‹ La légende d'Oedipe [microform], étudiée dans l'antiquité, au moyen-âge et dans les temps modernes, en particulier dans le Roman de Thèbes;Chapitre 16 sur 94 · LA LÉGENDE U'OEDIPE DANS L*ANTIQUITÉ · texte numérisé non relu

LA LÉGENDE U'OEDIPE DANS L*ANTIQUITÉ

précis sur lo caractère des Thébains, sur la ville de Thèbes, et aussi sur le costume des femmes Thébaines, leur grâce et leur beauté, beauté d'ailleurs connue par d'autres témoignages*. Les Thébains étaient, selon lui, arrogants (ce que ne démont pas le caractère généralement attribué àCréon, à Etéocle, et même à Œdipe et à Polynice), et déplus violents et injustes ; il admet cependant d'honorables exceptions. Il vante autant les femmes qu'il rabaisse les hom-

Hfxsv ouv TTÔ^t; ToiaÛT>j* ot Ss Ivoixoûvreç peya^ôij/uxot, xai Gaupao-rot rat; xarà TÔv ^tov 606>7rtffTÎatç* BpatTîïç 8e xat ûêpicrTat xat Û7re/)yi^«vot, 7r>^xTat re xa* àhifOf)oi npoçnœvTd Çjvov xat S>j^ôtïjv, xaravwTKJTaî Travroç Stxatou, ttjooç rà àutftd^nro-'jyLevoc twv ffuva^ayixàTwv oO )ôyw cruvto-Tdtfxevoi, ryîvSsex toO Bptxtrouç xat Twv )^et/)wv npocrâyovzeç ^ia.yt. Ta £v toîç Tupvtxoî; ày&krt ygvôjicva 7r/)oç aù- Toùç Totç àG>y?Tatç ^tata etç Trjv Stxaw)o7Îav psra^é/DovTf; * Stô xat at 8txai nup* aÙTot; St'irôiv ToùXa^tUTov EtVdtyovTat rpiâxovTa* ô 72 pyjffÔEtç ev tw TrXr/OEt n-e/sî Ttvo; TotoÛTOu, xai ptyj IuQew; ànàpoiç ex t^ç BotwTtaç, à»à tov è>a;(to'TOv |jt6tvaç ev T^ TrôXet p^pôvGV, |x«t'oO rro^ù 7ra/5aT>7py;0et; vuxtoç vno twv où |3ou).0|iévwv ràç ot'xaç o'uvTe^gïo'Qat, Gavarw ^taiw I^YjiiiQÏirat, ^ôvoi 5è nap'avrotç 8tà ràç -njyovfraç yt'vovrat «tTta;. Tov; pèv ouv uv^poc; (TUjxÇatvei towvtou; cîvat* 5taTpi;^ou(Tt Se Ttveç èv aÙTOtç àÇiô^oyot, |X£7a).()\{«>;^ot, 7rao">jî aÇioi fillcx.;' ai 8è Vuvaïxe; aÙTwv Totç ^jysOifft, 7ro/3statç, puGpotç eùo';(>?piov60'TaT«t' re xat «v?r|0C7r«(rTaTat twv îv T>ii EXXdtSt yuvatxûv.

Il parle ensuite du costume des Thébaiaes :

To T&lv tptTtW èni tyiç xeya^yjc xâXujjt^a TotoOrôv EffTiv, ûfrnep npocruTctôiw ooxcîv Trâv t6 Tr/JÔdWTrov xaret^^^Oat* ot ^ip o^Gya^pot 5tayatvovTat piôvov, TOI 01 XoiTrà ps/3>7 ToO TT jOOTwTTOu TrotvTa xaTg;(6Tai Tot; tpartotç. 4»Oj0oû(Tt 8è aura 7rà«Tat >guxà, to 8è T/)t;<wp.a ÇavGov, àvaSsSe^e'vov pêXi^^ "^^^ xopv<jp^ç* ô Sy? xa- >etTat ÛTTo Twv £7;i<w/)i&)y >api7râ8tov. Y7rô8>î|ia >itov, où jSaQù, (j>otvtxoOv Se t»? /rx>/à x-u t«r;ttvov u(tx>wtov (CasaubOD corr. àxâ^UTrrov) Se, wdTC 7upoùf <7;tg5ôv £X(patv£arGat toùç 7rô8aç. Eidt Si xat T«tç ôfxt>îatç où >tav Boioirtat, fAâAAov 08 2txuwvtat' xaî 1^ ywvvj 51 àuTcôv lorTtv èni/jxpiç^ twv 8è àvGpwTrwv àTe/sTTïjç xaî j3ap£Îa.

Puis il reparle do la ville :

' E'iSepLcra.t pÈv i^ TrôXtç ota ps\rl(TrY)' rô t£ 7àp û8w/3 ttoXù £;^et xat >|'i»;CjOov,

xat XT^TTOuç* fiOTTt Se èvYiveyioç iTt xat ;^Xwoàv e^o'jcra, ryjv ;rj0o;ôij/tv, h/intfipôç rt

xat Tot; Bipt-joïç oiviotç &.rj>%'joç, aÇuXo; Sa xat iyx^et^i'rcKL ota ^upiarvif Siâ re

Toù; Trora^oùç xat rà 7rv£VjxaTa, xaî 7à/> vi^erov xat ;r>}Xôv e;^£t ttoXùv.

< Nicetas Clioniates (^e Manuale Commeno, II, p. 99) attribue leur beauté à 1 emplui des eaux de la fontaine Dircé.

mes : «Elles ne sont pas trop Béotiennes, dit-il, mais plutôt Sicyoniennes. » On sait par d'autres témoignages que les Thébains étaient amis des festins et de la luxure , et Eubulus, cité par Athénée, les appelle oloi Tpa^rM. On s'accordait d'ailleurs à leur reconnaître un courage indomptable. Dicéarque (Vita Grœcise) donne à la ville 70 stades de tour, mais seulement 43 dans ses ïambes à Théophraste ; il vante la fertilité du sol autour de Thèbes et sa belle verdure, due aux nombreuses fontaines qui l'arrosent.

On a beaucoup discuté sur les sources situées près de la ville, sur leur cours et leur point de départ et d'arrivée. Unger a consacré tout le second livre de son ouvrage, plus de 150 pages, à la discussion des témoignages qui se rapportent à cette question : nous ne le suivrons pas dans les détails où il s'égare volontiers, nous contentant de résumer ses opinions et de les modifier, s'il y a lieu.

Deux cours d'eau arrosaient la plaine de Thèbes : la I -ircé et risménus. La Dircé' prenait sa source sur le mont Githéron^, situé près et au sud de Thèbes. Avant d'atteindre les murs de la ville, le fleuve, qui conservait le nom de la source, se séparait, dit Unger', en deux branches : l'une

^ La fontaine Dircé tirait son nom de Dircé, femme de Lycus, roi de Thèbes, dont on connaît la fin tragique. Selon les uns (Stace, Tliéb. III, 204 ; Hygin, /. 7, etc.), c'est de son sang que naquit la source ; selon d'autres (Apolloi. III, 5, 5), elle prit son nom, parce que son cadavre avait été jeté dans ses eaux ou sur ses bords (Cf. Malalas, II, pag. 48, 13 -, Lactance, ad Theb. IV, v. 74).

2 Le mont Githéron, dit le Pseudo-Plutarque, doit son nom, d'après Léon de Byzance {Bœolica), à un berger qui, aimé de Tisiphone. une des Furies, et repoussant cet odieux amour, fut tué par un de ses serpents ; ou, d'après Hermésianax de Chypre, à Githéron, qui tua par cupidité son père Lt son frère, et périt en même temps que ce dernier. Les dieux voulurent que l'Hélicon, séjour paisible des Muses, prît le nom de celui des deux frères qui était doux de caractère, et le Githéron, séjour des Erynnies, le nom du meurtrier. Le Githéron s'appelait d'abord Asterius, parce que Béotus, fils de Neptune, hésitant entre deux épouses, y choisit Eurythémisté, sur l'épaule de laquelle il avait vu tomber et s'é*.eindre une étoile, signe de la volonté des Dieux.

^ Nous verrous plus loin que la situation actuelle des sources infirme cette opinion.

^6 LA LÉGENDE d'oEDIPE DANS LANTIQUITÉ

continuait à se diriger vers le Nord, et, après avoir baigné la partie occidentale des murs de Thèbes et traversé le faubourg de la porte Neïtx^ allait se jeter dans le lac Hylica, au sud-est du lac Gopaïs ; l'autre prenait le nom d'Isménus', s'infléchissait un peu vers l'Est, puis baignait la partie orientale des murs de la ville, en particulier le pied de la Gadmée, traversait le faubourg de la porte Prœtides, et, se dirigeant vers le Nord-Ouest, allait, dit Unger, se jeter dans l'Euripe. La question de l'embouchure de l'Isménus est fort obscure. Unger {Theban. Paradox, II, 5) croit que l'Isménus, le long duquel fuyait Amphiaraus lorsqu'il fut englouti, se dirigeait, en quittant Thèbes, du côté de l'Est, et que le lieu nommé Harma, que signalent la plupart des auteurs comme indiquant la place où Amphiaraus disparut avec son char {apua), doit se confondre avec la petite ville d'Harma, près de Mycalesse. Il va plus loin, et affirme que l'Isménus se jetait dans la mer, entre Salganée et Aulis, s'appuyant sur des passages de Staco {T/téb. IV, 4 1 5 ; IX, 300) qui ne peuvent guère être pris que pour des ornements poétiques, sur des listes de fleuves donnés par des géographes comme se rendant à la mer, et sur le témoignage formel de Ptolémée, qui en fixe l'embouchure à Sal.^anée ; il ajoute ({ue l'Isménus doit avoir disparu par suite d'un tremblement de terre. Or il est à peu près admis par tous les critiques qu'il y avait une autre Mycalesse en Béotie, dans l'intérieur des terres, e« non plus près de la

* L'Isménus (ou Isméaius) tirait son nom (Pausan. IX, 10, 6) d'Ismùiiius, fils d'Apollon, qui l'avait eu de Mélia, sœur de Gaanthus et fille do rOcéan ; auparavant il s'appelait Ladon. Suivant DioJore, il était ainsi nommé d'Isménus, fils de l'Asope Phliasien et de Métope (fille de Ladon), qui avait habité sur ses bords. D'autres font d'Isménus le fils de l'Océan et le frère de Mélia ; d'autres encore le font naître d'Amphion et de Niobé. La colline située à l'est de Thèbes, et au pied do laquelle il coulait, s'ap- I)elait aussi Isménus ou Isuiénius. Le Pseudo-l'lutaniue (De fLuminibus) dit qu'il s'appela d'abord le pied de Cadmus, parce (|u'il était né sous sou |)ied quand il cherchait une source après avoir tué le dragon, et qu'il dut son nom définitil à Isménus, fils d'Amphion et de Niobé. qui s'y précipita quand Apollon l'eut percé de ses flèches.

mer ; et il est d'ailleurs invraisemblable qu'Ampbiaraiis, que poursuivait Périclymène (Apollod. III, 6, 8, et Schol. de Platon, Républ. , IX) ait pu à ce point s'éloigner du champ de bataille qu'il ait été englouti non loin de Mycalesse. Les habitants de Tanagre semblent avoir inventé la légende, lorsqu'ils construisirent le temple d'Amphiaraiis à Harma, près de Mycalesse, par jalousie contre les Thébains, qui, avec plus de vraisemblance, conservaient le souvenir de cet événement à un autre Harma, situé non loin des murs de Thèbes, et dans la môme direction. On sait du reste par le témoignage de Pausanias (IX, 8, 2), qui enregistre avec impartialité toutes les prétentions, que les Thébains montraient le tombeau d'Amphiaraiis, non loin de Potnies ; et Strabon (/. IX), qui parle du sanctuaire d'Orope, sur la frontière de l'Attique, dit que l'oracle d'Amphiaraiis y fut transporté de la ville de Gnope*, située près de l'Hylica. Il semble, d'après les affirmations des voyageurs modernes, que la configuration du pays à l'est de Thèbes, où l'on voit des colUnes assez élevées^, ait toujours été un obstacle à ce que l'Isménus se jetât dans la mer ; et il est peu probable qu'une convulsion de la terre ait, comme le veut Unger, englouti l'Isménus depuis la guerre de Thèbes, et élevé le Jjourrelet qui règne le long de la côte. Il n'est pas admissible non plus que le lac Hylica ait eu autrefois une communication quelconque avec la mer, et que l'Isménus ait pu traverser ce lac et se rendre ensuite dans l'Euripe, comme le pense Tiersch, cité par Unger (II, 5, pag. 177). Ce qui est plus vraisemblable, c'est l'opinion d'Otfried Miiller {Orchomenus) et de Reisig, qui croient que l'Isménus

^ Unger, pour tourner la difficulté, identifie Cnope avec Harma, et place cetle ville sur un lac du même nom. Elien (Var. hist. III, 45) et Ampelius (VIIl, pag. 1G4, éd. des Deux-Ponts) disent qu'Amphiaraiis fut englouti près ou dans un lac nommé Harma.

- En particulier, le Teumesse, dont parlent une foulo d'auteurs anciens, et que vantent Antimaque (cité par Strabon, 1. IX) et Aristote {Hhct. III» G). Ce dernier prétend que Jupiter créa cette montagne pour y cacher Europe (Etienne de Byzance).

68 LA LÉGENDE d'qEDIPE DANS l'aNTIQUITÉ.

rejoignait la Dircé au nord de Thèbes et se rendait ensuite dans le lac Hylica .Cette opinion est confirmée par la situation actuelle : aujourd'hui, en effet, la Dircé et l'Isménus (fontaine Paraporti et fontaine Saint-Jean) se rejoignent au nord de la ville. D'ailleurs le ruisseau que l'on croit être l'ancien Isrnénus ne vient pas du Cithéron ; c'est plutôt l'ancienne fontaine Melia^ que Unger croit être un affluent de l'Isménus, malgré le témoignage (qu'il cite) du savant Tiersch, lequel disait avoir vu au pied de la colline de l'Isménus une très-forte source faisant tourner huit ou neuf meules de moulin.

Il faut citer encore, parmi les fontaines de Thèbes, la source de Mars, que gardait le dragon tué par Gadmus. La caverne du monstre devait se trouver au pied même des remparts, puisque l'on s'accorde à reconnaître (|ue c'est devant cette caverne, ou sur les rochers qui la formaient, que Ménécée se précipita du haut des murs de Thèbes, lorsqu'il se dévoua pour assurer la victoire aux siens. Cette source, assez abondante, sortait de la Cadmée (Unger) et se jetait sans doute dans l'Isménus. Le ruisseau Strophia, qui coule aujourd'hui entre la Dircé et l'Ismène, et sépare la Cadmée des hauteurs Isménius et Amphion, est cité à côté de la Dircé par Callimaque {Hymn. in Del.^ 76). Enfin on voyait encore autour de Thèbes, au Nord- Ouest, la fontaine d'CEdipe, dans laquelle, dit-on, ce héros se purifia après le meurtre de Laïus' ; l'Ismène, sur les bords de laquelle, au témoignage de Phérécyde (ap. Schol. Eurip. , Pliœn,^ V. 53), Tydée tua Ismène, fille d'Œdipe, et qu'il faut peut-être confondre avec la source de l'Isménus, en admettant une confusion de noms dans les manuscrits; tmfin la fontaine Psamathée, mentionnée par Solin, liv. VII, et par Pline, Nat. Hist. IV, 12-.

' Paiisan. IX, 18,5; auprès de cette source, dii-il, se trouvaient le tombeau d'Amphi'Jicus et celui d'Hector, dont les Thôbains avaient apporté les cendres de Troie, pour obrir à l'oraclo.

^ C'est à tort que Spanheim {in Callirn. hymn. in Del. , v.78) a inféré d'un

Il est difficile aujourd'hui de fixer d'une manière certaine la position de la ville proprement dite. Forchhammer la place sur les hauteurs Isrnénus et Amphion, adroite de la Strophia ; Leake, au contraire, suppose qu'elle était située dans une petite vallée comprise entre la Cadmée et le Teumesse, où se voient encore les ruines d'un aqueduc ; ce que semble confirmer le passage suivant de Dicéarque {loc. laud.] voir le début du texte grec, pag. 63 , note 1): (c De plus, il sort de la Cadmée une eau limpide transportée au moyen de canaux, travail exécuté, dit-on, autrefois par Cadmus.» Il faudrait, je crois, admettre que la Cadmée avait été, au Sud, à l'Est et à l'Ouest, entourée par la ville neuve, ce que l'examen de la position des portes rendra plus vraisemblable encore.

Il résulte de l'accord unanime des auteurs anciens, à commencer par Homère (Iliade, IV, 406 ; Odyss. XI, 263) et Hésiode [Op. etdies^ 61 ; Scut. Herc. 49), que Thèbes était appelée la Thèbes aux sept portes ; elle doit les avoir eues à partir de l'époq-ue où Amphion et Zéthus construisirent l'enceinte de la ville proprement dite. Tous s'accordent également à compter parmi ces portes la porte Ogygix^ qui a sans doute été la plus ancienne. Hygin, qui s'écarte le plus de la tradition vulgaire, nomme ensuite {fab. 69) les portes Thera, Cleodoxe, Asiynome, Astycratia, Chias et Chloris,

passage de Strabon (1. IX). ô yxp 'Avoinhç x«t ô 'l<TfA>jvôç 5tà toû TreStou péoxKTi ToO TT/so Twv 0>3êâ)v, et de l'axpression d'Euripide {SuppL), Stn-ÔTajxov ttôXiv, ((ue l'Asopus baignait les murs de Thèbes. Il longeait le territoire de Thèbes, qu'il séparait de celui de Platées (Pausan. IX, 4, 3; II, 6, 2 ; Hérod. VI, 108) du côté du Sud, et baignait la contrée nommée Parasopie. Jean Laureuberg, dans sa Grœcia Antiqua {éd. Sam. PulTendorf, Amst., 1611), professe la même opinion, si j'en juge par sa carte de la Béotie inférieure, où l'Asope coule au nord de Thèbes. reçoit à gauche (!!) la Dircé, à droite l'Isménus, et se jette dans l'Euripe, suivant à l'est de Thèbes la direction qu'attribue Unger à l'Isménus. Je ne pense pas cependant que ce dernier ait emprunté cette idée à Laureuberg, dont l'autorité est peu considérable.

* Il faut peut-être en excepter Eschyle {Sept, ad Thebas), qui dit simplement que Polynice attaqua la septième porte.

70 LA LÉGENDE d'oEDIPE DANS L*ANTIQUITÉ.

et dit qu'Amphion donna aux portes les noms de ses sept filles. Mais la plupart des auteurs donnent à ces portes des noms tout différents, que nous allons passer en revue.

La porte Ogygiœ était ainsi nommée , selon les uns , d'Ogygus, roi des Thébains, auquel semble avoir succédé Cadmus. Selon d'autres (Hygin), d'Ogygie, fille de Niobé et d'Amphion. D'après la tradition thébaine, cet Ogygus était fils de Béotus *, lui-même fils de Neptune^. La porte était, dit-on, construite sur le tombeau même d'Ogygus. C'est la seule, dit Pausanias (IX, 8, 6), qui ait un nom trèsancien'. On sait d'ailleurs que la ville est appelée par certains auteurs Thèbes ogygienne, et Stace (Théb, II, 586) nomme les Thébains Ogygidœ.

La porte Electrœ (ou Electra) tirait son nom ou d'Élec- Iryon, père d'Alcmène (Schol. Eurip., Phœn., v. 1129), ou bien d'Electre, sœur de Cadmus (Pausan. IX, 8, 3), ou fille d'Amphion et de Niobé, ou encore mère d'Hermione (Schol. Eurip. /./.*). C'était peut-ôtre la plus fameuse parmi les portes de Thèbes ; une large voie la traversait, conduisant à Platées et de là à Athènes par Éleuthères et Eleusis. C'est sans doute ce qui a fait dire à Barth {in Stat. Theb. IV, 341) que c'était la plus forte de toutes, quoiqu'il ne cite aucune autorité à cet égard. Devant cette porte, à l'Ouest, il y avait probablement un faubourg, car Pausanias (IX, 11, 1) et Ghrysippe ( ap. Schol. Pind., Isthm. III, 104) disent qu'Amphytrion vint y habiter après le meurtre d'Électryon ; d'autres (Phérécyde, fr. 50) croient qu'Hercule, après la mort d'Eurysthée, vint de

* Corinne, ap. Schol. Apoll. Rhod. III. v. 1177.

2 NicocratèsetEuphorion, fr. 40, dans Etienne de Byzanco. s. v. Botwrta, et Eustathe, in lliad. II. v. 507, etc. (V. Unger. /. l. III, 1. p. 258, pour d'autres opinions sur lorijfine d'O^^'ygus.)

^ Le nom d'Ogijgien semble avoir plus tard été pris pour synonyme d'anci n. Cf. Hésychius (w7uytou* 7ra).ato0, y.p/^alov) , Pliolius, VÉlymologicum magnum, etc.

•* Pour d'autres opinions moins vraisemblables, voir Unger. II. III, 2, pag. 271 sqq.

nouveau habiter près de la porte Electrœ (V. Unger, l.l. II, 4, pag. 150).

Laporte Prœtldes devait son nom, d'après Pausanias (/./.), à un habitant du pays dont il serait difficile, dit-il, de découvrir l'époque et l'origine. Suivant le scholiaste d'Euripide {PJiœn.^ V. 1109), elle était ainsi nommée de Prœtus, qui, chassé d'Argos par son frère Acrisius, serait venu s'établir à Thèbes, ce qu'a pu faire croire l'existence d'un ancien faubourg qui se trouvait devant cette porte (Cf. Unger, l.l. II, 4, pag. 148 et 150). Le même critique (/./. III, 3, pag. 298) propose de voir plutôt dans ce Prœtus le père de Mœra, qui eut de Jupiter Locrus, lequel aida Amphion et Zéthus à bâtir les murs de Thèbes *; je n'y vois pas d'inconvénient. Cette porte était située au nordest de la villC; dans la direction du village actuel de Saint-Théodore, et probablement au point où la route de Ghalcis traverse le lit de l'Isménus. Pausanias dit en effet clairement (IX, 18, 1) que la voie qui conduisait à Chalcis partait de la porte Prœtides , et, d'après ce que nous avons dit plus haut du cours de l'Isménus, elle devait traverser ce fleuve. Il semble dès-lors qu'il n'y ait plus lieu de s'arrêter à l'opinion laborieusement étabhe par Unger (l.l.j lib. II, 5, pag. 163 sqq.), qu'on doit placer près de Mycalessele lieu où périt Amphiaraiis, parla raison que, ayant combattu devant la porte Prœtldes, et suivant dans sa fuite le cours de l'Isménus, il devait se diriger versMycalesse, l'Isménus se jetant dans l'Euripe dans cette direction. Rien n'empêche de suivre ici la version d'Eschyle {Sept, ad Theb.) qui, contrairement à Euripide et Apollodore, fait combattre Amphiaraiis à la porte Homoloïdes, dont il va être question, et alors il faudrait admettre que cette porte était située au sud de la porte Prœtides , et qu' Amphiaraiis suivait la rive gauche de Tlsménus en remontant le cours du fleuve. Il est vrai que, d'après le récit de

1 Phérécyde, ap. Schol. Ilom., Odgss. XI, 325, fr. 72 ; Eudocie, 'Iwvià, p. 285.

72 LA LÉGENDE u'OEDIPK DANS LANTIQUITÉ.

Pausanias, on peut croire que la porto Homoloïdes était au nord de Tlièbes ; mais, outre que d'autres étymologies d(3 ce nom ont été données, l'incertitude où l'on est de la position de la ville par rapporta la Gadmée, permet de tout mettre en question. Ce qui nous semble plausible, c'est que la Gadmée, dans laquelle on entrait par la porte Ogygiœ, devait être au nord ou au nord-est de la ville, qui l'entourait de trois côtés. Dans cette hypothèse, laiporioOgygiœ aurait dû être tournée vers le Nord, si l'on veut qu'elle ait été indépendante de la ville ; il vaut mieux admettre qu'elle était dans Tintérieur de la ville, non loin de la porte Electre, vers l'Est ou le Sud-Est. C'est ce que semblent prouver les passages de Pausanias (IX, 10, 11; 12, 16; 16, 4) où il dit qu'entré par la porte Electrœ^ il a visité la Cadmée et est ensuite descendu du côté de la porte Prœtides, laquelle par conséquent devait former au Nord-Est, comme la porte Electrœ au Sud, une seconde enceinte à la citadelle, que quelques-uns croient avoir été complètement entourée par les murs de la ville. Selon Hésychius (s. v. ''Oy/,aç 'ASxvxç), la porte d'O/ica Minerva [Oncxx] était la môme que la porte Ogygix] et Eschyle (Sept, ad Theb., v. 482) y place Hippomédon, qu'Euripide [Phœn., v. 113) fait combattre à la porte Ogygix. Cadmus avait, dit Unger, établi dans la Cadmée un autel à Onca Minerva, d'où le nom donné à la porte Ogygix. Si Ton admettait que V Homoloïdes était située à l'Est, il faudrait considérer la 5orr/i^a? d'Eschyle comme la vraie porte nord, et la placer non loin de l'àPrœtides, comme le veut Unger, en l'identifiant avec VHypsistœ.

La porte Neïtœy d'après Pausanias*, devait son nom à la dernière des cordes de la lyre {vyjzy)) , qu'Amphion aurait

* Pausanias, IX, 8, 4, ev ratç j^o/^Saîç vi^t>îv xaXoOfftv èÇ «vtwv, où il faut sous-entendre, avec la plupar^ des critiques, soit tvjv èo-p^ctTïjv, soit, si l'on préfère la leçon vulgaire, riva, qui, à la rigueur, peut être supprimé ; soit oacore tïjv npÛTYiy, si l'on compte les cordes en commençant par la droite, ce que semble indiquer Hésychius : Nïjîort* roûç TrOXatç rat; TrpwTotç xaè TfiXeuTaîatç.

inventée pendant qu'on bâtissait cette porte, ou encore, ajoute-t-il, kNeïs, fils de Zéthus*. Il est plus probable que Neïs était une fille, et qu'elle était, ou fille de Zéthus, comme le veut Phérécyde (Schol. Eurip., Phœn,, v. 1104, fr. 29), ou fille d'Amphion et de Niobé, comme l'aflirme le même scholiaste. La position de cette porte, comme celle des portes Prœtides et Electrœ, peut être établie avec certitude. En effet, Pausanias dit qu'en sortant par cette porte, on trouvait à 25 stades le bois sacré de Gérés Cabirie et de Proserpine, puis, 7 stades plus loin, le temple des Cabires, puis la montagne du Sphinx et les ruines d'Oncheste, et, en tournant à gauche, Thespies, à 50 stades du temple des Cabires, au pied de l'Hélicon. La porte NeîtsB (que d'autres appellent Neïstx ou Neïttœ) était donc située au nord-ouest de Thèbes, près de la Dircé, et sur la route de Delphes.

Restent trois portes moins connues, et sans doute moins importantes, les portes Crenœœ^ Hypsistœ, Homoloïdes, La première^ devait assurément son nom à une source ; mais est-ce à la source de Dircé, comme le prétendent quelques-uns, ou à une autre, comme le veut Unger? Stace, énumérant les portes et les chefs thébains qui les défendent, dit (Thcb. VIII, 357) : a Culmina magnanimus stipat Dircxa Menœceus », et le scholiaste d'Euripide, Phœn., V. 1 156, dit expressément que cette porte tirait son nom de la fontaine Dircé. Le passage de Pausanias^ qui en parle est tenu pour incomplet par la plupart des critiques, qui rétablissent la lacune supposée de différentes manières ; cependant Barth(ac^ Stat. Theb. VIII, 356) croit qu'il faut au contraire le conserver en supprimant le second Se, et ne faire des deux

* Le scholiaste d'Homère, Odyss. XIX, v. 523, dit que Zéthus épousa Aédon, fille de Pandarée, et en eut Itulus et Neïs.

2 K/5y}vai'ai, ou, suivant Apollodore, KjOîjvtSeç.

^ Uùlcci 8è KprjvoûoLÇ, tôç 8è Y^iffzxç èni "Xôytù TOtwSs ovo^àÇouffr npioç 5s roûç Y^ûxTOLLÇ Aiô; ispioif èn-txXiîcrtv eortv Y^ûrrox)» Tàç 8è èni t«vt«is irv'kaç

74 LA LÉGENDE D UEDIPE DANS LANTIQUITÉ.

portes Hypsistœ et Crensex qu'une seule et même porte, la porte CrenœXy qui serait aussi nommée Hypsistœ, h cause du voisinage du temple do Jupiter Ilypslstus (trèshaut). Unger accepte également le texte tel quel, supprimant seulement le Se qui se trouve dans npoç oè rocïç 'ï-j/iVra^;, et supposant par conséquent que Pausanias n'a pas voulu donner F origine du nom de Crenxx. Il est difficile de trancher une question aussi obscure. Gequi semble au premier abord venir à l'appui de la thèse de Barth, c'est que Stace, qui emploie dans le passage cité plus haut l'expression culmina Dlrcœa, se sert au livre IV, v. 8, des mots celso aggere Dirces^ qu'un vieux scholiaste explique par cclsam turrim. Cette opinion semble être confirmée par les vers 651 sqq. du livre X : « Sed neque te indecorem sacris dignumque juberi Talia Dlrcœa stantem pro turre^ Menœceu, Invenit ; immensae reserato limine portae Sternebas Danaos ». Mais Stace a soin (VIII, 353 sqq.) de nommer sept portes, parmi lesquelles YHypsistaB, que défend Eurymédon, et celle qu'il appelle Dircxa culmina et qui est défendue, comme au livre X, par Ménécée ; ce qui fait que, si l'on peut inférer quelque chose de ces divers passages, c'est seulement ceci, que pour Stace la porte Dircœse correspondait à la porte R^/jvarat de Pausanias, d'Euripide (P/iœn., v.ll23)etd'Aristodème (ap. Schol. Eurip.,P/iœ/î., V. 1156), et qu'elle était distincte de r^/y/?5/5^a?.

Reste la porte Homoloïdes. Voici ce que dit Pausanias {loc. laud.) sur l'origine de ce nom*: « Lorsque les Thébains, vaincus par les Argiens à Glisas, s'enfuirent en Illyrie avec leur chef Laodamas , fils d'Etéocle, une partie se dirigea vers la Thessalie et occupa le mont Homolé*, qui est fertile et bien pourvu d'eau. Bientôt ils furent rap-

^ Aristodème dit que cette porte se nommait ainsi à cause du voisinage du tombeau d'Homolée; d'autres, à cause d' Hovioloïde , une des filles d'Ampliion et de Niobé (Schol. d'Eurip., Phœn.; Schol. d'Eschyle), ou d'Hornolce, leur fils (Schol. d'Eurip.).

^ Montague assez élevée de la Thessalie, près de Tempj. Cf. Virgile, yfin. VII, 675, Homolen Othrymque 7iivalem Linquentes (se. Ccntauri)

pelés par Thersandre, fils de Polynice, et la porte par laquelle ils rentrèrent fut nommée Homoloïdes. » Ainsi, c'est vers le Nord qu'il faudrait chercher l'emplacement de cette porte. Pausanias donne ce nom comme le plus récent: c'est logique, puisqu'une daterait que de la seconde guerre de ïhèbes. Peut-être admettait-il qu'auparavant cette porte s'appelait Borrhœœ* (porte du Nord), nom que l'on trouve dans Eschyle, et qui désigne, selon les uns, la porte Croiœx (Gellius, Itin. of Grœc, pag. 141 ; Mueller, Or^ cJiomen.^ pag. 486, etc.), selonles autres (Reisig, Schonius, Unger), et plus vraisemblablement, la porte Hypsistœ^. Cette porte Hypsistœ^ qu'un scholiaste nomme Bœotiœ, Unger croit qu'elle était située au Nord-Est, entre les portes Prœtides et Homoloïdes, et qu'elle conduisait à Anthedon. Il est vrai que les passages de Strabon qu'il cite ne sont point concluants, mais cette opinion a pour elle la vraisemblance. Quant à l'expression la septième porte, que l'on trouve plusieurs fois dans Eschyle et aussi dans Euripide, il ne semble pas qu'il y ait jamais eu une porte de ce nom. Après avoir nommé six portes, le poète se sert naturellement de cette expression pour désigner celle qui reste : c'est Hypsistœ dans Euripide, et Crenœx {\]ngQv) , ou selon d'autres également Hypsistse dans Eschyle, suivant l'étymologie qu'on donne au nom de Borrliœœ. Mais il nous semble préférable de considérer cette porte comme située au Nord, et par conséquent de Tidentifier avec VHypsistx. Pour nous résumer, voici, en allant vers l'Orient et en partant de la porte Electrse, quelle était, suivant Unger, la position des portes : Electrx^ au pied de la porte de la

^ Le scholiaste d'Eschyle, sans doute par amour de l'uniformité, explique aussi le nom de cette porte par uq nom d'homme.

2 II est vrai qu'Eschyle mentionue aussi la porte Homoloïdes, ce qui empêche de tirer de son catalogue des conclusions sûres, d'autant plus qu'il ne nomme que six portes, et appelle la septième où iêSopat ; mais si l'on admettait que la porte Borrhxsd est VHypsislx, sans tenir compte de l'étymologie du Scholiaste, il faudrait admettre dès-lors que la porte désignée comme la septième est bien Crenœx.

76 LA LÉfiKNDE d'œDIPE DANS l'aNTIQUITÉ.

Gadméc (Ogygiœ), Prœtides, Hypslstcr, Homoloïdes, Neïtœ, Crèmvœ. La situalion de la porte Crcnœx n'est pas sûre, mais elle était probablement au Sud-Ouest, vers la Dircé. On n'est pas sûr non plus de la position de la porte Homolaides, que nous placerions volontiers au sud de la Prcetides, afin do laisser le côté nord de la Gadmée former Tenccintc extérieure* .

f. Les Aryiens devant Tlièbes.

La première guerre de Thèbes, au témoignage de Pausnnias (ÏX, 9, 1), est la i)lus fameuse de toutes celles qu'entreprirent les Grecs de l'âge béroï([ue ; un habile artiste, Onasias, en avait peint les principaux épisodes sur les nmrs du temple de Minerve Martiale (Apeiaf. Les chants Gypriens nous apprennent que ce fut la première guerre envoyée [)ar Jupiter aux mortels pour les punir de leurs crimes. Elle otfre un caractère d'acharnement et de férocité digne des plus hauts temps : la haine des deux frères , le carac-

1 Peut-on Hiiro quelque cas des connaissances géographiques de l'auteur du Roman de Thèbes, et doit-on tenir compte des renseignements qu'il donne sur la position des portes? U nous semble que oui. l\ enil)runte l'ordre de Stace {Tfiébaïde, Wll, 353 sqq.), et, quoique celui-ci ne dise pas que les portes se succédaient dans cet ordre, le trouvère se sert des expresïiions *< la premeraine, la seconde, la tierce «, etc. Selon lui, la !'•% OgygisB, conduisait aux arourlils que H bourgeois el marois ont y» -, la 2^^, Neïtd', avait à ses pieds une eau profonde, ce (jui répond assez bien à la position que nous lai avons assignée au Nord-Ouest, près do la Dircé ; la 3"'o, llomoloïdes, était située près du tombeau de Gadmus, au point où les eaux se réunissent, ce qui confirmerait, contre Unger, la situation actuelle des cours d'eau qui entourent la ville (voir plus haut, p. G5 sqq.) ; la 4nic^ Prwtides, a devant elle une vaste prairie favorable aux combats ; la 5^^ Eleclrœ, est de difficile accès et défendue par une forte tour; la C™^ JJypsislw, occupe un angle de la ville; elle touche à un pont muni d'une tour, sous lequel coule un ruisseau au pied d'une colline (il s'agit sans doute de l'Isménus); enfin la l"""", Grenœx, située à l'Occident, conduit à la fontaine Dircé. On voit que, pour la plupart des portes, les indications que nous fournit le trouvère sont précises et conformes à ce que nous en savions di^jà, et que d'aillenrs il puise à des sources dilférontos de la Thé' baïde.

^ Pausan. IX, 4.

Page 1