LE PAPE
(Extrait des Guêpes d'Alphonse Karr)
‘“ A propos de pape, la vocation réelle du comte de Mastaï Ferretti était pour l’état militaire. On assure même qu'il à porté quelque temps les armes ; c'est la faiblesse de sa santé qui le décida à entrer dans la carrière ecclésiastique, où il est devenu pape sous le nom de Pie IX. Ce goût paraît s'être singulièrement réveillé depuis quelque temps. Les journaux religieux sont remplis de ses préoccupations belliqueuses. ‘“ Le saint père, qui avait daigné visiter une “ partie de ses milices à la Rocca-di-Pacha, a été hier visiter une autre ‘ partie de ses braves défenseurs (je cite textuellement), au bruit des “ salves d'artillerie et des fanfares militaires. Le saint-père a par- “ couru le camp dans toute sa longueur.
‘ Le saint-père a célébré la messe militaire et a donné la bénédic- ‘tion, puis il a déjeuné, entouré de ses officiers.
“ Les troupes ont rendu au pape les honneurs militaires.”
Voilà pour le côté guerrier; voici qui regarde le successeur de l’humble Pierre, le serviteur des serviteurs de Pierre ;
‘“ Le saint-père a daigné admettre au baisement des pieds les offi- “ ciers des troupes qui sont au camp. ?
“ Le saint-père a daigné admettre au baisement des pieds une “ grande partie de la noblesse et de la fleur des habitants de Rome, et “ des religieux, et des religieuses. ”
Le saint-père a enfin livré ses pieds sacrés aux baisers de la multitude.
‘“ Sa Sainteté a distribué des médailles à toutes les personnes qui “ ont eu l’honneur de lui baiser les pieds. ”
Le saint-père donnant la bénédiction à son armée se rend-il bien compte de ce qu’il bénit? Il bénit les sabres, les fusils, les bayonnettes, la poudre et le plomb. Il appelle sur des chrétiens les blessures et les plaies ; il bénit le sang et la mort, ”
Pour ce qui est du ‘ baisement des pieds, ” il est à remarquer que les rois d'Occident n’ont jamais osé se laisser baiser, que la main, quoique la race des courtisans se soit montrée de tout temps disposée à leur baiser n'importe quoi.
(Je porte envie à quelqu'un qui, la semaine dernière, a signalé le crime de lèche-majesté.)
En effet, ce genre de criminel est le malheur des peuples et la perte des rois.
Du temps de la royauté, il était d’étiquette qu’une femme, présentée pour la première fois, s’inclinât devant la reine et prit le bas de sa robe comme pour la baiser, mais la reine devait faire un pas en arrière et ne pas le permettre.
Ce qui est incontestable, c’est que la présence du pape dans les camps doit très heureusement modifier les habitudes militaires. Deux officiers se rencontrant le matin ne se disent plus: “ Venez-vous prendre un werre d’absinthe ? ou : Acceptez-vous une chope de bière } 't
L'un dit à l’autre :
“Venez-vous baiser les pieds ? c’est moi qui paye.”
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é le
et la Un mal avisé demandait l’autre jour à une excellente dame si elle
lisait la Lanterne.
sen- ‘ Moi ! lire la Lanterne! s’écria-t-elle, j'aurais peur de tomber foudroyée, ”
le ga Je raisonne comme suit. Si vous, madame, vous tombez fou-
rière droyce, rien qu’à lire la Lanterne, c'est bien le moins que moi, qui la É compose, je sois pulvérisé, réduit en charpie.
, les Eh bien! c’est depuis cinq semaines précisément que ma santé
)eux redouble de vigueur. Je menace de devenir formidable,
vous Autre raisonnement. De tous ceux qui me lisent, et il y en a
re 2” 1200 par semaine, sans compter ceux qui lisent la Lanterne sans
l'acheter, il n’en est aucun qui soit tombé d’apoplexie foudroyante.
Si je n'avais qu’une dizaine de lecteurs, on aurait bien trouvé le moyen de faire quelque petit miracle. Mais allez donc démolir 1200 individus par semaine, pour prouver que Dieu est avec vous.
Cette manie d'empêcher de lire de braves femmes, afin qu’elles gardent tout leur argent pour acheter des scapulaires et des images, me remet en mémoire la petite anecdote qui suit:
Une jeune fille des environs de Montréal voulait avoir quelque chose à lire, ce qui est rare ; elle va trouver une personne de l'endroit qui lui prête le Journal des Familles. Le curé en a vent, fait mander la jeune fille, prend son livre, et, deux ou trois jours après, lui ordonne de le rendre à son propriétaire, ce qu’elle fait incontinent. Etonné, celui-ci lui demande si élle a déjà lu tout ce gros volume: ‘“ Non, répond-elle, mais le curé m’a ordonné de vous le remettre en me disant que ous les livres étaient mauvais. : :
Ce qui démontre que le clergé tout entier n’est pas prêt à faire des sacrifices pour l'éducation.
Il en fait comme corps. Quant à ses membres pris séparément, ils y sont courageusement opposés,
La jeunesse, jusqu’à présent conservatricemais intelligente— j'appuie sur le contraste, commence à se séparer d'avec le parti ultraconservateur et absolutiste, ce parti que John Bright appelle stupide.
En effet, on voit, dans le comté de St-Maurice, M. Gérin-Lajoie se présenter contre le Dr. Lacerte que patronne le Journal des Trois- Rivières, organe stupide dwparti, nop, organe du parti stupide, et M. H. Fabre, de l’Evénement, Provancher, de la Minerve, et Chapleau aller à sa rescousse.
Ainsi, toute l'intelligence d’un côté, et toute la sfupidité de l’autre.
Avec quel empressement, quelle avidité, cette jeunesse s’est lancee dans cette lutte, où elle n'avait plus à craindre de se compromettre, contre l’odieux absolutisme qui l’oppresse depuis dix ans !
Qui l’emportera } Les stupides n’ont plus à leur disposition les refus de sacrements, les discours politiques en pleine cl..ire, les ordres formels des curés de voter contre M. celui-ei parce qu’il est rouge... etc....
D'un autre côté, nous sommes à Trois-Rivières! qu'on y songe. La lutte sera rude.
* Pourquoi ceux qui estiment l'appui du clergé comme indispensable à leur avenir, à leur commerce, à leurs entreprises, qu'elles qu'elles soient, n’arrivent-ils qu'à la médiocrité où à Pimpuissance ?
C’est que ceux-là n’ont pas de force par eux-mêmes; c’est que, pour réussir, il faut avant tout compter sur soi; c’est que le clergé ne vous accorde sa protection que parcimonieusement, afin que vous en ayez toujours besoin ; c’est qu'il utilise à sou ,rofit vos talents, vos connaissances, votre sèle, et ne vous donne en échange qu'un simulacre d'appui, parce qu’il ne dépend pas du clergé de changer l’ordre naturel des choses, de faire que les clients ou le public aïent recours à un homme médiocre plutôt qu’à un homme de talent.
Le clergé n'a d’empire que celui qu’on lui laisse prendre, et de puissance que celle qu’on lui abandonne.
Jeunes À er bannis:ez donc cette crainte puérile, cette pensée indigne. Ne vous faites plus d’idoles ; on en fait assez sans vous.
Deux prêtres très connus, ot bien mis du reste, sont venus à l'Institut-Canadien la semaine dernière et sont entrés chez le surin-
tendant qui occupe le bas de l'édifice.