‹ La leçon d'une criseChapitre 3 sur 22 · DE LA SOCIÉTÉ HUMAINE · texte numérisé non relu

DE LA SOCIÉTÉ HUMAINE

Nous voulons étudier l'une des crises de la société des hommes, la guerre mondiale que nous vivons; cette crise sociale ne constitue pas un être en soi, mais un état particulier de la société humaine.

Il faut donc se rendre compte de ce que comporte la société humaine en elle-même, et des formes que peuvent affecter ces états particuliers dans lesquels elle se manifeste.

La société humaine est une notion idéologique, comportant collectivité : la collectivité suprême de tous les hommes.

Ce n'est point sous cet aspect que les événements actuels sollicitent notre attention.

Ce que nous voyons, c'est un conflit entre des fractions de la société humaine; ces fractions sont conditionnées par des limites territoriales. Aussi la première pensée qui se présente à nous, c'est de partir de la définition qui forme la base du système sociologique de M. Guill. De Greef : »L'agrégat social est la masse produite par la réunion de deux substances diverses, le territoire et la population" (op. cit. I p. 62.)

La suite de cette étude nous justifiera, pensons-nous, d'avoir refait un autre essai analytique.

Comme les crises, la société ne constitue pas un être en soi, mais un état particulier d'êtres préexistants ; l'état social d'êtres individuels (M. de la Tour du Pin — op. cit. p. loi.)

Contre les exagérations des organicistes, Alfred Fouillée avait déjà objecté plaisamment que la société ne pouvait être »ni une plante, ni un animal." Il convient de tenir constamment présente à l'esprit cette vérité fondamentale, que lorsque le langage a créé le mot: «société" on avait en vue une modalité dans la vie des hommes et non un objet qu'on venait de découvrir quelque part sur la terre, dans le firmament ou au fond des mers.

Par l'analyse, on ne trouvera donc que des hommes, comme éléments premiers de toute société.

Les sciences psychiques et biologiques ont, de leur côté, reconnu dans chaque homme un composé de matière et d'âme, mot inventé pour désigner un principe de vie qui échappe aux sens mais non à l'observation. Elles ont aussi établi que la modalité essentielle dans laquelle nous apparaît l'homme, c'est l'activité.

'L'homme tant qu'il vit, est inséparable de l'acte humain.

L'acte humain de son côté reflète son auteur: il est l'expression, à travers une matière, de la pensée immatérielle ; il est procréateur : tout acte tend à donner naissance à quelque chose (senso lato) ; ce quelque chose sera un tout, pareil à ses auteurs, un homme, dans le cas de l'acte procréateur biologique ; ou ce sera un fragment : fragment matériel, chose (sensu stricto) utilité, richesse ; ou fragment immatériel, idée, doctrine.

Réunissons ces éléments.

Dans tout état social que nous voulons soumettre à l'étude, nous devons donc trouver des hommes qui ont accompli des actes, des hommes qui sont en train d'accomplir des actes, des hommes qui vont accomplir des actes.

Ces actes humains peuvent être répartis entre les trois catégories que nous venons d'indiquer, mais un trait leur est commun et nous le considérons en conséquence comme fondamental : la sociabilité. »La société est le confluent de toutes les pensées et de tous les mouvements de l'homme." (i)

Dans toute étude d'état social, il sera indispensable de tenir compte des actes humains autant que des qualifications de leurs auteurs ; car les actes se survivent dans la chose qu'ils ont produite : vérité qu'on exprime aussi en disant que les conséquences survivent à l'acte et continuent à exercer une certaine influence.

Quelle est la part qu'il faut faire à cette survie ? Nous y reviendrons à l'instant. Justifions sommairement la thèse en faisant remarquer que, pour se manifester, l'acte social a besoin d'une matière première, si je puis m'exprimer ainsi, et que cette matière, il la trouve sous forme de produit d'actes antérieurs : c'est l'âme de vérité qu'il y a dans cette règle qu'on a formulée ainsi : »L'acte social est conditionné par le milieu ambiant."

(i) Lacordaire, Conférences de Notre Dame — Paris 1845.

Laissons, un moment l'élément >acte humain", pour revenir à l'autre élément, l'homme, auteur de l'acte.

Si tout acte se caractérise par la tendance de sociabilité, c'est que la nature de l'homme le porte nécessairement à la société.

L'observation nous montre toujours l'homme associé avec son semblable, et non pas seulement placé à côté de lui, comme une plante à côté d'une plante.

Rien ne se fait par une poussière d'hommes, et presque rien ne se fera par des actes sporadiques de collaboration.

Tout être humain verra sa vie évoluer dans des groupements rationnels, c. à. d. ayant une fin connue de leurs auteurs, groupements provenant de causes déterminées, donc intelligibles, et destinés à perdurer d'une certaine manière. Spencer dit : (JPrinciples of Sociology. I. 465) » c'est la permanence des relations entre

les parties composantes qui constitue l'individualité d'un

ensemble et le différencie des individualités de ses parties".

Il n'est pas illogique d'admettre, dès à présent, que la durée de chaque groupement est conditionnée par la fin spécifique qui se trouve dans la pensée des auteurs, soit explicitement en cas de délibération, soit implicitement, par la voie des conséquences.

Nous n'avons pas à prémunir sur ce point nos lecteurs contre la thèse du polygénétisme : car ceux-là même qui acceptent la possibilité de l'apparition simultanée d'une multitude éparse d'hommes et de femmes (') sont obligés d'admettre que le groupement en hordes est contemporain de l'apparition des êtres humains^ tellement il est vrai que le caractère de sociabilité est inséparable de la nature humaine.

Première observation donc : le fait universel de l'existence du groupement.

Deuxième observation : la diversité des groupements. C'est là un fait aussi universel et aussi ancien que le premier.

On a signalé un certain nombre d'espèces parmi ces groupements. Nous allons en retenir trois, aux fins de la présente étude, et avant de justifier notre choix, nous allons les prendre comme illustrations du fait même de la diversité.

La diversité entre ces trois espèces de groupements se perçoit notamment au point de vue de leurs éléments constitutifs, de leur extension, de leur fin apparente.

[i) cf. Gumplowicz : Der Rassenkampf. Wien 1885.

lo Au point de vue des éléments : le groupement » famille'' ne comprend que des individus, des unités humaines. Le groupement régional ne se constitue qu'à l'aide de familles; les célibataires et les divorcés y sont un résidu peu connu ; on ne constitue pas un peuple, une nation, avec des individus épars, poussière sociale.

L'hypothèse polygénétique du troupeau humain, s'alimentant et se perpétuant à la façon du bétail, n'a aucune base historique. Enfin le groupement racial ne s'établit qu'avec des cités ou nations, peu importe le nom pour l'instant.

30 Au point de vue de l'extension : la famille existe avec deux êtres individuels ; elle est parfaite à l'apparition du troisième. Mais il faut beaucoup de familles pour qu'il y ait une cité, une nation. Et pour le groupement racial, quelle que soit l'idée qu'on s'en fasse, (voir plus loin) l'extension est encore plus considérable.

30 Au point de vue de la fin apparente, ou selon une expression plus usuelle, des rôles respectifs, nos trois groupements ne diffèrent pas moins.

Chacun d'eux intéresse des individus : c'est évident, après ce que nous avons dit au début de ce chapitre. Mais la famille joue un rôle plus spécifiquement individuel, puisqu'elle a pour fin la perpétuité de la vie individuelle. La tribu ou nation est plus spécifiquement familiale, puisque nous la voyons assurer la coexistence paisible et la perpétuation des familles. La collectivité raciale, pour autant qu'on puisse lui assigner une fin spécifique, se désintéresse absolument des deux autres missions que nous venons de décrire.

Donc : fait du groupement, dissemblance des groupements.

Que se passe-t-il entre ces groupements ?

Quelque chose de fort analogue à ce que nous avons vu se passer entre les êtres individuels. Sitôt qu'il y a coexistence, il y a contact ; sitôt qu'il y a contact, il y a établissement de relations rationnelles, douées d'une certaine durée. Tout cela est logique, parce que tout acte humain est construit en vue de la sociabilité, laquelle est inséparable de la nature de l'être humain.

Ces relations seront, pour la même cause, harmoniques : harmonie entre les individus qui se groupent pour former une famille; harmonie entre les familles qui évoluent vers une organisation commune des services généraux, la cité ; harmonie, plus mystérieuse, mais aussi nécessaire entre les peuples dont l'évolution collective aboutit au groupement historique dit racial.

C'est cet ensemble qui permet d'affirmer la nature organique de nos relations d'interdépendance, expression de la sociabilité essentielle. Confirmons cette observation par le sentiment concordant de deux écoles, très ennemies d'ailleurs.

»Nous concevons l'humanité comme vivant à l'état organique de corps social dont toutes les parties sont solidaires...... parce que

c'est leur loi de vie matérielle aussi bien que morale."

(Mis de la Tour du Pin... op. cit p. io8).

» L'ordre social, de même qu'un organisme, se compose de structures sociales, et est complet dans la mesure où ces structures sont intégrées...,." (Lester F. Ward. Sociologie pure. p. 223.)

Nous allons expliquer maintenant, pourquoi, dans l'ensemble des groupements que l'observation nous fait découvrir dans la société, nous retiendrons aux fins de cette étude, la famille, le groupe régionalisé et la collectivité raciale.

Ces groupements, nous les désignerons désormais sous le nom „d'entités sociales" voulant résumer ainsi leur irréductibilité, leur autonomie, leur fonction harmonique ; toutes choses sur lesquelles nous allons nous expliquer plus amplement d'ailleurs.

La liberté terminologique que nous réclamons pour quiconque pose une thèse ne doit choquer personne ; qu'importe le nom, si l'on sait de quelle chose il est la représentation? (i) Voilà pourquoi nous allons consacrer quelques pages à expliquer les choses que nous a fait découvrir l'analyse de la vie sociale.

§ I. Nos TROIS ENTITÉS SOCIALES. A. De la famille.

La famille est le groupement élémentaire.

Les sociologues polygénétistes lui dénient le caractère de groupement initial. Il y aurait eu un troupeau humain avant que se formât la notion du couple. (^)

Dans l'étude actuelle, la question du primordialité n'a pas d'importance et voici pourquoi.

C'est que l'hypothèse sociologique du polygénitisme, inventée pour les besoins d'un système, se place si loin dans la nuit du passé, qu'elle ne pourrait avoir aucune influence sur les faits

(i) cf. Dr Hoogveld. De Nieuwe Wysbegeerte. Utrecht 191 5. p. 32. (2) Gumplowicz — Précis, de Sociologie, Ed. de Paris p. 145. ss).

présents. Telle qu'elle s'offre à l'analyse, nous trouvons l'humanité engagée dans le groupement de couples humains, groupements rationnels et permanents.

Le terme » famille" est très usuel. On l'applique à beaucoup de modalités du groupement fondamental.

Lorsque nous parlons d'entité sociale, nous voulons signifier l'aspect sociologique de ce groupement, et comme tel, nous pouvons abstraire »la famille" de toutes et de chacune des modalités sous lesquelles l'histoire nous la montre, à diverses époques.

Famille monogame ou polygame, famille monoandre ou polyandre ; famille de droit civil ou famille de droit naturel ; famille instituée selon des rites ou consommée en fait: toutes reposent sur la volonté d'une permanence de la communauté conjugale, laquelle est l'expression du groupement que nous appelons entité sociale, en considération de sa fin sociale.

A côté des liens de hiérarchie et de dévouement réciproques qui dérivent du droit naturel ou de la religion, dans chacune des réalisations ci-dessus, il est des liens qui dérivent automatiquement, pourrions nous dire, du fait de la communauté conjugale ; ils sont insérés à titre de conséquences nécessaires dans l'acte humain de l'union conjugale: la liberté générale de l'être humain rend possible la violation de ces liens ; elle peut contrecarrer les manifestations de ces conséquences nécessaires ; elle ne saurait faire en sorte que ces conséquences n'aient jamais existé.

C'est à ce fait primordial accompagné de ces conséquences nécessaires que nous réservons la qualité d'entité sociale.

Ainsi se caractérise notre première entité sociale.

Elle a une fonction spécifique, qu'elle accomplira plus ou moins parfaitement selon qu'elle-même sera consolidée ou contrecarrée ; nous entrevoyons déjà les deux séries de manifestations de la vie de notre entité sociale, et la possibilité de troubles, de crises.

Vient un jour où, non pas l'entité sociale dans sa fonction sociale, mais ses réalisations concrètes cessent d'être, de manifester la vie.

Quand et pourquoi cela se passera-t-il ? Nous admettons la survie de l'entité sociale tant que perdurera la conscience de ces liens et qu'elle opérera dans l'ordre social. L'entité pourra donc survivre à chacun des fondateurs d'une famille ; elle pourra même se prolonger un certain temps après la mort du couple fondateur. Elle pourra en sens inverse s'éteindre avant les deux fondateurs : tel est l'effet normal des divorces et des seconds mariages. Les

milieux sociaux et les institutions de droit public exercent utie grande influence sur cette survie ou sur cette élimination prématurée. Le culte et les lois en Chine associent aux actes importants, des générations lointaines d'ancêtres : pareils prolongements peuvent friser la convention, n'être que factices, en ce qui concerne la vie sociale: nous n'avons pas à nous en préoccuper autrement.

Nous devons donc, pour fixer les idées, retenir que notre entité sociale ne correspondra, aux fins de la présente étude, ni à la famille du droit civil moderne, ni à la famille de l'époque germanique, ni à la gens romaine, ni à aucune autre réalisation épisodique en particulier. Des réalisations sont nécessaires sans doute : c'est le vêtement matériel, l'incarnation de notre notion abstraite.

Le facteur social restera indépendant, théoriquement séparable de tous ces éléments contingents, sinon dans la plénitude des manifestations de sa force, du moins dans le principe de sa vie.

La plupart des auteurs qui ont étudié la société humaine dans ses organes constitutifs, partent de la famille, comme première forme du groupement, (cf. Le Play — La Réforme Sociale § 24)

Mais tous ne s'expriment pas avec une égale précision au sujet du caractère d'entité sociale que nous voulons retenir ici. (i)

Ch. Périn définit ce caractère en termes fort heureux, lorsqu'il reconnaît à la famille des conditions de vie collective et traditionnelle que lui imposent les lois de son être physique et de son être moral. C'est Dieu qui a mis l'unité dans la famille. Elle y est par le principe mystérieux de la solidarité des races et de l'hérédité. 0

B. Du groupe régionalisé.

Il sera peut-être moins aisé de faire accepter l'expression, > groupe régionalisé". C'est principalement en pensant à cette appellation que je demandais en commençant une certaine liberté pour l'écrivain »de forger ses mots" pareille à celle qu'on accorde

(1) C'est le cas notamment pour Mr. John E. Bodin qui s'exprime ainsi: People may be formally married without being a family {The American Journal of S'îciology, t. XIX, n» i : étude The social minds) phrase ambiguë qui s'explique seulement par notre thèse.

(2) Perin. Les lois dans les Sociétés chrétiennes I 343.

maintenant aux artistes, en vue de leur faciliter l'extériorisation de ce qu'il y a de personnel dans leurs émotions.

Qu'est-ce qu'un groupe régionalisé ? D'où vient-il ? Pourquoi joue-t-il le rôle d'une entité sociale ?

Dans l'analyse de l'organisme complexe qu'on appelle la société humaine, il m'a semblé qu'on devait reconnaître une action autonome à un ensemble de familles, lequel ne se confond pas avec la tribu ou groupe syngénétique (c. à. d. le groupement des familles issues d'un même auteur). La vie spécifique de cette entité se manifeste par des affinités à la fois objectives et subjectives. Il existe entre les personnes ainsi groupées une prédisposition marquée pour la collaboration, une série d'affinités sympathiques traditionnelles, sinon héréditaires, qui triompheront en mainte circonstance des occasions de conflits individuels ou en réduiront la portée ; cette force est localisée autour d'un noyau initial ; elle va rayonnant de proche en proche, par la tendance d'expansion dont nous parlerons plus loin ; mais en rayonnant, elle s'affaiblit et finit par devenir imperceptible. Alors l'entité sociale aura trouvé sa frontière, car elle est basée aussi sur l'affinité subjective, c. à. d. sur la conscience qu'ont les familles du lien de solidarité qui les unit. Les membres ont conscience du lien qui les rattache aux voisins et au sol ; cette conscience est vivante, efficiente ; elle constitue un facteur essentiel d'activité.

On la personnifie généralement dans l'expression » patriotisme." Nous adopterions volontiers ce mot pour caractériser la conscience de la solidarité, l'aspect subjectif de l'entité sociale que nous avons en vue. Ce qui nous en dissuade, c'est l'affinité de ce mot avec l'ordre des réalisations politiques, l'usage familier qu'on en fait à propos de nations politiques dont les frontières ne correspondent nullement à celle d'une entité sociale.

Dans toutes les réalisations, nous trouverons la trace de l'entité sociale avec la preuve de son indépendance à leur égard ; c'est ce qui nous permet d'assimiler en quelque sorte notre entité à l'âme de la nation.

Si l'entité sociale > groupe régionalisé" ne correspond en principe à aucune oeuvre factice de délimitations administratives ou politiques, provinces, départements, comtés ou Etats, elle a pu correspondre, selon les époques, à des tribus et à des cités. C'est dans l'agglomérat politique des grands Empires qu'on saisit le plus clairement en quoi l'entité sociale se différencie d'avec l'Etat

politique : les multiples civitates qui vécurent leur vie dans l'Empire romain, les ^ Dominion''^ et Conwiomvealtli' dans l'Empire britannique contemporain, présentent des traits caractéristiques d'entités sociales. On le voit moins lorsque, comme dans la cité grecque, les limites du groupe régionalisé et de l'Etat politique coïncident à peu près.

Ce double exemple suffit d'ailleurs à notre démonstration. Il explique notre pensée, en montrant que les notions »Patrie", >Etat" et »entité sociale" ne sont pas hostiles, mais seulement indépendantes. On en retiendra, pour l'interprétation des événements et la recTierche des relations d'effet à cause, ce corollaire déjà signalé à propos de l'entité sociale »la famille" : c'est que l'Etat politique peut survivre, dans l'ordre international, à l'entité sociale qui lui donna naissance ; il se trouve alors privé de l'appui fondamental que l'entité sociale «groupe régionalisé" lui prêtait.

Parmi les auteurs contemporains, c'est M. de la Tour du Pin qui saisit le plus nettement l'oeuvre sociale de notre entité, à laquelle il donne le nom de »cité". Voici l'idée qu'il s'en fait:

»L'ensemble de ces organismes forme le corps social et leur mise en jeu d'une certaine manière constitue et détermine la cité, c. à. d. une société moins parfaite que la nation constituée en Etat, mais déjà suffisamment autonome et complète pour pouvoir être une partie intégrante de cette nation.

»Ce n'est pas en effet celle-ci qui est indivisible comme on n'a pu le maintenir : c'est la cité. Les vicissitudes de l'histoire peuvent la transporter d'une nation à l'autre, mais elles n'en peuvent dissoudre les liens sociaux, parce que ces liens sont de son essence même." (M. de la Tour du Pin: op. cit. p. 50).

Le contexte nous fait voir qu'il envisage la cité :

10 comme constitutive d'une activité sociale, donc un élément de vie ;

20 comme autonome et irréductible ;

30 comme indépendante de la nation politique.

Le régionalisme agitatoire de certains Français pourrait s'en rapprocher, s'il se dépouillait de sa connexité avec des réalisations historiques.

En résumé donc, l'entité sociale «groupe régionalisé" est le substratum unique et qui se retrouve dans chaque réalisation épisodique, qualifiée Etat.

Cette doctrine est importante pour la compréhension de notre

système. Elle se fait jour dans la sociologie, mais sous des expression différentes.

Gumplowicz entrevoit la notion d'entité sociale, lorsqu'il sépare la nationalité de l'Etat, à propos des suites d'une conquête. La > nationalité est une unité sociale si bien formée qu'elle résiste à l'absorption par un Etat, lui devient une cause de faiblesse au lieu de l'accroissement de puissance désiré." (Gumplowicz — Précis: p. 262).

L'observation avait été faite, il y a deux siècles par Montesquieu. (Esprit des Lois) M. John M. Gillette reconnaît également l'existence de «personnalités distinctes dans certaines nations composites contemporaines.

»The State is merely a convenient term of inclusion for ail the compulsory vvays in which the persons of a more or less accidentally determined territory are cooperating at a given time." (Critical points.... Amer. J. of Soc. op. cit. p. 55.)

M. Albion Small écrit : »The state is not society". (General Sociology — op. cit. p. 24).

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