MAURICE MAETERLINCK
t/4 Jean Vignaud.
Avant d'être un philosophe Maurice MaeterUnck fut un poète. Il a joué avec les formes avant de manier des pensées, et il excella dans ce jeu. Il nous a conté d'exquises légendes, des histoires simples et funèbres qui se passaient en des maisons closes ou dans des forêts séculaires. Son œuvre — cette partie de son œuvre — m'évoque toujours un paysage. C'est un crépuscule profond baigné de lueurs mystérieuses. On pressent, au-dessous de l'horizon, une vague lumière éternelle dont flotte le splendide reflet. Des figures passent dans la pénombre: princesses, reines aux mains tragiques, mendiants vagabonds, rois aveugles, et d'hum-
bles pèlerins de misère. Ces fantômes ont l'air de devisera mi-voix. Erreur. Ils monologuent seulement. C'est qu'ils ne connaissent qu'eux-mêmes. Encore d'eux-mêmes ne discernent-ils que les impulsions instinctives, les frissons éphémères de l'âme. La raison, la pensée consciente, l'effort ardu de la volonté leur sont choses tout à fait inconnues. Ils disent parfois des paroles sublimes qu'ils paraissent ne pas bien comprendre. Le spectateur de ces drames étranges : les Aveugles, Vintruse, Intérieur f T'elléas et Méltsande, etc., a rimpression d'assister à une messe dansles ténèbres. Les phrases, pour exprimer cela, sont brèves, hésitantes, hachées, et empreintes, en même temps, d'une solennité liturgique. Et cet art extraordinaire, incompréhensible au grand nombre, trouve d'ailleurs des effets uniques, d'une poésie saisissante et trouble.
Tel est Maeterlinck dramaturge. Il semble^depuis quelques années, s'être détourné des fictions (i). Malgré la vive curiosité soulevée par ses drames de rêve en France, en Angleterre, en Allemagne, malgré l'estime passionnée de toute une jeunesse lit-
(i) L'annonce àQ Monna Vanna, postérieure à cette étude, est venue heureusement démentir les conjectures qu'elle formait.