‹ La lecture en actionChapitre 59 sur 81 · VICTOR HUGO — THÉOPHILE GAUTIER CASIMIR DELAVIGNE · texte numérisé non relu

VICTOR HUGO — THÉOPHILE GAUTIER CASIMIR DELAVIGNE

11 y a des lecteurs coloristes, comme il y a des peintres coloristes. Le coloris dans la diction est autre chose que la verve, l'esprit, 1 emol.lon; c'est une qualité toute spéciale et qui demande des dons particuliers. Le premier de ces dons, c'est une voix timbrée. Celui qui n'a pas de timbre, je dirais volontiers, qui n'a pas de métal dans la voix, ne sera jamais un lecteur coloriste. Ce métal peut être d'or, d'argent ou d'airain, car à chacun de ces métaux correspond une sonorité différente ;

la voix d'or a plus de brillant, la voix d'argent a plus de charme, la voix d'airain a plus de force; mais une des trois est nécessaire. Une voix sans métal ressemble à des dents sans émail; elles peuvent être solides et saines, elles ne sont pas brillantes. II y a plusieurs espèces de coloris dans la diction : le coloris éclatant, le coloris doux et le coloris voilé; l'harmonieux mélange des gris, des lilas, des bruns, produit sur une toile de Véronèse, de Rubens, de Delacroix, des chefs-d'œuvre de coloris, tout comme le fracas des tons de pourpre et d'or. Reste la voix de velours. Mais celle-là ne va pas sans une des trois autres. Pour qu'une voix de velours ait tout son charme, il faut qu'elle soit doublée d'une voix métallique : le velours est le dessus, mais le métal est le dessous. Sans métal, une voix de velours n'est qu'une voix de coton.

Citons des exemples. J'emprunte le premier à la pièce de poésie, inlitulée Stella clans les ClidLimcnts.

Le poète s'était endormi la nuit j)rès de la grève. Il s'éveille, il voit l'étoile du matin, ot elle lui dit :

... Je suis l'astre qui vient d'abord.

Je suis celle qu'on croit dans la tombe et qui sort. J'ai lai sur le Sina, j'ai lui sur le Taygète. Je suis le caillou d'or et de feu, que Dieu jette Comme avec une fronde au front noir de la nuit; Je suis ce qui renaît quand un monde est détruit. 0 nations! je suis la poésie ardente, J'ai brillé sur Moïse et j'ai brillé sur Dante. Le lion Océan est amoureux de moi.

J'arrive! levez-vous, vertu, courag-e, foi! Penseurs, esprits! montez sur la tour, sentinelles! Paupières, ouvrez-vous! allumez-vous, prunelles! Terre, émeus les sillons! vie, éveille le bruit! Debout, vous qui dormez! car celui qui me suit, Car celui qui m'envoie en avant, la première, C'est l'ange Liberté, c'est le géant Lumière.

Sonnent-elles assez, vibrent-elles assez, ces strophes éclatantes? Quelle voix demandent-elles? Évidemment une voix d'or. L'or, dans la parole, c'est l'écarlate dans la peinture, c'est le cor dans la musique. Du reste, pas de conseil de détail à donner au lecteur. S'il a un bon organe, (fu'il fasse jaillir cette chanson de ses lèvres, comme un rayon de soleil rebondit d'un clocher d'église de Burgos : du feu et de la lumière, voilà tout ce cju'il faut dans ces vers!

VOIX D AP.f. ENT

C'esl il Théophile Gautier que j'emprunte ce second exemple :

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