LES ARGIEXS DEVANT THÈBES
1ère indomptable de Tydée, qui montre plus d'orgueil et plus d'àpreté que Polynice môme dans la revendication du trône, la noble valeur des héros qui assiègent la ville et qui, malgré les prédictions et les funestes présages, accomplissent sans faiblesse leur fatale destinée, tout contribue à donner à ces événements un caractère de grandeur sauvage qui étonne et intéresse à la fois.
Les Grecs, arrivés à Thèbes, divisèrent leur armée en sept corps, qui, chacun sous la conduite d'un des chefs, devaient attaquer les sept portes de la ville. Eschyle et Euripide ont sans doute suivi d'anciennes traditions épiques dans la détermination des chefs qui attaquent chaque porte; mais ils ne s'accordent ni entre eux ni avec Apollodore. Celui-ci (Bibl. III, 6, 6) place Adraste à la porte Homoloïdes, Gapanée à la porte Ogygiœ, Amphiaraiis à la porte Prœtides, Hippomédon à la porte Neïtœ*, Polynice à la porte Ilypsistx, Parthénopée à la porte Electrœ et Tydée à à la porte Crenides [Crenœœ). Eschyle n'assigne à Adraste aucune porte, suivant l'opinion de ceux qui admettent sept chefs en dehors du chef suprême : il donne à Étéoclos la porte Neïtœ, à Gapanée VElectrœ, à Amphiaraiis VHomO" loïdes, à Hippomédon la porte de Minerve Onca (c'est-àdire la porte Oncœœ ou Ogygiœ), h Parthénopée la porte Borrhœœ, enfin à Polynice la septième porte, qui sera ou Crenœœ ou Hypsistœ, suivant qu'on prendra pour l'une ou pour l'autre de ces portes la porte Borrhœœ ; plus probablement Crenœœ, devant laquelle Euripide place aussi Polynice. Ghez ce dernier, VElectrœ est de même attaquée par Gapanée et V Ogygiœ {Oncœœ) par Hippomédon; mais la Prœtides est attaquée par Amphiaraiis, comme dans Apollodore. Pour les trois autres portes, les trois auteurs diffèrent : VHomoloïdes est attaquée par Amphiaraiis dans Eschyle, par Tydée dans Euripide, par Adraste dans Apollodore ; la Neïtœ est attaquée par Etéoclos dans Eschyle,
^ Mss, 'O^v^j'iSaç, qu'il faut corriger en N>j'(t«ç (V. Unger, Theb.Parad. III. l).
78 LA LÉGKNDE DOEDIPE DANS L'aNTIQUITÉ.
par Parthénopée dans Euripide, par Hippomédon dans Apollodore ; enfin VHypsistœ est attaquée par Parthénopée dans Eschyle, par Adraste dans Euripide, par Polynice dans Apollodore. On voit que l'accord des trois auteurs n'existe pour aucune des portes. Il n'est pas d'ailleurs possible de tirer une conclusion quelconque de la position des tombeaux des héros Thébains ou Grecs morts dans la lutte, car il y a à ce sujet, dans Pausanias même, beaucoup d'incertitude, comme nous le verrons plus loin en parlant de la mort d'Étéocle et de Polynice.
De leur côté, les Thébains, suivant les tragiques et les anciennes épopées, opposèrent un des leurs à chaque chef Argien. Outre Étéocle , les principaux chefs Thébains étaient Périclymène , fils de Neptune et Mélanippe (ou Ménalippe), le quatrième fils d'Astacus, qui fut, dit M. Preller, l'Hector de cette guerre, mais, plus heureux que lui, vainquit et tua son adversaire Tydée'. Eschyle cite, outre Ménalippe, Polyphonte opposé à Capanée, Mégarée, fils de Gréon, opposé à Étéoclos, Hyperbius opposé à Hippomédon, son frère Âctor opposé à Parthénopée, le vieux Lasthénès opposé à Amphiaraus. H suit, comme on voit, des traditions postérieures, car aucun des fils d'Astacus n'est nommé, si ce n'est Ménahppe. Apollodore, qui prend pour guide les anciennes épopées, les cite tous les quatre: (( Ismarus, dit-il, tua Hippomédon, Léadès Étéoclos, Amphidicus Parthénopée et Ménalippe Tydée.»
Les Thébains. étaient forts de l'appui des dieux, qui avaient décidé la ruine des Argiens. Tirésias, le fameux devin frappé de cécité, promit la victoire si un des descendants du dragon se dévouait pour sa patrie. Ménécée, fils de Gréon, se perça de son épée devant la caverne du dragon et se précipita ensuite sur les ^ochers^ « Get évé-
i Hérodote. V, 67, raconte que Glisthène remplaça à Sicyoae le culte (l'Adraste par celui de Mélanippe.
2 D'après Sosiphane le tragique (Schol. Eurip., Phœn., v. 1017), Ménécée fut tué par Laïus ; d'après Nicoslrate, par le Sphinx.