LES FACTEURS DU RENOUVEAU
Le renouveau social ne s'opérera pas tout seul : car il n'y a pas d'évolution fatale qui trace la route aux sociétés humaines.
Aucun être, aucune force physique n'apportera un lendemain meilleur à la crise d'hier.
Un semeur doit passer, qui jettera dans les sillons une semence nouvelle et il faut qu'il ait garde que la semence soit bonne ! Il faut des facteurs pour le Renouveau social !
Arrêtons-nous un instant sur cette idée qui dominera toute la nie partie.
Du moment où nous avions décelé dans l'état social qui nous accula à la crise, des actes entachés de certains vices, des tendances antisociales, et établi le lien de cause à effet entre ces tendances et notre crise, la conclusion qui s'impose c'est qu'il faut éliminer ces causes.
L'ancêtre de la sociologie moderne l'a rappelé en termes qui décèlent leur parenté avec la philosophie antique: «Quand une république est corrompue on ne peut remédier à aucun des maux qui naissent qu'en ôtant la corruption et en rappelant les principes ; toute autre correction est ou inutile, ou un nouveau mal». (1)
Comment éliminer une cause ?
D'une façon générale, on peut concevoir trois manières d'élimmer une cause : écarter le principe agissant, paralyser l'action, rendre le milieu réfractaire.
Appliquons ces méthodes à notre matière actuelle.
Ecarter le principe agissant est la méthode la plus sûre, la plus 'radicale. Cela signifierait, dans l'espèce, qu'il faut écarter la luxure, la cupidité et l'orgueil.
(i) Montesquieu. Esprit des Lois. Liv. VIII, ch. 13. cf. Léon XIII. Encyclique Immortale Dei.
L'entreprise est-elle dans le domaine du possible ?
Subordonner le renouveau social au succès de cette première méthode, ce serait la bailler belle aux pessimistes ! L'expulsion intégrale des tendances vicieuses, qui la réalisera en lui-même ? Et quelle société se rencontrera qui soit constituée seulement d'individus arrivés à ce degré de perfection ?
Va-t-on pour cela nous accuser de pessimisme et devons-nous concéder <rimpossibilité d'une réforme sociale effective, durable, radicale à cause des lois inflexibles et impitoyables imposées à l'évolution des civilisations > (i) ?
Les civilisations n'évoluent pas dans un sens inflexible préordonné par des forces inconnues : c'est l'acte humain qui trace la direction de cette évolution et l'acte humain est libre.
Car, si chaque homme en son for intérieur, n'est pas libre de sentir ou de ne pas sentir la sollicitation mauvaise (^), c'est à dire le penchant à adhérer à un bien d'ordre inférieur là où le bien d'ordre supérieur est offert, il est, il fut et il sera toujours libre de ne pas consentir à cette sollicitation. Or l'acte est l'extériorisation, la mise en pratique du consentement.
Théoriquement nous admettons que l'expulsion des germes anti-sociaux est possible : la pratique intégrale de la loi évangélique réaliserait ce résultat.
Socialement, cette possibilité ne sera jamais réalité, parce que cette pratique intégrale est la caractéristique d'une élite (') et que l'état social est conditionné par la somme totale des actes des masses.
Notre conclusion est donc celle du grand philosophe de la Terre d'Hus, dont l'époque parait remonter si avant dans l'histoire de la science orientale : <.Militia vita hominis super terrante. (■*)
Tout homme se trouve placé dans la nécessité de repousser des sollicitations d'origine mystérieuse, de tendance détestable, et l'occasion s'en représentera périodiquement : il peut vaincre, il ne peut détruire l'ennemi.
(i) Hoffmeister, op. cit. p. 83.
(2) Cf. P. ad Romanos VII.
(3) Quant angusta porta et arcta via est quœ ducit ad vitam, et pauci sunt qui inveniunt eam. Matth. VII, 14.
(4) In Libro Job.
Toutes les générations verront surgir des tendances antisociales pour avoir l'honneur de les réduire.
Si donc nous devons entendre la première méthode, élimination des causes anti-sociales, comme synonyme de suppression de la cause, en elle-même, nous ne pourrions nous y fier. Et c'est ici qu'il faut se garder de l'organicisme : ou peut expulser d'un corps vivant le microbe, le germe nocif qui le pousse à une dissolution anticipée ; on peut opérer semblablement au point de vue moral sur quelques individus d'élite, et l'Evangile fournit la recette. Mais le passé nous est garant que l'opération n'est pas définitive en ce cas, et ne saurait être entreprise en bloc.
Passons donc à l'examen de ce que donnerait la seconde méthode.
Paralyser l'action d'une cause pourrait se faire en agissant sur l'être de la cause, ou en lui opposant l'action inverse de causes contraires.
La première hypotiièse n'est pas applicable à notre cas : la luxure, la cupididé, l'orgueil ne sont pas des êtres, doués d'autonomie. Ce sont des noms que nous donnons à une tendance morale, à un mobile qui dirige des actes humains, à une habitude de choisir un bien désirable plutôt qu'un autre bien désirable.
La seconde hypothèse nous appartient : pour que ces mobiles cessent de se trouver dans les actes humains, il faut et il suffit que les auteurs de ces actes se soient dirigés par des mobiles contraires. Et, pourvu que le nombre des actes, des auteurs d'actes se trouvent en majorité dans cette dernière catégorie, l'état social, somme des actes, sera sain, normal, libéré de l'action des causes nocives : Multidudo sapientium sanitas est orbis terrarum (i).
Nous aboutissons ainsi à un résultat assez semblable à celui qu'on aurait pu atteindre par la première méthode ; une cause, cessant d'être «la> cause, cesse d'être dans l'hypothèse donnée: Elle est donc, quant aux résultats, comme si elle n'existait pas.
Socialement parlant, avons-nous quelque chance d'aboutir ?
Frédéric Le Play, qui prétendait ne jurer que par l'observation des faits, nous assure que le Décalogue est observable par les masses, par les grandes entités, et produit exactement le résultat cherché.
Nous croyons que la formule évangélique, la Loi nouvelle, donnerait des résultats stupéfiants pour les sociologues, si on voulait seulement imprégner les masses "des deux maximes que voici :
(i) Lib. Sapientiae II, i6.
Quid prodest homini si mundum universum lucretur, animœ verœ siiœ detrinientum patiatiir. (Math. XVI, 4)
Non habcmiis hic manentem civitatetn. (Paul, ad Hebr. XIII, 13) C'est le déplacement de l'axe de l'Humanité.
Si tout acte doit rester stérile, doit engendrer la perte de son auteur, du moment où il s'arrête à la terre, il n'y a vraiment aucune raison de se tourmenter réciproquement à tel point à propos de quelques heures de commandement, de jouissance! Le plus simple, le plus facile, c'est de vivre en paix avec tout le monde : Si fieri potest, guod ex vobis est, cum omnibus hominibus pacem habentes. (Paul, ad Romanos, XII, 18).
Si tout l'épisode terrestre n'est qu'un phénomène transitoire, il n'est vraiment pas besoin de se livrer avec pareil acharnement à la lutte pour la prédominance de tel groupement sur tel autre groupement. La coexistence harmonique exige toujours moins d'efiforts, moins de sacrifices et le résultat sera le même : l'effondrement de tout cet échafaudage de groupements dans la communauté universelle d'une humanité renouvelée, (i)
Dès lors que les rapports des hommes entre eux ne seraient plus frappés au coin des vices anti-sociaux que nous avons décrits, les sources de crises seraient tarées.
Spécialement en ce qui concerne les rapports réciproques des entités sociales, nous devons souligner cet argument optimiste, que l'effort ne serait pas bien considérable.
Nous avons déjà eu l'occasion de faire observer que les entités sociales subissent la direction qui leur est donnée par la majorité des hommes qui les composent. Il ne s'agit donc plus, pour obtenir un effet social utile, de réaliser la réforme morale dans l'universalité des hommes; il faudrait et il suffirait d'attendre cette majorité. Et encore! La majorité en question n'est pas une majorité numérique : c'est une majorité d'influences, qui peut, nous l'avons vu pour la puissance du capitalisme, ne reposer que sur un nombre restreint d'êtres individuels.
C'est pour cela qu'au cours de cette troisième partie, nous limiterons nos propositions à la seule activité des conducteurs d'hommes, des chefs d'entités sociales.
Nous concluons donc cet examen de la seconde méthode, en
(il Et vidi coelum novum et terrant novam : et vidi sanctam civitatetn Jérusalem novatn descendentem de coelo (Apocal. XXI, i).
reitérant cette conviction optimiste qu'il serait possible et relativement aisé de paralyser l'action sociale de nos trois générateurs de crises.
Il nous reste à examiner l'applicabilité et la valeur de la troisième méthode : rendre le milieu réfractaire.
Elle parait très séduisante si l'on s'attache au parallélisme organiciste. La thérapeutique moderne obtient des résultats remarquables par la méthode d'immunisation des sujets. Le microbe survit, il peut agir: le milieu est devenu réfractaire à sa multiplication destructive.
La question est de savoir si l'homme peut être immunisé au moral comme au physique et si cette cure peut se faire sur les masses dont les actes décident du sort des sociétés. Cette question appartient au domaine de la psychologie et à celui de la théologie.
L'habitude de la rectitude du jugement (vertu) donne une facilité pour la réitération d'actes semblables ; une sollicitation en sens inverse rencontrera moins de chances de devenir le mobile décisif, la cause, dans la mesure où cette habitude sera plus solidement ancrée, par le temps ou par la conviction. La théologie catholique nous décrit un Etre essentiel, sans limites dans la possession de ce que nous nommons attributs de l'être : donc un Dieu infiniment bon, à qui il a plu de nous placer dans une courte période d'épreuve, c. à d. de choix entre deux biens désirables, mais qui a soin de donner une provision surabondante d'aide morale (grâces) pour toute éventualité. (^) Notre programme ne s'étend pas à ces questions d'ordre supérieur. On pourrait encore — et c'est bien ainsi qu'on l'entend ordinairement — attendre l'effet d'immunisation de quelques institutions savamment combinées.
La science de la politique se voue à ces problèmes épisodiques, et notre Ille partie descend un peu vers cette science subordonnée, nous y consentons volontiers. Mais par cela même que nous avons posé toutes nos prémisses dans l'ordre supérieur de la science sociale, où les sociétés se dépouillent de ce qu'elles ont d'individuel, il faut cependant que nous nous gardions de trop concéder à l'art politique. Et la question actuelle vient à point pour dissiper
( I ) Tentatio vos non appréhendât nisi humana : Jidelis aiitem Deus est qui non patitur vos tentari supra id quod potestis, sed faciet etiatn ctim tentatione Proventum ut possitis sustinere. (I Paul, ad Cor. X, 13)
une appréciation erronnée que la suite des propositions pratiques développées ci-après, pourrait faire naître.
Nous devons rester principalement dans le domaine sociologique; et là, l'expérience nous apprend que les institutions sont utiles à une tendance, mais ne sauraient se substituer à elle. Bonnes ou mauvaises, les lois et les institutions collaborent comme l'instrument, comme la matière première collaborent à la confection d'un produit. L'agent, l'ouvrier, reste le facteur principal, le facteur essentiel.
Ne cherchons donc pas la meilleure des Républiques : c'est celle où les hommes sont les meilleurs ! (i)
Ne cherchons pas quelles sont les institutions et les lois qui immuniseraient les entités sociales contre les conséquences funestes d'actes viciés posés par les hommes qui composent, qui dirigent ces entités : cette immunité serait illusoire et entendue ainsi, la troisième méthode ne vaut rien.
Nous venons de faire allusion à l'expérience.
Ruhland, plus sociologue qu'économiste, passa sa vie à condenser l'expérience de ce qu'il appelait la thérapeutique sociale, c'est à dire l'histoire des efforts qu'on fit à diverses époques pour amener un Renouveau meilleur après une crise grave.
Il ne sera pas inutile de documenter nos lecteurs sur l'exposé cyclique qu'il fit des méthodes d'immunisation ou des remèdes sociaux imaginés à diverses reprises.
La seule réserve qu'il convienne de faire, c'est qu'à cause de son point de départ exclusif (^) les conclusions de cet auteur ne peuvent pas être présentées comme définitives à notre point de vue. Rappelons qu'en effet Ruhland s'attache seulement aux diverses manifestations de l'avarice {Kapitalismus) et que par conséquent l'élimination de cette seule cause fut l'unique objet de ses recherches.
Ceci dit, voyons comment Ruhland classe les essais de réformes en tenant compte des résultats obtenus.
10 Un premier groupe de ce qu'il appelle les «Essais thérapeutiques» est caractérisé par ceci : seules les manifestations externes de crise paraissent avoir été prises en considération.
(i) Pamphlet célèbre de 1848: Jérôme Paturot à la recherche de la meilleure des républiques. Paris.
(2) Cf. le partie, ch. 11.
On peut subdiviser encore, et classer les essais selon qu'on paraissait avoir compris ou avoir ignoré le sens et la portée des dites manifestations.
Comme exemple de la première h)'pothèse, Ruhland analyse la politique d'Athènes dans la période de Périclès. {G. R. System. I. 298-305 et III 66-67). S'il en résulte la conviction qu'on avait la conscience du malaise, de la crise imminente on peut voir aussi par la nature des mesures prises, qu'on 'n'avait pas la moindre idée de la source du mal : la politique ultra-démocratique et impérialiste, imaginée comme remède, ne pouvait qu'aggraver la crise finale au prix de quelques soulagements temporaires.
Comme exemple de la seconde hj-pothèse Ruhland cite la politique du Sénat romain dans sa période de décadence. Nous entrerons ici dans quelques détails, parce que, de nos jours encore, on trouve des sociologues (i) qui préconisent les mêmes errements, et, méconnaissant les causes profondes des crises sociales, s'imaginent que chaque abus, chaque inconvénient peut être traité séparément, à l'aide de quelque médication capable à la vérité de faire disparaitre momentanément la manifestation gênante, mais inapte à expulser le mal lui-même.
Voici le cas typique de la fin de la République romaine.
Rome était devenue le centre du monde (Ile s. A. Chr.). C'était déjà plus que le groupe régionalisé, c'était la race, dont l'activité sociale constituait une phase de la civilisation. Et pourtant à travers cet éclat extérieur, fruit des travaux des générations passées perçaient les symptômes multiples de la maladie sociale. La campagne ne servait qu'aux plaisirs des quelques favorisés entre les mains desquels la faveur, la corruption et la stérilité systématique avaient concentré d'immenses richesses. Les paysans s'en étaient allés au loin, dans les colonies qu'on leur distribuait libéralement (depuis 232. A. Chr.) Les classes moyennes avaient disparu, éliminées par la concurrence du travail servile. La concentration financière pour s'exercer plus aisément, passe du multimétallisme, au monométallisme-or (207 A. Chr.) et accapare le commerce du blé.
(1) «Prendre une à une les difficultés économiques propres à chaque pays et redresser les abus qui s'y produisent en des caractères incontestables d'intensité et de généralité, voilà la tâche du législateur.» C. Jannet. Le Socialisme d'Etat. Introd. p. XI.
Les fonctionnaires de l'Etat parcourent le monde comme autant de bêtes de proie trafiquant d'un pouvoir éphémère pour acquérir la richesse.
Cette richesse avait d'ailleurs facilité l'extension d'une luxure universelle.
Voyons comment le sénat s'ingénia après cela à résoudre la «question sociale» que les manifestations morbides posaient avec une acuité croissante.
Partisans de l'idée «qu'il n'y a pas de question sociale» mais des questions sociales (on connait la formule fameuse de Gambetta), les chefs des partis multiplièrent les lois à mesure que l'on constatait des symptômes gênants.
Contre la luxure, ils firent les Lois Somptuaires, réglant le vêtement et la table, puis ils organisèrent une campagne de meetings où des orateurs prêchaient les vertus des ancêtres. Lorsque les mystères de Bacchus atteignirent les limites du scandale public, on recourut à des répressions sanglantes.
Contre la corruption des élections, on fit la loi des candidatures.
Contre la stérilité systématique et la désuétude du mariage, on imagina des privilèges financiers et politiques (Jus trium liberorum) et une autre campagne de discours. Contre la concentration agraire, on fit une foule de lois se renforçant, se complétant : limitation de la fortune foncière, colonisation intérieure, partage des domaines publics en emphythéoses incessibles.
Lorsqu'on commença à s'apercevoir du péril national que comportait la dépendance de l'Italie en matière d'approvisionnement en céréales, on fixa le maximum des troupeaux à tenir en pâture.
Contre la concurrence du travail servile, on édicta une loi obligeant les industriels à recourir pour 1/3 au moins à la main d'oeuvre d'affranchis.
Lorsque la masse des prolétaires fainéants devint inquiétante, l'Etat entreprit l'approvisionnement, bientôt transformé en distributions gratuites, que les représentations, spectacles gratuits complétèrent.
Et le résultat? Nous le connaissons par cette phrase lapidaire de Salluste : t-Pessimœ reipublicœ plurimœ leges^ dont les événements se chargèrent d'apporter sans tarder la sanglante confirmation.
20 Dans un second groupe, Ruhland classe toutes les politiques
réformistes qui trahissent une intelligence de la situation et qui visent manifestement à la cause du mal. Seulement l'expulsion du germe nocif ne fut pas complète ou rien ne fut entrepris pour prémunir le groupe contre un retour offensif. Imparfaites en elles-mêmes ces réformes furent éphémères dans leurs effets.
Ici des exemples se pressent sous la plume : c'est Néhémie, qui se contente de convertir, plus ou moins sincèrement, une génération de capitalistes dans Juda ; ce sont les Macchabées, qui sauvent la situation par une révolution, en attendant l'inévitable contre-révolution ; c'est Solon, qui supprime une forme du capitalisme, la concentration interne et dépose dans sa politique d'impérialisme le germe d'une nouvelle concentration autrement grave ; c'est Cléomène IV à Sparte, qui réorganise son petit groupe régionalisé et s'imagine consolider son œuvre en tentant de rétablir l'ancienne hégémonie ; ce sont les Jacqueries à Rome aboutissant à la loi des XII Tables, qui laisse subsister une fissure, la liberté du commerce de la terre, fissure par laquelle la concentration capitaliste se glissa tout aussitôt ; ce sont les Gracques, qui veulent composer avec le capitalisme, l'excluant ici, le tolérant là. (^)
Ce sont enfin les mesures énergiques, intelligentes, des deux César, Caius Julius et Octavianus Augustus, paralysées par deux survivances détestables, la clientèle oisive de Rome et la méconnaissance du droit de propriété.
30 Une série d'autres réformes auraient pour trait commun d'opérer effectivement l'assainissement intégral, mais de ne point posséder une puissance de durée, une force de résistance qui leur eut permis de sauver la nation. Les exemples allégués par Ruhland ne nous ont pas convaincu qu'il s'agissait bien d'une catégorie distincte.
C'est l'oeuvre de Moïse pour Israël, de Lycurgue pour Sparte, Mahomet pour les Turcs, de Charlemagne et des Statuts communaux pour l'Europe centrale du moyen-âge.
40 Autre catégorie : assainissement rationnel, mais incomplet avec une dose de prophylaxie sérieuse. Comme exemple la réforme énergique que s'impose la République de Venise au XlVe et au XVe siècle, s'annexant une production à côté des centres
(i) Cet épisode est l'exemple le plus caractéristique à citer à l'appui de la nécessité de l'expulsion intégrale.
de consommation : réforme incomplète au point de vue concentration capitaliste, mais combinée avec une dose de prophylaxie qui réussit à prolonger de quelques siècles l'existence autonome de ce groupe régionalisé.
50 Au sommet de l'échelle des essais thérapeutiques, Ruhland place l'exemple de l'Eglise catholique, qui, atteinte à son tour du germe capitaliste l'expulsa intégralement (Concile de Trente 1 543-1 563) et fut désormais débarassée de tout retour offensif, (i)
Concluons ce chapitre introductif.
Nous avons à demander compte à des hommes individuels, de la tendance imprimée aux entités sociales que nous voyons dans une crise si lamentable. Nous avons à demander le concours de ces mêmes hommes pour aboutir au Renouveau que tous les vœux appellent.
Ni les forces cosmiques, ni les institutions ne nous tireront de là : il faut des hommes, posant des actes sociaux.
Cette conclusion expHque la forme que nous donnons aux chapitres qui vont suivre, et la nature des propositions spéciales auxquelles nous nous sommes arrêtés.
(t) Nous ne voyons pas que ce dernier exemple doive être rejeté comme irrelevant. En effet la promesse d'immutabilité, donnée par le Divin Fondateur, n'exclut pas l'action des causes secondes. C'est même par l'évidente faiblesse des agents que l'action surnaturelle se révèle le plus clairement. Le fait d'avoir seule réussi à éliminer intégralement un agent nocif est déjà presque du surnaturel et la constatation de ce fait unique prend une importance singulière, venant d'un sociologue qui n'appartenait pas à l'Eglise catholique.