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MONTESQUIEU. 01 I

en est la preuve, et, un de ses premiers ouvrages, la Politique des Romains dans la religion^ lu à l'Académie de Bordeaux, choqua un peu, malgré des aperçus fort brillants, par l'abus des antithèses.

Or rapprochez ces traits divers ; joignez-y, chez l'auteur, un goût de concision, dont la nature des sujets traités lui faisait une nécessité, et vous comprendrez l'espèce de contraste piquant et inattendu qui se révèle entre la pensée de Montesquieu et son style. Grave comme érudit, grave comme historien, grave comme magistrat, grave comme penseur, il est ingénieux comme écrivain, ingéniositéqui n'exclut ni la force ni la grandeur, mais qui leur donne un certain aspect de recherche. Montesquieu tient de La Bruyère. Il ne lui suffit pas d'instruire, de convaincre, de faire réfléchir, il veut plaire et frapper. Ses effets sont puissants, charmants, mais ce sont des effets.

Prenons cette page de VEsprit des lois :

DES MŒURS DU MONARQtJE

Les mœurs du prince contribuent autant h la liberté que les lois; il peut, comme elles, faire des hommes des bètes, et des bètes faire des hommes. S'il aime les âmes

libres, il aura des sujets-, s'il aime les âmes basses, aura des esclaves. Veut-il savoir le grand art de régner? qu'il approche de lui l'honneur et la vertu, qu'il appelle le mérite personnel. Il peut même fixer quelquefois les yeux sur les talents. Qu'il ne craigne point ces rivaux qu'on appelle les hommes de mérite; il est leur égal, dès qu'il les aime. Qu'il gagne le cœur, mais qu'il ne captive pas l'esprit. Qu'il se rende populaire. Il doit être llatté de l'amour du moindre de ses sujets; ce sont toujours des hommes. Le peuple demande toujours si peu d'égards qu'il est juste de les lui accorder. L'infinie distance qui est entre lui et le souverain empêche bien qu'il ne le gène. Qu'exorable h, la prière, il soit ferme contre les demandes, et qu'il sache que son peuple jouit de ses refus, et ses courtisans de ses grâces.

Cette page est sans doute pleine de distinction et de profondeur; mais l'idée se présente sous une forme antithétique et sentencieuse qui sent quelque peu l'apprêt et qui, par conséquent, apl)ellc une cerlaine recherche de diction. Ce n'est pas la langue de Bossuet et de Pascal : l'étude de ces deux maîtres incomparables va nous montrer quelle différence sépare les grands écrivains des grands stylistes et combien ils doivent être interprétés difléremment.

PASCAL. — BOSSUET. 3l3

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