PASCAL. — BOSSUET
Nous voici en face des deux plus grands écrivains de la langue française. Leurs différences sont aussi nombreuses que leurs ressemblances. Frères en génie et en croyance, égaux en force de pensée, égaux en éloquence, égaux en science de style, égaux en poésie et en grandeur d'images, ils arrivent à une hauteur pareille par des routes tout à fait opposées; de façon que le lecteur, après avoir interprété Tun, est forcé de changer d'instrument pour interpréter l'autre, et quêteurs contrastes l'aident à les mieux comprendre et à les mieux rendre tous les deux.
3l4 LA LECTURE EN ACTION.
Ce qui domine chez Bossuel, c'est l'orateur. Même quand il écrit le plus majestueusement, il parle; à travers tant de pages admirables, passe comme un souffle, non seulement le son de la voix humaine, sonitus vocis humanœ^ mais son mouvement, son allure vivante, son impétuosité ou sa tranquillité, sa course ou sa marche. Fleuve ou torrent, la phrase de Bossuct coule ou roule toujours!
Ce qui domine dans Pascal, c'est le géomètre. Ses phrases les plus entraînaotes sont construites comme des théorèmes. Leur forme n'est pas seulement savante, elle est scientifique. On en voit toujours non seulement l'architecture, mais l'cchafiiudage. Nul écrivain n'est plus poète, plus peintre, mais ses plus sublimes élans de poésie, ses plus puissantes audaces de coloris, sortent tout à coup, par explosions spontanées, de la symétri(|ue ordonnance d'une période qui se développe lentement et continûment, à la façon d'une l)roi)osilion mathémati(|ue, sans courir jamais, sans reculer jamais, sans s'arrêter jamais.
Xoas allons essayer de déterminer ]tar des exemples le caractère propre de ces deux styles
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pour en déduire ensuite la manière de les interpréter. Ce sera une étude de diction d'un degré supérieur et s'adressant surtout aux lecteurs déjà exercés, qui n'ont pas besoin qu'on leur apprenne un morceau phrase à phrase, mais auxquels il suffit d'en indiquer l'esprit et le mouvement.
Commençons par Pascal.
Tl y a, dans Pascal, le Pascal des Provinciales et le Pascal des Pensées. Le premier est un. polémiste; le second un philosophe et un homm« de foi. Les Provinciales nous représentent un ouvrage achevé; les Pensées un projet d'ouvrage. Dans le projet même, il y a tout à la fois, des morceaux terminés, et des fragments jetés sur le papier comme des notes. Ces notes, grâce à M. Havet, nous les possédons sans retouches, dans leur rude beauté de négligé, et nous tenons là ainsi ce grand génie dans les trois phases de la création intellecluelle : le dief-d'œuvre, l'ébauche, le premier jet.
3l6 LA LECTURE EN ACTION.