‹ La légende d'Oedipe [microform], étudiée dans l'antiquité, au moyen-âge et dans les temps modernes, en particulier dans le Roman de Thèbes;Chapitre 18 sur 94 · LES ARGIENS DEVANT THÈBES · texte numérisé non relu

LES ARGIENS DEVANT THÈBES

nement remplit les Thébains de confiance. Ils semblent d'ailleurs n'avoir point été réduits à leurs propres forces, car Pausanias dit qu'ils avaient à leur solde des Phocéens et des Phlégiens du pays des Minyens ; et il ajoute que les Péloponésiens ne connaissaient point l'art d'attaquer les murailles, ce qui explique les pertes énormes qu'ils subirent par leur obstination. Les dieux l'avaient voulu ainsi. A la première bataille périrent Capanée, puis Parthénopée, tué d'un coup de pierre par Périclymène*, et une foule d'autres guerriers écrasés par les pierres qu'on lançait du haut des murs ou percés de traits par les Thébains, qui avaient Pavantage de la position. Adraste, effrayé, recula^; mais comme les Thébains avaient aussi perdu beaucoup de monde, on convint, dit Apollodore, qu'Étéocle et Polynice se battraient en combat singulier^ Cette tradition, comme on voit, accepte dans toute son horreur la lutte fratricide; ce n'est point encore la fatalité seule qui accomplit les malédictions d'CEdipe contre ses fds, mais les chefs eux-mêmes qui, à la suite d'une première lutte sanglante, réclament le combat singulier, et c'est là une preuve évidente de son antiquité. L'art ancien avait cherché à rendre l'horreur qu'inspirait cette lutte coupable. Le coffre de Cypsélus (Paus. V, 19, 9) représentait Polynice tombé sur le genou et son frère au-dessus de lui. Derrière, une femme aux dents de bête féroce, aux ongles crochus, avec l'inscription Ry^p, c'est-à-dire Fatum, la Fatalité (voir notre planche, fig, 2). Des urnes cinéraires étrusques conservées jusqu'à nos jours placent entre les deux frères Jupiter armé de la foudre, ou bien les font mourir en présence des Erynnies.

Dans Eschyle, Polynice porte un bouclier où, au lieu

* Suivant une tradition locale, il fut tué seulement dans une seconde bataille par Amphidicus, fils d'Astacus.

2 Cf. Athénée, IV, 13, qui cite un passage des Phéniciennes d'Aristophane.

^ Eurip., Phœn., v. 1197.

80 LA LÉGENDE DOEDIPE DANS l'aNTIQUITÉ.

d'insignes de famille, il a fait représenter en or un guerrier conduit par une femme d'aspect grave, la Justice, avec cet exergue : ce Je guiderai cet homme, et il rentrera en possession de sa ville natale et de la demeure paternelle. » C'était en effet l'opinion commune que Polynice, ayant pour lui le droit, avait succombé victime de la fatalité, tandis qu'Etéocle était mort justement: c'est ce qu'indiquait clairement la scène figurée sur le coffre de GypsélusV D'après ce monument et Euripide {Pliœn.)^ Polynice tomba le premier mortellement blessé et perça de son épée Étéocle, au moment où celui-ci se penchait sur lui pour le dépouiller de ses armes. Dans Stace, plus fidèle en ceci à la tradition qui fait d' Etéocle un contempteur de la foi jurée, un homme sans scrupule et sans loyauté, c'est lui qui, frappé le premier, use de ruse pour entraîner son frère avec lui dans les enfers^.

Pausanias (IX, 18, 3) prétend avoir vu le tombeau des deux frères sur la route de Thèbes à Chalcis, non loin de la porte Prœtides ; plus loin (IX, 25,2), il dit expressément que, d'après la tradition, Étéocle et Polynice se battirent non loin du tombeau de Ménécée (qu'il place à la porte Neïtœ), et que Tendroit est marqué par une colonne surmontée d'un boucher de pierre. Or, comme ces portes étaient loin d'être voisines, il s'ensuit, ou que Pausanias a commis une erreur, ou qu'Etéocle et Polynice avaient

' Silius Italicus, lib. XVI, peut-être pour rivaliser avec Stace, a décrit également la mort de deux frères dont la lutte pour le trône est racontée par Tite-Live, liv. XXVIII, et par Valôre-Maxime. liv. IX, ch. II. H s'agit de Gorbis et Orsua, qui se disputèrent la principauté de la ville d'Ibès à Garthagène, sous les yeuxde Scipion. Mais, d'après Tite-Live, ils n'étaient que cousins germains, et d'ailleurs l'un d'eux seulement mourut ; le poète les fait frères et ils meurent tous deux.

- Gependant Eschyle représente Étéocle courant au fratricide, poussé par une force invincible, et se croyant attiré vers le crime par la colère des dieux et les imprécations de son père {Sept, ad Th.,^^\. G40 sqq., 67G sqtj.). ce qui fait dire ù M. Patin que, « dans l'enfance du sentiment moral, la volonté, asservie à d'atroces penchants, se reniait elle-même pour échapper au remords. *>

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