‹ La lanterne [microforme]Chapitre 63 sur 73 · DES ODEURS SPIRITUELLES · texte numérisé non relu

DES ODEURS SPIRITUELLES

Il est une expression, —je ne sais si elle est encore en usage à la cour de Rome, mais elle l'était à coup sûr du temps de Louis XIV, et on la trouve dans Saint Simon.—On disait et on dit encore un cardina) in petto, “est à di:e dans la poitrine, dans le cœur, dans la pensée du pape. On lit dans Saint Simon, plusieurs fois. “ Le saint-père fit savoir au roi que, pour lui être agréable, il ne tarderait pas à expectorer tel ou tel évêque recommandé par la cour pour le chapeau rouge.” Ce mot ne se dit dans le langage mondain qu’en pharmacie.

Il est une autre forme métaphorique dont on a abusé au point de lui donner un corps et d’en faire une réalité, c’est l’odeur de sainteté ; cela, pendant longtemps, je le répète, n’a été qu’une formule métaphorique ; ainsi on dit à chaque instant dans les affaires de canonisation ‘“ l’odeur des vertus. ”

Dans la vie de saint François-de-Paul on lit que ses disciples, les minimes, sont, ‘“ la bonne odeur de JS. C. ” (à propos des minimes, Mme de Sévigné raconte ceci: “ Les Minimes de la Provence ont. dédié une thèse au roi (Louis XIV), où ils le comparent à Dieu, mais d’une manière qu’on voit clairement que Dieu n’est que la copie.)

Je ne discuterai pas le goût de cette métaphore, mais je constate seulement que c'était une métaphore à laquelle on a voulu donner un sens physique. Mourir en odeur de sainteté voulait dire: mourir avec une réputation de sainteté, comme ‘l'odeur des vertus ” veut dire la renommée des vertus qui s’étend au loin comme un parfum. A la convention nationale, un orateur, en annonçant la mort de Mirabeau, dit : Mirabeau est mort hier ‘ en odeur de patriotisme. ”

L'amcur du merveilleux a changé cela, et on veut aujourd’hui que les saints exhalent après leur mort une odeur particulière extrêmement suave, que l’on ne définit pas autrement.

Cette odeur de sainteté.—devenue non plus une figure mais une réalité physique, —est empruntée à l'antiquité et au paganisme.

Plutarque parle de l'odeur délicieuse qui s’exkalait du corps d’Isis,—odeur qu’elle communique aux femmes de la reine de Byblos en touchant leurs cheveux.

On sait que les courtisans d'Alexandre lui avaient fait croire que sa sueur sentait la violette ;—celle de Mahomet, disent les musulmans, exhalait une suave odeur de rose.

Les derniers miracles essayés de ce temps-ci n'ayant pas réussi, il serait bon d’en finir avec ce merveilleux. Les soutiens de l'Eglise

nt aujourd’hui sont beaucoup moins guidés par la foi que par le désir de re prendre leur part de son reste de puissance. Tout est spéculation, et je ne m’étonnerais que médiocrement de lire un de ces jours à la 4e s : page de certains journaux : :

Parfumerie catholique

Sérieusement, la vie de ces saints est-elle un bon exemple? A l'exception de saint Vincent-de-Paul, et peut-être d’un ou deux autres, quels sont ceux dont la mémoire se recommande par un véritable

la service rendu à l’humanité ou À la société? Quels sont coux qui ont

et montré dans leurs inutiles et puériles austérités un autre sentiment

be ‘ qu'un froid égoïsme sacrifiant devoirs et famille à la crainte des

supplices de l'enfer et à l’espérance d’une félicité éternelle pour

re eux-mêmes, dont ils rêvaient d’étranges détails.

c- Sérieusement, un homme qui fend du bois pour nourrir sa famille, ME

U ou bêche la terre pour faire croître un brin d'herbe, une femme qui l

e. fait la soupe pour son mari et ses enfants et leur tricote des bas, sont ni

Le: plus agréables et plus obéissants à Dieu, et d’un meilleur exemple Ê

ls pour les hommes, que ces fainéants, ces hallucinés, et ces hystériques, 14e

à que l’on propose et parfois que l’on impose à la vénération. Ml

à- Ne fera-t-on pas quelque jour un alinanach où chaque jour on lira hi: le nom d’un de ceux qui ont été les bienfaiteurs et si souvent les ELA -

>g, martyrs de l'humanité ? 1

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“Vous qui m'écoutez, jeunes gens de Montréal, sachez être les maîtres de vos destinées. Enlevez la place d'assaut, dûssiez-vous pour cela vous rendre jusqu’à New-York, comme cela vient d'arriver, et vous aurez étouffé dans sa boue l'intrigue acharnée à vous perdre.

Il ne faut plus que ce soient les commères qui dirigent notre monde, il faut œue ce soient vous.

Arrivez, et civangez la face d’un peuple trop longtemps abruti.

+ al *x * 4!)

Devant vous s’effacent deux générations, la plus vieille dans son ‘ineptie dévotieuse qui a fait le blocus des idées, l’autre dans son impuissance.

Elles s’effacent lentement, il est vrai, mais leurs traditions s’effacent plus vite. Dans une société jeune, les idées coulent comme un flot dès qu’elles ont pu trouver leur lit.

Je vois l'avenir plein de riantes promesses, sortons une fois de J'ornière, et nous aurons bientôt gravi les pentes.

Pa Le tout est doser. C’est difficile, je le sais : vous arrivez sur une scène où vous ne trouvez que des exemples de faiblesse et qu’une tradition politique, la plus funeste de toutes, la génératrice de tous les fl avortements, celle du juste‘milieu, du compromis. | Ménager la chèvre et le chou, tel est l’axiôme qué vous laisse une 14

école de politiqueurs expirant sous les coups d’une autre école qui, elle, ne ménageait rien, qui a tué la chèvre, et pris le chou.

D'ailleurs, pour être sûr de parvenir au but, il faut chercher à le dépasser. Quand on ne veut que l’atteindre, :l est rare qu’on ne reste pas en deça.

Il faut vouloir le plus pour avoir le moins.

Jeunes gens, soyez extrêmes. Ne :edoutez pas ce mot. C’est. dans l'extrême seul qu’on touche le vrai ; la vérité n’est jamais à michemin.

Nous vivons dans un pays où nous n'avons pas le choix des moyens, parce que le mal est trop avancé pour qu’on fasse l'essai de différents remèdes ; nous n’en avons pas le temps ; arrachons la dent. qui pourrit ; lui mettre un calmant, c’est vouloir en souffrir encore bien plus le lendemain.

Si nous avions affaire à une population qui eût quelque teinte des choses publiques, si des arguments pouvaient arriver jusqu’à elle, s’ik y avait conflit de vues et d'opinions sur la manière d’atteindre le but, on pourrait varier les expériences ; mais en présence d’un peuple qui se tient devant une idée comme une bête à cornes devant un chemin de fer, il n’y a qu'un moyen, c’est de le prendre par le chignon du cou, le jeter dans le char à bétail, et maintenant file,

Je serais bien curieux de savoir ce qu’ils pensent aujourd’hui, tous ces libéraux de la vieille école, la plupart libéraux mais catholiques, nuance de pain d'épice, qui, lorsque je parus avec la Lanterne, s’écrièrent tout d’une voix. : ‘“ Il est donc devenu fou, Buies, à quoi songe-t-il? En Canada, faire du radicalisme ! Attaquer le trureau par les cornes (taureau veut dire prêtres)! Après cela, s’il veut se faire pendre, c’est son affaire ; dans tous les cas, il ne se rendra pas au cinquième numéro.”

Je ne suis pas encore pendu ; voici le No. 26, et comme un dogue j'ai sauté au nez du taureau, et je m'y tiens.

Que dites-vous d’un médecin qui écoute son malade? Voilà. cependant ce qu'était Le libéral de la vieille école.

Mais il écoutait encore moins les répugnances du public que ses propres craintes. Il prenait volontiers sa faiblesse pour le malheur des temps.

N'osant affronter l'ignorance publique, il la caressait. Il avait.

mille petits moyens détournés, et lorsque parfois le hasard le faisait. réussir, il croyait à un grand pas fait par l’opinin publique—oui, il

avait cette illusion, de croire à l'opinion publique et de vouloir l’attirer à lui.

I] disait par exemple “ À jésuite jésuite et demi” ; mais comme il est impossible d’être jésuite ef demi, que toutes ces petites manœuvres-là laissaient toujours voir le bout de la ficelle, et comme le libéral avait affaire à des gens beaucoup plus adroïits que lui, il en résultait que cette rusée tactique nous faisait perdre du terrain tous les jours.

Aussi qu’étions nous devenus ? On ne comprenait même plus ce que signifiait le mot libéralisme et toute la polémique des journaux se réduisait à discuter le sens de cette expression, en l’obscurcissant de plus en plus. :

Pourtant, c'était bien clair,

Le parti libéral boîteux, incertain, chancelant, presque anéanti

par la confédération, faisait entendre ses derniers râles dans la mare

où il s’éteignait.

Aujourd’hui, il commence à renaître, grâce au tableau navrant que nous offre le parlement provincial fle notre complète nullité et de notre infériorité honteuse.

On leur met le nez dans leur pourriture, aux Canadiens, et ils commencent à sentir.

#4 Jeunes gens, l'avenir est à vous ; assez des phraseurs, des discuteurs, des conciliateurs, des épargneurs, il faut maintenant des hommes d'action.

Arrivez, la baïonette en avant, et faites une charge à fond de train.

Je vous dis que vous resterez les maîtres, que vous n'avez qu’à vous montrer, et vous pouvez m'en croire.

M. Tremblay, le député de Chicoutimi, veut à tout prix qu'il y ait un Canadien-français capable d’être commissaire du chemin de fer intercolonial.

Il nourrit de plus la douce illusion que le parlement de Québec puisse s’occuper de ce qui concerne directement notre province, et il a voulu faire des observations sur le choix arbitraire de M. Brydges qui nous est imposé par l’omnipotence fédérale, sans qu’on nous croie dignes d’être consultés.

M. Chauveau, qui est un grand ministre de province, l’a vite rappelé au sentiment de notre situation, en lui faisant comprendre que le parlement de Québec est comme les anciens parlements de France, sans aucune attribution politique, avec cette seule différence

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due les parlements français ne faisaient qu'enrégistrer les édits du roi, et que celui. de Québec enrégistre les édits d'Ottawa et des évêques, Pr

Lorsque cette question vint sur le tapis l'automne dernier, la Minerve avait trouvé justement la réponse qu’il faut. Je ne puis m’empêcher de la reproduire :

“ Quand il n’y a plus en jeu qu’une question d'argent, ce n’est pas la nationalité qu’il faut invoquer, c’est la capacité. On dit que c’est M. Brydges qui va être le commissaire pour le Bas-Canada. Trouvez un homme plus expérimenté que lui dans les questions de chemin de fer; tâchez surtout que ce soit un canadien-français, et si on ne le nomme pas, alors vous pourrez crier et nous crierons avec vous qu'on a commis une injustice.

‘ Dans une entreprise de la nature du chemin de fer intercolonial, où, une fois le tracé choisi, il ne reste plus que des intérêts matériels à régler, ce n’est pas de telle ou telle nationalité qu'il doit s'agir, c’est de savoir où est le plus capable et le plus habile de chaque province.

Quel est le canadien qui s’est fait une réputation dans les chemins de fer et dont les connaissances spéciales pourraient être utiles au pays: pour le chemin de fer intercolonial ? En affaires comme en affaires. Pas de distinction de races où il n’en faut pas.”

Voilà. Ceci est tout bonnement irréfutable.

Mais si c'était moi qui l’eût dit, on m'aurait trouvé impie et surtout immoral. Le Nouveau-Monde, qui a appris à écrire dans lesyllabus, eût même ajouté i9noble.

Que voulez-vous? Rien n’est immoral, impie et ignoble, comme

ce qu’on ne peut pas réfuter.

Je lis dans un journal étranger qu’une pétition demandant l’expulsion des Jésuites a été présentée à l’empereur de France.

J’y remarque les paroles suivantes :

‘“ En vous demandant d’expulser les Jésuites de France, nous nefaisons que réclamer contre eux l’exécution d’une loi qui n’a jamais été révoquée. Le scandale honteux qu’ils viennent de donner à Bordeaux, et qui a attiré sur eux un châtiment bien mérité, démontre qu’ils ne reconnaissent d'autre autorité que la leur, et que le ministre de Finstruction publique reste désarmé devant leur puissance,

‘ Si de tels faits avaient eu lieu sous Napoléon I, leurs collégeseussent été fermés dans les vingt-quatre heures par le grand-maître de l’Université.

‘“ Les Pères n’obéissent qu’à une autorité, celle de leur général qui, comme le pape, commande wrbi et orbi, et devant qui le souverain. qui les accueille ne devient qu’un instrument. . &. .”

Cette pétition est accompagnée des citations suivantes :

“ Les Jésuites sont les ennemis de Dieu (L'abbé Cabrol).

Les Jésuites laissent-toujours après eux une trace de sang et da poison (Napoléon I).

Aux Jésuites nous ne devons rien que l'expulsion. (Thiers. )”

Là * *

A ce propos, il ne serait peut-être pas déplacé que je mette sous les yeux du lecteur quelques passages du discours de l’archevêque de Malines, De Pradt, dans lequel je trouve l’énumération suivante de toutes les expulsions que les Jésuites ont subies ‘epuis trois siècles,

P 154— Nota.

De Saragosse en 1555 | De Venise en 1606, 1612

De la Palestine en 1566 | Royaume D’Amura De Vienne en 1568 au Japon 1613 D’Avignon 1570 | Bohême 1618 D'Anvers, de Ségovie, du | Moravie 1619 Portugal 1578 | Naples et Pay-Bas 1622 D'Angleterre 1579, 1581, 1586 | Chine et Inde 1622 Du Japon 1587 | Malte 1634 Hongrie et Transylvanie 1588 | Russie 1676, 1723 Bordeaux 1589 | Savoie 1729 De toute la France 1594 | Portugal . 1759 Hollande 1596 | Espagne 1767 Ville de Tournon 1597 | Royaume des 2 Siciles 1767 Du Béarn 1597 | Duché de Parme 1768 D'’Angleterre de nouveau 1601 | Malte de nouveau 1768

Idem ce 1604 | Rome et toute la chrétien-

Dantzick & Thorn 1606 neté 1773 Expulsions partielles ou générales, —37

P. 157-....Ils (les Jés :) font mourir dans la douleur le cardinal de Tournon, légat du Pape pour constater l’état de leurs missions d’Asie ; ils font craindre un sort aussi cruel à Palafor, chargé par le roi d'Espagne du même emploi en Amérique....Rois par la force et l'adresse au Paraguay, avides des gains du commerce exercé par leurs agents, disputeurs éternels, fauteurs de l’inquisition, bourreaux des infortunées victimes de Thorn ; après avoir empoisonné quelques années de la vie de Henri 4, après avoir épouvanté ce grand courage, après avoir rejeté l'effet des intentions bienveillantes de Louis 15, et lui avoir fait craindre un éclat, après avoir fait balancer pendant cinq ans entier le génie de Clément 14, ils succombèrent enfin sous la coalition de la plus grande partie des rois d’Europe.... Fauteurs de tous les genres de despotismes, en tout temps, en tous lieux, ils n’ont connu pour les peuples que des fers, et

autant qu’il sera en eux, ils reviennent pour leur en rapporter. Le roi d’Espagne fit enlever le même jour tous les Jésuites de son Etat, et les fit jeter sur les côtes des Etats du pape, Cet envoi inattendu embarrassa beaucoup Rome où en général on aime mieux recevoir que donner.

P. 166, Clément 13 meurt, contre l'attente de tout le monde le 3

février 1769, la veille du jour indiqué pour le consistoire où devait se traiter l'affaire des griefs des rois de France, d’Espagne et de Naples contre les Jésuites.

Clément 14 aussi mourut d'une manière inattendue et par une cause inconnue, le 22 Sept. 1774, lorsqu'il «4 préparait à éloigner de Rome les Jésuites, et à renouveler « or-êt contre eux.

P. 201, Nota. Plus de 40 censures prononcées par ,.. Universités

et Facultés de Théologie d'Anvers, de Bourges, de Rheims, de Paris, de Poitiers, de Louvain, de Cracovie et artres, depuis 1588 jusqu’en 1761.

20. Plus de 200 censure4 prononcées par les évêques et archevêques depuis 1554 jusqu’en 1759 ; parmi ces prélats on voit figurer tout ce que l'Eglise gallicane a produit de plus illustre.

30. 3 censures par des assemblées provinciales du clergé en 1650 et 1660.

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