‹ La lanterne [microforme]Chapitre 13 sur 73 · AT UN PROTESTANT · texte numérisé non relu

AT UN PROTESTANT

Un protestant ! Ah! quand j j'a ‘arrivai à cette signature, quel coup de foudre ! En un instant toutes mes illusions s’enfuirent. Pentôn signer “ Un Protestant !” 4

Cette lettre est mon coup de grâce. Désormais l'Ordre ne me fera plus de réclames, et le Nouveau-Monde, possédant la preuve manifeste de mon apostasie, n’aura ra, plus besoin de l’inventer !

L'Institut canadien-français, n'ayant plus de membres, a compris l'urgence de nommer des officiers.

Les messieurs suivants ont élé élus, c’est-à-dire se sont élus, par le suffrage universel.

M. Bourgoin, secrétaire-correspondant. Cette charge exigeait un homme d’une santé vigoureuse, capable de signer son nom et au fait de toutes les notes échangées entre M. Duhamel et M. Thibault, lorsque celui-ci reçut de celui-là ce fameux coup de pied qui l'ébranla jusque dans ses fondements. : 4

M. Bourgoin aura la faculté de se décharger sur un secrétaire adjoint de toutes les lettres qu'il n’y aura pas. lien d'écrire, se. réser-

. vant les adresses à Sir Fortunat Belleau qui continue d'être gouver-

neur, dans l’attente d’une nouvelle se “Rap RIOn piorinaiale" des plus belles bêtes du pays.

MM. Valois et Rolland ont été PAR à trésoriers da petit ‘tronc de l’Institut. On ne leur a pas demandé de cautionnement. |

Le comité de la bibliothèque .a-la charge d’un volume que les meinbres du comité devront emporter tour à tour chez eux, vu l’impossibilité de le placer dans le: dit. Institut, transformé. en bureaux d'avocats. ÿ.

Le comité de discussion siégera tous les trois mois pour discuter si le gardien de l’Institut prendra ou non le titre d’Excellence.

Il s’est agi en outre de décider si Fén s’abonnerait à la Lanterne.

C’est alors que M. Thibault, d transport d'éloquence, s’écria qu'il recevrait plutôt 300 autres coups de pied de M. Duhamel, à cinq shillings pièce,* que de laisser une lumière rs pénétrer dans les salles du Canadien-français.

M. Duhamel avait été poodarnne à ciû des “apens ur avoir donné au ait Thibault le dit coup de pied ù ”

Quelques esprits timides essayèrent de s’objecter; mais M. Rolland mit fin à la. discussion en rappelant que l'abonnement à la Lanterne coûterait $2.00 par année.

Puis l'Institut s’ajourna jusqu'à la nouvelle élection des officiers qui aura lieu dans six mois.

+ * + Un digne compatriote, à qui j'avais envoyé des Lanternes pour

vendre, dans un endroit obseur du Bas-Canada, me répond par ces mots brefs, mais éloquents :

“ Moxsreur, —Vue que votre papier parait suceptible vis-à-vis le publique je ne puis en vendre en conséquence je vous les renvois. À “ Votre Obt. Svt, Ce k 4% + 7 Je passerai cette lettre, pour qu’il y iépéiite au secrétaire-correspondant de l’Institut-canadien-français.

Le pape, paraît-il, dit une prière tous les jours pour le rétablissement d'Isabelle sur son trône.

La Providence aurait bien dû épargner cette peine au pape, qui ne peut dire trop de prières pour rester sur le sien.

Il n’y avait qu'une chose bien simple. à faire, c'était d'empêcher Isabelle de dégringoler.

On dira que Dieu veut éprouver les rois ; c’est inutile. Quand ils sont rétablis, comme cela arrive, ils sont cent fois pires qu'auparavant.

Ça m'amuse beaucoup, cette expression: Dieu veut éprouver les ? rois. Eh bien! Et les peuples! Ils ue comptent donc pas !

Je lis dans un journal Hana :

‘ La cour de Rome prépare, elle aussi, son coup d'état. On a béatifié, il y a deux ans, Pierre d’Arbues, ce sombre et féroce inquisiteur d'Espagne qui fit périr dans les tortures les plus affreuses de dix à douze mille infidèles. Eh bien ! il est question d’avancér pour lui les temps. canoniques et de le jeter, tout sanctifié, à la tête des révolutionnaires qui demandent la liberté de conscience et la ‘suppression du budget des cultes.”

Ce sera bien fait,

À prepos.de cette béatification, on me raconte un bien joli mot du cardinal Antonelli :

. Un ambassadeur d’une puissance protestante, avec lequel il est

assez familier, lui disait :

EE

—Vous n’y pensez pas, Eminence, béatifier ce rôtisseur de mécréants ! Votre paradis ne devient plus habitable. Jamais je n’oserais passer l'éternité entre ce bourreau et votre Benoît Labre, l’apôtre des mendiants Mieux vaudrait la société de Voltaire, Diderot, d’Alembert et autres damnés de distinction.

—Rassurez-vous, dit l’Eminence, nous pourrons aller de temps en temps dans leur compartiment,

Ce mot est profond.

Le Nouveau-Monde aime bien les statues, mais à la condition qu’on ne les mette nulle part. Il n’admet qu’un seul endroit décent où l’on puisse placer celle de la reine d'Angleterre, et c’est le marché à foin, au milieu des chantiers de bois.

‘“ Elever une statue à la reine Victoria sur la Place-d’Armes, dit-il, ce serait élever un monument au chef du protestantisme en face d’un des plus imposants édifices du culte catholique de ce pays, et dans un endroit sacré pour la population française. La Place d’Armes, en effet, fut un champ de martyrs. Si Sa Majesté est notre reine, et, comme telle, a droit à notre allégeance et à notre soumission, il est des occasions où son titre de chef de l'Eglise anglicane ne saurait être oublié. C’est d’une de ces occasions qu'il s’agit ici.

‘ C'est bien assez d’avoir défiguré la place Jacques-Cartier, encore un site historique, par la colonne de Nelson, sans que nos concitoyens d'origine et de croyance différentes fassent une demande qui blesse nos sentiments de catholiques et de premiers colons de ce pays.”

Las d’exercer son fanatisme sur les vivants, le Mouveau-Monde s’en prend aux statues. ;

Il aura plus de chance. Ilen aura du moins autant qu’avec les statues pour lesquelles il s’imprime, c’est-à-dire qu'il réussira à créer encore plus d’étonnement que de dégoût, en dehors du petit cercle de vieilles croûtes mommifiées qui le soutiennent par la force d'inertie,

Il ne s’agit pas d'élever une statue au chef du protestantisme, mais à la reine d'Angleterre.

Il n’y a plus aujourd’hui de chef du protestantisme ; c’est là une de ces expressions banales, consacrées par l'usage, qui ont perdu leur sens avec la marche des événements et des idées.

Et quand bien même la reine Victoria représenterait le chef du protestantisme, je dirais encore: Elevez cette statue, élevez-la précisément en face de la cathédrale catholique.

Nous sommes un peuple formé de toutes les races et de toutes les religions. La plus large tolérance doit régner parmi nous. La statue de la reine d'Angleterre en face de Notre Dame serait un emblême de l'harmonie si nécessaire à notre bonheur et à notre acheminement vers nos destinées communes. |

Au lieu de la statue de la reine, j'aimerais à voir une église protestante s'élever en face des tours majestueuses de Notre-Dame. Cela serait d’un grand et magnifique exemple.

Sur cette terre donnée à tous les hommes, il ne doit pas y avoir un seul coin livré exclusivement à tel ou tel culte. Le Dieu des chrétiens est le Dieu de l’humanité.

Je sais bien que le Nouveau-Monde voudrait avoir un dieu à lui tout seul. Mais ce n’est pas la peine d’avoir créé les mondes, de régner dans l’espace, d'être infini par la durée, pour venir s’enfermer dans un atelier de bedeaux.

Quand le Nouveau-Monde aura prouvé que son Dieu est le seul vrai, alors il sera temps de mettre devant sa porte une statue avec cette inscription : © Hic est Lamarchi Deus qui fecit cœlum et terram, et omnia quæ vadunt, pruptereà Novum-Mondum, suæ delectatiouts operam.”

Ce jour-là, le Nouveau-Monde ressemblera au trône d'Isabelle II.

Depuis un certain temps, les lecteurs habituels du VNouveau-Monde restaient tout ébahis de l'intérêt qu'offrait tout à coup ce journal voué fatalement à l’insignifiance.

Sous le titre attrayant de Revue des Journaux Américains, le Nouveau-Monde donnait en effet tous les jours une série d'articles tellement sensés que ses lecteurs commençaient à le prendre au sérieux et à le ranger parmi les journaux ayant une signification.

Or, savez-vous de quoi étaient composés la plupart de ces articles qui faisaient oublier tout le reste ?

D'extraits du Messager Franco-Américain / / !

Le Messager Franco-Américain de New-York,—je ne dis pas cela pour vous, lecteurs de la Lanterne, qui savez à quoi vous en tenir, mais pour vous, consciences fragiles qui regardez le Mouveau-Monde comme votre colonne de lumière, —le Messager Franco-Américain est le journal le plus franchement et le plus dignement libre-penseur de notre hémisphère.

Voilà de quoi l’on vous nourrissait, chers agneaux qui pensiez paitre dans le champ du Seigneur : on vous faisait avaler l'impiété à grandes doses, et vous trouviez cela excellent, bien meilleur que des miracles.

Il est vrai que le Nouveau-Monde vous a tellement aveuglés depuis sa fondation que vous n’êtes plus capables de rien discerner.

Mais quoiqu'il fût assuré de votre ignorance qui lui est si chère,

* il se gardait bien toutefois, par pure sainteté, de créditer le Messager

Franco-Américain pour tous les articles qu’il lui dérobait afin de captiver vos yeux.

Que le Nouveat-Monde abuse de votre crédulité angélique au point de vous dire que les petits lépreux se transforment en Christs à discrétion, passe encore.

Mais qu’il fasse prendre pour siens des articles du Messager, voilà un de ces miracles qui feraient frémir l’évêque Bourget lui-même par leur audace.

‘“ On ne doit pas sa foi à qui ne la garde point à Dieu, ” a dit Innocent III déjà depuis six cents ans.

Innocent ciuquante, qui est le Mouveau-Monde, dit ou pense la même chose aujourd’hui.

Ce qui démontre le progrès que les idées font parmi la gent tonsurée.

Je viens de mettre la main sur un nouvel échantillon des marchandises cléricales.

On verra que notre digne clergé étend ses opérations de jour en jour. Jusqu'à présent il n'avait pas passé la Chine ; dernièrement il était rendu en Corée où il découvrait tout à coup 3,000 martyrs; maintenant, le voilà au Japon.

S'il n’y avait pas de martyrs partout, ça ne serait pas juste.

Il est probable que les nouveaux martyrs découverts au Japon viennent de ce que le Mikado, ou empereur, a retenu lés services de l’ex-lieutenant Grennell, un américain, comme chef du bureau de la marine, et qu’il a nommé le général Paul Frank, aussi de l’armée américaine, général-en-chef des forces militaires du Japon.

Peut-être aussi le dénier de St-Pierre n’a-t-il pas rapporté cette année autant que les années précédentes, ce qui a pour effet immédiat de créer une centaine de martyrs dans quelque pays très-lointain.

Ou bien encore on s’attend à l’arrivée au Concile œcuménique d'un certain nombre d’évêques râpés qui n’ont pas le bonheur de vivre dans un pays tondable comme le Canada, et comme la-religion est intéressée directement à ce que chaque évêque ne laisse pas de comptes à sa pension en quittant Rome, on a imaginé la petite pratique suivante, imprimée sur papier glacé et distribuée à profusion dans les maisons de Montréal : : ot |

Page 1