‹ La lanterne sourdeChapitre 61 sur 89 · LA RENCONTRE · texte numérisé non relu

LA RENCONTRE

Je vais à mes affaires; je marche sur le trottoir, rapidement.

11 va à ses affaires; il arrive sur le trottoir, l'allure pressée.

Et nous nous heurtons soudain, nez à nez ; nous poussons un léger grognement d'excuse ou de mauvaise humeur etnous reculons avec un haut-le-corps, des oscillations.

Il oblique vers sa droite : précisément j'oblique vers ma gauche et nous sommesencore ventre contre ventre.

— Pardon ! dit-il.

— Pardon ! dis-je.

Il biaise à sa gauche ; je biaise à ma droite et de nouveau nos chapeaux se touchent.

— Allons, bon !

— Allons, bon !

Il revient au milieu. J'y suis déjà.

— Cédons-lui, pense-t-il, et il s'immobilise.

Mais je m'imagine que si je ne fais aucun mouvement, il passera son chemin, et je ne bouge plus.

— Oh!

— Oh!

Nous nous regardons. Est-ce que ça se gâte? Non. Il a une idée, que j'ai aussi : il pose ses mains sur mes épaules; je lui prend la taille; graves, soutenus l'un par l'autre, nous nous tournons doucement, nous pivotons à petits pas, jusqu'à ce que nous ayons changé de place, et nous nous sauvons, chacun de notre côté, à nos affaires.

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