‹ La lanterne rougeChapitre 11 sur 25 · LES INNOCENTS I · texte numérisé non relu

LES INNOCENTS I

cynisme, lui, son rêve de paresse et de vie facile, elle, ses hésitations, ses terreurs, les gifles maternelles, les modes trop difficiles et son mirage de luxe.

La fille les écoutait, pleine d'intérêt et d'étonnement.

— Vous êtes pas un peu malades, tous les deux ? dit-elle enfin. Une gosse comme ça, qui ne sait rien de rien, faire la retape ? Et toi pour la protéger !... Non... mais des fois... Et les mœurs ? et les maisons de correction ^ et les gars du boulevard, les vrais, les costauds .^ . . et les clients .^ . . Petite malheureuse ! quoi que t'en ferais, des clients ^ Tu saurais pas seulement où les mei)er. Non, ça ne doute de rien !... Et puis des colliers de perles et des autos, pas ? Comme ça, tout de suite... Ma pauv' môme, y a quéque chose comme vingt ans que j'fais le truc, et j'en ai pas vu souvent des colliers de perles... Et pis, tu sais, t'as eu de la veine de tomber dans mon îlot... C'aurait été celui d'une autre, de la Rouquine, par exemple, qu'est-ce que t'aurais pris !... Enfin, c'est pas tout ça, tu vas remonter rue Lepic, ma petite. 11 est

pas bien tard, et si t'as double ration de gifles, ça ne te fera pas de mal, ça n'a jamais tué personne. Et je te conseille de te tenir tranquille pendant deux ou trois ans au moins... Après... dame, tu verras ce que t'auras à faire... Allons, ouste ! File et qu'on ne te revoie plus !

— Et moi, qu'est-ce que je vais faire ? demanda Maurice, d'un air boudeur, à la fille, quand Léonie, trop heureuse d'en être quitte ainsi, se fut enfuie.

Elle le regarda de côté. Il était contre elle, sur la banquette sale ; le vin chaud avait mis à ses joues pâles et dans ses yeux une flamme légère.

Elle sourit.

— Allons, rentrons, dit-elle. J'ai personne depuis quatre mois...

Et elle régla les vins chauds.

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