VIE DE SAINTE THÉRÈSE
Ecrite par elle-même, traduite d'après le manuscrit original, avec
commentaires historiques complétant son récit par le père Marcel
Bouix, de la compagnie de Jésus. !
4ème édition, L' Paris, Julien Lanier, Cosnaud et Cie., éditeurs, 1857.
Le père Bouix dit dans un avertissement : “ Le catholique peut avec confiance ouvrir les écrits de sainte Thérèse ; il sait qu’il y trouvera en pâture une doctrine céleste, ainsi qu’il est dit dans l’oraison pour la fête de sainte Thérèse. {à cœlestis ejus doctrinæ pabulo
e nutriamur, |
Le pape infaillible Grégoire XV a écrit: ‘“ Dieu a voulu que , sainte Thérèse arrosât l'Eglise par autant de sources fécondes de la , divine sagesse qu’elle nous a laissé d’écrits, cælestis sapientæ imbribus.” L : (Pourquoi Bouix traduit-il par sources, imbribus qui veut dire pluies ?) S Mais laissons parler la sainte :
. ‘ Il plut un jour à J. C. de me montrér sés mains ; la beauté en ÿ était si ravissante que je n’ai point de terme pour la peindre. . .. « “ Le jour de la fête de saint Paul, pendant la messe, J-C daigna ; m’apparaître dans toute sa très-sainte humanité....la grande beauté
des corps glorieux.... Sa’vue mé jeta dans des transports !l...,
| Un jour que je prenais mes délices avec mon divin maître... ‘ D’autres fois le démon voulut me tromper par une faussé appa- | rition, mais je reconnus le piège dans ces fausses apparitions de J-C, | On commence par goûter certain plaisir, mais on sent un amour qui n’a pas les caractères d’un amour chaste et pur. és
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“ Le divin maître, pendant deux ans et demi, me favorisa de cette vision; maintenant il m'en accorde une bien plus élevée dont je parlerai peut-être dans la suite.
“ Je contemplais cette beauté souveraine, cette bouche si belle et si divine, fortunés moments !
“ Souvent il me regarde avec tendresse ; mais mon âme ne peut soutenir la force de ce regard, elle entre dans un ravissement sublime.
“ Je me sentais embrasée d’un très ardent amour de Dieu ; je me sentais mourir du désir de le voir. Les transports de cet amour étaient tels que je ne savais que devenir; mon cœur était près d’éclater, on m'’arrachait l’âme.
“O mon adorable maître! vous me donnez les plus .endres témoignages de votre amour par une espèce de mort délicieuse,
‘“ Le ravissement l'emporte de beaucoup sur les grâces qui n’affectent que l'âme.
‘“ Dans le ravissement, Dieu veut que le corps lui-même vienne à se détacher absolument. . . . l'intimité de ce divin commerce.
‘“ Quel spectacle qu’une âme blessée par cette flèche céleste et consumée d’amour |
‘ Cette ardeur qui la brûle vient de l’amour que Notre Seigueur lui porte, c’est de ce brasier qu'est tombée l’étincelle qui l’embrase tout entière.
‘ Oh ! combien de fois, livrée à ce suave tourment, me suis-je souvenue de ces pe .sles de David :
‘ Comme le serf soupire après une source d’eau pure, je soupire après vous, Ô mon Dieu !
‘“ Le corps perd tout mouvement ; on ne peut remuer ni les pieds ni les mains ; si on est debout, les genoux fléchissent.
‘“ Les yeux demeurent fermés, quoiqu'on ne voulût pas les fermer.
‘ L'âme semble quitter les organes, la chaleur va lentement, s’affaiblissant avec une suavité et un plaisir inexprimables.
“Il est impossible de résister à cet attrait ; il fond sur vous avec une impétuosité si soudaine. ...
‘ Ce ravissemeni de toutes les puissances est très court !!1......
“ Ensuite se fait sentir le tourment de rentrer dans la vie.
“ La faible nature éprouve à ce moment si délicieux je ne sais fuel effroi dans les commencements,
‘“ Il faut que l’âme accepte à l’avance tout ce qui peut arriver, qu’elle s’abandonne sens réserve entre les mains de Dieu et se laisse conduire où il veut,
“ Une grande crainte, mêlée d’un très ardent amour qui s’augmente én voyant jusquà quel excès Dieu porte le sien ; non content d'élever l’âme jusqu’à, lui, il veut élever aussi ce corps mortel.
‘“ Dans ces moments d'extase, je voyais près de moi, à ma gauche, un ange sous une forme corporelle. Il était très beau, son visage était enflammé. ;
‘ Il avait dans la main un long dard qui était d’or et dont la pointe avait à l'extrémité un peu de feu. De temps en temps, il le plongeait au travers de mon cœur et l’enfonçait jusqu'aux entrailles ; —en le retirant, il semblait me les emporter avec ce dard et me laissait tout embrasée d’amour de Dieu !
‘“ La douleur de cette blessure était si vive qu'elle m’arrachait de “ faibles soupirs; mais cet indicible martyre me fa:sait goûter en ‘“ même temps les plus suaves délices. Ainsi je ne pouvais ni en “ désirer la fin, ni trouver de bonheur hors de mon Dieu Ce n’est “ pas une souffrance corporelle, mais toute spirituelie, quoique le ‘ corps ne laisse pas d’y participer à un haut degré. Il existe alors “ entre l’âme et Dieu un commerce d'amour si suave qu’il m'est ‘“ impossible de l’exprimer.”
Mais il faut s'arrêter, il } a des passages que je n’oserais faire imprimer, Ici même je dois rappeler que le pape infaillible Grégoire XV appelle cela “ des écrits empreints de la plus éminente piété et une pluie de divine sagesse.”
La scène de l’ange à la flèche a été particulièrement honorée de l'approbation du pape infaillible Benoît XIII, qui, le 25 mai 1726, accorda aux religieuses du Carmel “ un office propre pour la éransverbération du cœur de sainte Thérèse, et un autre pape également infaillible, Benoît XIV, a ajouté une ‘ indulgence plénière ” pour ceux qui visiteront les églises du Carmel, depuis les premières vêpres de la transverbération du cœur jusqu’au coucher du soleil.
Je pourrais prolonger ces citations à l'infini ; le volume, qui a 627 pages, y passerait tout entier. On y trouve à chaque instant des phrases comme celles que je vais encore prendre au hasard, en ouvrant le livre.
L'ineffable, l'adorable beauté de cet homme-Dieu, ”
‘ Jésus-Christ me dit en me témoignant beaucoup d'amour ; Tu es mienne, je suis tien.
— O bien-aimé de mon âme, répondis-je, comment l’amour que vous avez pour moi laisse-t-il entre nous une si grande inégalité ?” etc.
Ces citations sont prises textuellement d’un livre écrit par une sainte, approuvé par une foule de directeurs, car la sainte en changeait souvent, tous “ flambeaux de piété,” plusieurs d’entre eux ‘“ lampes que Dieu mettait sur le chandelier ” (ce qui veut dire qu'ils étaient évêques ou chargés d’autres dignités ecclésiastiques), l'un même tellement saint qu’il était vêtu de lames de ferblanc qui lui entraient dans la peau.
Ce livre, approuvé par trois papes, est tel que plusieurs lecteurs de la Lanterne ne laisseront pas traîner le présent numéro dans leur maison, s'ils ont des jeunes filles qui ne sont pas destinées à ce degré de sainteté,
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Notez que sainte Thérèse fonda plusieurs couvents, et que, dans les appendices et commentaires ajoutés à sa vie par le père Bouix, de la compagnie de Jésus, on cite une demi-douzaine de filles qui, à l'exemple de sainte Thérèse, avaient ou feignaient des hallucinations érotiques.
La ‘“ transverbération du cœur ” est une expression dont n’oseraient pas se servir les gens du monde. Que diriez-vous, madame, d’un homme de votre societé qui vous dirait : ‘“ Je désire ardemment vous transverbérer le cœur? Mme Trois-Etoiles s’est fait transverbérer le cœur par M. Quatre-Etoiles, etc.” ;
Il est ainsi quelques termes singuliers, adoptés par les gens d'église. Ils ne diront jamais qu’ils ont eu un plaisir, mais “ une consolation. ”
‘“ J'ai eu la consolation d'entendre de belle musique.
“ J'ai eu la consolation de manger un excellent perdreau truffé. ”
Connaissez-vous une habitude plus sottement despotique que les visites du jour de lan? Tout le monde.l’exècre, et tout le monde la suit, La mode est le plus implacable des tyrans, parce qu’elle s'impose à ceux-là mêmes qui sont libres de la repousser.
Mais que dire de ceux qui, non contents de faire cent visites à leurs amis et connaissances, en font cinquante autres à ceux qu’ils ne connaissent pas, dans l'espoir de ne pas être oubliés à leurs bals ou soirées du carnaval De ceux qui choisissent précisément le jour où le nombre des amis vous accable, pour venir y ajouter celui des inconnus ?
Quel mal vous ont donc fait les malheureuses que vous assommez de vos souhaits, qui ne vous ont jamais vus, où qui ne vous connaissent de nom que pour désirer de ne pas vous connaître davantage ?
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Oui, il est des individus qui préparent huit jours à l'avance une liste de ceux qu’ils vont tourmenter de leur présence sous prétexte de nouvelle arnée, qui en parlent à tous ceux qu'ils rencontrent, leur demandent d'y ajouter de nouveaux noms, et qui, le jour venu, ont bien garde d’en oublier un seul. |
Se condamner à dire et à s'entendre dire cent fois dans une même journée :
Je vous souhaite une heureuse année, madame,
—Merci, monsieur, moi aussi.
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