LE CONTREPOIDS
Ce jour-là, Antoine était venu au château avec son oncle, le maçon. Il y venait pour travailler : son oncle maniait la truelle, lui, portait l'eau et gâchait le plâtre ; mais, comme il ne faisait à peu près que cela tout le long de sa petite vie, il n'y pensait pas, et, tout d'abord il avait été très content d'entrer dans la grande maison des Parisiens, où il n'était jamais entré, et d'y voir toutes les choses dont on parlait dans le village.
Il y avait du travail un peu partout : des raccords à faire dans les murs, des trous de souris à boucher au grenier, des trous de rats à boucher dans l'écurie. Depuis le matin, Antoine circulait sans relâche à travers le jardin et du haut en bas des escaliers. Ses cheveux blancs de plâtre tombant dans ses
yeux clairs, ses coudes pointus perçant les manches de sa chemise en loques, ses pieds nus sortant de ses souliers d'homme, il se hâtait, de son oncle à la pompe, et de la pompe à son oncle, trimballant à deux mains son seau trop lourd, dont il s'inondait les jambes ; car il était petit et mince, et, à treize ans, en paraissait à peine dix.
Sa gaieté du matin s'était peu à peu retirée de lui pour faire place à un sentiment de malaise. Il avait essayé de regarder dans les grandes chambres, et les domestiques avaient fermé les portes en lui disant, avec correction, des mots très grossiers ; il avait essayé de siffler pour se distraire, et on lui avait imposé silence ; les maîtres du château, un monsieur et une dame et leurs deux enfants, passaient près de lui sans paraître le voir. 11 était une petite machine à porter de l'eau, et c'était tout.
Maintenant, c'était l'après-midi, et il était éreinté. Il traînait son seau avec plus de lenteur et, de temps à autre, le posait pour regarder, à travers un buisson, ce qui ce passait. Des invités étaient venus au château