‹ La légende d'Oedipe [microform], étudiée dans l'antiquité, au moyen-âge et dans les temps modernes, en particulier dans le Roman de Thèbes;Chapitre 13 sur 94 · LE SPHINX · texte numérisé non relu

LE SPHINX

femme de Macarée et fille d'Ucalégon, habitant du pays; qu'après la mort de son père elle exerça le brigandage sur le mont Phicius, et qu'elle fut séduite et tuée par Œdipe. Un témoignage plus en rapport avec la légende vulgaire est celui d'un autre scholiaste d'Euridipe [Phœn.^ v. 1760) : ce Certains pensent, dit-il, que c'était, non pas un monstre, mais une prophétesse, qui rendait des oracles peu intelligibles et tuait ceux qui ne les comprenaient pas. » Citons enfin Isacius Zetzès, qui, commentant la Cassandre de Lycophron, dit à propos du Sphinx : a C'était un pirate : on disait que c'était une lionne, à cause de ses meurtres ; qu'elle avait des ongles de vautour, à cause de ses rapines ; des ailes d'aigle, parce que les brigands qui étaient avec elle couraient de tous côtés et assassinaient les voyageurs. Œdipe le tua, après s'être joint à lui avec quelques autres, sous prétexte de s'associer à ses brigandages. »

Paléphatus ne veut pas admettre que les Thébains aient laissé le monstre mettre à mort et dévorer tant de jeunes gens sans essayer de le percer de leurs flèches, et saint Jérôme, dans lachronique d'Eusèbe, émet la même opinion. Ils ne se rendent pas compte de l'impression profonde de terreur que devaient ressentir les peuples à la vue de monstres qu'ils croyaient envoyés du ciel pour punir les crimes de la terre : ainsi les Athéniens envoyèrent trois fois de suite au Minotaure le tribut de sept jeunes garçons et de sept jeunes filles qu'ils étaient condamnés à lui payer tous les sept ans ; ainsi Andromède fut exposée au monstre envoyé par Neptune pour punir l'orgueil de sa mère Cassiopée.

Un trait nous frappe dans le passage de Paléphatus rapporté plus haut, c'est la mention du cheval rapide d' Œdipe, qui est opposé au chien rapide de Cadmus enlevé par le Sphinx, et qui sans doute fut le principal instrument de la

sphinx, il ajoute :« Al Thebani admirati appellaverunt eum rej^^em. Laïus igitiir indignatus bellum iis intulit, et lapide percussus in caput interiil. Jocasta aulem, metuens a regno excidere, iuduxit CEdipodem, et declaravit regem, et iacta est ejus uxor, ignara quod mater esset ».

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34 LA LÉGENDE d'oEDIPE DANS LANTIQUITÉ.

victoire du héros, bien que Fauteur ne le dise pas expressément. Il semble bien qu'il faille rapprocher ce trait d'une autre tradition fort ancienne sur les exploits d'Œdipe. Un scholiaste* nous apprend qu'un ancien poète béotien, la célèbre Corinne, dans une de ses poésies, attribuait à Œdipe, outre sa victoire sur le Sphinx, la victoire sur le renard de Teumesse. Nous savons par d'autres récits qu'il était impossible de prendre ce renard à la course, qu'il ravageait la Béotie, et qu'on dut lancer à sa poursuite le chien de Géphalos, présent de Diane, lequel ne manquait jamais sa proie ; ce qui donna lieu à une course folle et à une poursuite sans fin entre ces deux animaux merveilleux, qui furent changés en pierre. Nous n'avons plus le fragment du poème du cycle thébain qui racontait le fait {VAlcméonide ou les Épigo7ies)^ mais bien le témoignage de Photius, basé sur les auteurs de Tkébaïdes et sur Aristodème^ et affirmant que ce récit appartient à ce cycle. Apollodore attribue l'aventure, non à Œdipe, mais à Amphitryon, et la place sous le règne de Gréon, c'est-à-dire après le meurtre de Laïus ; ce qui fait croire, non sans quelque vraisemblance , à M. Gomparetti ' que cette tradition a d'abord été indépendante de la légende d'Œdipe, et qu'à une époque postérieure à Homère elle a été mêlée à celle de la victoire sur le Sphinx ou môme s'est substituée à elle.

Nous avons déjà dit que la défaite du Sphinx et les malheurs d'Œdipe n'étaient point de la môme époque dans la formation de la légende, soit que l'on considère la lutte d'Œdipe contre le monstre comme le point de départ du mythe, ainsi que Ta fait M. Bréal, soit qu'on la considère comme annexée postérieurement à la fatale histoire des malheurs d'Œdipe, comme le pense M. Gomparetti. Ge qui

• Schol. Euripid.. PhœnisScV, v. 26.

'-^ Cf. Cycli fraym.y éd. F. Didot/ETrt'Yovoi ri 'AAxjixatwvtç, fr. 3, ap. Pholium, Lex., pag. 428, s. v. T«ufx>j<Tta ; Welcker, Ep. cijcl.^ pag. 393 S(|q. ^ Edipo e la mitologia comparata, pag. 58-60.

OEDiPE. — l'inceste; la reconnaissance. 35

est certain, c'est que la première mention du Sphinx que l'on rencontre se trouve dans Hésiode {Theog., v. 326), qui le représente comme un monstre cruel; et non comme un subtil inventeur d'énigmes. L'énigme se trouve pour la première fois signalée dans les tragiques, et se rattache à ces luttes légendaires à l'aide d'énigmes, dans lesquelles la défaite entraînait la mort du vaincu. Ge développement du caractère d'Œdipe dans le sens de l'intelligence le différencie profondément des autres héros dompteurs de monstres, Apollon, Hercule, Persée, Bellérophon, etc., qui, quoique unissant Tintelligence et la ruse à la force, n'ont jamais été considérés comme des types d'intelligence, tandis qu'Œdipe est toujours vanté, non pour son courage, mais pour sa sagesse et sa perspicacité ; et c'est ce qui rend plus frappant son aveuglement, lorsque les grands tragiques nous lo montrent refusant de se rendre aux preuves les plus accablantes de son horrible situation, et accusant tour à tour Tirésias et Gréon de le calomnier pour lui arracher le trône. Mais nous voici bien loin de notre point de départ; hâtons-nous de reprendre notre récit.

b. L'inceste; la reconnaissance.

Après sa victoire sur le Sphinx, Œdipe entra triomphant à Thèbes ; il épousa la veuve de Laïus et régna sur les Thébains. Ainsi s'accomplit l'inceste prédit par l'oracle, et les tragiques mirent si souvent à la scène la triste destinée d'Œdipe, qu'il resta dans l'antiquité classique et, comme nous le verrons plus tard, au moyen-âge, le type de l'incestueux. On connaît le vers d'Aristophane {Eccles.^ 1042) :

Si VOUS établissez cette loi, vous remplirez la terre à'ÛEdipes.

Au reste, il est bon de noter que les mœurs de l'Orient autorisaient jusqu'à un certain point l'union du fils avec la

V. les deux vers du Sphinx d'Eschyle, que cite Athénée, XV, p. 674

36 LA LÉGENDE d'oEDIPE DANS l'aNTIQUITÉ.

mère, s'il faut en croire Catulle et Sextus Pyrrhonicus (//?/potijpos., liv. III, cliap 24), qui font naître les mages d'un inceste semblable, et Lucain, qui croit qu'il en est ainsi des rois Parthes.

Une tradition, sans doute plus ancienne que la tradition vulgaire, voulait qu'Œdipe n'eût point eu d^enfant de sa mère, que les tragiques ont pour la première fois nommée Jocaste, et qui s'appelait en réalité Épicaste. Homère ne parle pas des enfants d'Œdipe : il dit que les dieux dévoilèrent bientôt la vérité aux yeux des mortels :

Et Pausanias^, qui savait le grec au moins aussi bien que nous, se demande comment Homère aurait pu se servir du mot acpap, s'il avait connu l'existence de quatre enfants nés d'Épicaste et d'Œdipe. Il se range donc de Tavis de ceux qui font naître ces enfants de sa seconde femme, Euryganée. fille d'Hyperphas', ou peut-être de Teuthras (Apollodore), et dont Fexistence est attestée par les monuments " ; et, pour appuyer son alïîrmation, il se réfère à VŒdlpocléG\ Phérécyde® admet que deux enfants sont nés de l'union incestueuse d'Œdipe avec Jocaste (c'est ainsi qu'il l'appelle) ; ces enfants, qu'il nomme Phrastor et Laonytus, périrent, dit-il, sous les coups d'Erginus et des Minyens. « Un an après, il épousa Euryganée, iîUe de Périphas, dont il eut Jocaste, Antigène et Ismène, que tua Tydée près de la fontaine qui depuis prit son nom, et de plus Etéocle et Polynice. Après la mort d'Euryganée, il épousa Astyméduse, fille de Sthénélus.» Et le scholiaste

« Odyss, XI. V. 27i.

^ Pausauias, IX. 5, 11.

3 Ou Pcriphas; cf. Welcker, Epische Cyclus, et Phûrécyde, 1. V, fr. 48.

'' Le peintre Onasias (ou Onatas) avait représenté à Platées Euryganée assistant tristement au combat fratricide de ses fils Étéocle et Polynice (F»aus. IX, 5, 11).

* Vjir dans Schoeidewin, OEdipussage, pag. 7 s<]q.,les différents témoignages sur lesquels s'appuie cette tradition .

* Cité par le sohol. d'Eurij)., Phœn., v. 53.

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ajoute que quelques-uns font d'Euryganée la sœur de Jocaste, mère d'Œdipe. M. Bréal s'est appuyé sur cette multiplicité des femmes d'CEdipe pour prouver que ce héros, qui épouse les femmes du vaincu, doit avoir été à l'origine un dieu solaire, comme Indra^ qui, dans les Védas, épouse les jeunes filles captives du monstre, après l'avoir dompté, image des rapports du soleil avec les nuées. M. Gomparetti a contesté la valeur de cet argument, en faisant remarquer que nulle part il n'est dit qu Œdipe ou Laïus eussent eu plusieurs femmes à la fois. C'est vrai : il semble en effet difficile de trouver consignée dans les écrits des écrivains grecs la mention d'un fait aussi contraire aux mœurs et aux idées de la Grèce. Il pourrait donc se faire que, sur ce point comme sur tant d'autres, le mythe primitif se fût transformé pour se mettre en harmonie avec les temps et les mœurs. Nous avons d'ailleurs donné plus haut notre opinion sur cette question de l'interprétation naturaUste de la légende, nous n'y reviendrons pas.

Il ne faut point oublier, d'autre part, qu'une très-ancienne tradition, rapportée par Épiménide*, attribuait à Laïus deux femmes, dont la première, Euryclée, fille d'Ecphas, aurait été la mère d'Œdipe, qui n'aurait épousé que sa marâtre. Ainsi disparaissait l'inceste, dont l'idée est cependant bien ancienne, puisqu'elle est exprimée dans Homère {Odyss. XI, 272-4), à moins qu'on n'admette ici une interpolation postérieure aux tragiques; mais alors tout le passage devrait être suspecté, et une pareille idée n'est encore venue, je crois, à l'esprit de personne. Contentons-nous donc de signaler cette variante, et revenons à la tradition vulgaire.

Suivant Homère, nous l'avons vu, la reconnaissance de la mère et du fils ne tarda pas à se produire ; Épicaste se pendit et Œdipe régna déchiré de remords sur les Thébains. Les tragiques avaient laborieusement échafaudé les circonstances dans lesquelles. s'était produite cette recon-

* Schol. Eurip., Pfiœn.,v. 13.

38 LA LÉGENDE D^OËDIPE DANS l'aNTIQUITÉ.

naissance, et le chef-d'œuvre de Sophocle, VŒclipe roi, est trop connu pour qu'il soit nécessaire de l'analyser ici*. Mais à côté de la version des tragiques, il en existe plusieurs autres. Voici ce que dit le Pseudo-Pisandre ^ : (f Œdipe, ayant à faire des sacrifices sur le Githéron, cheminait sur son char avec Jocaste. Quand ils furent arrivés au lieu dit Schiste, Œdipe, reconnaissant l'endroit, le signala cà Jocaste et lui raconta l'événement en lui montrant le baudrier. Celle-ci, vivement émue, resta silencieuse, car elle voyait bien qu'Œdipe était son fils. Puis vint un gardien de chevaux de Sicyone, qui raconta tout au prince, comment il l'avait trouvé, recueilli et donné à Mérope ' ; en même temps il lui montre ses langes et les aiguilles (dont ses pieds avaient été percés), et lui demande une récompense. Ainsi tout fut découvert, et l'on dit qu'après la mort de Jocaste, et après s'être crevé les yeux, Œdipe épousa Euryganée, qui était vierge*, et en eut quatre enfants.»

Apollodore est ici très sobre de détails, ce Mais plus tard, dit-il *, quand la vérité fut découverte, Jocaste se pendit, et Œdipe, après s'être crevé les yeux, fut chassé de Thèbes, et partit en maudissant ses fils de ce qu'ils avaient laissé chasser leur père de la ville sans le défendre. Il se réfugia donc à Golone, bourg de l'Attique, avec Antigène,

^ M. Sigismond Weclewski (De Sophoclis OEdipo rege commentatio, dissertalio inaugiiralis, Hall, 1863) a cherché à établir contre Schneidewia {Die OEdipusmge, Gôttingen, 1852, et Introd. ad OEd. Tyr.), Thiersch (Ueber das Schicksal in den griechischen Tragœdicn) , Kock. Bergenroth, etc., qu'CEdipe portait la peine de son orgueil et de son imprudence, et que Sophocle n'avait nullement admis la fatalité comme le ressort de sa pièce. Cette opinion particulière sur Sophocle, fût-elle acceptée, n'enlèverait point à la légende le caractère de fatalité qu'elle a certainement eue à l'origine.

^Schol. Eurip., Phœn., v. 1760.

•^ Eu ceci du moins, comme dans la dernière partie du récit, l'auteur semble suivre les tragiques; nous avons vu, en effet, qu' Apollodore et llygin appellent Péribée la femme de Polybe.

♦ Welcker lit ns/)i(p«vTo;, (fille) de Périphas, au lieu de napOévov^ 5 Apollod , Diblioth., 111,5, 9.

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et s'assit en suppliant dans le bois sacré des Euménides ; ayant été bien accueilli par Thésée , il mourut bientôt après.)) Diodore ne dit même pas qu'il se creva les yeux, ce qui a fait croire à }^av[h(A7iimadv. in Stat. Theb., IV, G32) que ce n'était là qu'une amplification de poète, et qu'Œdipe (si toutefois, dit-il, il y a eu un Œdipe) n'a pu être assez stupide pour se punir d'un crime dont il n'était point responsable. D'après Hygin, la disette (et non pas la peste) régnait à Thèbes ; Tirésias*, consulté, répond que les dieux exigent le dévouement d'un descendant du dragon, et Ménécée, père de Jocaste ', se précipite du haut des murs. Œdipe apprend alors que Polybe est mort; Péribée lui annonce qu'il n'est point son fils, et en même temps ItemalèSy le vieillard qui l'avait exposé, le reconnaît aux cicatrices de ses pieds et de ses talons. Œdipe se crève les yeux avec les agrafes de sa mère ^ et remet le trône à ses enfants , qui doivent régner un an chacun ; puis il quitte Thèbes sous la conduite de sa fille Antigène. Ailleurs, Hygin dit qu'Œdipe se tua après s'être arraché les yeux. En cela il s'écarte d'Euripide, qu'il suit le plus souvent, quand il ne suit pas Apollodore. En effet, nous savons par le scholiaste d'Euripide [Phœniss.^ v. 61), que, dans son Œdipe ^ les serviteurs de Laïus, apprenant qu'il

* Tirésias, le fameux devin de Thèbes, vit sept générations d'hommes, depuis Gadmus jusqu'aux Épigones. On sait Tétrange et facétieuse histoire que racontent sur la cause de sa cécité Apollodore , Hygin et Phlégon de TruUes, lequel donne la réponse de Tirésias dans le débat de Jupiter et de Junoa, où il avait été pris pour arbitre, comme ayant été femme pendant quelques années (Voir Apollodore, Bibliolh., III, 67) :

Otvjv p,èv jxot/îav Sexa poTpcuv 'zipnita.i àvyj^*

Junon indignée le rendit aveugle ; mais Jupiter lui accorda le don de prophétie et le fit vivre sept âges d'hommes. Il périt dans sa fuite près d'Haliarte, pendant la prise de Thèbes par les Épigones, et sa fille Manto eut deux fils d'Alcméon.

iSic, —Voir Hygin, fab, 242.

3 Cf. Sophocle, OEdipe roi; Sénèque etStace disent qu'il se les creva avec 'es doigts.

LA LÉGENDE D OEDIPE DANS L ANTinUlTE.

était le meurtrier de ce prince, lui crevaient If^s yeux avant qu'on sut, par la fin de la pièce, qu'Œdipe était le fils de Laïus et non le fils de Polybe ; et cette scène nous a été conservée dans le bas-relief d'un vieux sarcophage (Cf. G.-Fr. Herniann, Quœst. Œ dlpocl la nœ)Ahdis Euripide Immême avait, dans les Pliénlciemics, suivi la tradition vulgaire, confirmée par ranti(|ue témoignage d'Hellanicus.

Il semble bien que l'exil d'CEdipe et sa mort à Golone soient de l'invention des tragiques athéniens, jaloux de revendiquer pour leur patrie l'honneur d'avoir accueilli Œdipe et de posséder son tombeau. En effet, les plus anciennes traditions nous apprennent que ce prince, pour cacher sa honte, s'enferma dans un coin de son palais ^- [èv 0Lytht(ii), et qu'il maudit ses fils pour des motifs futiles. Suivant l'auteur de la Tkébaïde cyclique^ c'est parce qu'on lui avait servi à manger sur une table d'argent et à boire dans une coupe d'or, ce qui lui rappelait sa splendeur passée et son infortune présente. Suivant une autre tradition, rapportée par le scholiaste de Sophocle {Œdipe à Coloney V. 1375), dont la citation est empruntée, non à la A^6^mée d'Eschyle, comme le veut Welcker, mais à une autre tragédie également perdue, ses fils, qui avaient l'habitude de lui envoyer un morceau d'épaule de bœuf pour son repas, lui envoyèrent par inadvertance un morceau de cuisse ; Œdipe crut qu'ils avaient voulu se moquer de sa cécité et leur souhaita de s'entre-tuer pour la possession du trône ^. La petite Tkébaïde (peut-être diO'érente de la Thébalde cyclique) dit à peu près la même chose ; comme chez le scholiaste de Sophocle, la malédiction y est expri-

1 \thénoe,XI, 14.

^ Stace ( Thèh. I, 239) a eu le mauvais goût de représenter les fils d'CE'lipe foulant aux pieds les yeux de leur père : at nati, facinus sine more cadentes Galcavere oculos, expression r{ue plusieurs traducteurs ont prise au figuré, suivant l'exemple du commentateur Lactantius Placidus, qui explique ainsi : « insulta verunt patris cascitati», sans doute pour ne pas avoir à critiquer son auteur.

OEDIPE. — l'inceste; la RECONNAISSANCE. 41

méo en termes précis' : il demande aux dieux que ses enfants descendent chez Pluton, après s'être entre-tués. La malédiction citée par Athénée ne fait mention que de la guerre entre les deux frères, sans indiquer le fratricide.

Il faut remarquer ici l'importance donnée par les anciennes épopées à la malédiction paternelle ou maternelle, qu'il s'agisse d'Œdipe, de Méléagre ou de tout autre. Le repentir du maudit n'arrêtait point l'accomplissement des souhaits ainsi formulés, et l'erreur même commise par le père maudissant son fils innocent ne put empêcher la fin tragique d'Hippolyte. Il semble que la futilité des motifs invoqués par la plus ancienne tradition pour expliquer la malédiction d'Œdipe soit destinée à mieux faire ressortir ce caractère de nécessité qui s'attache à la malédiction paternelle. Plus tard, les tragiques cherchèrent à justifier cette haine d'Œdipe contre ses fils : Sophocle, dans son Œdipe à Colone, nous montre Œdipe reprochant à Polynice de Tavoir banni de Thèbes^, pendant qu'il exerçait le pouvoir, et de s'être moqué de sa cécité ; puis renouvelant ses imprécations contre les deux frères et repoussant ainsi Polynice dans le cercle de sa destinée fatale, dont il semblait disposé à sortir. Dans les Phéniciennes d'Euripide, Amphiaralis reproche aux fils d'Œdipe d'avoir aigri leur père en l'enfermant pour cacher ses malheurs, ce qui leur attira de terribles malédictions. Suivant d'autres traditions, Œdipe, d'abord enfermé par ses fils dans son palais, fut ensuite chassé par eux et quitta sa patrie en les maudissant.

< Schol. Soph., OEdip. Colon., v. 1377:

'I(T;^tov uiç èvoriffe, x°^pt«î 6à>ev, gtTre Ss |xOÔov « £i [LOI gyw, noLïZîç pèv oveîSstov TÔS*e7r£pn(/«v.)) EuxTO 8s At B«Tt)>/5t xat a»oiç àQavârotdtv X^pcriv û;r'àXXr/Xwv xaT«§Tipi£v«t AiSoç etb-w. ^ Dans YOEdipe roi, Gréon s'empare du pouvoir et règne à la place du

jeune fils d'Œdipe; il force l'infortuné à rentrer dans le palais, afin de

cacher sa misère à tous les yeux, en attendant qu'on ait consulté l'oracle.

Le long intervalle qu'il y a entre la représentation des deux pièces explique

ces modifications lé^jères dans les données.

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42 LA LÉGENDE DOEDIPE DANS LANTIQUITÉ.

Ce qui paraît certain, c'est que l'invention de la légende mise en action dans VŒdipe à Colone* appartient aux tragiques Athéniens, car les plus anciennes traditions font mourir Œdipe à Thôbes. Homère {liiad. XXIII, 679) nous apprend que Mécistée se rendit dans cette ville pour assister aux jeux funèbres célébrés en l'honneur d'OEdipe, et y triompha de tous les Gadméens. Suivant d'autres^ les cendres d'CEdipe, successivement repoussées de Thèbes et de Géos en Béotie, comme devant être une cause de malheurs, trouvèrent un asile sur la frontière Attico-béotienne, à Étéonos, dans le temple de Gérés, à côté de laquelle il était honoré comme un héros. L'oracle, consulté par les habitants, qui avaient les mêmes craintes que les Thébains, répondit qu'il fallait laisser Œdipe en paix, puisqu'il avait trouvé le repos auprès de cette déesse ; depuis, ce temple fut appelé le temple d'Œdipe.

Quant àJocaste% Euripide, suivi par Stace (Théb,, 1. XI) la fait survivre à la reconnaissance d'Œdipe ; elle se perce de 1 epée qu'elle retire du corps de son fils. D'après Sophocle, que suivent Apollodore et Sénèque, Jocaste se tua en apprenant qu'Œdipe était son fils ; dans les Phéniciennes^ Œdipe ne quitte Thèbes, chassé par Gréon, qu'après avoir touché de sa main les cadavres de Jocaste et de ses deux fils, et il va mourir à Golone, pour accomplir l'oracle ; dans les Sept co}itre Thèbes d'EiSchylQ y il est supposé mort. Stace ne nous dit pas quelle fut la fin d'Œdipe; il laisse supposer qu'avec l'agrément de Gréon il errait sur le Githéron, pendant que Thésée attaquait les Thébains pour

' Aii'lrotio[i(fr. 31) suit les tragiques sur ce point, comme sur beaucoup «l'aulres.

^ V. FrtgmJiulor. grœc, édit. F. Didot, Iragm. <leLysimaque rapporté par le scholiaste de Sophocle, OEd. Col., v. 92.

^ Jocaste, suivant les tragiques, n'était déjà plus jeune lorsqu'elle épousa son fils-, ou sait en etfet qu'elle avait longtemps vécu avec Laïus sans avoir d'enfant. D'ailleurs les Grenouilles d'Aristophane (v. 1182-95) mettent plaisamment au nombre des raisons qui i)rouvent qu'CEdipea toujours été malheureux ce fait ({ue, tout jeune, il a épousé une vieille femme qui de plus était sa mère.

LA THÉBAÏnK. — POLYMCE ET TYDÉE A AROOS. 43

forcer le nouveau roi à laisser donner la sépulture aux Grecs.

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