DE LA VIE DES ENTITÉS SOCIALES
Les recherches auxquelles nous nous sommes livrés concernant la composition et le fonctionnement des sociétés humaines, nous ont fourni les éléments suivants, que nous rappelons succinctement pour mettre en évidence la suite du raisonnement.
Les éléments sociaux peuvent se décomposer aux fins de notre étude en deux séries : des hommes et des actes humains.
Les hommes sont influencés par leur nature : celle-ci est essentiellement sociable et lamentablement limitée. D'où : lo caractère sociologique des principaux actes humains ; 20 tares dangereuses insérées dans ces mêmes actes.
Les actes humains survivent en quelque manière à leurs auteurs : ils sont tendances, institutions, entités sociales ; les survivances d'actes portent en elles-mêmes quelque chose de la nature de leurs auteurs : sociabilité et imperfection générales, tares spéciales.
Ces tares individuelles, nous les avons décrites, avec un aperçu sommaire de leurs prolongements nocifs dans la vie des entités sociales. Nous allons trouver la confirmation de cette conception en étudiant les conditions dans lesquelles évoluent ces actes humains, coulés en institutions ou entités sociales ; et, nous rappelant la tendance des actes viciés par l'une des tares que nous venons de décrire, nous admettrons que ces actes viciés contrarient cette évolution, faussent l'action spécifique des entités sociales, et ainsi engendrent le désordre, la crise.
La suite de notre démonstration appelle donc quelques considérations sur l'évolution des entités sociales.
Comme nous avons, en matière de méthode, adopté le parallélisme organiciste, nous allons conserver notre terminologie initiale et re^er fidèles à l'ordre des choses où nous puiserons les comparaisons, les images indispensables à l'extériorisation de nos idées.
Nous dirons donc que les actes humains, coulés en entités sociales, sont le siège de phénomènes plus ressemblants à ceux des organismes, qu'à ceux des mécanismes ; que leur autonomie se manifeste en tendances parallèles à celles de la vie. Nous y trouverons les deux séries de manifestations que présente toute vie : la série normale, la série anormale.
L'une et l'autre série de manifestations procède du développement des germes (conséquences d'actes et tendances personnelles) qui suivent leur évolution propre, sans contradiction (milieu favorable) ou en état de lutte (milieu défavorable.)
§ I. Des manifestations normales.
Nous avons précisé ci-dessus ce que nous entendions par entités sociales, et dans quels rapports, ces produits d'actes humains se trouvent avec les hommes qui les ont posés et avec ceux qui les trouvent sur leur chemin.
Peut on parler de vie à propos des entités sociales ? Et dans l'affirmative, quelles sont les tendances normales de cette vie ?
A. Le terme vie est employé par la plupart des sociologues pour faire comprendre ce qu'ils observent ou concluent de la suite des faits humains sociaux. Ce consentement certes n'emporte pas la vérité objective, mais il constitue néanmoins un fait qui ne saurait être passé sous silence (v. plus haut. Ch. I).
Au commencement nous avons revendiqué comme méthode, le droit de recourir au raisonnement analogique, de suivre un parallélisme entre les sociétés humaines et les êtres organisés, vivants, dans les états successifs qui se manifestaient à notre attention.
Les deux questions que nous avons à résoudre, nous amènent à examiner si outre l'hypothèse initiale, outre la question de méthode, il y a quelque fondement objectif dans la constitution organique, dans la vie attribuée aux sociétés humaines.
Voici ce que nous observons, en comparant les organismes physiques et les supra-organismes sociaux, comme on les a nommés parfois. (})
Les uns et les autres procèdent d'un principe lequel, même dans les organismes physiques, est invisible, mystérieux. Nous
(i) G. De Greef — La structure des Sociétés — op. cit.
l'appelons âme pour les hommes, nous l'avons appelé entité sociale pour les supra-organismes, (^j
Nous ne connaissons pas des âmes autrement qu'en état d'alliage avec des corps. Nos entités sociales ne se présentent à nous qu'incarnées dans des espèces épisodiques. Ainsi la » famille" ne se manifeste qu'à travers »des familles" déterminées, le «groupe régionalisé" ne se trouve que dans des nations, des cités, fonctionnant quelque part sous un nom particulier.
Cependant cet alliage, pour constant qu'il est, n'est qu'alliage. La matière reste matière, et conserve ses propriétés ; le souffle reste souffle, âme. Ainsi le principe de vie reste un, tandis que la matière se désagrège et se recompose à chaque instant. L'entité sociale » famille" s'assimile des individus nouveaux à chaque naissance, s'en dissocie quelques-uns par décès, par séparation volontaire, et pourtant subsiste une, identique.
L'entité sociale, groupe régionalisé" modifie chaque jour sa composition atomique d'individus sans perdre son identité.
Dans les organismes physiques, le principe de vie s'extériorise en manifestations ; il apparaît, disparaît, nous disons : c'est la naissance ou c'est la mort.
Après son apparition, il se manifeste de manière permanente avec des intensités variables ; ces intensités connaissent des oscillations, mais, enregistrées avec soin, les oscillations se reproduisent le long d'une courbe qui commence toujours par monter et finit toujours par descendre : nous appelons cela croissance et décadence. Lorsque cette courbe est brisée, c'est la crise.
La vie se manifeste par des actes, lesquels se répartissent en séries et à chacune d'elles nous voyons correspondre un agent exécuteur approprié, que nous nommons organe. Ces organes sont appropriés à leurs fonctions respectives, et cette coordination est si étroite que si, par quelque cause, la fonction vient à subir une modification importante, nous constatons bientôt dans l'organe une altération correspondante ; si la fonction s'arrête, l'organe s'atrophie. Une certaine réciprocité corrobore notre notion de l'intimité de ces liens : l'état de l'organe conditionne la fonction.
(i) Nous croyons cette expression plus correcte et en tous cas moins susceptible de prêter à des interprétations erronées, que cette autre que nous avons trouvée dans Périn ; »La vie sociale est une comme l'homme est un. Aussi bien que l'homme, c'est par l'âme que les sociétés vivent." (^De la Richesse — op. cit. t. 1 p. 29).
ce
Dans les supra-organismes, ou sociétés humaines, on a signalé des manifestations parallèles en assez grand nombre pour induire en erreur ceux qui se hâtent de conclure à l'invention d'une loi. Elles existent et c'est pour cela que nous nous servons de la méthode analogique ; elles ne prouvent pas l'identité des deux ordres , et nous nous séparons du monisme de Gumplowicz, comme de l'organicisme formel.
Notre explication de ce parallélisme est la suivante : nous voulons y voir une grandiose unité de méthode déposée dans son oeuvre par Celui qui est l'unité essentielle.
Et c'est ce qui nous autorise à nous servir ici du même parallélisme pour la recherche des relations de cause à effet dans l'ordre sociologique Nous ne prétendons pas aboutir à la démonstration de l'identité des causes, mais nous croyons pouvoir apprendre quelque chose de plus en posant hypothétiquement le parallélisme entre la nature des causes et leurs modes d'action dans les deux ordres respectifs.
Ce faisant nous frisons d'assez près le système des Trois Ages d'Aug. Comte, et l'Ecole organiciste principale de Schaeffle, Lilienfeld, Bluntschli : nous nous séparons absolument du premier par notre répudiation de tout déterminisme, quoiqu'il soit.
Quant à la seconde, il sera peut être utile de documenter nos lecteurs sur certains aspects de la controverse.
L'école organiciste nous a laissé un enseignement précieux : c'est qu'il est dangereux de pousser au delà des limites d'une métaphore passagère ou des besoins d'une méthode, laissant entière la question de réalité objective, la recherche des parallélismes entre des ordres distincts et même éloignés, comme l'organisme de l'être humain et le groupement social des hommes entre eux. La logique a ses règles et elles sont inflexibles !
Que l'argument d'analogie ne se transforme donc jamais en argument direct, que l'image reste enfant de l'imagination !
Ceci dit, achevons, tout en documentant nos lecteurs sur les phases de l'Ecole organiciste, de démontrer combien nous en sommes éloignés.
Savigny, au début du XIXe Siècle, avait appliqué au Droit l'expression de » chose vivante qui croît et se transforme comme le corps humain." (vont Beruf unserer Zeit. f. Gesetzgebutig u. RecJitszvissenscJiaft, 1 8 1 5 . )
Auguste Comte, nous assurent des Français, n'a jamais recouru
au langage biologique qu'à titre d'image littéraire. Herbert Spencer, dit-on encore, n'a voulu que filer, un peu longuement peutêtre, une métaphore.
Il n'en est pas moins certain que c'est à lui tju'on doit cette autopsie curieuse du corps social dans lequel il découvre un appareil producteur ou digestif, un appareil distributeur ou vasculaire, un appareil régulateur ou nervo-moteur. SchafiFle, lui du moins, ne prête pas à équivoque. C'est au pied de la lettre qu'il prend tout ce qu'il dit de la structure et de la vie de l'organisme social. Il en décrit copieusement les éléments histologiques, les cinq tissus fondamentaux.
Bluntschli complète le système en affirmant le sexe et un processus de génération spontanée, (i)
Il parait assez naturel qu'une école, enlisée dans pareille ornière, ait été désertée.
M. Pierre Méline, en France, nous assure que sl'organicisme s'est effondré et presque avec ridicule." {Le travail sociologique p. 23)) tandis que M. Hoffmeister, en Autriche, le traite de »grotesque". (op. i cit. p. 5).
Les jeunes aiment les opinions tranchantes. Constatons qu'après Gabriel Tarde et F. Ward on se sert encore, bien entendu avec la réserve qui convient, des arguments analogiques et d'images empruntées à la biologie. Et l'un des philosophes les plus éminents de notre siècle n'hésitait pas, hier encore, à signer ces lignes : »L'Eglise vit, et, comme tous les organismes, se renouvelant sans cesse, elle reste toujours la même."
»Elle a son activité vitale : elle s'assimile le monde extérieur, croît, se développe, conformément aux lois générales qui président à l'entretien et aux progrès de la vie chez les êtres organisés."
»A mesure que se perfectionne le règne organique, les organes et les fonctions des types vivants se spécifient davantage et se coordonnent sous une direction centrale de plus en plus accentuée." (Cardinal Mercier, — Lettre pastorale du Carême de 1915).
Ruhland, tout en s'imaginant poursuivre la pensée et l'oeuvre d'Albert Schâffle, ne reprend l'organicisme que comme méthode. Schaffle, dit il, a étudié la structure du corps social, son anatomie, sa physiologie, sa psychologie ; ne sera-t-il pas permis de
(i) cf. Ch. Antoine p. iio et suiv. ,
faire un pas de plus dans cette voie et de tenter l'étude de la pathologie, de la nosologie sociales ? {System. III Introd. p. 6).
Il cherche à s'autoriser d'exemples contemporains, sans se douter peut être qu'il ne faisait que reprendre la terminologie et
rajeunir l'oeuvre de Salomon, ainsi qu'on l'apprend par la
lecture du Livre de la Sagesse.
Gabriel Tarde, qui avait vivement mis en relief l'impossibilité de suivre Schàffle, Lilienfeld, Bluntschli dans la voie où ils étaient entrés, et qu'on a appelé à cause de cela »le démolisseur de l'organicisme", n'en conserve pas moins son parallélisme à lui.
»I1 y a quelque chose de profondément vrai pourtant au fond de la conception métaphorique de l'organisme social, aujourd'hui si démodée La société, si elle n'est pas comparable à un organisme, l'est à un organe privilégié, le cerveau.." (G. Tarde — Logique sociale. Préface VIII. p. 128).
Alfred Fouillée a fait de la thèse que voici l'un des fondements de sa sociologie : »Une société est bien un vivant, ce qui ne veut pas dire qu'elle soit un animal (i) ou un végétal. La vie est une volonté de conservation et de progrès qui anime des organes et s'exerce par des fonctions. Ces fonctions sont des modes de finalité interne et externe c. à. d. d'adaptation mutuelle des organes à l'intérieur ou d'adaptation au milieu extérieur."
>Or, tous ces caractères essentiels de la vie se retrouvent dans une société organisée: il y a un commun vouloir-vivre; une commune direction de tendances en partie inconsciente à la conservation et au progrès de l'ensemble ; il y a adaptation du tout au milieu extérieur ; il y a organes et fonctions ; donc une société vit et constitue un organisme, mais d'une espèce particulière : elle ne réagit pas seulement aux sollicitations de dehors : elle a une vie interne qui consiste à se créer un idéal et à le réaliser." (2j
Et à Bruxelles M. de Greef continue à enseigner : »Les sociétés sont donc des organismes ou plutôt des superorganismes. Elles ont une structure, c. à. d. des arrangements particuliers appropriés à un service général." {Sociologie générale p. 33.)
»Toute société étant une structure vivante a nécessairement en
(i) Platon tenait que le monde était un animal et avait une âme destinée .â rejoindre le Père : Platane quippe auctore animal esse dicitis mundum et animal beatissimum... Dicit etiam Deum ad hoc animam mundo dédisse ut,,, ad Patrem recurret... Aur, Augustinus op. cit. Lib. X. . (2) A Guyau et L. Fouillée Revue Internationale de Sociologie 191 3 p. 66.
commun avec les organismes en général les caractères suivants... etc. (ibid. p. 70).
Nous avions à dessein basé notre parallélisme sur des phénomènes externes aisément observables.
D'autres partent de considérations plus abstraites, se rapprochant de l'essence des choses et leur argumentation ne doit pas être passée sous silence.
»La société est un organisme moral, parce qu'il présente plusieurs traits de ressemblance avec l'organisme physique. L'unité du tout, des parties hétérogènes et autonomes, l'action harmonique des parties dans l'intérêt du corps : voilà les trois points de ressemblances entre les deux organismes." (Ch. Antoine Cours d' Economie sociale p. 199.)
Dans l'oeuvre de Charles Périn nous trouvons deux séries d'arguments.
A) » Toutes les fonctions particulières entre lesquelles se partage l'activité sociale se réunissent pour former, par l'assistance mutuelle, la vie commune et complète d'un peuple. Aussi n'est ce point sans raison qu'on a comparé la société à un organisme vivant et se mouvant par la force d'un principe interne d'unité qui rattache les unes aux autres toutes ses parties." (Principes d'Economie politique p. 138).
B) »La société est un être moral, indépendant des individus qui la composent, doué d'une vie propre, constitué suivant l'ordre providentiel des choses, en vue d'une fin distincte de la fin assignée aux individus.'' [Les Lois dans les sociétés chrétiennes i. 6.)
Il semble bien, d'après ceci, qu'entre l'analogie et l'argumentation directe, la pente soit glissante.
Pour des lecteurs non avertis, cette dernière proposition est grosse de conséquences organicistes.
Il nous parait donc nécessaire de leur opposer quelques objections de principe complémentaires de l'argument ad hominem, tiré de l'absurdité des déductions auxquelles aboutit l'organicisme.
>Organisme" s'oppose habituellement à ^mécanisme."
A quelles choses applique t-on ces mots ?
»L'organisme, dit le P. Liberatore, diffère du mécanisme en ce que ce dernier prend une matière absolument inerte, mais sans produire un mouvement qu'une force particulière imprime à tout l'appareil ; l'autre au contraire, se compose de parties douées d'une structure particulière et se mouvant d'une force propre dans
l'orbite de leur action." {htstitutioncs Ethicoe et Juris naturalis lia Pars, cap. II. art. 4).
M. Ludwig Stein, qui ne parait pas avoir eu connaissance de cette définition, nous apporte de son côté comme conclusion de ses méditations, la formule suivante : »Le mouvement automatique, le remplacement propre au moyen de l'assimilation, la propagation individuelle (reproduction) sont les caractères spéciaux de l'organisme par rapport à la machine." {Conceptions mécaniques et organiques de V Etat — Loc. cit. p. 13).
Or, je ne vois pas dans les sociétés humaines en général, ni dans les entités sociales en particulier, le mouvement essentiellement propre c. à. d. le principe de vie autonome. Je vois bien une indépendance dans ce mouvement, mais elle était conditionnée par l'homme ou par les hommes d'où partirent les entités (cf. plus haut).
Et surtout je ne vois pas le phénomène si important de la reproduction. Une famille ne reproduit pas une famille par un processus spécifique, ni une nation, une autre nation. Sans doute des phénomènes parallèles apparaissent dans les sociétés humaines, mais par des actes hrmains, actes nouveaux, distincts des premiers. Si une troisième famille se fonde au moyen d'éléments pris dans deux] familles existantes, c'est parce que deux êtres individuels en décident' ainsi, et s'éloignent, plus ou moins, de leur groupement initial deux actes successifs, générateurs de conséquences sociales.
Si un groupe régionalisé constitue une cité, un peuple nouveau, c'est par le processus spécifique de l'essaimage individuel, suivi d'un acte nouveau, le groupement régional, générateur d'un état de solidarité (v. plus loin).
Il arrive qu'une colonie soit établie par l'acte spécifique d'une cité, d'un peuple, agissant comme tel, par ses autorités constituées. Mais cette colonie n'est pas dotée de l'indépendance, ce n'est pas pour créer une nation nouvelle, que les autorités agissent de la sorte, et nul n'entend «procréer" c. à. d. préparer un être nouveau destiné à se substituer à ses parents.
Voilà des objections sérieuses à l'assimilation organiciste. M. Hoffmeister en signale d'autres, parmi lesquelles l'impossibilité d'assimiler les deux unités respectives : l'unité sociale l'homme, doué d'autonomie dans l'être et la cellule biologique, qui n'a de vie, de but, que dans l'organisme {Grundgesetze.... op. cit. p. 6 et suiv.).
Cependant il ne faut pas perdre de vue que les objections à l'assimilation mécanistique ne sont ni moins graves, ni moins nombreuses.
Il \- a des analogies qui ont séduit certains auteurs ; la distinction en d\'namique et statique peut rendre des services dans l'enseignement, surtout si l'on s'adresse à un public d'ingénieurs, de techniciens. Cependant M. De Greef rejette cette terminologie, même dans les limites de la didactique : »Nous préférons à cette terminologie celle de ^structure" et »vie" générales de sociétés, notre conception sociale est en effet hyperorganique, et la sociologie a des rapports plus directs avec les sciences de la vie qu'avec la mécanique.» {La structure... op. cit. I p. ii.)
Il n'est pas difficile de démontrer que si on devait pousser dans les détails l'assimilation de la sociologie et du mécanisme, on aboutirait à des propositions aussi ridicules que celles de l'organicisme ; l'oeuvre de Lester F. Ward témoigne des absurdités qu'on accumule de la sorte.
D'après cela, il paraîtra rationnel de ne franchir ni dans un sens, ni dans l'autre, la portée technique que nous donnions dès le début à notre parallélisme : ce sera une méthode pour procéder du connu à l'inconnu, rien de plus !
Ceci dit, nous pouvons parler plus librement de la »vie sociale" et des «conditions de l'évolution de la vie" de nos entités : mais qu'il soit bien entendu que ces expressions sont des images. D'ailleurs tout mot n'est-il pas une image? Quel est le nom qui exprime la substance de l'être dénommé ? Nous n'extériorisons nos idées qu'au moyen de sons conventionnels, et nos raisonnements mêmes sont des métaphores !
"Voici un exemple pris dans notre matière.
S'il fut parmi les sociologues un déterministe qui ne recula devant aucune des conséquences de son déterminisme, c'est Ludwig Gumplowicz : »loi sociale" était pour lui le mot suprême, la raison dernière de toute interprétation. »Sans lois sociales, pas de sciences sociales". (Précis de Sociologie p. io8). Et quand, pressé par la logique, il se demande ce que signifie ce mot il reconnait qu'il n'y a au fond qu'une image, une méthaphore. (})
B) Considérons maintenant certains aspects de notre parallélisme.
(i) «Lorsque nous rencontrons des phénomènes qui se succèdent ou qui coexistent toujours, nous disons que cette uniformité repose sur une loi, ceci n'est évidemment qu'une analogie ou une métaphore. Nous nous figurons pour comprendre plus facilement cette régularité de réapparition, que celle-ci est la conséquence de quelque volonté supérieure s'incorporant dans une loi". (Gumplowicz, Précis op. cit. p. io8.)
Nous en retiendrons trois, qui nous paraissent conditionner les manifestations actives, la vie de nos entités sociales fonctionnant dans les conditions normales de leur évolution, remplissant leur rôle spécifique : ce sont : la lutte interne, l'expansion externe, la solidarité.