‹ La lecture en actionChapitre 9 sur 81 · UNI-: CONSULTATION · texte numérisé non relu

UNI-: CONSULTATION

pendant voire accès... j'irai vous entendre prêcher. — Je prcche samedi. — A samedi. »

Le lendemain, je lisais dans mon cabinet, tout en pensant à mon prédicateur, quand je vois entrer un jeune homme, que j'ai eu le plaisir de compter parmi mes auditeurs de l'École normale. « Qui vous amène, mon cher ami? — Je viens TOUS demander une consultation. — Vous aussi! — J'ai été nommé professeur de seconde dans un lycée de Paris. — Je le sais, et je vous en félicite i^randement. 01)tenir une telle chaire au sortir de l'École normale, c'est un beau témoignage d'estime qu'on vous a donné là. — Jugez donc de ma peine, j'ai peur d'être forcé d'y renoncer. — Pour (|uel motif? — La fatigue. — Comme mon prédicateur! Quelle fatigue? fatigue de parole? — Non, fatigue de lecture. Je suis forcé de lire tout haut des fragments de poésie, des pnges de prose ; si la lecture se prolonge, et je ne suis pas toujours maître de l'abréger, ma voix se voile, mon larynx me fait mal? — Toujours comme mon prédica-

leur! c'est singulier! Voyons! faisons une épreuve. Prenez ce chapitre de Pascal, lisez-le tout haut, et arrêtez-vous dès que la fatigue se fera sentir. » Il prit le livre et commenra, mais à peine avait-il lu deux minutes... « Assez! assez! je comprends! Comment n'yai-jepas pensé tout d'abord? — Vous savez, d'où vient ma fatigue? — Parfaitement. — Et vous pouvez y porter remède? — En cinq minutes. — Comment? — Un fait assez curieux vous l'expliquera.

J'ai pour ami, un médecin spirituel, fort pittoresque dans son langage, et qui, au riscjue de choquer nos délicatesses de salon, appelle toujours les choses par leur nom; ce n'est chez lui ni parti i)ris, ni désir de se singulariser, c'est habitude de savant. Un jour, vient le consulter un magistrat, atteint d'une sciaticjue ; le docteur se fait expliquer minutieusement le mal, son dél)ut, son caractère, son degré d'intensité, puis, Tinteirogatoire fini : « Monsieur, dit-il à son client, « n'ôtes-vous ])as magistrat? — Oui, monsieur. « — Magistrature debout, ou magistrature assise? « — Aî-sise. — Kli bien, monsieur, sur «luelle « jambe jugez-vous? » Le magistrat fait un bond

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UNE CONSULTATION. Où

sur sa chaise : « Comment ! monsieur, sur « quelle... — Sans doute, reprend le docteur « avec un grand sang-froid; j'ai remarqué que et vous autres juges, vous n'êtes presque jamais « assis tout droit sur votre fauteuil, vous vous « penchez presque toujours ou à droite ou à « gauche, et c'est dans cette position, assez sem- « blable à celle d'un bateau échoué sur le « sable, que vous écoutez et que vous prononcez. « Hé bien, monsieur, rappelez vos souvenirs, « vous appuyez-vous sur la droite ou sur la gau- « che? — Je crois que c'est sur la gauciie. — Et « de quel côté est votre sciatique? — Du cùlé « gauche. — Voilà tout le secret. Voici mon ordon- « nance. Pas de préférence! jugez tantôt sur l'une, « tantôt sur Taulre, ou plutôt, jugez sur toutes a les deux, posez-vous droit sur votre colonne ver- « tébrale, et votre légère sciatique se guérira, » Mon jeune ami s'était mis à rire en m'écoutant. a Votre histoire est assez comique, me dit-il, mais je ne vois pas le rapport qui existe entre le magistrat et moi? — Votre cas et le sien sont pourtant identiques. Votre fatigue vocale vient de la même cause que sa sciatique : c'est une alTaire

d'attitude; la couséquence d'une mauvaise position du corps.

— Gomiiient cela?

— Il m'a suffi de vous regarder lire un instant pour m'en convaincre. C'a été pour moi un trait de lumière. Qu'avez-vous fait? au lieu d'approcher le livre de votre visage, vous vous êtes penché sur le livre. Qu'en est-il résulté ? Que vous avez pesé sur certains muscles pectoraux, comme lui sur certains muscles cruraux, et que vous les avez fiitigués ! qu'au lieu d'ouvrir la poitrine, vous l'avez fermée ! qu'au lieu de respirer à pleins poumons, vous avez respiré seulement du haut du poumon! Qu'au lieu d'em])loyer toute l'étendue des cordes vocales, vous avez parlé uniquement sur les notes hautes! Que la douleur ciilin est venucî avec la fatigue. Kn voulez-vous la preuve? Prenez de nouveau ce l^ascal, appuyez votre dos sur le dos du sit'^'-e, et ainsi posé, la poitrine ouverte et lilne, lisez! '» 11 j)rit le livre, il lut, il lui six ji.iijes sans s'arrêter, et quand je l'interrompis, il était prêt à continuer encore. La preuve était décisive. .Mon jeuiK! ami me quitta ravi, et, j'esj)ère, guéri.

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