L'ERREUR D'EMILE
Emile, ivre de gloire, sortit du commissariat de police avec la sensation que la terre ne le portait pas.
C'était un petit bonhomme de dix ans, pâle et blond, avec des taches de rousseur et de trop grandes oreilles. Son caractère l'inclinait à la vertu et au respect des principes, et il était très bien vu de son instituteur qui le donnait souvent en exemple aux autres galopins de l'école primaire qu'Emile allait quitter bientôt pour commencer un quelconque apprentissage. Cela le désespérait, car il aurait voulu étudier pour devenir maître d'école, mais son père était un ouvrier du genre sans travail chez lequel la fréquentation des mastroquets ne développait pas l'indulgence familiale.
L'événement qui venait d'arriver à Emile était le plus sensationnel qui eût jamais bouleversé sa miséreuse petite existence. Au sortir de l'école, en passant devant la gare de Lyon pour rentrer chez ses parents, il avait trouvé, au bord du ruisseau, un étui en cuir tout plein de pièces d'or. Le cœur battant, il l'avait ramassé et, sans hésiter, tout saturé qu'il était des doctrines de saine morale dont ses livres d'école étaient bourrés, il s'était rué au commissariat de police pour y déposer sa trouvaille.
Par fortune, M. le commissaire lui-même l'avait reçu et ce magistrat, qui avait des lettres et des opinions sur la perfectibilité sociale, au geste du petit pauvre lui apportant un rouleau d'or anonyme trouvé dans la rue (il y avait cinquante louis), s'était senti saisir par une émotion officielle à laquelle il avait donné carrière avec pompe.
Assis derrière son bureau, affable et majestueux, il avait fait à l'enfant, en présence de son secrétaire et de plusieurs gardiens de la paix, réunis tout exprès, un beau discours de félicitations. Il avait parlé du mépris des