‹ La lecture en actionChapitre 10 sur 81 · UNE CONSULTATION · texte numérisé non relu

UNE CONSULTATION

Le lendemain je pris la plume, et j'écrivis à mon prédicateur : « Je n'ai pas besoin d'aller vous entendre prêcher; je vous ai entendu... je vous ai vu... de mon cabinet. En doutez-vous? Je vais vous raconter comment vous vous comportez dans votre chaire. Vous ne parlez pas debout, mais assis. Quand vous commencez votre sermon, vous êtes placé droit sur votre chaise, mais à mesure que le discours se prolonge, le haut de votre corps s'avance, se penche; bientôt, votre poitrine touche le rebord de votre chaire, vous êtes comme couché dessus, et je gagerais qu'à la lin, vos deux bras sortent de la chaire et s'agitent au-dessus delà tête de vos auditeurs. Est-ce vrai?Ai-je bien vu? oui. Hé bien, c'est de là que vient tout votre mal, elle remède est bien simple. Redressez-vous, restez adossé à votre chaise, et vous retrouverez du même coup votre élocution et votre éloquence. »

Trois jours après, il entrait chez moi en in"appelant son sauveur.

Celte leçon va à l'adresse de tous les pcrcs qui ont une profession où la parole a sa part, mais je voudrais qu'elle ne fût pas perdue non plus pour vous, mes jeunes lectrices. Vous n'en avez pas moins besoin que vos parents.

La musique et la lecture vont ici de pair. Que vous dit votre professeur de piano? ouvrez la poitrine, pour laisser toute leur indépendance de mouvements aux bras et aux mains. Que vous dit votre professeur de cliant? ouvrez la poitrine, pour que le son s'échappe pur et vibrant. Que doit vous dire votre professeur de lecture? Ouvrez la j)oiirme pour que la libre et pleine émission de la voix, devenant un exercice pour les organes respiratoires, rende à ces organes la force qu'elle leur doit. Vous le voyez, c'est une affaire d'hygiène aussi bien que d'arl. La lecture est un art sain, il vous donncM'a quelque chose de la fermeté d'attitude de vos grand'mcres. ]a\ dix-neuvième siècle se tient mal. Autrefois les femmes, assises toutes droites sur leurs chaises, fermement cam-

UNI-: CONSULTATION. iy

pées sur leurs reins, avaient une colonne vertébrale qui méritait le nom de colonne ; la nôtre ressemble à la tour de Pise, une tour pencbée. On parle beaucoup, et avec grande raison, du relèvement des âmes; mais relevons aussi les corps! l'âme même y gagnerait ; poitrine ouverte et figure ouverte vont bien ensemble, et vos mères vous donnent une excellente leçon de tenue physique, de tenue morale et de lecture, quand elles vous disent : Tenez-vous droites, mesdemoiselles !

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