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MONTESQUIEU

Ce n'est pas sans hésitation que j'ai rangé Montesquieu parmi les stylistes. Ce mot a quelque

chose d'un peu frivole, qui va mal avec ce grand nom. Le titre même de Monsieur le Président le repousse; et il semble que ce soit manquer quelque peu de respect à ces graves et immortels monuments qui s'appellent VEsprlt des lois et les Considérations sur la grandeur et la décadence des Romains, que d'y voir et d'y étudier les produits d'un art parfois raffiné et recherché. Tel est cependant le style de Montesquieu, et tel il devait être, car il tient à la nature même de son esprit et de son caractère. Montesquieu était le contraire d'un orateur ^. Il n'avait pas d'abondance de mots; son dictionnaire était restreint; le maniement de la phrase lui était difficile; une lettre à écrire lui coûtait, une conversation à soutenir lui pesait ; il était myope, ce qui exclut, quelquefois, une grande richesse d'expressions ; il était timide, ce ([u\ amène et suppose une certaine hésitation dans le langage. Ajoutez un goût naturel pour le précieux dans le style, son Temple de Gnide

1. Ces (Jiitails se trouvent dans le très intéressant et très complet ouvrage do M. Vian, sur Tauleur de VEsprlt (les lois. L'Acadcuiio fran'^alsc a co.ironiK' le livre do M. Vian.

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