IV
(8) D^Km-Sac.
cérémonie. Or lematin, le
rers Taurore, puisque c'est de là que se levaient les
à midi il se tournait vers le sud, le soleil étant méridien;
le soir il se tournait vers le couchant. Il Êdlait donc bien
que l'autel eût quatre côtés ou qu'il fut circulaire. Mais
comme le sacrifice du matin était de beaucoup le plus
important, ce côté de l'autel devait rester libre, il ne
devait y avoir entre lui et l'aurore aucun objet qui cach&t
l'horizon.
Plus tard, on fit les autels de pierre et l'on commença à tailler des statues. Celles-ci ayant pris une importance de plus en plus grande dans les idées populaires , il fiillut leM abriter, soit dans des cavernes, comme à Athènes, à Phigalie et ailleurs, soit dans des édifices construits exprés. Mais comme ces statues étaient les images des dieux, i()C(ivi<, et non les dieux eux-mêmes, le sacrifice public continua de s'adresser à ces derniers, alors même que les superstitions privées attribuaient des vertus partlculiéresà des poupéesde boisou de pierre ou à de simples poteaux. Les Grecs continuèrent donc, avec beaucoup de bon Mens, de prendre l'autel pour point central du culte et d'élever le temple à l'occident de l'autel ; de sorte que sa façade principale et la statue regardaient le soleil levant.
Dans les églises chrétiennes le portail regarde l'occident et 11 semble que la disposition générale de ces édifices soit l'Inverse de celle des édifices grecs. Gela n'est pas absolument vrai , car l'édifice chrétien se compose de deux parties; la plus grande est celle où se tient l'assemblée des fidèles, i)C)cXyi(rta; l'autre renferme le chœur et l'autel, au-dessus et au-delà duquel s'élève le petit sanctuaire ou tabernacle contenant le dieu sous une forme mystique. Ohez les Grecs le peuple, le chœur, l'autel, étaient hors du temple ; le tabernacle représente donc à lui seul ce der-
nier. Toutes les ouvertures sont en effet tournées vers Toccident, celle du tabernacle, comme celles du chœur et de l'église ; mais le prêtre et le peuple n'en sont pas moins tournés vers l'orient; et de plus, au fond des églises grecques, l'abside derrière l'autel est toujours percée d'une petite fenêtre qui s'ouvre au soleil levant. Ainsi donc, ce qui a été changé d'abord, c'est la mystique , dans laquelle le soleil n'a plus joué qu'un rôle secondaire et e&cé. Quant à l'orientation du culte, elle est au fond restée la même, surtout dans les églises du rite orthodoxe.
Chez les Hellènes, le dieu, sous sa forme humaine, n'ayant été que la personniâcation d'un grand fait naturel, Q a dû en résulter pour les temples des orientations déterminées, toutes les fois que le dieu avait une signiâcation astronomique. Car il eût été bien singulier que le phénomène s'accomplît en un point déterminé du ciel et que le temple regardât d'un autre côté ; le Dieu aurait ainsi tourné le dos ou le flanc à la chose même qu'il représentait et à la production de laquelle il présidait. Quant à l'exactitude des orientations, elle a pu s'accroître avec le temps, à mesure que la science du ciel a pu prêter à l'architecture un concours plus efficace. Nous pouvons appliquer ces principes généraux aux temples d'Athènes; leur orientation, si nous trouvons qu'elle répond à des faits astronomiques ayant dû être observés, nous permettra de remonter à la signification symbolique des êtres divins qui les habitaient ; et celle-ci sera confirmée, si nous voyons les légendes et la philologie comparée s'accorder avec le fait architectural et le phénomène céleste. Car il n'y aurait aucune vraisemblance qu'un tel accord eût pu être l'effet du hasard.
Ainsi j'ai dû me préoccupper d'abord de l'orientation des édifices et particulièrement de celui qui fut construit
an lieu même des obeemAioiis primitiyet, au centre reli« gieux de TAttique, dans un tempe et par des hommes qui disposaient de formules scientifiques avancées et de procédés déjà très parfaits ; je veux parler du Parthénon. Je donne dans cet ouvrage un plan de l'acropole dont je crois pouvoir afiSrmer Texactitude, ayant reconnu celle du plan de M. Penrose et n'ayant eu pour ainsi dire qu'à la vérifier et à la compléter par des cotes et des détails postérieurement découverts. Ce plan de M. Penrose est le seul vraiment bon qui ait été dressé; je vais dire quelques mots seulement des autres pour n'y plus revenir.
1670. Plan des Capucins français d'Athènes, reproduit par M. Liaborde (1). C'est une vue à vol d'oiseau plutôt qu'un plan; c'est le résultat d'un examen consciencieux de la ville d'Athènes; mais il ne pouvait offrir ni orientation sérieuse ni aucune donnée topographique exacte. Ce plan est utile par les renseignements historiques qu'il présente.
1678. Plan de Spon, Ce n'est ni une vue, ni un plan. C'est un dessin presque entièrement de fantaisie, où aucun objet n'est à sa place ; ce dessin est moins vrai et moins explicatif que celui des Capucins. — Le plan de Wheeler (2) est absolument insignifiant, et même inintelligible ; il ressemble aux dessins que font les petits enfants.
1687. Vue de l'acropole^ par Vernéda, prise au moment du bombardement de la citadelle par Morosini et les Allemands. Elle est déjà d'une exactitude remarquable. Prise du sud, après l'explosion du Parthénon, elle indique, mais vaguement, que ce temple incline vers
(1) Athènes aux XV% XVI» et XVII- siècles; p. 78.
(2) Cf. Laborde, Ath. II, 47.
le N. E. — Plan de Veméda (1). C'est le premier plan proprement dit de Tacropole : relevé avec des instruments de mesure, il approche beaucoup des véritables proportions, soit pour les temples, soit pour Tenceinte, dont il donne la configuration presque exacte. Il a une échelle en pas vénitiens, dont il compte 195 de l'angle Est du mur cimonien à l'angle Ouest du bastion extérieur devant les Propylées. La rose indique pour le Parthénon un angle de 3^,30' N. E.; si Veméda rapporte cette orientation au méridien, l'erreur est de prés de IP; mais s'il la rapporte à l'aiguille aimantée, elle n'est pas loin de la vérité. Ce plan renferme d'ailleurs une erreur fondamentale : il donne la même direction aux trois grands édifices, le Parthénon, l'Erechthéum et les Propylées.
1753. Plan de Stuart et Revett. Les contours du mur d'enceinte et la configuration de leur ensemble ont moins d'exactitude que dans Veméda : la largeur de l'acropole est trop grande, eu égard à sa longueur. L'absence de rose fait supposer que tout le plan est dirigé de l'Est à l'Ouest, et, dès lors, l'orientation totale est inexacte. L'échelle en stades ne dit absolument rien, puisqu'il faudrait d'abord déterminer exactement la longueur du stade et dire de quel stade on se sert. Mais l'orientation relative des trois monuments est assez bonne : le Parthénon et les Propylées ont une même direction, ce qui est presque vrai ; l'axe de l'Erechthéum fait avec celui du Parthénon un angle de 12"* qui est trop fort. En résumé, le plan de Veméda est meilleur à certains égards ; celui de Stuart l'est sur d'autres points. — Le petit plan contenu dans la carte d'Athènes donnée en 1794 par Reveley sur les dessins de Stuart, et publié dans le troisième volume des œuvres de ce demier, est la reproduction du*
(1) Cf. Laborde, Àth. II, 182.
grand plan du second volume, n donne de plus la latitude d* Athènes, qu*il £ait égale à 37*,5T, erreur de V en moins ; et il dirige le Partliénon de TEst à TOuest, ce qui est tout à fait faux.
1816. Wilkins (Atheniensia). Sa petite carte, assez informe, donne à peu prés les orientations relatives ; mais elle dirige le Parthénon E. 0. C'est une simple reproduction du petit plan de Stuart et Revett.
1833. Braun (1) reproduit également le plan de Stuart et Revett.
1826. Quatremère de Quincy (2) dit :' c Le Parthénon est fort loin de s'aligner avec l'entrée de Tacropolis, la seule qui existât et qui existe encore. Non-seulement il ne s'y aligne point, mais les deux axes des deux monuments ont entre eux une distance de deux cents pieds. > Et il renvoie au plan de Fanelli (Vernèda) de 1687. Cette dernière appréciation est non-seulement fausse, mais vague, car les deux axes, faisant entre eux un certain angle, doivent nécessairement rencontrer quelque part un même plan vertical. Une ligne parallèle à l'axe du Parthénon, et passant par le point central des Propylées, est séparée de cet axe par une distance de 50'^,50 environ ou de 150 pieds, et non de 200.
1830. M, Brônstedt (3) donne un fort beau plan du Parthénon, mais sans orientation.
1837. Plan d^ Athènes par Aldenhoven. Dressé sous l'administration bavaroise, ce plan, fait avec soin, incline trop le Parthénon vers le nord ; il met un trop grand angle entre les axes du Parthénon et des Propylées, et il donne à ceux-ci la même direction qu'à l'Erechthéum, ce qui est tout à fait faux. Les temples de Thésée et deZevs-
(1) WanderuDg, etc. Mainz.
(2) Monum. ot ouvr, p. 19.
(3) Voyages, otc
Olympios sont assez bien orientés. La déclinaison de la boussole est portée à 1P,35' environ, ce qui est presque exact. En résumé, ce plan de l'acropole est celui de Stuart amélioré, mais trop petit.
1841. Plan de Leake (1). C'est une tentative de restauration autant qu'une reproduction de la réalité. L'orientation générale est rapportée à la boussole, dont la déclinaison n'avait pas été vérifiée par l'auteur ; elle est cependant presque exacte dans la carte des ports (2) ; mais elle est de 13** dans la planche V ; il y a donc beaucoup d'incertitude à cet égard. Aussi, l'orientation générale indiquée dans l'angle du plan ne donne-t-elle pour l'axe du Parthénon qu'un angle de 11%30' N., erreur de près de 3°. Quant à l'orientation des Propylées, de l'Erechthéum et de la Victoire- Aptère, elle est tout à fait imaginaire. Le temple de Rome et Auguste, dont quelques débris sont à terre devant le Parthénon, est mis par M. Leake sur l'emplacement de l'autel d'Âthénâ. Enfin, la place de l'Âthénâ Promachos est mise trop prés du Parthénon, et son piédestal, dont il existe encore une partie, est mal orienté.
1846. Atlas von Hellas de Kiepert, Berlin, a mis à contribution Stuart et Leake. Le plan d'Athènes donne l'orientation des trois édifices comme elle est dans Stuart. L'autel d'Athénâ y est pris, comme dans Leake, pour celui de Rome et Auguste Quant aux restitutions de l'acropole, elles sont souvent fantastiques ou approximatives, ainsi que celles de toute la ville.
1851. Plan de M. Penrose (3). Ce grand plan a plus de 42 centimètres de longueur d'un angle de l'enceinte à l'autre. C'est une œuvre originale, qui n'a rien tiré de
(1) Topog. of Athen. 2« éd.
(2) Topog. of Athen. 2« éd. pi. iv.
(3) Princip. of Athenian architecture.
oéllM qui rayaient précédée ; elle a été faite avec da temps et de bons instruments. Elle ne contient riend*imaginaire, et doit être prise pour base de tout travail sérieux sur Faoropole.
1853. Plan de M. Beulé (1). Ce travaU n'est point appuyé sur celui de M. Penrose ; il reproduit le plan de Leake, avec tous ses défauts d'orientation, qui sont graves: 1* Taxe du Parthénon est dirigé comme le cadre du plan, c'est-à-dire probablement de l'E. à TO.; 2° les axes du Parthénon et de l'Erechthéum sont parallèles; 3"* les Propylées forment, avec ces deux axes, un \ngle considérable, tandis que, en réalité, leur axe est presque parallèle à celui du Parthénon. De plus, les enceintes d'Artémis, d'Âthénâ-Ergané et d'Athénâ-polias sont reconstituées d'une façon imaginaire. Enfin, le temple de Rome et Auguste est mis sur un point où -le rocher est brut et n'a jamais porté aucun édifice.
1862. Plan de M. Bursian {2), plan extrêmement petit, qui tourne le Parthénon, les Propylées et l'Erechthéum dans le même sens, c'est-à-dire E. , quelques degrés nord. Les temples de Thésée et de Zevs sont tournés aussi dans cette direction.
1863. M. Boetticher (3) donne des plans de détail, mais sans autre orientation que les mots ost, west.
1865. Atlas antiquus von Spriiner. Le plan contenu dans la carte n"* viii est presque entièrement faux. C'est une copie en petit et mal exécutée du plan de Leake.
1868. Sieber karte von Ern. Curtius, M. Curtius
(1) Acropole d'Athènes.
(2) Geogr. von.Griech. Leipzig.
(8) Untersuch. etc. Berlin.
est le seul, depuis 1851, qui ait pris pour base de son travail le plan de M. Penrose. 11 en reproduit les détails archéologiques ; mais, pour blanchir son dessin, il en a éliminé les détails topographiques. 11 a emprunté le plan des constructions qui sont au bas des Propylées à M. Beulé, qui les avait découvertes. Les erreurs contenues dans ce plan sont peu importantes ; les voici : le bâtiment enterré dans la dépression de l'Est est incomplètement indiqué ; — le rocher au N. E. du Parthénon ne doit pas être coupé en angle aigu, mais comme le porte le plan de M. Penrose ; — la place indiquée pour l'autel d' Athénâ est fausse ; car ses substructions sont exactement dans l'axe du Parthénon, là où M. Penrose les a marquées. En résumé^ la compilation de M. E. Curtius est un assez bon travail, mais fort inférieur à celui de l'architecte anglais.
On voit, d'après ce qui précède, que M. Penrose seul a vu l'intérêt que pouvait avoir la connaissance exacte des orientations. Pour les obtenir, il s'est servi de la boussole, dont il avait d'abord porté la déclinaison à 1 1'',30' 0. Quelque temps après, il dut corriger cette première estimation, et la porter à 1P,4T. Mais on comprend que cette correction ne modifiait en rien les angles obtenus et ne faisait que reporter à 17' plus au sud toutes les orieuT tations établies. Les mesures prises par M. Penrose le conduisirent aux résultats suivants :
Xrtsr OJym/»icM» Of3S
Vk\ moi-même vérifié ces mesures, au moyen d'und méridienne tracée sur les dalles horizontales du Parthénon, devant remplacement de la Statue, et je les ai comparées avec celles que donne l'emploi de la boussole. J'ai trouvé que les 2%3()', donnés par M. Penrose comme l'angle formé par l'axe du Parthénon et l'Est magnétique, étaient trop forts de 6', et que le nombre 14",17' du tracé ci-dessus devait être réduit à 14'*,ir.
Cette rectification opérée, nous quitterons, sauf à y revenir, l'intérieur du temple, et, suivant son axe, nous placerons notre observatoire au lieu même où était l'autel d'Athénâ, en face de cet édifice. L'axe du temple est marqué par la ligne de séparation des dalles dans l'intérieur du naos. Entre les deux colonnes centrales du pronaos,
on en voit la continuation, tracée à la pointe d*acier sur le stjlobate : cette trace est évidemment antique, elle ressemble aux lignes circulaires tracées autour des colonnes et passant par les arêtes des cannelures, lignes qui se voient si distinctement aux Propylées. C'est sur le prolongement de cette ligne droite qu'était l'autel d'Athénâ, là où Ton en voit encore les substructions. De ce point, la ligne Ë. 0. étant donnée, soit par la boussole, soit plus exactement par la méridienne, on peut diriger une droite vers le point de l'horizon où le soleil se lève le jour du solstice d'été, et une autre droite vers le solstice d'hiver. Ces deux points ont une relation géométrique avec l'inclinaison actuelle de l'écliptique, et avec la position des points équinoxiaux par rapport à la ligne des apsides ; en d'autres termes, ces points sont déterminés par la latitude d'Athènes et par la durée relative des saisons. Ils peuvent aussi être déterminés par l'expérience.
J'ai déjà fait remarquer que le lever solsticial, vu de l'acropole, a lieu dans l'échancrure de l'horizon^ entre l'Hymette.et le Pentélique. Plus exactement, ce lever, vu de l'autel d'Athénâ, a lieu sur un point occupé aujourd'hui par le monastère de St-JeanrKynigos. Je suppose, ce qui sera, je l'espère, démoatré ci-dessous, que là fut une mire de pierre établie probablement à une époque assez ancienne, et construite à neuf au temps de Pisistrate. Admettons provisoirement l'existence de ce repère : chaque année, au mois de juin, on voyait le soleil se lever derrière lui, et ce jour-là était celui du solstice d'été ; ainsi, l'on avait un moyen simple de reconnaître le commencement de l'année. 11 y avait, dans l'antiquité, au point où est le monastère, un sanctuaire d'Apollon Kynios confié aux soins d'une famille de prêtres nommés pour cela Kynides, Kuvijai. Entre la ligne de l'Est et le
Kjnigotf Tangle est de 21%6*. Noos reTiendrcms sur oe nombre.
La ligne horizontale de PBst rencontre le mont Hjmette en un point situé fort au-dessous de sa crête. Le plan vertical ou azimut passant par cette ligne rencontre les bâtiments d*un petit monastère en ruines portant le nom caractéristique d^Astéri, i (xovJi tou 'Aorepiou. Le dôme de la chapelle est seulement à 0*,6' au sud de ce plan fondamental; cet écartement angulaire ne représente, à la distance de TAstéri, qu'une corde de 14 mètres environ ; on peut donc dire que le monastère est dans la ligne des équinoxes. Si, cependant, ces derniers ont été déterminés par quelque repère, il en faudrait chercher les traces sur la crête même de la montagne, et non au monastère. Mais si, comme au Kynigos, un collège de prêtres et un sanctuaire ont été attachés à ce point cardinal, ils ont dû être établis là où est la ruine de l'Astéri, parce que des hommes ont besoin d'eau pour vivre dans ces lieux déserts.
Enfin, l'azimut du solstice d'hiver passe au sommet de la montagne, non loin de la mire élevée par les officiers d'état-major qui ont dressé la carte de Grèce. En 1870, ce plan formait, avec l'Est, un angle de 19*, chi£fre que nous discuterons tout-àrl'heure. Dans l'antiquité, il y avait là un autel de Zevs Hymettios ou Ombrios. Le sommet visible de la montagne est à 18'',35'30" Sud ; mais les pierres helléniques que l'on voit encore en cet endroit, et que tous les voyageurs qui y sont allés ont reconnues pour avoir appartenu au Zevs Hymettios, ne sont pas sur ee sommet ; elles sont un peu plus au Sud, à la distance d'une centaine de mètres. Les mesures que je viens d'énumérer donnent les alignements suivants :
ÀMtén O/ â^
Jt
Les deux nombres du Kjmigos et de Zevs Hymettios ne représentent pas les levers solsticiaux tels qu'ils ont lieu aujourd'hui. En efifet, ces levers avaient lieu, en 1870, celui d'été à 4 h. 37 m. du matin, temps vrai, et celui d'hiver à 7 h. 16 m., temps vrai, ce qui repond à des écartements angulaires de 20% 45' Nord et 19*" Sud. Nous devons donc rapprocher les nombres 20% 45' et 21*6' d'une part, 19^ et 19%20',30" de l'autre; si les faits astronomiques accomplis depuis l'antiquité expliquent ces différences, nous aurons une première preuve qu'au Ejnioset au Zevs étaient, en effet, deux points de repère pour les solstices, et qu'ils furent établis dans un temps où l'on croyait encore ces points invariables.
Reportons-nous à l'antiquité. Le Parthénon étant achevé en l'année 437, on peut admettre qu'il fut crai-
wmi/oi Yen 445, et que oe fdt alors que le pavé et les stjlobates forent établis. Le point où le nouvel autel devait être placé ajant été préalablement fixé, Taxe de l'édifice fut dirigé exactement vers ce point, et l'orientation de tout l'édifice s'ensuivit naturellement. Nous avons vu que la ligne de séparation des daUes donne le plan de symétrie, et que son tracé se retrouve entre les deux colonnes centrales de la colonnade supérieure du pronaos. Cette ligne de séparation est dans un plan vertical par- (Ut, depuis ce tracé jusqu'au pied de la statue; elle est d*une finesse extrême, puisque les surfaces de jointure des pièces de marbre sont polies et se touchent comme des feuilles de placage ou de marqueterie. Sur une longueur comme celle de la cella, il était possible d'obtenir des approximations angulaires égales à de très petites fractioiis de seconde. Les dalles centrales devant l'emplacement de la statue sont horizontales : je crois y apercevoir les traces de courbes qui, gravées à la pointe, auraient servi à tracer la méridienne : je ne puis cependant affirmer positivement leur existence, parce que le temps et la pluie les efiistcent d'année en année. Toutes les autres dalles de la cella sont en pente^ à partir de celles dont nous parlons. Quant aux parties architecturales du Parthénon, elles ne se répondent jamais exactement d'un côté à l'autre du plan de symétrie. Il n'y a donc que l'axe lui-même qui soit dans un plan vertical absolu, et c'est cet axe, représenté par la ligne de séparation des dalles, qui est la base géométrique de toute la construction. C'est donc h ellCi ou à son prolongement à travers l'autel, que nous devons rapporter tous nos calculs.
Or, nous savons que l'édiptique ne forme pas avec l'équateur un angle invariable, mais qu'elle est soumise à un balancement qui l'éloigné et la rapproche alternative-; mt&t de oe grand cercle. Ce mouvement s'opère avec une
extrême lenteur, comme celui de la ligne des apsides : d'une année à l'autre, le changement n'est sensible que pour de très bons instruments. Mais, comme la petite quantité s'ajoute sans cesse à elle-même, il en résulte qu'au bout d'un certain nombre d'années, la variation de l'écliptique devient appréciable. Dans Fâge où nous sommes l'écartement del'écliptique et de l'équateur va diminuant. Elle diminuait déjà au temps où le Parthénon fut construit. Si nous rapportons nos calculs à l'année 1855, nous trouvons que, depuis l'an 445 avant J.-C, il s'est écoulé 23 siècles. Or, la diminution séculaire de l'obliquité étant de 48", elle était, en 445, de 48"x23=18',24" plus grande qu'en 1855. Dans cette dernière année, elle était de23",27',35" d'après la Connaissance des temps; nous avons donc le calcul suivant :
Obliquité en 1855 23%27,35"
Variation totale en 23 siècles 18' ,24'*
Obliquité en 445 avant J.-C 23%45',59"
Les 18'24" qui séparent les deux positions de l'écliptique en 1845 et en 445 sont comptées perpendiculairement à ce cercle. Pour les reporter sur l'horizon d'Athènes, il faut tenir compte de la latitude de cette ville ; car plus la latitude est grande, plus l'horizon coupe obliquement le plan de l'écliptique, etpar conséquent plus est grand l'arc horizontal qui répond à 18'24". La latitude d'Athènes est de 37*,58'; nous avons donc la figure et les nombres suivants :
ji
Ces 20^,51", ajoutées aux 20*,45% qui représentent le lever solsticial actuel, donnent 21*,5%5P% qui, à 9" près, répondent aux21*,6% position du dôme du Kynigos.
Cette première coïncidence peut-elle être Teffet du hasard?
De même aux 19*, qui représentent, vers le Sud, le lever solaire au solstice d'hiver, il faut ajouter les 20' ,51" ci-dessus. On obtient 19%20%5r'. L'autel de Zevs Hjmettios, d'après nos mesures, était à 19* ,20' ,30" environ. Cette deuxième coïncidence est-elle aussi l'effet du hasard, principalement quand il était aussi facile d'élever cet autel juste au point culminant de la montagne, et non à une centaine de mètres sur la droite ?
Quant à TAstéri, nous avons vu qu'il est sensiblement à l'Est de l'autel d'Athénâ-Parthénos. Nous pouvons donc, dés à présent, regarder comme probable qu'à partir de cet autel comme centre, les Athéniens avaient un système de points de repère répondant aux solstices et aux équinoxes, et que ces mires étaient sous la garde du sacerdoce et de la religion.
Nous devons maintenant en venir à l'orientation du Parthénon lui-même, laquelle est indépendante du système de mesures que je viens d'exposer, mais s'y trouve liée par le fait, puisque l'axe de l'édifice passait à la fois par l'autel et par la statue d'or et d'ivoire. Cet axe ne représente ni un solstice, ni Téquinoxe : il forme, avec la ligne Est-Ouest, un angle de 14'',ir Nord-Est. La mesure prise par M. Penrose au moyen de la boussole est, comme je l'ai dit, trop forte de 6' environ : je m'en suis assuré en traçant, dans de grandes proportions, une méridienne au moyen du soleil lui-même, sur les dalles horizontales de la cella, là où il m'a semblé découvrir des traces d'une opération du même genre. Or, je trouve qu'à V près, le chifire de 14%ir exprime la plus petite distance zénithale du soleil en 445 avant J.-C. En efiet, l'on a :
Latitude d* Athènes 37%58*
Obliquité de l'écliptique en 1855 23%27%35"
Distance zénithale minimum en 1855 . . . 14"* ,30' ,25" Mais l'obliquité de l'écliptique ayant diminué de 48" par siècle, c'est-à-dire de 18' ,24" en 23 siècles écoulés, ce dernier angle doit être retranché de 14'*,30',25", et le reste représente la plus petite distance zénithale en 445 avant J.-C; calcul :
Distance zénithale enl855. 14%30',25" Diminution 18' ,24"
Distancezénithaleen445 . . 14%12',1"
Cette quantité sera même encore diminuée de plus de 8" , si l'on tient compte des quinze années écoulées entre 1855 et 1870, puisque le nombre de 14°,30',25" répond, en réalité, à cette dernière date. Il restera donc finalement, pour la distance zénithale du soleil au solstice d'été en 445 avant J.-C, le nombre 14%ir,53". Or, l'orientation du Parthénon, c'est-à-dire de son axe, est de 14^,11', quantité qui diffère très peu de la précédente. Cette divergence minime peut tenir aussi bien à l'imperfectio/i de nos mesures qu'à une inexactitude dans les mesures des anciens, et l'identité des deux nombres doit être con~ sidérée comme complète. Une telle coïncidence est bien remarquable, après celles que j'ai déjà signalées. Ainsi, loin de penser que les temples anciens, ou du moins celui-ci, aient été orientés d'une manière arbitraire et peu rigoureuse, bous poserons simplement cette formule : l'axe du Parthénon fait, avec l'Est, un angle égal à la plus petite distance zénithale du soleil en 445, époque de sa fondation.
Je vais maintenant appeler l'attention sur un autre fsdt en relation avec les précédents, et qui, jusqu'à présent, n'avait attiré, croyons-nous, l'attention de personne.
On sait que le Parthénon de Périclès fat construit sur
remplaoement d'un autre Parthénon détrait par les Perses en 480. On a cru en retrouver des restes dans certains fragments d'édifice enclavés dans le mur septentrional de Tacropole. M. Penrose admet presque entièrement cette hypothèse. M. Beulé n'y contredit pas; cependant, l'attribution reste douteuse. Ne voulant présenter ici que des faits certains et des calculs positifs, je ne tiens aucun compte de ces débris, dont l'origine est discutable Mais il est une base de calcul très solide dont M. Beulé a omis de faire mention, quoiqu'elle eût été l'objet d'une étude particulière pour M. Penrose; je veux parler du soubassement de l'ancien édifice.
Ce soubassement existe tout entier sous celui du Parthénon ; il est visible sur tout le côté Sud et la face occidentale de ce dernier. Composé de pierres piraïques fort bien assemblées et taillées avec précision, il laisse voir toute sa largeur. En efiet, comme les pierres de ses deux assises supérieures ont, sur leurs faces extérieures, un bandeau en creux d'un centimètre de profondeur, celles des angles présentent seules ce bandeau sur leurs deux faces visibles, tandis que toutes les pierres intermédiaires n'ont le bandeau que sur leur face antérieure. C'est une remarque faite par M. Penrose et par tous les autres architectes qui ont étudié le Parthénon. On ne peut donc pas douter que l'assise supérieure de ce soubassement ne soit complète.
Mais, ce qui a étonné tous les architectes et les artistes, c'est que ce soubassement de l'ancien temple ayant été conservé sous le nouveau, on n'ait pas mis celui-ci précisément sur l'autre, et qu'on l'ait reporté tout entier d'une certaine quantité vers le nord. Pour cela, au moyen de blocs grossièrement taillés, où la pierre et le marbre sont mêlés indistinctement, on a élargi l'ancien soubassement de plus de quatre mètres sur toute la longueur du côté
Nord, tandis qu'on Ta laissé déborder de 1 m. 55 sur tout le côté méridional, où il forme une sorte de trottoir. Donc, le temple tout entier a été déplacé et porté vers le nord. Pour juger de quelle quantité sa place a été ainsi changée, j'ai mesuré à plusieurs reprises, et par des procédés différents, l'écartement des deux axes, qui sont, du reste, parallèles. J'ai trouvé chaque fois 2 m. 81, et je considère ce chififre comme exact. M. Penrose n'a pas indiqué cette quantité autrement que par ses planches, qui, évidemment, ne peuvent représenter la réalité que d'une manière approximative : ainsi, sa planche ^1* donnerait de 2 m. 20 à2 m. 40; sa planche 9* donnerait 2 m. 60 environ. Le vrai chififre est 2 m. 81.
ISTouv^azt J'jirlAejnoA
Ancien J'mrthf'non.
Quel motif a pu décider les Grecs du temps de Méton à construire le Parthénon nouveau à 2 m. 81 plus au nord que l'ancien, et à compléter au nord, par une construction grossière, un très beau soubassement qu'ils laissaient déborder au sud d'une façon bizarre ?
Si nous admettons qu'à l'horizon du Kynios il y avait, dans l'enceinte d'Apollon, une mire ancienne répondant au lever solsticial, cette mire put être négligée par les Perses, ou, si elle fut détruite par eux, elle dut être relevée sur la base où elle se trouvait. Cette restauration, si elle eut lieu, dut précéder la reconstruction du temple d'Athénâ; car celui-ci n'existant plus, il était plus aisé de le rebâtir en prenant la mire et le soleil pour moyen d'o-
rientatioiif que de rétablir la mire sur and ligne aUantda temple au soleil. Nous deTons donc considérer le repère établi an Kynios comme un point fixe et absolument invariable aux yeux des anciens.
Or, entre l'époque où ce repère fut établi, quelle qu'elle soit d'ailleurs, et Tannée 445, il s'était écoulé un certain temps, pendant lequel l'obliquité de l'écliptique avait diminué. Lors donc que de l'ancien autel d'Athénâ on regardait le lever sokticial, on voyait le soleil se lever à droite du repère, et non plus derrière lui. Ce phénomène avait dû être remarqué depuis plusieursannées, et on avait dû voir l'écart augmenter d'une année à l'autre. Quand on reconstruisit le Parthénon, on dut remettre les choses à leur place, porter le nouvel autel d'Athénâ sur la gauche d'une quantité telle que cet autel et le repère fussent en ligne avec le lever solsticial, et enfin diriger l'axe du nouveau temple vers le nouvel autel. Il ne semble pas que les choses aient pu se passer autrement. Il en résulta un déplacement total de l'édifice vers le nord. Voici le détail de cette opération :
A est l'ancien autel; AB est la ligne est-ouest; K, le repère établi au Kynios ; S, le soleil vu à une certaine époque se levant derrière ce repère. Mais, en 445, l'obliquité ayant diminué, le soleil, vu de A, se levait en S', répon-
dant à un point K' de l'horizon, à droite du repère. Pour ramener le soleil derrière le point K, pris comme fixe, il fallut mettre l'autel en A', et le soleil fat vu se levant en S" . L'angle SKS" est égal à AKA', et la distance AA' des deux autels est égale à EE'. — Quant aux temples, PA représente l'axe de l'ancien Parthénon dirigé vers l'ancien autel A ; P' A' est l'axe du nouveau Parthénon dirigé vers A', le nouvel autel. La distance de ces axes est sensiblement la même que celle des autels, quoiqu'absolument un peu plus petite, à cause de leur position oblique par rapport à la petite ligne AA' . Nous avons dit que cette distance est de 2 m. 81 .
Ces éléments étant donnés, il devient possible de déterminer à peu de chose prés l'année où fut construit l'ancien Parthénon ; car l'angle SES" représente le temps écoulé entre cette année et l'an 445, époque admise de la fondation du second temple. Voici la marche du calcul :
Rayon de l'autel A au Kynios 10650"'
Circonférence 66914
Arcdel" 0,51
D'où arc de 55" ,05 2,81
Mais cet arc de 55" étant compté sur l'horizon, ainsi que les 2 m. 81 auxquels il correspond, il faut ramener l'un et l'autre à l'écartement perpendiculaire des deux positions de l'écliptique à la latitude d'Athènes selon la figure ci-contre :
ffonMon
ffonnoa
Cette réduction donne pour résultat 2 m. 717 et un angle K*K** de 52**^25. La diminution annuelle moyenne de Tobliquité étant de 0*%48, ces iS?*^ répondent à un interralle de 109 ans.
Si le Parthénon de Péridès a été commencé en 445, on aurait pour date de l'ancien temple l'année 554, qui répond à la seconde administration de Pisistrate.
M. Beulé (1) dit : c Pisistrate avait élevé peut-être cet ancien Parthénon que nous ne connaissons que par quelques débris et deux lignes d'un glossaire ». — M. Penrose (2) avait dit avant lui : c we are not likelj to err much, if we assign the period of its érection to the ageof Pisistratus ». M. Penrose tirait cette conclusion de l'examen des soubassements et des débris enclavés dans le mur du nord de l'acropole. — M. Breton (3) admet cette même date. Les faits que je viens de révéler s'accordent, de la façon la plus saisissante, avec les vues de ces savants architectes ; et cet accord donne à tous nos calculs précédents un nouveau degré de probabilité.
Il me reste à présenter un dernier calcul qui servira de transition entre les données astronomiques contenues dans ce chapitre et les faits réunis dans les chapitres suivants.
Tout le monde sait ce qu'on entend par l'expression angle de F aurore : c'est l'angle compris entre l'horizon et la position occupée par le soleil au-dessous de l'horizon au moment où apparaissent les lueurs de l'aurore. La figure suivante donne une idée de ce fait :
(1) Acrop. I, 30.
(2) Ch. III, sect. I, p. 75.
(3) Athènes, p. 84.
HH est rhorizon yu d'un point situé en avant de la figure.
AS est la corde qui soutend l'angle en question ; S est le soleil ; A le point où apparaît la première lueur; S' est le point de l'horizon où émergera le soleil. Il y a une relation entre l'arc vertical AS et l'arc AS' compté sur l'horizon ; mais il est évident que, AS demeurant constant, AS' varie suivant la latitude ; car à l'équateur AS' est nul et le soleil se lève au point même où l'aurore apparaît, cela le jour des équinoxes; au pôle, AS' peut avoir jusqu'à 360*.
L'angle AS d'abaissement du soleil au commencement de l'aurore est de ;
Suivant Alhasen 18"*
> Rothman 24*
» Nonius 16"
» Cassini 15"
» Riccioli (à l'équinoxe) ... 16"
» Lacaille (au Cap) 16",38'
— ee —
Si nous admettons la quantité moyenne et approximatiTe IS'fSO', et que nous noua placions àlalatituded' Athènes, qui est de ST^^SS*, Tangle horizontal AS' sera égala 14*912* environ. Or, nous avons tu que ce nombre représente aussi la plus petite distance zénithale du soleil en 445 ayant J.-C, et Torientation du Parthénon par rapport à la ligne de l'est.
Ainsi donc, Tautel, le temple et la statue d'Athénâparthénos regardaient précisément le point du ciel où apparut Taurore. Seulement, cette aurore n'était point celle du solstice d'été ; c'était l'aurore moyenne, celle des équinoxes, représentant toutes les aurores passées et futures. Mais, ici, la plus belle des aurores est celle du solstice d'été. Ses premières lueurs venaient blanchir la fitçade orientale du temple; la porte étant ouverte, elles se miraient dans les replis d'or, la tête de Gorgone et les yeux polis de la statue ; le prêtre allumait le feu sur l'autel, et chantait l'hymne à l'aurore, fille du ciel. Pendant ce temps, l'hémisphère bleuâtre de la nuit se retirait peu à peu vers le couchant ; une lumière purpurine montait au ciel, sous la forme d'un arc grandissant ; les couleurs jaunâtresla suivaient, devenant par degrés plus éclatantes. Et quand tout cet ensemble avait cheminé un certain temps vers le midi , tout à coup, de l'est, partait, comme d'un foyer dont l'œil ne peut soutenir l'éclat, un rayon direct de lumière lancé de l'horizon embrasé. Il atteignait les temples, leurs frontons, les statues répandues à profusion sur l'acropole ; il descendait le long de ses rochers, répandant une teinture d'or sur les montagnes, sur les îles et dans la plaine ; le monde entier s'illuminait. En ce moment finissait le saint sacrifice : le règne glorieux du soleil avait commencé.