‹ La lanterne rougeChapitre 13 sur 25 · UNE RECRUE I · texte numérisé non relu

UNE RECRUE I

D'abord, pour avoir quitté Paris, fallait-il être fourneau ! Tout ça parce que, une nuit, après une discussion, il avait laissé, au coin d'une rue, un du Barbes sur le dos, les bras en croix, les yeux ouverts, étendu dans une mare qui coulait de sa gorge. C'était une misère. Ça lui était déjà arrivé. Il fallait simplement changer de quartier, se terrer pendant l'enquête, mais avec cette sacrée traqueuse de Carmen il ny avait pas eu moyen. Elle s'était affolée et l'avait affolé positivement, avec sa terreur de la rousse qu'elle croyait voir dans tous les coins et il avait filé pour une tournée dans les foires de province en compagnie d'un ancien poteau, acrobate comme lui. Mais il était rouillé, il ne savait plus travailler, il avait eu des mots avec le camarade et, au bout de de huit jours, il avait plaqué. Alors, afin de ne pas perdre son temps, il avait voulu profiter de ce soir de fête pour faire un coup dans cette ferme isolée qu'il avait remarquée en passant... Et maintenant...

Il eut un nouveau sursaut de fureur. Il fit un effort désespéré, mais les cordes étaient solides. 11 voulut les ronger avec ses dents

et ne put y atteindre ; il essaya, dans un élan, d'arracher l'anneau du mur, mais réussit seulement à se couper la respiration. Il retomba, pleurant de rage.

Il était là depuis une heure environ lorsqu'un grincement léger le fit sursauter. Dans l'ombre épaisse il entrevit la porte s'entr'ouvrir doucement sur l'ombre moins dense du dehors. Une forme, qui lui parut féminine, se glissa et la porte fut refermée. 11 attendait, haletant. Il faisait très noir mais ses yeux étaient accoutumés à l'obscurité et il voyait la forme avancer vers lui, en tâtonnant pour se guider le long du mur.

— Vous êtes-t-y là ^ murmura-t-elle d'une voix étouffée. Au même moment elle l'atteignit et tomba à demi sur lui avec un cri qu'elle retint. C'était bien une femme.

— Dites rien, reprit-elle en se relevant sur ses genoux. Attendez que j'coupe les ficelles... Y dorment tous. Y sont saouls, autant dire... J'ies déteste, vous savez ! J'ies déteste! J'suis la petite servante... Vous m'avez pas vue .^.. C'est pas étonnant, y étaient tous sur vous... C'que vous les avez

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