CONCLUSIONS
Nous voici arrivés au troisième terme de notre étude.
Après avoir affirmé que certains agents sont capables de détruire les conditions normales de la vie sociale, après avoir constaté que l'activité de ces agents apparaît dans un certain nombre d'institutions contemporaines, il nous reste à tirer la conclusion qui se dégage des deux prémisses.
Cette troisième partie a été écrite pour les hommes de bonne volonté contre les < autres >.
Ces <autres> ce sont des paresseux, avant tout!
Je me hâte de préciser en recourant à une terminologie plus spécifique.
Dans notre œuvre constructive, nous rencontrons des adversaires, l'amoralisme et le déterminisme, désignations philosophiques, le pessimisme et l'optimisme, désignations sociologiques. Nos adversaires ne s'entendent d'ailleurs pas entre eux.
Ainsi, il y a le pessimisme de fait et le pessimisme de doctrine.
Le premier ne veut pas qu'on s'évertue, parce que cela ne servirait à rien ! La profondeur, l'intensité du mal, dépassent la puissance réformatrice dont nous sommes capables : argument de paresse !
Le second nous détourne de l'action parce que les sociétés évoluent nécessairement dans un sens et dans un cycle, en vertu de lois propres.
De même pour l'optimisme : il faudrait laisser faire, laisser passer ou parce que les choses s'arrangeront d'elles-mêmes: paresse encore! optimisme de fait! ou parce que les lois fatales amènent d'elles-mêmes ce qui est le meilleur: optimisme de doctrine. Paresse toujours !
L'amoralisme nous arrête dès nos premiers pas : Conclure ! Pourquoi? La science ne doit pas chercher ce qui pourrait ou devrait être: son rôle est de nous éclairer sur ce qui est.
En* attendant que nous nous expliquions sur tout cela, disons que le besoin de conclure est général, à l'heure où nous écrivons et se retrouve dans les écoles les plus divergentes.
Nous allons donc conclure, par amour de logique.
Nous devions aussi conclure par besoin de programme: car il serait cruel d'avoir dénoncé des responsabilités, d'avoir éveillé des remords, sans ajouter aussitôt le moyen de les dégager, de les apaiser.
Voilà pourquoi nos conclusions ne sont ni encyclopédiques, ni trop générales. Nous craignons moins le reproche de n'avoir pas embrassé tout le domaine de la réorganisation que celui d'être resté dans des propositions si imprécises que leur traduction en actes serait impossible.
Nous nous proposons de documenter particulièrement nos lecteurs sur les réponses très scientifiques qu'ils peuvent opposer aux objections de doctrine pessimistes ou optimistes.
Aux pessimistes de fait, nous répondrons en thèse par cet argument ad hominem: on a dépensé une telle somme d'efforts coordonnés avec une suite si admirable, pour aboutir à la crise, qu'il suffirait peut être tout simplement de changer de direction pour aboutir au relèvement social le plus remarquable que l'histoire du monde ait enregistré. D'ailleurs en comparant en détail le degré de vitalité de chacune de nos entités sociales avec ce que nous savons de leur état au moment des crises finales d'autrefois, il semble bien que la conclusion pessimiste soit injustifiée.
Aux optimistes de fait nous répondrons : une crise de cette ampleur, de cette violence, devait avoir des causes proportionnées, générales, puissantes, profondes.
Or, si vous admettez des agents antisociaux aussi puissants, aussi répandus, il est souverainement illogique ou de supposer qu'ils vont disparaître un beau jour sans laisser de traces, ou qu'ils vont cesser d'agir dans le sens nocif.
Il faut donc l'effort, la réaction de vie.
Nous ajoutons : cet effort doit être, comme le mal et comme ses causes, un effort général et concerté, un effort puissant et profond.
Rien ne sert de s'acharner après les petites manifestations sporadiques, dites «les abus> et c'est perdre son temps que de combattre seulement les manifestations externes d'un état morbide.
tll faut plus que des remèdes de détail, il faut une grande œuvre de réformation morale et sociale» (Brants op. cit. p. 455)-
C'est à cette condition que l'histoire enregistrera la présente crise, comme une crise d'assainissement.
Et c'est pour qu'il en soit ainsi que j'écris ce livre !