‹ La lanterne [microforme]Chapitre 6 sur 73 · MONSIEUR · texte numérisé non relu

MONSIEUR

Comme vous avez été le premier à annoncer dans la Lanterne l'établissement d’une parfumerie religieuse, je me hâte de vous faire savoir que je dois avant peu commencer une exploitation de ce genre,

afin d'augmenter le nombre des bonnes œuvres instituées à Montréal, mais dont les bénéfices s'évaporent toujours mystérieusément, sans qu’on sache qui les retire.

Pour mériter l’encouragement que je sollicite, je déclare que tous les profits réalisés par moi seront employés au recrutement de l’armée pontificale, attendu, comme dit l'Univers, que

Si Pie 9 avait de l’argent et voulait simplement ouvrir les yeux sur les d'‘sertions italiennes, il ne erait pas à avoir à son service la majeure partie des troupes de Victor-Émmanuel,

“Voici quelques uns des articles que j'offrirai d’abord en vente pour faire voir la sainteté de mes motifs,

Protoxide de remords pour prévenir l’impénitence finale ;

Pilules anti-schismatiques pour empêcher !es apostusies ;

Extraits de mandements pour guérir de la manie des théâtres ;

- Poudre d’Amalfi pour arrêter les incursions des buffles impies dans les capitales ;

‘Vous avez pu voir, M le rédacteur, que le Moureau-Monde a retiré son annonce de la pharmacie spirituelle depuis que vous en avez parlé. Je n'ai donc plus à craindre de concurrence. La raison en est sans doute que cette pharmacie n'étant qu’une pharmacie de porhe, était établie sur un trop petit pied pour réussir. La mienne échappera à cet inconvénient par l'extension que je lui donne.

J'ose compter, monsieur, que vous voudrez bien en favoriser l'établissement, ”

Je ne saurais trop féliciter cet honnête industriel de la résolution qu'il a prise. Son projet répond à un des grands besoins de notre époque. On avait bien jusqu'à présent toute espèce d'excellents

remèdes, comme le denier de Saint-Pierre, les indulgences. .. .ete...

mais la demande étant devenue hors de proportion avec l'offre, il est. -nécessaire de créer de nouveaux produits qui satisferont toutes les

cônsciences avides, “"*

Parmi les bénédictions célestes qui ont été prodiguées au Canada pour l'envoi à Rome de cent cinquante zouaves pontificaux, on remarque l'élévation de trois canadiens au grade de caporal.

En revanche, le Witness de Montréal affirme, d’après L'Echo d'Italia, que s’il y a trois zouaves canadiens caporaux, il y en a cent atteints de maladies honteuses, qu’il ne nomme pas, s’imaginant que

les gens devineront de quelle maladie honteuse peut être affligée cette

milice sanctifiée par toutes les bonnes œuvres.

Sans doute qu'en attendant l’occasion de les purifier par le feu des batailles, la Providence a voulu rappeler à ces soldats de la religion, de la vertu, de la morale chrétienne, de la pureté évangélique, qu'ils sont encore peccables et sujets à tous les maux de l’humanité généralement quelconques.

Ne pouvant me faire supprimer ni emprisonnér, les journaux cléricocaux ont entrepris de me rendre fou.

Deux peuples qui se font la guerre ont des instants de trève ; deux ennemis acharnés, après un long combat, font la paix. Mais pas de répit, pas de trève, pas de repos pour celui qui se bat avec les stupidités du Nouveau-Monde.

Il faut que ce journal cesse de paraître, ou je deviendrai fou. Oui, je vous ie jure, je ne pourrai résister trois mois de plus à l’amas de platitudes qu'il imagine encore tous les jours, après en avoir expectoré pendant un an.

Depuis une semaine, il a trouvé moyen de nous administrer deux miracles, dans un siècle où l’on ne croit plus aux pilules.

Le premier a été fait pour le père d’un zouave pontifical qui, atteint d’une maladie mortelle, s'est guéri tout à coup, grâce à Saint Joseph, et s’est mis à sauter comme une carpe.

Le second concerne les hommes de cages, (1) dont l’un ayant dû son salut a la Sainte Vierge qu'il invoqua en pressant son scapulaire sur son cœur avec confiance, publia le fait à la louange de son auguste protectrice, et, dès le lendemain, plusieurs de ses ns, se er se présentèrent au couvent vis-a-vis duquel avait eu lieu le naufrage, pour demarider des scapulaires.

Dieu à daigtoé bénir ces nouveaux zouaves, ils n’ont ir aucun accident cette année, tandis qu'ils ont vu plusieurs cages se briser dans des rapides qu’ils venaient de traverser. ?

C’est cette modeste fleur de dévouement et de reconnaissance envers le Cœur

de Jésus que nous osons offrir a la bienveillance du Messager, afin que, par son en le parfum s’en exhale à la gloire de ce divin Cœur,—Messager du Cœur de

Hu L)

(1) On appelle communément ‘* cages ” des trains de bois.

Ce sont là les contes de vieille femme que le Nouveau-Monde

offre quotidiennement à ses lecteurs.

sw"

Ce qui m'étonne, c'est que le Canada ne soit pas peuplé aujourd’hui exclusivement de bêtes, mais là ! de vraies bêtes, allant à quatre pattes, car il y en a assez de ceux qui n’en ont que deux.

Il faut que notre peuple ait une intelligence hors ligne pour avoir résisté depuis dix ans à des journaux comme le Nouveau-Monde, le Courrier du Canada, le Journal de Trois-Rivières, l'Union des Cantons de l'Est et la Minerve dans laquelle je lisais, l’autre jour, cette annonce : “ On demande un jeune homme pieux dans un magasin de chaussures.”

Comment trouvez-vous ce rapprochement du cuir et de l’eau bénite ?. Quelle consolation pour les gens bien-pensants que d’enfermer leurs pieds dans des chaussures vendues par un jeune homme qui a fait ses pâques |

Après cela, il n’y a plus qu'à tirer l'échelle, diraient les uns. Moi, je vous prédis ceci :

Avant trois mois, si cela continue, on ne voudra plus se chausser qu'avec du cuir de veau béni, pour éviter les faux pas, ou bien du cuir de marsouin consacré, qui fera gagner des indulgences à ceux qui le porteront.

PA

La Minerve annonce que la reine d'Espagne est tombée parce qu’il lui manquait un homme.

Il est vrai que son mari n’en était pas un, mais elle a su en trouver ailleurs, et plus d’un, même.

La reine très-catholique avait des maréchaux qui étaient des hommes, et ils l'ont bien fait voir, et la reine en a d'nné la preuve six fois, pendant que son mari, vain simulacre d'époux, admirait, sans pouvoir l'expliquer, la fécondité de son impuissance.

“ Il lui fallait des ministres énergiques, continue la Minerve.

Je ne sais ce qu'elle entend par ministres énergiques. Il est à ma connaissance que ceux qu'a eus la très-pieuse fille chérie de l’église ont fait fusiller un quart des Espagnols et déporter un autre quart.

: Probablement que pour être énergiques, il leur aurait fallu en fusiller une moitié et déporter l’autre.

À ce compte, il est certain que la reine serait encore sur le trône.

À quoi tiennent les monarchies de droit divin ! A un homme!!!..…,

* LE

Parmi les dernières améliorations introduites À Québec, on° remarque un' quartier spécialement réservé aux loups-cerviers.

Ce quartier comprend les rues Fabrique et Saint-Jean, les deux rues fashionables.

Les ministres de la province étant établis permanemment à

Québec, on a compris qu ait avoir des forêts de l’état, pour qu'ils pussent occuper digner «rs nombreux loisirs.

Le prochain rent” Xe chasse aux animaux à fourrures aura lieu à Québec, en © «e prochain.—

Un British, tou :mment déballé d'outre-mer, a pris les devants, croyant que puisqu'il y avait des loups-cerviers, il pouvait aussi bien y avoir des ours, et il s’est rendu à Québec pour leur faite la chasse.

Quelques personnes bien renseignées de l’endroit l'ont dissuadé de son projet, en lui faisant comprendre, à grand'peine, que toutes les bêtes de la création ne pouvaient pas hakiter en même temps la capi-

tale,

Les journaux d'Italie annoncent que Fransoïs IT, l'ex-roi de Naples, abdique en faveur de son frère, le comte Girgenti.

En voilà un qui ne se presse pas. Voilà huit ans qu’il a perdu son trône, et c’est d'aujourd'hui qu’il l’abdique !

1 n’y a que ces gens-là pour nous donner le fou rire.

Mais le plus drôle sera de voir le Nouveau-Monde prendre la chose au sérieux, et conseiller au roi sans royaume de ne pas abdiquer.

LE CONCERT PRUME

‘ Montréal, comme centre d'attraction artistique, dit la Minerve, ne se croit pas du tout à plaindre. Avec Prume et Madame Petipäs, deux : réputations européennes, nous laissons volontiers à New-York ses combinaisons Bateman et Grau, pour conserver nous-mêmes la véritable suprématie du bon goût en Amérique.

On connait Madame Petipas, M. N. Mairovitch et M. Mayerhoffer. On s’est acharné à les applaudir, et les applaudissements n'étaient pas volés, ”

Il est bon d'observer, avant d'aller plus loin, que ce n’est pas nous qui laissons à New-York les combinaisons Bateman, ce sont elles qui nous laissent——que tant que la troupe Bateman est restée à Montréal, la ville entière s’est précipitée à ses représentations comme une véritable furie, malgré la concurrence qu'ont essayé de faire les jésuites——que là où nous donnons les plus remarquables preuves de bon goût artistique, c’est aux concerts de ménestrels, aux jeux de cirque, aux séances de nécromanciens, auxquels nos gens accourent avec fureur......

Ensuite, il faut observer qu’on ne fait reuve de bon goût en mettant ensemble Mme PETIPAS et M. “'Mairovitéh.

J'ai déjà dit dans mon premier numéro que les pires imbévi'es sont ceux qui l’ignorent au point de se croire fins, et que ceux-là ont invariablement un penchant étrange, qui est de faire des comptesrendus pour la Minerve, Faut-il que je le redise ?

Dieu qu’il m'en coûte d’être toujours sur le dos de mes confrères ! Mais pourquoi sont-ils toujours sur mes nerfs ?

Nous avions jeudi dernier deux grands artistes, Prume et Mme Petipas. Quelle idée a-t-on eue d'aller fourrer là Narcisse Mairovitch ? Quelle idée a-t-il eue d'aller s’y fourrer lui-même f

Je ne dis conviens pas que Narcisse ait une voix, mais pas pour chanter. Il est bien mieux quand il tousse.

Il n’a donc pas d'amis, ce pauvre jeune homme !

Voilà Madame Petipas, une artiste nécessaire dans notre ville, une femme dont la longue perfection et les leçons savantes sont indispensables à toutes nos jeunes filles qui ont des dispositions musicales, et vous lui servez des comptes-rendus de Minerve pour reconnaître son talent et l’encourager ! !

Nom d’une clarinette ! ceci me froisse.

Ah ça ! dans le grrrand parti conservateur, vous ne trouv.. donc pas un homme capable d’écrire deux lignes supportäbles ! Importezen, que diable! et ne faites pas payer vos lecteurs pour les rendre idiots,

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