^ stons. Voir à ce propos : Que devons-nous faire?

haut! Elle est cependant du même ordre que celle dont notre Art dépérit selon le dire de Tolstoï : elle ne vise en somme à rien moins qu'à substituer à un « art de classe » l'art d'une autre classe; plus nombreuse, mais privée des bienfaits comme des vices de la culture; elle ne songe qu'à instaurer l'Art du peuple, l'Art du Moujick, et les tentatives de ce genre, si généreux qu'en soit le principe, succombent sous la même objection dont elles s'arment envers autrui. Nous serons bien avancés vraiment d'avoir conquis un Art du peuple^ si nous n'avons plus que celui-là, si une minorité choisie, Télite pensante cette fois, reste impuissante à s'y reconnaître! C'est bien de quoi, à n'en pas douter, nous sommes menacés par Soutaïeff. C'est bien, quoiqu'il l'ignore peut-être, l'obstacle des dernières années qui a paralysé le grand Tolstoï et l'a empêché de produire : il a trop pensé au seul moujick, étant né pour un autre emploi. L'idéal, tracé par luimême, est plus vaste et aussi plus pénible. Il s'agit d'un art qui s'élève au-dessus des barrières de castes, d'un art de pure humanité, qui captive et prenne aux entrailles le savant aussi bien que le rustre. Peut-être, dans les conditions sociales actuelles, n'est-il même pas réalisable : mais il suffit de l'avoir entrevu pour ne pouvoir y renoncer, et,

l'aF^T selon TOLSTOÏ 6l

si nous y prenons bien garde, l'effort de chaque grand artiste est précisément celui-là (i). Faire rire et pleurer tous les hommes sans distinction de costumes, en faire penser quelques-uns : n'est-ce pas ce qu'ont voulu ce Molière en qui Tolstoï veut bien reconnaître « le génie le plus universel », ce Shakespeare qui porta ses tréteaux des tavernes de Londres aux salles princières, cet Ibsen enfin, toute patricienne que soit la pensée de son œuvre, (Tolstoï le hait bien, pour cela!) dont un critique anglais (2) a pu dire a qu'on ne le comprendrait (( jamais en le prenant pour un peintre de la société, « car il peint l'humanité seule ))?Et,sinousparlons (( d'art religieux », sans vouloir le définir encore, n'est-ce pas comme types d'un tel art que l'opinion publique a mis à part, ceints d'une auréole radieuse, un Polyeucte, un Faust, un Hamlet et un Brand^. Ainsi les principes de Tolstoï nous conduisent à des conséquences qu'il réprouve et qui sont l'opposé de ses conclusions. Il nous a suffi pour cela d'aller à la clef de voûte du système et d'in-

(i) Pas toujours : Notre bon Flaubert s'est même proposé le contraire, par mépris des bourgeois de Rouen; mais la contradiction n'est qu'apparente, et il a souffert toute sa vie de cette claustration volontaire.

(2) M. William Archer.

terpréter autrement que lui le mot imposant mais si vague et qui masque tant de réalités diverses, le mot mystérieux : Religion.

Qu'il nous soit^ permis à présent de saluer une dernière fois, tout en rompant avec sa tutelle, le vénérable et rudeApôtre. Nous lui devonsplus d'un bienfait : frappé du péril que court l'Art moderne de devenir un mandarinat, il n'a pas éludé le problème, il l'a posé avec maîtrise et résolu selon sa conscience. Il ne pouvait faire autrement. S'il s'est trompé en frappant trop fort, en fauchant l'épi avec l'ivraie, la franchise souveraine avec laquelle il a jeté ses propres livres sur le commun autodafé doit lui être une excuse suffisante. S'il a fait preuve, en parlant de la France, d'un aveuglement singulier à l'égard de notre littérature nationale (je n'ai même pas cité ce chapitre, qui prête à de faciles plaisanteries), cela prouve seulement que la Revue Blanche a eu pour lui plus de politesses que M. Ferdinand Brunetière. En quoi la Revue 'Planche aeu raison. Surun autre point son instinct profond ne s'est pas trouvé en défaut : je veux parler de la sortie violente qu'il fait contre Richard Wagner, soulevant une question trop complexe pour être, ici, même effleurée, et qui mérite une étude à part. Il suffit de rapprocher ces pages fu-

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rieuses du célèbre opuscule de Nietzsche intitulé : Le cas Wagner^ pour noter la curieuse rencontre d'un sauvage habitant de la steppe avec un intoxiqué de Bayreuth. En tous cas, le défenseur des moujicks, le champion d'un art populaire pouvait difficilement choisir un meilleur prétexte à lâcher sa verve destructive que cette prodigieuse réussite, concours de toutes les ressources modernes, due aux hallucinations d'un homme unique et au prodigue caprice d'un roi. Vilipendé ou porté aux nues, Richard Wagner, de l'aveu de tous, est, en effet, l'Artiste du siècle. La voie de Tolstoï fut différente. Elle l'a peu à peu éloigné du livre, à plus forte raison du théâtre. Parti du paganisme vigoureux des Cosaques (où perce déjà son amour de la terre dans l'idylle de la belle Marianna), après avoir embrassé et fait tenir toute la physionomie d'un temps en quelques volumes impérissables d'un effort lucide et toujours égal, le créateur de tant de vies humaines s'est senti lentement mordu de la nostalgie désespérée et du rajeunissement étrange que connurent les premiers chrétiens. Maintenant il se satisfait aussi bien en tenant la charrue qu'en maniant la plume ; il passe de muettes journées à faire des souliers, à pétrir de l'argile, à secourir quelque misérable. « Tel nous

« le voyons dans ses portraits, sous la blouse gro%- « sière et la ceinture de cuir, avec son visage massif, « sérieux, souffrant et défait comme celui d'un Sam- « son aveugle, mais invaincu (i) ». Quand nous sommes tentés de regretter les poèmes sublimes qui auraient pu naître, il faut regarder cetteimage. Tant pis pour qui, devant la lumière de l'existence qu'elle révèle, ne saurait pas fermerla bouche, et, faisant un retour sur soi-même, se défendrait d'un poignant frisson...

Les dernières pages de Qu'est-ce que VArt indiquent la possibilité d'une rénovation artistique et donnent une rapide esquisse de ce que sera l'Art de l'Avenir. Il est aisé de prévoirdéjà quels points de rencontre et quelles divergences nous allons fatalement relever. Bien des remarques précieuses, éclairant la conscience moderne, méritent d'être recueillies. Tout ce que dit Tolstoï sur le réveil du sensreligieux en Europe, sur la lente éducation des masses par les découvertes de la science, la presse, l'immense poussée sociale dont les programmes

(i) Havelock Ellis.

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économiques ne sont que le côté le plus apparent, les tentatives d'art populaire encore bégayantes mais loyales, tout cela est de grande marque et frémissant de cette vie intense que donne le souffle prophétique.Les progrès à faire par la science, encore enivrée, semble-t il, de ses victoires sur la matière, enfoncée dans les règnes inférieurs, le passé, le documenthistorique, etqui n'a effleuréqu'à peine le royaume vaste et mouvant de l'humanité inquiète, sont mis en lumière avec force. Horizons salubres qui font sourire des banqueroutes prétendues que signifiait chez nous naguère tel cuistre infatué de soi ! Tolstoï sent très vivement ceci : qu'une nouvelle conception de l'univers s'élabore dans le cerveau de l'homme et doit bouleverser de fond en comble les rapports anciennement établis de sa vie individuelle et sociale. Sur ces ruines et dans cette aube, un art transfiguré doit naître. Que sera-t-il? Tolstoï répond : l'expression libre et toute spontanée de chaque émotion humaine chantée par le premier venu dans un moment de joie expansive, au hasard d'un jour de loisir. Plus de technique, plus d'écoles, plus de recettes fructueuses! Chacun travaillant de ses mains, les peines d'une vie laborieuse inspireront à quelques âmes le poème épars au cœur de tous. De simples

histoires vécues, redites sous une forme brève et claire, une fable, une farce, une chanson, volant aussitôt de bouche en bouche, seront alors plus fort prisées que les œuvres de longue haleine empreintes d'une sueur de scribe où nous nous plai sons aujourd'hui. C'est là, on le voit, l'oubli serein de cette loi fondamentale sur quoi toute civilisation repose : la division du travail. C'est la mort sans phrases de l'Art, pour le profit incontestable des Béranger de l'avenir. C'est le triomphe de Soutaïeff. Il fallait d'ailleurs s'y attendre. — Estil besoin de faire la riposte^ Elle exigerait un volume, et je m'y sens mal qualifié. Il semble toutefois que des mêmes prémisses on puisse tirer, comme plus haut, une conclusion justement inverse. Ce n'est pas par le simple retour à son enfance primitive, c'est par des formes plus complexes adaptées au milieu tout entier que devra s'affirmer l'Art de l'Avenir. La technique, si importante, et sans laquelle l'émotion n'est qu'une flamme tout obscurcie, la technique, au lieu de disparaître, n'a qu'à se subordonner à la pensée pour que sa perfection même la préserve du procédé. La profession d'écrivain, même si elle fait vivre son homme (pourquoi n'y prétendrait-elle pas à l'égal de la cordonnerie, du maçonnage et du labour }) sera

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honorée — elle l'est déjà — au même titre que les autres, dès que le lucre ira payer le seul labeur probe et sincère et ne sera pas poursuivi pour soi. Ainsi du reste. Dans ce sens, une société saine créera un art à son image, et, par un échange fécond, sera incitée par cet art lui-même à des réalisations plus hautes.

Il faudrait préciser enfin le plus capital des problèmes. Nous avons souvent, dans cette étude, parlé d'un Art religieux, et rejeté l'idée trop spéciale que nous en proposait Tolstoï. Par là que faut-il donc entendre? N'allons-nous pas heurter l'écueil de l'art moraliste et sermonnaire, de l'art à thèses et à leçons, si suspect, à bon droit, aux artistes? N'allons nous pas juste à l'encontre du classique génie français, qui aime mieux encore des étiquettes factices que risquer de confondre les genres en cherchant à les concilier? Rien n'est plus loin de notre pensée. Le royaume de l'Art, nous l'avons dit, est celui de l'émotion pure : toute idée, tout souci extérieur qui viendraient altérer l'émotion n'ont que faire ici ; il les faut bannir. Tolstoï luimême s'en rend bien compte, qui nous offre la formule suivante : (( L'art a pour objet de trans- « porter une conception religieuse du domaine de (( la raison dans le domaine du sentiment. » Mais

cette maxime a le tort d'être encore beaucoup trop étroite. « Conception religieuse, » en effet, implique un système défini, quelque chose d'arrêté, de borné. Que vaut un système mis aux prises avec l'infinie variété, les trésors sans fond de la vie? Filet misérable, il n'arrachera de l'orageux océan où il plonge que quelques algues mutilées et des coquillages brisés. « Ilya plus de choses entre ciei et terre que « n'en savent vos philosophies », a dit autrefois le grand Shakespeare aux dialecticiens de tous les temps. Il en a montré des exemples. ]\]ieux vaut, certes, pour produire un drame, l'ignorance sublime de ce braconnier du Yoikshire que n'importe quel système de morale! Mais quoi ? un système est peu de chose, et je l'abandonne volontiers, en morale aussi bien qu'en art : car la m.orale, chose vivante, est elle-même un art aussi. Ne suffit-il pas, pour bien vivre, d'avoir confiance dans la vie, d'avoir au cœur un grand amour, quelques fortes notions primordiales, et d'agir simplement, sans toujours comprendre, selon que l'ordonne l'éternel instinct, en attendant que la certitude émerge peu à peu de la vie? Ne suffit-il pas d'une Foi, je n'ai pas dit d'une Philosophie ? La Philosophie aura son tour, mais elle est le résultat, non la cause, résultat relatif et variable. Il faut avoir agi d'abord, si l'on veut

l'art selon TOLSTOÏ 69

comprendre plus tard — ce n'est pas la devise d'un mystique, mais de tout homme résolu — et bienheureux qui, au bout des jours, peut ébaucher une formule pour y faire tenir sa sagesse, perle secrète et naturelle qui mûrit lentement au fond des eaux! Ce qui est vrai de la morale peut s'appliquer à l'œuvre d'Art. On voit combien je suis éloigné de faire intervenir ici je ne sais quel odieux pédantisme qui froisserait les contours du Beau. Non, l'œuvre d'Art n'a pas pour dessein d'exprimer une thèse préconçue; on ne l'aborde que d'une âme neuve, avec une candeur d'enfant. Et cependant je crois fermement qu'elle non plus ne saurait être complète sans impliquer l'effort religieux, sans chercher à relier à l'ensemble l'acte partiel qui la passionne, sans contenir, comme l'a dit un autre, une peinture et un idéal. Cela fatalement a lieu chaque fois que l'Artiste est sincère et qu'il se souvient d'être une âme. De même qu'il ne saurait vivre sans concevoir une relation de ses actes avec l'univers infini, relation qu'il faut découvrir, de même, à plus forte raison, il ne saurait représenter la vie sans se mettre là tout entier, amour, douleur, désir et foi. Quand il ne saurait pas conclure, force lui est bien de laissera n'importe quelle action humaine ce vaste inachevé tragique où l'on devine,

après l'épisode, dans le silence des paroles, le retentissement dans Tau delà. Cet écho, ce vide où s'enfonce le peu que nous savons et faisons, ce silence, c'est la Religion. Tout le reste, spectacle achevé avec la dernière tirade, sans un arrière-plan qui s'entre-ouvre, tout le reste n'est que jeu machinal et qu'intrigues insignifiantes. Peu importe, de ce point de vue, le contenu même de l'Art. Tolstoï dit; et il a raison, que l'événement le plus banal de la vie prend une signification auguste dès qu'on l'envisage d'un esprit chrétien, cela pour amener l'artiste à peindre l'aspect quotidien des choses. Nous dirons qu'un « sujet quelconque », historique, légendaire ou moderne, ne vaut que par l'âme qui le songe, et qu'on peut y voir trembler grâce à elle l'image du monde en raccourci. Il ne peut plus s'agir dès lors de dresser un catalogue officiel des thèmes permis ou défendus, ou même encore «indifférents ». L'Artiste est maître de toutes choses, il a licence illimitée: sa valeur intime seule importe et son parti pris à l'égard des formes dont il joue souverainement. Il ne songe qu'à être lui-même^ en ses incarnations sans nombre, dédaignant une pesante férule: l'harmonie, l'union de tous les hommes, bienfaits suprêmes de la grâce, naîtront de ses chants sans qu'il y prenne garde. Celui (( qui

donne l'accroissement » lui donnera cela par surcroît. — Ainsi la Religion, en Art, n'est pas un système inflexible : c'est un mystère magnifique, une mélodie qui se prolonge, c'est l'ombre qui agrandit jusqu'aux astres le geste éphémère du passant, l'ombre dont Rembrandt baigne ses toiles et qui donne à l'éclair de l'œuvre un recul magique et émouvant. Elle transfigure le réel selon des lois insaisissables, lui donne le sceau d'éternité. Elle nous fait entrevoir soudain, parmi les décors illusoires^ dans la divine liberté du songe, ce royaume de Dieu du vieux Tolstoï auquel aspirent tous les hommeS; qui l'imaginent selon leur désir. Elle nous console du Présent qui passe, apparence tumultueuse, en soulevant parfois le voile d'une image calme et grandiose : l'Avenir inconnu qui nous attend.

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