‹ La légende athénienne: étude de mythologie comparéeChapitre 6 sur 15 · IV · texte numérisé non relu

IV

(3) Paus. IX, 33, 5.

avaient aperçu, car Tzézés (1) propose de traduire rpiTo- Yeveia par née le troisième jour du mois. On avait donc vu que ce mot renfermait rpiToç, et non rptrco, et qu'il fallait chercher la vérité dans cet ordre d'idées. La lecture des hymnes védiques et la connaissance des légendes indiennes ont achevé de porter la lumière sur ce point (2).

La nymphe Tritônis et le fleuve Triton ne sont donc pas des cours d'eau ou des lacs qui auraient donné le jour à Athénâ, même avec l'intervention de Posidôn. Ces mots ont désigné d'abord le flot de la liqueur sacrée que, le troisième jour de sa préparation, le prêtre répand sur le feu de l'autel en appelant l'aurore . Celle-ci apparsdt , en efiet, et naît ainsi sur les bords des Eaux sacrées. Quant à la naissance même de la légende en Asie et à son démembrement sur le sol hellénique, ils s'expliquent assez naturellement par la différence des liqueurs employées dans le sacrifice. Le jus du sôma (asclépias acida), dans l'Inde et la Perse, était changé en alcool le troisième jour, et mis aussitôt en usage. Le vin demande, en général, plus de temps pour opérer sa fermentation. Du moment où celui-ci eut remplacé le sôma, les noms traditionnels furent sans objet^ et plus tard, quand on voulut les expliquer, on se heurta contre des obstacles insurmontables.

Dès sa naissance, la aile de Zevs est puissante et sage. C'est une vierge sans tache ; c j'aime, dit-elle, le sexe viril, mais non jusqu'à l'hymen » (3). Elle sort de la tête du ciel toute armée, toute brillante de vêtements divins; elle porte la tunique longue tombant jusqu'aux pieds, TçoH^ç^ et même le péplos dans l'Erechthéum; ce péplos

(1) Ad. Lyc. 519.

(2) Sâyana (RV. 1, 105] cite la légende d'après laquelle Ekata, Dwita et Trita furent enfermés dans un puits. Cf. MBh. 9, 20Hy où Trita est identifié avec Sôma.

(3) Eschyle, Eum. 729.

était jaune ayec des broderies qu'exécutaient les Brrhéphores attachées à son service ; Tauroreest souvent appelée xfOKtfimrïuK ; au Parthénon, son corps était d*ivoire et ses vêtements d*or. Un hymne (1) la représente comme jeune, belle, dorée, et vêtue d*une robe resplendissante. BUe est souvent appelée yuvati^ la jeune fllle, la vierge, arêpasâ tarnoâ, au corps immaculé (2).

A la vérité, certaines légendes font d'Âthénâ la mère d* Apollon et la mère de Lychnos, donnant Héphsestos pour père à ces deux personnages. Il est aiséde voir que Lychnos et ÂpoUon sont un seul et même être sous des noms différents, dont l'un est grec et l'autre étranger. M. Schmitz (3) voit, dans les légendes ci-dessus, un mélange de doctrines venu des Ioniens, qui apportèrent avec eux en Âttique le culte d'Apollon, lorsque celui d'Athénâ s'y trouvait déjà. C'est là une explication historique et probablement illusoire; pour moi, j'ignore si ce sont les Ioniens ou d'autres qui ont apporté le culte d'Apollon en Attique; mais je sais que la vraie légende athénienne représente au contraire Héphaestos poursuivant vainement Athénâ de ses désirs. Cette dernière façon d'envisager les faits est très juste : la lumière de l'aurore devance de beaucoup la chaleur ; les heures qui précèdent le lever du soleil sont même les plus froides de la nuit. Si Héphaestos est considéré comme feu céleste, Athénâ ne peut jamais être atteinte par lui ; elle disparaît au moment même où le soleil lance de l'horizon les premiers rayons de sa chaleur fécondante. Si, au contraire, le feu est pris dans son rôle sacerdotal, il peut être conçu comme s'unissant à la lumière de l'aurore pour enfanter le soleil. Dans le Vêda,

(1) RV. 7, 77.

(2) RV. 1.124, 6; 1,181, 4; etc.

(3) Dict. de Smith, art. Athénâ.

Âgni est appelé Tamânt des aurores (1), Taurore est souvent appelée mère du soleil, et comparée à une jeune épouse qui Tenfante et qui prépare son berceau. Il n*est donc pas surprenant que les deux formes du mythe d*Âthénâ aient eu cours en Grèce ; mais à Athènes^ c'est le mythe de la Vierge immaculée qui prévalut (2).

Au moment où elle apparaît à l'orient, les Indiens et les Grecs se la représentent domptant le cheval et attelant son char, ou bien déjà montée sur le char et le con-^ duisant comme une femme guerrière. Mais on ne lui at* tribue pas la production du cheval lui-même, dont^ ches les Grecs, Posidôn est désigné comme le producteur. La légende arcadienne fait naître le premier cheval Arion, appelé aussi Chrysaor, sur les bords du fleuve et au pied de la montagne de son nom^ YAroanion (3). Je n'ai pas à m'étendre ici sur ce sujet. A Athènes, Posidôn était aussi Fauteur du cheval, et c'est dans sa lutte avec Athénâ que, d'un coup de trident, il le fit sortir de terre. Mais c'est Athénâ qui le dompte et l'attelle au char qu'elle-même avait inventé. Pour cela, elle porte l'épithète de iinreia : ap[&a irpconriv xaTa^tceuàffaorav^ ^%k touto iitiretocv K^viOrivai (4). Â ce même ordre d'idées se rapporte aussi l'épithète de XaXmTiç, par laquelle on lui attribuait l'invention du mors. Le char de l'aurore est une image commune à toute la poésie de la race aryenne. Le Yêda dit (5) :

(2) Plus tard, cependant, le Parthénon fut consacré à la divine Sagesse, àrfioL 2of ta; rErechthéum le fut à la Vierge Mère; l'inscription porte Virginis ac matris. Il se peut que, dans ce dernier temple, Athénâ eût un caractère maternel.

(3) Arwan en sanscrit '=:zaçvoa^ equus, cheval.

(4) Suidas.

(5) RV, 1,113, 14.

prabôdÂayanty ariHubiir açwaU

â uiâ yûH suytyâ ratAêna.

éyeillaBt (les êtres), ayec ses chevaux rougeâtres

Aurore s*ayaace sur un char bien attelé.

Le nom à^açwati donné a Taurore se trouve à chaque pas dans les Hymnes (1), et répond exactement à mctioL.

A son arrivée, la nature entière se réveille ; la vigilante flUe de Zevs rend la vie au monde; elle metàl'œuvre Fouvrier^ le laboureur, le prêtre ; eUe crée les métiers, inspire les arts, dévoile aux hommes les secrets de la science en éclairant toute la nature; principe de justice, elle suscite les assemblées, préside aux lois, protège les cités; adorée sur les hauteurs, elle veille à la défense des forteresses, en éloigne les ennemis, en garde les clefs. A ces attributions diverses répondent les épithètes o^u^epxtlç, ifOa^ftiTK, Y^ouxûictç, ^ou^eia, ^oappLia, epyaw}, piX^viTiç, icoXupiTK, pou^ta, ôppoia, iro^ioç, iroXiou^oç, ôxpaia, èpu- (niVTO^K, aXa!Xxo(uvnt<; luuXaÏTiç, 7rpd(Jt.a^oç, TtXfi^Qxjjoçj etc. On rappelle encore ûyteia, ac^reipa, âpeia. Quelques-unes de ces épithètes méritent une attention particulière. Nous avons déjà vu dans les pages précédentes que les surnoms des dieux ont souvent une double acception, et qu'ils expriment un phénomène céleste et le fait terrestre ou humain qui lui correspond. Ainsi, les mots ^ou^eta et ^ap- (jLia, d'aprèsleur étymologie, signifient qui attelle des bœufs, ou des vaches. Dans le sens terrestre , les bœufs dont il s'agit sont ceux que le laboureur attache à la charrue, rœuvre du labourage commençant, chaque matin, au lever de l'aurore; cette idée revient souvent dans le Vèda. Mais il y a d'autres vaches, d'autres bœufs, les mêmes dont parle l'Odyssée comme appartenant au soleil, et qui furent

(1) RV. 1, 48,2; 1, 123, 12; 1, 222, 8; 2. 41, 7; 7, 41, 7; 7, 80, 3; etc.

enlevés par les compagnons d'Ulysse ; les Hymnes nous ont pleinement renseignés sur ces animaux mythologiques, ce sont les nuages : c Aurore vient à l'orient, elle attelle les vaches rougeâtres » (1). Ces vaches ne sont pas moins fameuses dans le Vêda que le char de l'aurore et que celui du soleil. Ce sont elles qui donnent le lait dont la terre s'abreuve, et qui nourrit les plantes, les animaux et les hommes; ce lait qui est là pluie, elles le donnent sans interruption et sans que leur mamelle se tarisse jamais.

Le nom à!Erganè donné à Athénâ, et sous lequel elle avait un petit temple sur l'acropole à l'ouest du Parthénon, ne signifie pas seulement protectrice des ouvriers; mais il désigne la déesse comme présidant à toute l'activité féconde de l'homme et de la nature. Car, au lever de l'aurore, tout ce qu'il y a d'êtres vivants éclairés par elle se lève et se met à l'œuvre ; chacun, c homme ou dieu », remplit la fonction qui lui est assignée. C'est Athénâ qui éveille les hommes et même les dieux, quand il y a pour eux quelque chose d'utile à faire :

€ Aurore met en mouvement à la fois tous ceux qui travaillent ; elle ouvre pour ainsi dire la marche en s'élevant; les oiseaux ailés ne restent pas immobiles à ton lever, ô puissante » (2).

< Sur ce char splendide et heureux où tu t'es placée, Aurore, viens secourir aujourd'hui un homme pieux, flUe du Ciel. Les oiseaux ailés, le bipède, le quadrupède, ô brillante Aurore, se sont levés à l'heure accoutumée des extrémités du ciel; car, en te levant, tu illumines de tes rayons tout l'espace > (3) ,

(1) RV. i, 124, il.

(2) RV.i,48.

13) RV. 1,49, 2.

pression : c la tête ou la face du ciel > , signifie simplement la partie orientale et élevée du ciel. En effet, quand naît Taube du jour, ses premiers rayons apparaissent dans le haut du ciel comme une lueur blanche et vague, et rem* plissent ensuite toute la région orientale. On ne dit pas qu'Âthénâ soit née du cerveau de Jupiter; cette idée n'est venue que plus tard, quand la Fille du Ciel eût été regardée comme l'intelligence divine, et que l'intelligence eût été logée dans le cerveau.

La légende grecque ne donne pas de mère à Athénâ ; le Yêda n'en donne pas non plus à i' Aurore. Cependant, Hésiode (1), qui place partout le principe féminin en première ligne, dit qu' Athénâ était fille de Métis, On rencontre souvent aussi, dans les hymnes, des passages où il est dit que mati ou sumati fait naître l'Aurore, et ces mots désignent la prière, l'hymne, considéré comme l'expression d'une pensée sage. En effet, la cérémonie dii matin commençait avant le lever du soleil, et le moment était calculé par le prêtre astronome d'après une certaine étoile. L'hymne appelait l'Aurore, et celle-ci, apparaissant à la voix du prêtre, pouvait être dite Fille de la prière. C'est donc très probablement en ce sens que Métis fut donnée pour mère à Athénâ et non parce que celle-ci était considérée comme déesse de la sagesse. Mais Eschyle, dont les traditions semblent mieux choisies et sont, dans tous les cas, plus athéniennea-'^ '/elles d'Hésiode, dit, en parlant d' Athénâ (2) : € aucune femme ne m'a enfantée, je n'ai point été nourrie dans les ténèbres du sein maternel >. Elle est donc toute lumière.

C'est sans doute aussi dans le même sens que la tradition (3) attribue à Héphaestos l'acte qui fait sortir Athénâ

(1) Théog. 886.

(2) Eumên. 614.

(3) Pind. 01. 7, 35.

de la tête de Zevs. Car le Yêda rapportant à la vertu mystique du saint sacrifice l'apparition de l'aurore, et Agni étant toujours considéré comme le sacrificateur, c'est par conséquent Âgni qui fait naître la lumière céleste : c Âgni, pour que les dieux matinaux boivent le Sôma, fais asseoir ici cette divine famille » (1); < ô Agni, c'est toi qui fait venir l'aurore » (2). Or, Héphaestos est Agni; ces deux divinités sont identiques l'une à l'autre dans presque toutes leurs fonctions. Seulement, Héphsestos ayant fini par être surtout l'artiste divin, le forgeron des dieux, ce fut par un coup violent frappé sur le front de Zevs, qu'il en fît sortir la fille du ciel. Il est bon de remarquer toutefois que c'est une hache, Tce^exuç, qui sert alors d'instrument à Héphaestos, et que la hache n'est pas un instrument de forge. C'est, au contraire, celui dont se servaient les anciens sacrificateurs, notamment à l'Erechthéum, pour l'immolation du bœuf. Il semble donc qu'en se servant d'une hache pour provoquer l'apparition d'Athénâ, Héphaestos remplissait le rôle d'un victimaire plutôt que celui d'un forgeron et à plus forte raison d'un chirurgien. Par là, il s'identifie davantage encore avec Agni sacrificateur.

La légende résumée dans l'expression TpiTcov^ *A6ava ou simplement TpiTcovtç, se rapporte aussi à la naissance de cette déesse. ËUe est commune à toute la Grèce; mais elle était surtout en vigueur dans les différentes villes d'Athènes et d'Eleusis, et particulièrement dans celles de Béotie. Là était un ruisseau nommé TpiTCûv qui se jetait dans le lac Copaïs et sur les bords duquel avait eu lieu, par l'opération d'Héphaestos, la naissance de la déesse. Le mot TptTwviç est, en efi*et, un patronymique dérivé de

(2) RV. 1,94, 5.

sur la pent6 de la colline et non sur le sommet qui était occupé par l'autel d'Âthénâ-aria.

Il me reste à dire quelques mots des attributs d'Athénâ, tels qu'on les concevait principalement dans Athènes.

Divinité guerrière ,elle avait de bonne heure reçu de l'imagination populaire les armes usitées dans le pays, le casque, le bouclier et la lance; je ne crois pas nécessaire de chercher plus loin l'origine de cette conception ; la déesse aurait eu l'arc et la flèche comme Apollon et Artémis, si on eût été dans l'Inde où la Perse ; la lance, le bouclier et le casque, étant des armures essentiellement grecques, font de l'Athénâ dont nous parlons une conception véritablement hellénique. Quant à l'idée primitive de la considérer comme guerrière, elle n'est pas propre au génie grec, puisque, dans le Yêda aussi bien que sur l'acropole, l'aurore est représentée comme une combattante.

Les ténèbres qu'elle met en fuite par ses armes de lumière se présentent sous la figure d'un arc de cercle couleur d'ardoise, qui monte au ciel en grandissant à mesure que s'avance l'aurore. Plus le ciel est pur et dégagé de vapeurs, plus ce phénomène est frappant : en été le cercle sombre est d'une netteté parfaite; au-dessous de lui s'étend une lueur purpurine qui passe au jaune, autour d'un centre situé à l'horizon. Tandis que le cercle ténébreux monte au zénith, le franchit et descend vers le couchant, la teinte dorée devient de plus en plus brillante, l'aurore a sa tète dans les cieux; à droite et à gauche elle atteint les extrémités du ciel ; un moment arrive où l'œil ne peut plus supporter l'éclat du centre d'or qui resplendit à l'orient. Enfin, le soleil lui-même apparaît, lançant un trait lumineux qui va frapper le couchait ; c'est alors que disparut du ciel la dernière trace dé la nuit. Telle est l'aurore.

Quand le ciel est nuageux, le lever du jour prend un' autre aspect. L'orient se colore de teintes moins calmes et plus animées : on voit qu'un combat se livre entre le nuage et la lumière ; il est rare dans le midi que le soleil ne le perce pas de ses rayons. Mais alors le point lumineux de l'aurore se montre au milieu de nues qui l'enveloppent de tous côtés, en se tordant sur elles-mêmes et s' entrelaçant. La lumière monte toujours et atteint la partie supérieure du ciel, tandis qu'encore à demi cachée sous l'horizon, elle continue d'annoncer le soleil qui va venir. Bientôt nous ne pouvons plus regarder cette lumière et ces nuages étincelants et grimaçants, sans que nos yeux en soient aveuglés. Enfin, apparent ou voilé, le soleil monte au ciel et l'aurore poursuivant sa route va illuminer d'autres horizons.

C'est, je crois, dans ces deux ordres de phénomènes qu'il faut chercher le sens des attributs propres d'Athénâ, le sphinx avec les griffons, l'égide et la Gorgone. Quant aux animaux qui lui sont consacrés, la chouette, le serpent, le coq et la corneille, ils se rattachent à d'autres idées dont il sera question plus bas.

Au Parthénon, le casque de la déesse était surmonté d'une sphinx, flanquée de deux griffons. Je dis d'une sphinx, attendu que le mot grec est toujours féminin et que le sphinx mâle est une rareté dans l'art hellénique et paraît avoir été totalement inconnu aux anciens temps de la Grèce, c En Egypte au contraire les sphinx féminins étaient une rare exception; ils représentaient une reine. » (1) L'idée de réunir la figure humaine et celle des animaux s'est présentée chez tous les peuples du monde, peut-être en Egypte plus qu'ailleurs : mais la sphinx étant une conception aussi ancienne et plus an- Ci) De Rongé. Notice, p. 34.

oienne même que l'art grec, il n'est nullement nécessaire d'admettre qu'elle ait passé des bords du Nil sur le continent de l'Europe. Quoi qu'il en soit, la belle Athénâ du musée de Naples nous la montre sur le casque de la déesse entre deux griffons, telle probablement qu'elle était au Parthénon. Cette vierge ailée, aux griffes de lion et au corps de serpent ou de chien, paraît bien se rattacher au phénomène de l'aurore. Je renvoie sur ce point au mémoire de M. Bréal relatif au mythe d'Œdipe.

Au même ordre d'idées se rattachera dés lors sans beaucoup de difficulté le symbole des deux griffons, ypuirai : appelés par Eschyle c gry pes à la gueule pointue, chiens muets de Jupiter ]» (1), ils fournissent dans la même tragédie la monture d'Océan, qui descend du ciel sur un TeTpa(y)ce>.7(; et irrepiiywxi^; oicovoç. Océan le gouverne sans rênes et par sa seule volonté : ce griffon est donc une conception subordonnée à celle d'Océan. Or celui-ci, comme on le sait, n'est point la figure de la mer, au moins dans la mythologie primitive : Posidôn, -^géôn, Okéanos sont trois termes par lesquels on désigna, soit tour à tour, soit en différents lieux, soit à des points de vue divers, ce qu'on appelle en sanscrit le samudra ou arnava, c'est-à-dire les ondes célestes, les vapeurs, les nuages, en un mot tout l'ensemble des eaux. Si les Grypes sont véritablement muets comme le dit Eschyle, on ne peut les regarder comme personnifiant les vents, qui sont au contraire représentés comme des chanteurs , eu(x.o^7roç, dans le Vêda et dans la légende éleusinienne. On est donc conduit à chercher leurs analogues dans les deux enfants de Saramâ, chiens attachés au service de Yama, roi des morts et soleil couchant. Si sphinx est la Nuit que l'aurore pousse devant elle, comme un mystère au-

(1) Prom. 804.

quel elle se substitue, les deux griffons assis à ses côtés ne peuvent pas être le matin et le soir, mais deux figures secondaires de la nuit elle-même, formant en quelque sorte le pendant des deux fils de Zevs, des Dioscures. Ces deux cavaliers , identiques aux Açwins , précédent et accompagnent l'aurore, marchant par les deux côtés du ciel, tandis que la fiUe de Jupiter s'avance par le milieu. De même, Sphinx occupe le centre de retraite de la nuit qui s'en va, et ses deux acolytes, les griffons, sont à ses côtés comme les deux pointes du grand arc bleuâtre qui se retire. Je ne veux pas appuyer davantage sur ce point, jusqu'à ce que l'étymologie aryenne des mots <yçiyÇ Ypiïirai ait été démontrée. J'observerai seulement que dans les peintures Sphinx est ordinairement de couleur bleu foncé ou mouchetée comme la nuit.

L'Egide et la Gorgone ne semblent pas offrir, quant à leur interprétation, de difficultés bien sérieuses, du moment que Athénâ est reconnue dans l'aurore. Le serpent est une des images les mieux connues de la mythologie aryenne : VAhi du Vêda en est le type le plus développé et le plus souvent reproduit; et comme il est nommé tantôt par son nom, tantôt par les substantifs désignant la chose même qu'il représente, comme enfin il est décrit cent fois et cent fois mis en action, personne ne peut plus ignorer que le serpent est le nuage. Si la fille de Zevs n'était que l'emblème de la sagesse divine et que ce fut pour cela qu'elle est née de la tête de son père, ces serpents dont sa poitrine est entourée seraient un mystère à jamais inexplicable. Mais du moment où elle reprend sa signification primitive d'Aurore, les serpents de l'égide redeviennent les nuages, du milieu desquels l'aurore s'élève une partie de l'année. Dés lors aussi l'égide est l'espace compris entre ces nuages, et la Gorgone est la lumière intérieure que Ton ne peut voir sans mourir,

c'est-à-dire sans être aveuglé (1) : Tirésias perdit la vae pour avoir vu Athénâ dans le bain.

Cette légende nous donne en même temps Texplication du mot aiyiç et nous montre une fois de plus ces confusions de mots dont la mythologie est pleine et que tous les philologues ont reconnues. En effet, en tirant le mot cdyiç de aïÇ, chèvre, on fut conduit à j voir la peau de cet animal et & bâtir sur ce fondement un récit qui n'a rien de primitif. On pourrait aussi bien le rapporter à al'^^ les vagues, ety voir les flots des vapeurs, du sein desquels se lèverait l'aurore. Mais cela n'a rien de vraisemblable, caraiye; signifie non la mer des vapeurs, mais les vagues qui portent au rivage et entraînent les navires. M. G. Curtius (2) ramène à tort le mot aîyeç, vagues, à eJy contenu dans iiçeiytù : ei ne se transforme guère en ai. J'ai depuis longtemps (3) rapproché du français vagues et de l'allemand wogen^ ce mot qui serait en éolien Faiytç et eu Cretois êaiye;, et j'ai montré son identité avec le sanscrit vaha, de la rac. vah, latin vehere, porter. Cette idée est tout à fait étrangère aux phénomènes de l'aurore. Il ne seniit pas impossible d'établir un rapprochement entre ahi et aiyi;, l'analogie du h sanscrit et du y grec étant établie par l'identité de vaha et d'aïyeç : mais l'historique de la légende renverserait cette hypothèse; puis les serpents sont tantôt autour de l'égide, mais tantôt aussi autour de la tète de Gorgone. On est donc conduit à voir dans odyiçy égide, la rac. ay qui est dans âyXao(;, oLÎyk-n et peut être dans le sanscrit agni, le feu, en latin ignis.

On remarquera des contradictions dans l'idée antique

(1) CaUim. hym. à Àth. 546.

(2) Griechischen Etymologie, p. 170.

^) De Neptuno, ad. cale.

qui faisait de l'égide une peau de chèvre et une armure , puisque jamais une telle peau n'a pu servir de cuirasse ; c'est aussi une chose bizarre que de l'entourer de ser^ pents. Un tel assemblage suggère que les diverses parties dont il se compose étaient déjà symbolisées dans la langue et dans la pensée des Aryens, avant d'être réunies en un seul tout, et qu'ainsi ce fut le phénomène naturel luimême qui leur donna cette unité.

La tête de Gorgone, qui est ordinairement à la partie inférieure de l'égide , n'était pas toujours représentée grimaçante et tirant la langue, les archéologues considèrent même cette difformité comme une conception des temps postérieurs. M. Panofka (1) reproduit plusieurs Gorgones, dont une surtout est une belle jeune fille au visage rond, aux cheveux rayonnants comme ceux d'Apollon-Soleil et n'ayant que deux serpents qui se détachent de la nuque et ornent les côtés du cou comme deux boucles de cheveux. Une autre est un cercle parfait, dans lequel est dessinée une jolie tête entourée de cheveux ondulés, ai l'on admet que l'égide représente l'espace lumineux qui se montre à l'orient au milieu des nuages, sa position sur la poitrine d'Athénâ s'explique d'ellemême, puisqu'on ce moment la déesse élève dans le ciel sa tête cdlme et sereine. La Gorgone n'est plus dès lors que l'éclat rayonnant et insoutenable qui précède immédiatement le soleil, ou peut-être le soleil lui-même à son lever.

Le mot grec a plusieurs former : Topyià, ropywv, ropywv, ropy({vn. Il forme divers composés, tels que yopyoX(>ça, yopyoçovii, yopyS^iÇ- Ces mots, rapprochés entre eux, nous montrent que la rac. yopy est suivie soit d'une terminaison nominale y^PY^î ^^i* ^^ suffixe v, yopycàv, y^PY*^^^

(1) Terracottôn, pi. LXIL

yopftfvn; ce suffixe répond au suffixe sanscrit na^ una. Quant à la rac. yo^^ les mots grecs dans lesquels le y se trouve ainsi redoublé sont généralement considérés comme n'ayant eu primitivement que le second y, le premier ayant été ajouté par un phénomène d'euphonie, ainsi : Ta^axfin^s^i^oufiyif rapyviTToçsâpyyiTTâçy etc. (1). La racine yopY 861^ donc pour ôpy et répondra à la racine sanscrite arg, arj, briller, brûler. ropY<6 sera l'éclat du soleil levant; ropytivi) sera arjunî et ropycov Arjuna (2).

Arjuni, la Resplendissante, est en effet undesnomsde l'Aurore dans le Y êda ; il a à peu prés la même signification radicale que Ahanâ et que Usas. M. Pape traduit r6pY<& par Flammenblicke, ce qui est un peu exagéré, puisque l'idée d'œil, de regard ne se trouve ni dans le mot grec> ni dans le mot sanscrit ; l'expression allemande répond mieux à yopyÔTriç qui veut dire à l'aspect et aux yeux brillants. On remarquera que le phénomène lumineux figuré par l'égide et le yopyovetov se produit toujours à l'horizon et au contact de la terre, d'où il semble sortir . C'est donc avec raison que la Gorgone est dite fille de la Terre (3).

Mais le soleil, en montant dans le ciel, fait évanouir cette apparition et l'on dit alors que Persée tue la Gorgone. Une métope de Sélinonte (4) représente cette scène avec énergie et naïveté. Persée enfonce la harpe dans le cou de la Gorgone dont il tient les cheveux de sa main gauche ; le sang coule et vient nourrir le cheval ailé

(1) Pape. Eigennamen.

(2) Arjuna, brillant comme la lumière du jour; dans TAtharvavêda (I, 49, 3) arjuna sigaifie le Matin. — Kutsa, autre personnification du Soleil, est appelé arjunêya^ fils à^arjunî^ l'aurore (RV 1,112,23,4,26,6; etc.)

(3) Eurip. Ion. 989.

(4) Serra Di-falco, Ant di Sicilia, II, pi. 2!5.

qu'elle tient sous son bras ; Athénft assiste à cette exécntion . De là son nom de yopyof ovyi . L'épithéte de yofrfùki^fa (1) qu'elle portait aussi quelquefois, signifie c qui a une aigrette de casque resplendissante , ou bien qui a une gorgone au cimier de son casque ; > mais ce dernier sens est peu vraisemblable. Si l'on veut pousser jusqu'à cette limite l'interprétation de la légende, on verra sous ce mot les nuées rougeâtres et mouvantes qui sont dans les hauteurs du ciel quand se produit un lever c gorgonien > de r Aurore.

ropyoçovoç est Persée lui-même, meurtrier de Gorgone. Une idée toute semblable se trouve dans le Vêda (2), où il est dit que le soleil a tué Aurore.

« Voici certes, Indra, une action valeureuse et virile que tu as faite : tu as tué une misérable femme, la fille du Ciel. Quoique fille du Ciel, 6 grand Indra, cette Aurore qui allait grandissant, tu l'as détruite. Par cette destruction. Aurore est tombée de son char, épouvantée : tel fut le coup du dieu vigoureux. Le char, tout broyé, gît dans la Vipâçâ; il est parti au loin. »

L'épithète de y^^ouxÔTCiç, souvent donnée àAthénâ,peut s'expliquer de trois façons. On la traduit ordinairement par eaux yeux bleus» . Pausanias dit que ses yeux sont y>.auxoi (3) ; et l'on cherche ensuite des interprétations plus ou moins vraisemblables de cette couleur. Le peud'exemples qui nous restent de l'art antique est en désaccord avec cette explication : dans la métope de Sélinonte citée plus haut, les yeux et les sourcils d'Athénâ sont peints en noir. Au Parthénon, les yeux de la grande statue étaient faits d'une pierre dont la couleur se rapprochait de l'i-

(1) Suidas.

(2) RV. 4, 30, 8.

(3) Att. 24.

Yoire ; mais il est évident que ce renseignement, fourni par Platon (1), ne concerne que le globe de Tœil, et non la prunelle, sur laquelle nous n*ayons aucune donnée poaitlTO.

Le rapprochement de yyaxMMi; et de poûmç, épithète d'Héra, peut nous induire àtirer ce motdeykaoj^^ chouette. En effet, comme cet oiseau a de grands yeux dont le regard perce les ténèbres, il n'y a rien d'étrange à ce que les anciens aient comparé à sa vue celle de la déesse surnommée aussi oÇu^epxnf;. Cette explication acquiert un nouveau degré de vraisemblance, par ce fait que la chouette était, par excellence, l'oiseau d'Athénâ, et figurait avee elle sur les monnaies d'Athènes. Néanmoins, ce rapprochement peut tenir à un phénomène de localisation : en effet, de tous les pays de la Grèce, l'Attique est celui où il y a le plus de chouettes, et, dans l'Attique, c'est l'acropole qui en nourrit le plus; chaque soir, ces animaux sortent des trous des murs et des creux des rochers où ils passentle jour; le prêtre, qui, avant le lever du soleil, offrait le sacrifice à Athénâ, les entendait çncore autour de lui, accompagnant sa prière de leur cri cadencé. La chouette était donc, naturellement, l'oiseau d'Athénâ : une grande chouette de marbre, qui existe encore, lui avait été consacrée sur l'acropole.

M. G. Curtius (2) traduit y>.au)coç par brillant, licht, et yXxuxcâ'Triç par lichtâugig; il cite le scholiaste d'Apollonius de Rhode (I, 1280), qui dit : 5iflcy^flw<y<you<nv flêvri tou çcotiî^ouffi Y) ^laXaixTCoucri, 59ev xai -fi 'AÔnva yXauxômç... yXaucdeiv

yjSmiç Te arpeçerai jiiYfv» » . Je pense que cette analyse devait être poussée plus loin, et qu'il fallait rapprocher y>.auxoc

(1) Hipp. maj. p. 229.

(2) Griechischen Etym. p. 168.

de \euxo<;i ykKoaciù de Xeu<T<rfti, ^Xauxiincoç de Xeuxiicicoç^etc., et rapporter tous ces mots également à la racine ^ux, en sanscrit ruà et non pas à lôA^ qui produirait d'autres dérivés. Cette explication de ykcLDTuSnciç^ c aux yeux ou à la face brillante », est certainement la plus d'accord des trois avec le mythe d'Athénâ, l'Aurore. La première me semble devoir être entièrement rejetée comme puérile, et nous pouvons voir dans la seconde un nouvel exemple de cette confusion de mots dont les mythologies, même celle du Yêda, sont remplies.

On voit combien est frivole et arbitraire l'exégèse de M. Forchhammer, interprétant Athénâ par l'air, l'égide par le nuage orageux, y>.au)«diriç par le bleu de l'air pur, PaUas par la nuée blanche, pallida, et les palladiums par les vapeurs tombant du ciel, areia par l'air rendu transparent par la chaleur, alalcoménéis par l'air rendu transparent par le froid (1). Ces interprétations ne reposent ni sur les faits naturels, ni sur les monuments de l'art^ ni sur les traditions, ni sur la philologie comparée : ce sont de pures imaginations.

Je ne crois pas nécessaire que nous nous arrêtions longtemps sur le serpent considéré comme attribut d'Athénâ. On l'a quelquefois confondu avec Erichthonios, personnage dont il sera question plus loin. C'est, en réalité, YAhi des Hymnes, le nuage tortueux contre lequel luttent également l'aurore et le soleil. Ce serpent n'est pas différent, parle fond, de ceux qui entourent l'égide ou la tête de Gorgone. Mais, tandis que ceux-ci font un cercle autour de la poitrine d' Athénâ, l'autre serpent est constamment représenté aux pieds de la déesse victorieuse. Or, nous savons parfaitement que cet Ahi est le nuage, le compagnon de Vritra^ de Çushna f OpOpoç, Ku-

(1) HeUenica, p. 196 et sq.

woç)y et des aatres démons de Torage, contre lesquels ont sans cesse à lutter les dieux de la lumière céleste. Le mythe du serpent se rattache donc à une autre série de fidts dont il sera question plus bas. Il en est de même de rolivier.

L*acropole était toute remplie par le mythe d' Athénâ. Je ne citerai d*abord que les monuments relatifs à la di- Tinité de l'Aurore ; les autres viendront plus loin.

Le Parthénon, ou sanctuaire de la Vierge, était le principal. Son architecture avait été conçue en rapport direct avec les phénomènes de l'aurore ; son inclinaison, par rapport à l'Est, représentait la plus petite distance zénithale du soleil, égale à l'angle horizontal compris entre l'aurore et le soleil levant. La statue de la déesse regardait droit vers l'aurore équinoxialeou aurore moyenne ; son autel, pris comme centre et rapporté aux trois mires élevées sur l'Hymette, donnait pour l'année 445, où il fut dressé, la position des solstices et des équinoxes. Des sculptures qui ornaient le temple, celles de l'Est se rapportaient principalement au mythe de l'aurore. La grande statue d'or et d'ivoire, haute de 26 coudées sans la base, était debout, couverte d'un long vêtement d'or; son casque était surmonté d'un double et mystérieux symbole de la nuit, Sphinx et les Griffons ; elle avait sur la poitrine une égide d'or ayant à sa partie inférieure une Gorgone d'ivoire ou de quelque autre matière polie; sur sa main gauche, elle portait une victoire aux ailes d'or haute de quatre coudées ; de sa droite, elle tenait une lance au pied de laquelle était le serpent ; son bouclier était à ses pieds. C'était donc Aurore victorieuse des ténèbres. Ce que je me représente, < c'est, dit M. Beulé (1), cette tète calme et puissante, cette bouche qui ne sait point sourire, mais

(1) Acrop. 11,181.

qui respire la sagesse et la persuasion, ces yeux d'une sérénité invincible, ces traits sévères qui n*ont de féminin qu'une idéale pureté ; c'est la chevelure qui encadre le front de ses flots pressés et que le casque ne peut conte* nir ; le cou, enfin, et laligne des épaules, qui tiennentà la fois de l'hercule et de la vierge » .

Je parlerai plus tard des petits bas-relie& qui ornaient la statue. Je me contente de rappeler que le piédestal aussi réprésentait, sous un autre nom, Tapparition de l'aurore. Phidias y avait figuré la naissance de Pandore^ fille du ciel et de la terre selon une tradition, fille d'Erechthée selon une autre, et identique à la Viçwavard des Hymnes (1). Pandore y était entourée des dieux de la lumière, Athenâ, Apollon, Artémis, Castor, Pollux, etc. Le 25 thargélion(19 mai de l'année julienne), on nettoyait la statue ; c'était la fonction des Praxiergides et l'opération, accompagnée d'une sorte de deuil, se nommait les plyntéries. C'est vers cette époque de l'année que le ciel d'Athènes se dégage de ses dernières vapeurs et prend pour toute une saison son inaltérable sérénité.

Le fronton oriental du temple représentait la naissance d'Athénâ. Nous n'avons pas de renseignements précis sur les personnages qui occupaient le centre de la composition ; il y a là un vide de sept statues parmi lesquelles était Athénâ; des six autres, deux représentaient certainement Zevs et Héphaestos. Venait ensuite, vers la droite de ces dieux, c'est-à-dire vers le sud, une femme debout et s'avançant d'un mouvement rapide; on l'appelle Iris; ce serait donc la messagère de l'aurore. Après elle, deux

(1) Nous aurons plusieurs fois Toccasion de remarquer que la plupart des noms mythologiques de Grèce formés de mots grecs et commençant par irocv, sont la traduction de mots sanscrits commençant par viçwa, que ni la bouche ni récriture des Hellènes ne pouvaient reproduire.

femmes assises, dont la première tient un sceptre : ce sont peut-être Déméter et Coré, dont nous verrons plus loin la relation avec le mjthe d'Athénâ. Vient ensuite un personnage en qui tout le monde reconnaît Héraclès : il est assis, un peu renversé sur sa peau de lion, et tel qu'on le voit aux métopes du temple de Thésée. Héraclès, comme on le sait, est une des figures du soleil considéré princicipalement comme parcourant les douze signes du zodiaque et les effiiçant tour à tour (1) ; c'est l'Hercule du Gjnosarge, dont on parlera ci-après. Les trois figures de femmes qui, au côté nord du fronton, font le pendant aux statues dont on vient ^e parler, sont souvent considérées comme les trois parques, Moipai : aucun attribut particulier ne les caractérise; leurs postures relatives sont peu commodes pour exécuter l'acte qu'on leur attribue. D'ailleurs, le caractère des MoTpai semble les bannir de la scène de lumière ici dépeinte; voici, en effet, leurs épithètes ordinaires : okoin^ çOovepa, (iioyepa, papu^oreipa, wo^uerrovoç, de^ixoç, dcTpoiroç. Je pense donc que les trois statues pourraient bien être les trois Heures, *npat, dont une était honorée par les Athéniens en commun avec Pandrosos (2). L'idée qu'elles représentaient eut, en Attique, une destinée analogue à celle d'Athénâ : en effet, après avoir signifié des phénomènes naturels, sous les noms de AùÇw, BoiXktù, KapTCcà, qui se rapportent à la végétation, elles prirent un sens moral sous les noms de Eunomie, Dikéet Irène, c'est-à-dire bonne loi, justice et paix. Athénâ, de même, fut la divine sagesse, après avoir été la lumière de l'aurore.

Quoi qu'il en soit, nous rentrons avec certitude dans le mythe de l'aurore, quand nous atteignons les deux ext ré-

Ci) Orph. h. XI.

(2) Paus. béot. 35, 2. ~ PoU. 8, 106.

mités du fronton. A celle du sud, on voyait quatre têtes de chevaux dont deux sont encore en place ; elles sortent de l'horizon humide, réprésenté par la base même du fronton, où sont sculptées des vagues; ces têtes se dressent hennissantes, elles ont Tœil ardent, les naseaux ouverts; deux bras et une tête sont ceux d'Hypérion, qui les mène avec des rênes d'or, et modère la marche du quadrige encore caché sous l'horizon. Les hymnes du Vêda sont remplis de vers admirables où est dépeinte l'arrivée du char du soleil, de ses chevaux rougeâtres qui allongent leurs pieds blancs :

« On atteUe le brillant char rougeâtre ; on l'escorte tandis qu'il s'avance; des lueurs luisent au ciel. — On attelle au char, de chaque côté, les deux aimables chevaux jaunâtres, roux, hardis, portant un héros. — Faisant la lumière dans l'espace sans lumière, la forme, ô mortels, dans l'espace sans forme, tu es né avec les aurores...» (1).

« Sur un char d'or marche le divin Savitar, centemplant tous les êtres. — Le dieu descend, il monte; il va, l'adorable, traîné par deux brillants coursiers jaunes. — Les coursiers sombres aux pieds blancs ont éclairé les hommes, traînant un char au timon d'or. — Le divin Savitar à l'œil d'or est venu produisant les biens désirables pour son serviteur. — La rapide Savitar à la main d'or s'avance entre le ciel et la terre ; il conduit le soleil; à travers les obscures vapeurs, il atteint le ciel. Que l'asura au bras d'or, à la voie facile, miséricordieux, secourable, vienne à notre rencontre » (2).

< Le dieu qui sait tout monte porté sur des rayons à la vue de tous, c'est Sûrya (le Soleil). — Gomme des voleurs, les constellations se retirent avec les ombres de-

(1) RV. 1,6.

(2) RV. 1,35.

Tant Sftrja, qui éclaire toates choses. — Ses clartés, ses rayons ont été vus par les nations tour à tour embrasées comme de ses feux. — Tu es le passant vu de tous, faisant la lumière, Sûrja; tu illumines tout le ciel. — A la face du peuple des dieux, à la face des humains, tu montes, à la face de tout le ciel, pour être vu. — ô pur, avec cet œil dont tu regardes celui qui se meut de famille en famille (le feu sacré) , ô dieu du ciel étoile, — tu parcours le ciel, la vaste atmosphère ; tu mesures les jours avec les nuits, regardant les êtres vivants, ô Sûrya. — Sept cavales jaunâtres te traînent sur un char, divin Sûrya ; tu as une chevelure de lumière, ô illuminateur. — Sûra a attelé les sept filles pures du char ; il va avec ces cavales qui s'attellent d'elles-mêmes. — Pour nous, voyant la lumière sortir des ténèbres, vers le dieu des dieux, vers Sârya nous sommes venus, vers la lumière suprême » (1).

Dans l'angle opposé du fronton, quatre chevaux rentraient dans les flots vaporeux de l'horizon. M. Beulé (2) dit : c sortent doucement des flots ». Il y a là sans doute une inadvertance ; car outre qu'il est peu naturel de représenter le lever de la nuit à la naissance de l'aurore, ces chevaux baissent un peu la tête et ont un mouvement tout contraire à ceux d'Hypérion.

Ge vaste tableau en relief offrait donc sous des figures empruntées à la religion, l'image des phénomènes éternels de l'aurore. Les personnages placés à droite et à gauche d'Âthénâ ne lui tournaient pas le dos, comme on l'écrit quelquefois ; mais, dans leur position de plus en jj^us oblique, ils formaient comme un arc de cercle dont la déesse occupait le milieu, et leur taille allait diminuaat vers les angles du fronton. Il est à remarquer que le jour se lève à la droite d'Athénâ, et que la nuit se couche à sa

(2) Acrop.

gauche : tout le tableau est comme une image du ciel répercutée dans un miroir ; car le point de l'aurore chemine sur l'horizon dans la direction du sud; la divinité, en sortant de l'horizon, regarde le lieu du sacrifice, et se transporte vers sa propre gauche ; le soleil continue le même mouvement; quand le chœur, dans son mouvement de strophe autour de l'autel, marche à la rencontre du. soleil, cette marche a lieu vers la droite du prêtre. Or, le spectateur qui regardait la scène sculptée sur le fronton du temple voyait aussi par la marche des chevaux le mouvement général du tableau dirigé de sa gauche vers sa droite, c'est-à-dire du sud au nord : c'était donc l'inverse et par conséquent l'image réfléchie de la réalité.

Sur l'acropole, on voyait en outre, comme sculptures isolées :

l"* Athénâ sortant de la tête de Zevs, dans l'enceinte d'Ergané (1).

2"* Athénâ-ergané, dans cette même enceinte; la base a été retrouvée en 1839; elle avait été élevée par Philémon (2).

3** Athénâ assise, prés du portique nord de l'Erechthéum : elle y est encore aujourd'hui, mais mutilée ; c'est une œuvre de vieux style, faite peut-être sur le modèle de celle d'Endœos. Une autre Athénâ analogue est conservée prés de la maison des gardiens (3). Celle d'Endseos était de bois d'olivier (4).

4*" Les anciennes statues de bronze brûlées par les Perses et retrouvées après l'incendie (5).

5* L'Athénâ-lemnia, la Lemnienne, chef-d'œuvre de

(1) Paus. 1, 2i.

(2) Eç. apx. 348.

(3) PauB. I, 26.

(4) Athénag. Leg. 14.

(5) Paus. 1, 27.

Phidias, offerte par les habitants de Lemnos (1), et qui devait se trouver non loin des Propylées.

6* A l'extrémité Est de Tacropole, dans le remblai antique, on a retrouvé le piédestal de l'Athénâ offerte par un fils de Pasiclès, et, sur une Stèle de Sosimos, une Athénâ assise donnant la main à ce Sosimos, suivi d'un jeune homme jambes nues (2).

7" Athénâ avec le serpent et le bouclier, bas relief offert par les Golophoniens et conservé dans le vestibule des Propylées.

8* Athénâ-uyieia, à l'angle S. E. des Propylées (3).

9*" Athénâ, une victoire dans la main, bouclier à terre ; devant elle le serpent; bas-relief (4).

10" Athénâ debout avec le bouclier posé à terre; fragment de bas-relief en tête d'une inscription.

Il*" Athénâ debout derrière un autel; huit adorateurs vont vers elle ; un enfant dépose une offrande sur l'autel au pied duquel se trouve un porc ; ce bas-relief est dans les Propylées.

12"" Athénâ-polias : statue offerte par ApoUodore. Une autre offerte par Géphisodote; toutes deux trouvées au Sud de l'Erechthéum, entre ce temple et le Parthénon.

13 Athénâ-tritônis, statue trouvée au nord du Parthénon et élevée par Lysimachos d'Agrylé.

14"" Athénâ-promachos, la plus grande des statues élevées sur l'acropole. Son piédestal existe encore en partie et regarde vers l'angle oriental des Propylées. Elle est plusieurs fois citée par les auteurs anciens et représentée sur certaines monnaies d'Athènes.

(1) PauB. 1, 28.

(S) Ef . ap)^.347.

(3) Pans, i, 23.

(4) Eç. apx- 285.

15*" Une égide avec tête dorée de Gorgone, sur le mur d'enceinte au-dessus du théâtre de Bacchus (1).

16* Une chouette, ouvrage de Phidias (2). — Une autre chouette, ouvrage de Phèdre (3). Nous avons signalé ci-dessus une chouette colossale en marbre qui se trouve aujourd'hui dans le Parthénon.

On peut penser que, outre ces sculptures et celles dont nous parlerons plus bas, il y en avait d'autres encore et en assez grand nombre sur l'acropole : ce lieu était donc tout plein de l'image d'Athénâ; c'était bien réellement le sanctuaire de l'Aurore.

J'ai maintenant à considérer certains cultes purement solaires ayant leur siège aux environs de la viUe; et en rapport direct avec la Vierge de l'acropole.

J'ai parlé dans le chap. II du monastère de St. Jean- Kynigos^ considéré comme point de repère pour le lever solsticial. Ce couvent est situé à 150 mètres au-dessus de l'acropole, différence d'altitude assez grande, mais notablement diminuée par l'écartement des deux stations qui est de 10650 mètres; réduite, quant à son influence sur l'observation du solstice, à une quantité angulaire très petite, puisque le soleil monte sous un angle zénithal de 14**,11' seulement, enfin compensée par la réfraction. L'emplacement du Kynigos forme un petit plateau sur une sorte de col près de la route qui mène à la Mésogée, au Laurium et à Marathon. Sur le col même il n'y a pas d'eau ; mais sur la pente nord, immédiatement au-dessus, il y a une veine qui trempe la terre et qui, recueillie dans un conduit ancien, récemment réparé, alimente une excellente fontaine sur le bord du chemin. La pente, au-

(1) Paus. 21.

(2) Dion Chr. 12.

(3) Hesych.

jonrd'hui garnie de buissons, offre en grand nombre des fragments de poteries helléniques témoignant que ce lieu a été habité et cultivé dans les anciens temps.

Le couvent renfermait un collège de moines qui a été dissous dans ces dernières années à cause du brigandage. L'église seule est entretenue. Elle est consacrée à St. Jean surnommé le chasseur : mes recherches relativement à ce surnom m'ont démontré qu'il n'est fondé sur aucun détail de la légende de St. Jean, et que par conséquent il en faut chercher l'origine ailleurs que dans le christianisme. Ce St. Jean est celui qu'on nomme BaTCTicmnç ou np^^po|jLoç, et qui a une église sur la pente de l'acropole en vue de l'orient. Celle du Kynigos ne renferme rien de particulier : les sujets de ses peintures murales sont les mêmes que dans les autres chapelles du même saint. Sa fête a lieu, comme dans les pays catholiques, le 24 juin, c'est-à-dire 16 jours après le solstice d'été. De ces 16 jours de retard, 12 proviennent de ce que le calendrier grec n'a pas encore été corrigé. Les 4 autres sont communs aux chrétiens des deux églises, aussi bien que les 4 jours de retard de la fête de Noël par rapport au solstice d'hiver, et prouvent que l'on était en retard de cette même quantité lorsqu'on fixa au 24 juin et non au 20 la fête de Jean le Précurseur. La précession des équinoxes étant de 50 secondes par an environ, ces quatre jours donneraient une période d'à peu près 17 siècles, et, si l'on prend pour point de départ l'ère chrétienne ellemême, on aurait l'époque approximative où fut introduit en Grèce et même en occident le culte auquel celui de St. Jean-Baptiste succéda. Mais j'avoue que ces calculs sont si vagues et reposent sur des bases si incertaines que je ne puis leur attribuer une grande importance.

Toutefois, ce fait que la chapelle est consacrée au Saint du solstice d'été n'est pas sans valeur ; car elle n'est au

solstice d'été que par rapport à l'acropole d'Athènes, et ainsi elle a été construite en relation avec elle. Or sur ce point quelques remarques encore doivent être faites. Vue de l'autel d'Athénâ, cette chapelle, ou pour mieux dire son dôme, n'est plus dans la direction du solstice : celuici a lieu plus au sud, d'une quantité angulaire représentée par 48" X 23 et comptée perpendiculairement au cercle tropical. Mais yue de ce même autel elle est dans la direc. tion du solstice de l'année 445 avant J. G. ; et, vue d'un point situé à 2"* 81 au Sud de cet autel dans l'axe de l'ancien Parthénon, elle est dans la direction du solstice de l'année 552. Nous devons en conclure qu'elle a été construite sur l'emplacement d'un autel ou d'un autre monument quelconque consacré à une divinité existant à ces deux époques.

C'est ce que les faits démontrent. Il y avait en effet à Athènes une famille portant le nom de Kuvi^ai (1), de laquelle était tiré héréditairement le prêtre d'Apollon Kiivetoç. Les archéologues sont tombés d'accord que cet Apollon avait son sanctuaire là où est aujourd'hui le St. Jeàn-Kynigos (2) . Je n'ai pas besoin de dire que la presque identité de ces deux noms suffit amplement pour expliquer ce dernier : c'est un fait qui n'est pas rare en Grèce ; je dirai même qu'il s'y rencontre à chaque pas. Je laisse donc lemot Eynigos, qui n'a par lui-même aucune valeur, et je m'arrête un instant sur l'épithète locale d'Apollon.

Kuveioç ou Kuvetoç est un patronymique formé au moyen du suffixe eioç qui répond au sanscrit êya, de même signification. Le primitif est Kuvoc ; ainsi l'on doit traduire c Apollon fils de Kynos. > Kuvi^ai est un autre patronymique d'une forme très connue dans la langue grecque et

(1) Hesyeh.

(3) Petit de Joli. Arch. des MissioiiB.

particulièrement employé pour désigner les familles sa* cerdotales, EùfiioW^aiy BouTO^ai, Auxop^ai, etc. Son analyse hous conduit encore à un primitif Kuvoç et au sens de c descendants de Kynos. » Celui-ci était en effet le héros éponyme des Kynides (1). Mais comme l'exemple de Kéramos et de beaucoup d'autres nous prouve que ces héros ont été inventés par les familles elles-mêmes afin d'asseoir leur noblesse, nous devons regarder comme le vrai Kynos celui dont Apollon est le fils .

Dans la mythologie courante, Apollon est fils de Zevs; il n'y a pas de divergence sur ce point dans les auteurs. Nous avons lieu de penser que si ce Dieu a pu être surnommé Kuveioç, c'est parce que Kuvoç était un des noms de Zevs lui-même. On sait en effet que presque tous les dieux ont porté plusieurs noms, dont quelques-uns seulement, ou même un seul, ont fini par prévaloir.

Kuvoç est le nom d'un frère de KoToç. Celui-ci est donné comme un surnom d'Ouranos par Athénée (2) ; mais il est constamment tenu pour fils d'Ouranos et de Gaea, c'està-dire par un titan (3) ; Kuvoç était donc le nom de l'un des titans. On sait que ces derniers n'eurent pas de culte particulier dans la religion hellénique et qu'ils y furent remplacés par la génération des enfants de Kronos. Si nous cherchons parmi eux ceux auxquels Zevs peut correspondre, soit comme père d'Apollon, soit comme dieu du ciel , nous ne trouvons que Kronos lui-même, avec Hypérion, pouvant répondre à cette double idée. Kynos est donc un des noms titaniques de Zevs. C'est Zevs luimême, considéré comme père d'Apollon, comme père du soleil.

(4) Etym. Mag.

(3) Hés. Théog. 134.

Apollon était adoré comme fils deKynos (1), non-seulement au pied de l'Hymette (2), où son sanctuaire s'appelait Kuveiov, mais aussi dans Temnos, ville de l'Hermus (3). Lui-même avait eu de Parthénia un fils nommé Kynis, également regardé comme héros éponyme des Kynides (4).

Le mot Kuvoç se trouve dans un assez grand nombre de noms de lieu, dont quelques-uns méritent une attention particulière.

Kuvoç, Kuvoç ou Kuvoç, était une ville et un port de la Locride-opuntienne (5) dont les habitants s'appelaient Kuvioi ou Kuvaîoi. — Le féminin Kuvyî est une ville de Lydie nommée par Etienne de Byzance , citant Hécatée. — Kuva f. est un surnom d'Héraclée. — Kuvta f. baie et mer en Etolie (6) .

A ces dérivés il faut ajouter les composés suivants : KuvaiOa f. ville et pays d'Arcadie (auj. Kalavryta), où se trouvait un culte célèbre de Zevs xuvaiôeuç, appelé par Lycophron (7) o jjt.eyaç Aîejxoç xuvaiOeuç, expression qui semble indiquer que ce Jupiter y était adoré sous l'image d'un grand disque solaire. C'est dans ce même pays d'Arcadie que M. Foucart a trouvé récemment l'inscription Zeuç xfipauvoç citée plus haut. Les habitants du lieu rapportaient leur origine à un héros nommé par eux Kynaethos, qu^ils donnaient pour fils de Lycaon. Nous déterminerons un peu plus bas la signification de ce dernier mot et nous verrons que Lycos est aussi un des noms du dieu du jour.

(1) Outre Kyneios, on disait aussi Kynaos. Phot. 187, 7.

(2) Crat. dans Suid. — Inscr. 1120, 2. ^ PoU. 32, 25.

(4) Suidas.

(5) Strab. 9, 425. Paus. 10, 12.

(6) Stpab. 10, 459.

(7) Alex. 400.

Bn admettant ce fadt dès à présent, on en condurait nn rapport de sens entre KiivaiOoc et le Zevs-Kynos qui nous occupent en ce moment. L'analyse du mot kwcuBoç conduit directement au même résultat : car il est bien évident qu'il renferme les deux racines xuv et atfl ; laissons de côté cette dernière pour un instant ; la rac. xuv mise sous une forme substantive donne immédiatement xuvoç, c'està-dire le Zevs adoré à Kunaetha. — A cette même origine se rattachent peut-être aussi par abréviation les mots KuvOoç et KuvOtoç : le premier est le nom de la montagne de Délos où naquirent Apollon et Artémis; le second est Apollon lui-même, surnommé aussi KuvOoyevYfç.

Kuvioç et oOpioc se trouvent séparés et rapprochés l'un de l'autre en Etolie , où sont deux mers intérieures portant ces noms (1). Ce sont deux adjectifs provenant également de substantifs en os, kuvoç et Oupoç. Ce dernier n'existe pas seul comme nom de divinité; mais oSpioc est un des surnoms de Zevs (2). On est donc conduit à considérer Kuvoupa, nom d'une ville d'Argolide, et Kuvoupia, adjectif de ce même nom, comme formés de Kuvoç et de Oupoç et non de xuvoç et oîSpa, queue de chien. Quoiqu'Q existe même chez nous des noms de lieu aussi bizarres que ce dernier et que le Yêda lui-même nous offre le nom de ÇunaÇ'CAêphd qui est encore plus singulier, cependant les analyses philologiques ont plus de valeur que de tels rapprochements qui peuvent être fortuits et qui ne se recommandent que par leur facilité apparente. La ville deKuvoupa s'appelait aussi Ilocvaioupa (3), mot qui ne semble pas contenir l'idée de chien. De plus, le héros des Gynuriens, Kuvoupoç, était donné par la tradition pour fils de Persée (4)

(1) Strab. 10, 459.

(2^ Esch. Sup. 594. — Anth. app. 283.

(3) PauB. 3, 7, 2.

(4) Paus. 3, 2, 2

et nous savons que Persée est une des figures du SoleU.

Par là nous sommes encore ramenés à l'idée dont Apollon et Zevs sont les représentants mythologiques ordinaires. De Kuvoupa, par la force des choses, on est conduit à Kuvd<7oupa, mot qui est irrégulier s'il vient de Kuvoç et de Oupoç et qui a pu être précédé historiquement de Kuvoupa. Toutefois, il faut remarquer que s'il ne signifie pas c queue de chien » , signification qui n'est pas impossible malgré l'accentuation, il devient régulier si on le divise en Kuvo-aoupay puisque sûra est une désignation ordinaire du soleil dans les Hymnes. Le rapprochement de tous ces mots avec ceux qui se tirent de Auxoç rendra cette dernière analyse vraisemblable.

KuvodapY^; ou Kuvoaapyeç doit s'analyser de la même maniére> malgré la tradition du chien blanc citée par Pausanias (1) et malgré celle d'après laquelle ce fut en cet endroit que Cerbère fut enlevé par Héraclès. Suidas propose d'assimiler ce mot à xuvocapxeç, de <7ap^ chair : je ne m'arrête pas à cette suggestion qui ne repose sur rien ; je remarque seulement que Suidas, ou quelque autre savant avant lui, avait vu l'impossibilité d'analyser ce mot en xuvoç-apyeç : en efiet, i^iç est un adjectif qui ne peut gouverner un substantif au génitif, ou dès lors il signifierait non le chien blanc, mais le blanc du chien, ce qui est absurde. On est donc forcé de décomposer le moteuKuvocapyeç et d'en chercher la signification hors de la langue grecque, puisqu'elle n'explique par ses racines ni l'un ni l'autre de ces deux éléments.

Remarquons d'abord que le quartier appelé Kuvoaapy^ç était au pied du Lycabette du côté du Sud (2) ; qu'ily avait

(^ Steph. Byz. — Athénée, 6, 234.

là un sanctuaire d'Héraclès ayec un téménos, c'est-à-dire un clos dans lequel se trouvait l'autel de ce dieu. On s'accorde à en reconnaître l'emplacement dans le monastère actuel de l'Âsomatos, dont la position répond juste aux données topographiqaes et archéologiques. De plus, le héros.Héraclès n'est pas sans analogie avec l' Asomatos, l'archange Michel, qui lui aussi poursuit le démon des ténèbres et le tue. Vu de l'acropole, le monastère est à l'Est, entre elle et le Kuveiov. Le dôme de l'église, qui est neuve, n'est pas absolument dans la ligne du solstice : celle-ci passe à 64 mètres plus bas environ. Mais tout cet espace, occupé aujourd'hui par les oliviers du couvent, est rempli de fragments de poteries helléniques et de marbre, indiquant un lieu jadis riche et bien habité. Le téménos a pu s'étendre au-delà de la grande route d'Amarousia, non loin de TUissus. Somme toute, le Cynosarge est bien dans la direction du levant d'été. Or, sarga en sanscrit signifie production, émission, apparition; c'est le substantif de sarj^ émettre, produire. Si Kynos est le Soleil, le nom grec devra signifier le lever du soleil, l'orient ; il sera à peu près synonyme de Kuv(>pTtov, nom d'un mont d'Argolide près d'Epidaure, où était un temple d'Apollon (1). En prenant sarga dans un sens plus mythologique, le mot Kuvoaapyeç exprimera le produit de l'organe désigné par le nom de Çunasçépha,

Il nous reste donc à chercher dans les Hymnes l'analogue de Kuvoç et, s'il s'y trouve, àen reconnaître la signification. Je me contente sur ce point de reproduire ce que dit M. Max-Mûller dans ses nouvelles Leçons sur la science du langage (2) : < M. Kuhn pense que le mot Çuna qui se rencontre dans le Vêda est une forme

(1) Paus. 2, 27, 7.

(2) P. 224 de la trad. fr.

secondaire de çwan < chien » et que des passages tels que :

Çiinam huvêma maghavânam Indram (1) doivent être traduits c invoquons le chien, le puissant Indra >. Si cela était, nous pourrions certainement prouver que Taurore est aussi représentée comme une chienne; car nous lisons (2).

Çuiiam naras pari sadan uèasam < les hommes ont entouré la chienne, l'aurore ». Mais est-il bien certain que çuna signifie chien ? Dsins tous les passages où se rencontre le mot çunam^ il signifie c sous de bons auspices, heureusement ». Il n'existe pas un seul passage ou çunam se puisse prendre dans le sens de chien. Dans Çunâsirau nous avons le nom d'un couple de divinités dont la première est, dit-on, Çuna et la seconde Sira. Yâska reconnaît dans Çuna un nom de Vâyu le vent, et dans Sîra un nom d'Âditja, le soleil. Une autre autorité, Çaunaka, déclare que Çuna est un des noms d'Indra et que Sîra est un de ceux de Vâyu : cela prouve que la signification des deux noms était douteuse, même aux yeux des théologiens indiens. Il y a un verset cité par Âçwalâyana, dans lequel Indra est appelé Çunâsira. Il se peut que ce soit un nom très ancien de la canicule, le Chien ou le Soleil ; et alors Sira ou son dérivé Saiyya nous donnerait l'étymologie de Seipioç. Mais tout cela est douteux et, en tout cas, il n'y a rien qui nous autorise à attribuer à çuna la signification de chien dans aucun passage du Vêda. »

On voit par cette citation que si le sens du mot Çuna n'est pas élucidé par un assez grand nombre de textes, cependant il est considéré P comme n'ayant pas le sens de chien, 2"" comme désignant selon toute probabilité le

soleil. Si on le rapproche de son identique kuvoç, lequel a laissé dans les ethniques grecs des traces beaucoup plus nombreuses et qui partout semble signifier ou le Soleil ou Zevs, comme père d'Apollon, ce ne sera plus cette fois le sanscrit qui édaircira le sens des mots grecs, c'est ceux-ci qui donneront le sens du mot védique ; et il sera difficile d'y voir autre chose qu'un des noms du soleil. Et si nous reyenions à Kuvoaapy^ç, nous le rendrions en sanscrit par Çuimsarga, mot parfaitement régulier ne pouvant signifier que le lever du soleil, l'orient, ou plus précisément le lever solsticial. La légende du chien Sirius, la figure astrologique de la Canicule et celle de Procyon, trouveront leur explication toute naturelle dans la confusion dei« deux mots çuna soleil et çwan (çunas) chien, confusion qui s'est également produite dans la langue grecque entre xuvoç et xucSv (xuvoç).

L'examen qui vient d'être fait de Kynos, de ses dérivés et de ses composés, abrège notre tâche relativement à Auxoc et aux mots qui s'y rattachent. Je rappelle seulement les faits.

L'Héraclès èv Kuvoaapyeî était dans un faubourg d'Athènes contigu au Lycée et sur la pente sud du mont Lycabette. Awoç à Athènes est donné pour un héros fils de Pandiôn (1), dont le sanctuaire se nommait ^u^ceiov^ le Lycée (2). Apollodore (3) fait de lui un fils de Posidôn et de Kélaeno, la Nuit, et un frère de Nyctevs. Selon Hygin (4) et Euripide (5), il était en efiet frère de Nyctevs (la nuit) et fils de Hyrievs nommé ailleurs Oùpieùç et dont le nom, égal à Sûrya^ se rapporte à Oupoç, Sûra^ signalé

(2) Paus. 1, 19, 3. N

(4) Fab. 516.

(5) Héc. 27, Schol.

plus haut. Le rapprochement de Pandiôn, Posidôn et HyrisYs d'an coté, de Nyctevs et de Kélaeno de l'autre, ne laisserait guère de doute sur la signification du mot Auxoç. Pausanias prend soin de nous dire que le hiéron d'Apollon Xuxeioç était antique et tout à fait primordial, eùOùç eÇ

Les mots principaux venus de Auxoc sont assez nombreux.

L'adj . >.uxeioç^ formé comme xuveioc et qui, appliquée Apollon, signifie le fils de Auxoç, s'écrivait aussi Xuxioç (1). Le Scholiaste d'Eschyle ajoute qu'Apollon est ainsi nommé ^là Ta ^uxofcoç Tcoieiv, t^ç vuxtoç irjro}^o)py)(ia<n)ç 'A77oX>.a>v yàp o t^Xioç. Il y avait aussi un Apollon Xuxeioc à Thèbes, à Argos dans l'Agora : le loup y était la bête consacrée à ApoUon, sans doute à cause de la ressemblance des noms ^uxoç, >.ux7], lumière, et >.uxoç, loup : nous avons vu de même Y^oojku^iç dérivé de >.ux aussi bien que de yXau^ et la chouette consacrée à Athénâ.

Auxoei^eç dans l'expression Xuxoei^eoç cêouç est traduit par Tou Xuxofb>Toç. Auxauye; est l'aurore. 'AjjlçiXuxtî est l'aube au sortir de la nuit. L'épithète XuxTîyevyfç donnée à Apollon (2) signifiera donc c né de la lumière » et non < qui générât ortu suo lucem » comme le traduit Macrobe (3), confondant la forme passive yevrf; avec la forme active yovoç. Celle de >.uxoxtovoç, que l'on traduit ordinairement par < tueur de loups » n'aurait pas grand sens ; car pourquoi Apollon tuerait-il les loups plutôt que les autres animaux? Mais elle reprend toute sa valeur, si on la rapproche du passage de l'hymne védique (4) cité plus haut, où il est dit que le Soleil a tué l'Aurore. Ainsi le

(1) Pind. P. 1, 74. Esch. 'Etutûc, 145.

(2) Hom. II. 4, 101.

(3) Sat. 1, 17, 292.

(4) RV. 4, 30.

sens de ^uxd, "kuiMÇj se trouvant plus eiactement défini, nous rendrons yxnLfrft^ç par c né de Taurore » , expression souvent employée dans les Hymnes pour désigner le soleil.

La tradition qui fait de Lycos un fils de Lycaon est rare et grammaticalement insoutenable. On en trouve du reste beaucoup d'autres pareilles dans la Grèce ancienne. Lycdon, appelé aussi Lycân^ est fils de Pélasgos en Arcadie. Il établit à Parrhasie un sanctuaire de Zevs Xuxaioç (1) , adjectif qui est aussi une épithéte d'Apollon et de Pân. Il fonda Lycosoura sur le mont Lycée, to >.u)taiov j[po{, et il établit l'agôn appelé Ta \^YmaL (2). Remarquons ici que ^lixaioc vient du fém. ^uxy), comme Xu)ceboç, ^rixioç vient de Wxoç ; que >.uxàft)v=rt«eraî;a^ et >.uxav=rw^â9m; que ^uxodoupa n'est pas divisible en Xùxoç-oupa, queue de loup, parce que Wxoç n'est pas un génitif et que l'on ne compose pas de mots avec des nominatifs tout faits. On devra le diviser ainsi >.uxo-<ioupa. Cette ville passait du reste pour la plus vieille de celles qu'eût vues le soleil (3).

Auxa6a(; est égal à rucavat et a la forme d'un participe présent latin avec le suffixe av=^u. Ce mot désigne le crépuscule « quand ce n'est pas encore la lumière immortelle et que ce ne sont plus les grandes ténèbres, quand une lueur légère court sur la nuit, ce qu'en s'éveillant les hommes appellent â|JE.(pi^uxy)» . Auxàêac; était aussi le nom d'un Centaure (4).

Je citerai encore le Centaure Lycidas (5); Auxaiôoc; suc- Ci) Eur. Sch. Orest. 1642.

(2) Sch. Pind. 01, 7, 153.

(3) Eusth. 8, 38.

(4) Ov. Met. 12, 302.

(5) Ov. Met. 12, 310.

cesseur de Bellérophon à Gorinthe (1); AuxaiOa, ville d'Arcadie ; — Auxoupia, pays dans le nord de T Arcadie ; Auxopra^, nom propre analogue à Kuvopra^ ; — Auxcopo^ et Auxcâpeu^, surnoms d'Apollon à Delphes.

Le nom du mont Lycabette demande ici une explication particulière ; car nous le verrons plus bas mêlé à la légende d'Athénâ. Au3ca6TQTTO(; est formé comme Muxa- Xyitto^,' Y(JLYiTTO(;, Bpi^Tîdcoc; napva(iGO(;, et une foule d'autres noms de montagne, dans lesquels il est facile de distinguer le mot TrîTTo(;,TQC(jo(;,aff<jo(;, comme un des composants. Il reste donc à rendre compte de >.uxaê , qui ferait au nominatif >.uîca6o(; ; ce dernier donnerait en sanscrit l'adjectif ruéava, formé comme kêçava et beaucoup d'autres, et signifiant lumineux. Lycabettos signifie donc c le pic du lumineux ^, et, si nous assimilons ce < Lumineux » à Lycos lui-même, nous rendrons le mot par « le pic de Lycos » . Nous avons vu que Lycos n'est autre que Zevs, père d'Apollon, puisque Apollon est >.ii3ceio(;, fils de Lycos, comme il est îcuveto(;, fils de Kynos. En eflfet, sujr la pointe aiguë du Lycabette il y avait un autel de Zevs. Cet autel a été remplacé par une petite chapelle de St. Georges, génie mythologique de la Grèce moderne toujours représenté terrassant le démon desténébres, à l'égal de l'archange Incorporel, 'AcrcipLaTo^.

Il ne me reste plus, pour terminer cette longue analyse, qu'à mettre en regard les mots tirés de kuvo; et d.e Auxo;, dans un ordre qui en fasse ressortir aux yeux l'analogie :

Kvroç Avxcç

Kvru)ç AvxLoç

Kvrla ...... ,Avxca

Kvreioc jivx$ioç

(1) Eur, Med. 20.

K-èriwr AvxBunr

Kvrldcu Avxldaç

{Kirri Avxri)

Kvratoç Avxaioç

Kinraiêa jivxcujSa

KvrcuSeiç. . . .Avxaifiev^

Kvrovpla . , . .ytvxovpla

Kvrépraç . . . .Avxopzaç

Kvréaovpa . . .Avxôaovpa

Kvr6(yf€r^ç . . . Avxr^en^ç

Kvroaapyiç, . . Avxairyéç L'identité de sens entre kuvoç et Auxoç me semble ressortir ayec évidence de cette double liste ; et Lykos n'étant autre chose que le dieu de la lumière, le ciel lumineux, Zevs, en un mot, se rapporte manifestement à la racine ^ux, qui est dans le latin lux^ dans l'allemand licht^ et qui est le sanscrit ruàj t. lumière. Il faut donc admettre aussi que Kynos a la même signification, et que le sanscrit Çuna n'est, à proprement parler, ni la charrue, comme Ta cru M. Roth, ni même le soleil, mais le ciel, Dtv, qui est Zeys.

Pour terminer cette revue, il me reste quelques mots à dire des monuments religieux établis aux deux autres points de l'horizon, l'équinoxe et le solstice d'hiver. Ge-> lui-ci passait près du sommet de la montagne, où l'on trouve, en effet, encore quelques pierres helléniques ayant appartenu au Zevs Hymettios dont parle Pausanias. Ce point a toujours dû avoir une importance secondaire, parce que, étant fort élevé au-dessUs de l'acropole, il cache le soleQ longtemps encore aprèd son lever. De plus, quand on fit la correction qui entna&a le déplacement de l'axe du Parthénon, le Zeys Hymettios cessa de répondre exactement au solstice d'hiver, en supposant même qu'une telle exactitude ait jamais existé.

VAstéri se trouvait dans des conditions analogues. Mais ilétait plus accessible, il avait un peu d'eau, des bois de pins, et il était dans le voisinage d'une gorge charmante où est aujourd'hui le monastère d'Hagia Syriani. Ovide (1) a décrit ce coin de terre dans des vers élégants et toujours vrais. Là aussi, avant que la déesse Syrienne s'en fut emparée, s'était localisé, sous une forme presque voluptueuse, le mythe de l'aurore et du soleil, sous le nom de Céphale, Kiça^oç. Mais je ne veux point m'arrêter sur cette légende^ qui ne se rattache qu'indirectement à mon sujet, et qui fut fixée en un lieu non compris dans les ligues astronomiques que je parcours.

Le monastère de l'Astéri, c'est -a-dire de V astre, n'est plus, aujourd'hui, qu'un amas de ruines ensevelies sous le fumier qu'y déposent, depuis des siècles, les chèvres et les moutons des bergers nomades. Tel qu'il est, cependant, il pourrait encore donner lieu à une étude intéressante. La salle du chapitre, si ce nom est applicable ici, est passablement conservée et ornée de peintures et d'inscriptions. La chapelle, moins endommagée que les autres bâtiments, est toute garnie, intérieurement, de peintures byzantines ; chaque personnage y porte son nom. Il y a là aussi des légendes et une grande inscription en caractères cursifs sur laquelle j'ai cru lire la date de 767. Il faudrait passer un peu de temps dans cette ruine abandonnée, et laver les murs pour en reconnaître le saint et les particularités. Une image, cependant, m'a frappé : c'est celle qui est à l'extérieur, au-dessus de la porte de l'église. Elle se compose de trois personnages, dont les deux latéraux sont des anges ; tous trois ont l'auréole ; de plus, ce qu'on ne voit guère ailleurs, le personnage du milieu est dans un grand cercle qui comprend sa tête et sa poitrine, laissant

(1) Art. 387.

au-dessous de sa courbe la partie inférieure du corps. Est-ce une image du soleil parvenu à la moitié de sa course ? Est-ce un souvenir de Céphale f C'est un point que je ne voudrais pas aborder avant d'avoir fait une étude complète du monastère (1).

Quoi qu'il en soit, il est visible que toute la partie de l'Attiquequi s'étend à l'est de l'acropole était remplie par les dieux de la lumière. La vallée de l'ilissus et les pentes qui s'élèvent vers l'Hy mette sont garnies de chapelles en ruines, dont le plus grand nombre sont consacrées à Saint- Jean-le-Précurseur. Les surnoms variésquiles distinguent répondent probablement, comme celui de Kynigos, à des titres anciens dont les auteurs n'ont pas même fait mention, et qu'il serait impossible aujourd'hui de retrouver. M. Beulé dit (2) : c Le Céphise a plus de droit que l'ilissus à être considéré comme le fleuve de l'Attique. Il traverse toute la plaine et la fertilise, tandis que l'ilissus n'aqu'un cours pauvre et inutile. Sophocle a chanté les bienfaits et les charmes du Céphise » . Sophocle a eu raison : il était né sur les bords du Céphise, parmi ses oliviers et ses vignes. Mais, qu'était cette rivière dans le mythe d'Athénâ, grande déesse de l'Attique? Rien. Qu'était l'ilissus? Jene dirai pas : tout; mais c'était lefleuve de l'Aurore, de Kynos et de Lycos, d'Héraclès et d'Apollon. Sa source était au lieu même où se levait le soleil quand recommençait la série annuelle des solennités religieuses. C'est de là que s'élançaient les chevaux d'Hy périôn ; aux équinoxes, ils paraissaient derrière la montagne, au-dessus de la belle source de l'Eridan, affluent principal de l'ilissus. Enfin, même au solstice d*hiver, et presque au-dessous de l'autel

(1) Comparez à cette figure le Mihr ou Férouer des sculptures perses.

(2) Acrop. II, 89.

de Jupiter, THymette laissait sortir du rocher une claire fontaine, que la vénération des siècles a consacrée, qui est encore la sainte fontaine Hagia Pighi, la source de vie, Zcûo^oj^oç iHiyif. Dans la petite chapelle qui est à côté, on voit une peinture murale, représentant un grand bassin, du milieu duquel s'élève une Vierge tenant un petit christ devant elle, tandis que la foule du peuple vient puiser et boire les eaux vivifiantes. Ainsi, tous ces sanctuaires avaient pour centre l'acropole, l'autel de la Vierge Athénâ, de la pure et étemelle Aurore.

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