BENOÎT DE SAINTE-MOUE PEUT-IL EN ÊTRE LAUTEUR
vent aussi dans Thèbes ; BC seulement ont une fois la forme ont, dans un passage où A diffère complètement [commencissont : poissont 5137).
IV et V. Vocabulaire et Style.
Les mots caractéristiques , macain (puissant ou habile), qiû (mais), ne se trouvent pas dans Thèbes ; die{]o\xv) a moins d'importance, car il a dû être usité généralement en ancien français (cf. diemaoïchc, dimanche ); tenerge est dans Thèbes sous la forme tenecle, et se retrouve d'ailleurs dans d'autres textes (Voir au Glossaire ).^o\i^ avons signalé au Glossaire un certain nombre de doubles formes d'un môme mot, mais Thèbes n'arrive pas sous ce rapporta l'exagération qui caractérise les poèmes de Benoît; nous en dirons autant pour les synonymes et surtout pour les nombreux exemples de tautologie qui distinguent le Roman de Troie et la Chronique. Le procédé spécial de répétition que l'on peut constater dans Thèbes (Voir Syntaxe) est d'un tout autre caractère.
Nous croyons avoir surabondamment démontré que Fauteur du Romande Thèbes ne saurait être Benoît de Sainte- More. Nous avons déjà dit plus haut que le dialecte qu'il emploie indiquait pour sa patrie le sud-ouest du domaine jùcard, sur les confins communs de l'Ile de France et de la Normandie : ce serait donc le territoire compris entre la Seine, l'Oise, la Somme et la Manche , mais plutôt vers Neufchàtel que vers Gompiègne. Nous ne saurions donc accepter l'hypothèse de M. Joly, qui, se basant sur un vers peu assuré du poème, serait porté à donner à l'auteur pour liatrie Luzarches, petite ville située entre Saint-Denis et Senlis. En effet, le vers : de Dimoé jusqua Liizarche (BG), est différent dans A, qui donne : Mais rende lor tote la Marce De Nubie Jusqu'en Lusarce (v. 9883-4), et la préposition en indique qu'il faut voir ici, non une ville, mais une province, sans doute laLusace : ce qui du reste est plus raisonnable que de faire s'étendre la Marche, c'est-à-dire la province
frontière de Tempire d'Éléocle, jusqu'au cœur de rilcdc France. La Nubie, pour Fauteur, est un pays lointain quelconque : c'est de là que vient Blancenuc^ le cheval d'Étéocle ' ; et cette fantaisie géographique ne doit pas phis nous étonner que la présence à l'armée d'ÉtéocledePi?e//5, comte àQ Marseille, de V anglais Godris, ou de peuples comme les Acopars^, les Esclavons, les Mores ou les Turcs, et à l'armée grecque, d'un roi d'Afrique, Salemandre, avec 10,000/l?)ioraves, ou de Pancrace, duc de Russie ^ Il ne faut pas non plus attacher grande importance à ce détail que, dans trois passages, Tauteur parle de chevaliers ^vmé^ (f^a la guise de Francey), ou vôtus a comme François » : ce sont d'abord les deux chevaliers qui accompagnent Parthénopée , lorsqu'il rencontre Ântigone se rendant au camp avec sa mère et sa sœur, puis le vieux Créon, et enfin les 3,000 compagnons de Meleagcs de Figonie : les Français désignent ici certainement un peuple s'étendant hors des limites de Tlle de France. Si l'on voulait tirer des conclusions de ces renseignements géographiques, il faudrait alors dire que l'auteur était du Mans, parce qu'on parle dans le poème de xcc. livres de mansois (y. 5764), ou bien d'Orléans ou de Moulins, parce qu'il y est question d'abord, de vin molenols (v. 10137), puis de vin orlenois (v. 12261). Ces anachronismes sont de la même espèce que celui par lequel le trouvère met ces mots dans la bouche d'Ismène : i'se valroie por Montpellier Que il ellstja se bien non ( v. 6134-5)'.
» Il lui a été donné par son amie Galathée, la fille du roi de Nubie. Faut-il voir là, avec M. Joly. un emprunt maladroit au Roman de Troie, où le cheval d'Hector s'api)elle Galathée? Nous ne le pensons pas; ce serait d'ailleurs une espèce de rectification, puisque Galathée est plutôt un nom de femme qu'un nom de cheval.
2 Ce mot, qui se trouve plusieurs fois dans la Chanson dWntiochc (1, 110. 212; II, 246), et aussi ailleurs (voir Romania, VH. 187 sqq.). a été appliqué à l'origine, dit M. Meyer, à des peu[)lades sauvages de l'Afrique, \nn^ est devenu synonyme de 6'ar/'a6i/i5, de Turcs, etc. M. Meyer y voit, à cause de la forme Azopart, un dérivé de Artkiops (AiOio{/), avec le suffixe arl; cette étymologie nous paraît acceptable.
3 Disons en passant que nous ne savons où placer les Pincenarls, qui
LA LÉGENDE d'OEDIPE DANS LE ROMAN. 301
Un point plus facile à déterminer que le lieu de naissance du trouvère, c'est sa qualité et sa condition sociale crétait assurément un clerc ; quoiqu'il ne le dise pas expressément, nous en avons des preuves certaines : Conter vous voel d'antive estore Que li clerc tiennent en meniore, f dit-il dans son prologue; et plus loin : Il le fist tout selon la létrc Dont lai ne savent entremétre, Et por chou fu li romans fais Que nel saroit hom ki fust lais. (Voir plus haut, section 1, p. 136 V) D'ailleurs, le soin qu'il prend de dégager par un acte de foi sa responsabilité, lorsqu'il est obligé de raconter un fait où sont mêlés les dieux païens, et d'expliquer les merveilles de la légende par rintervention du démon, montre bien que l'esprit laïque n'avait point entièrement étouffé en lui l'éducation cir-ricale. Nous avons dit plus haut que l'auteur du remaniement était au contraire un laïque (Voir section lY).
Section VI.
La légende cV Œdipe dans le Roman de Thèbes,
{Examen du Roman de Thèbes.)
Nous connaissons maintenant assez bien le Roman de Thèbes pour pouvoir examiner rapidement ce qu'est d^ve-
vionnent proposer leur alliance à leur voisin Étéocle, ni les Uslagles, nommés dans ces vers : El cevauca .j. ceval grisle, Uslagle Vorent en une isle,A Thèbes prisent port partent, Au roi en firent .j. présent (8545-8). ^ On pourrait citer ce passage, quoique moins probant, et d'autres du
même genre :
Mien ensient, aine ne fu prestres, Ne clers letrés, ki tant fust mestres, Ki onques mais oist parler D'enfant qui alast demander Ques lion deiist eslre son père, Ne ki ne conneiist sa mère, Fors Edipus tant seulement, Gui en avint si malement C'a .j. seul cop son père oclst Ensi comme l'estoire dist.
nue la légende grecque dans cette transformation remarquable de la ThébaidedG Stacc. Les détails que nous avons déjà donnés dans notre section IIÏ {Analyse dupoemc)^ et dans notre section IV {Recherche des sources), rendront notre tache facile. D'autre part, M. Joly, dans sa savante étude sur le Roman de Troie, a consacré une notable partie de son chapitre VI à Fétude du Roman de Thcbes, ce qui nous dispensera de revenir sur un certain nombre de points. Nous avons nous-méme, au commencement de ce chapitre (section I), essayé d'expliiiuer de quelle manière s'était transmise au moyen-âge la tradition classique. Il nous reste donc peu de chose à ajouter.
La légende d'Œdipo et de ses enfants, terrible chez les tragiques, encore grandiose chez Stace, malgré son enflure et ses efforts désespérés pour rajeunir un sujet épuisé, devient dans les mains du vieux trouvère un conte plein d'aventures intéressantes, une simple matière h roman. La suppression à peu près complète du merveilleux mythologique enlève à la légende ce caractère de sombre tristesse qu'elle doit à la fatalité qui la domine et la pénètre de toutes parts. Le trouvère a cru devoir consacrer environ neuf cents vers à l'histoire d'{Edipe,dont Stace ne lui fournissait pas la matière. Dans cette espèce de prologue de la Thébaïde de Stace, qui forme en réalité le fond de la légende primitive, nous voyons encore conservés à peu près intacts les traits principaux du conte grec, et cependant on ne s'y reconnaît plus, on ne ressent plus les mêmes émotions ; le souffle du génie grec n'a point passé par là. L'auteur nous intéressera aux douleurs de la mère à qui l'on enlève son enfant pour le faire mourir, à cet enfant lui-même souriant à ses bourreaux ; il racontera avec de charmants détails la scène de la reconnaissance, ou la première entrevue de Jocaste et de son lils vainqueur du Sphynx ; mais il ne cherchera point à émouvoir notre pitié en nous montrant les remords d'CEdipe, ou à nous épouvanter, comme les tragiques, i)ar la peinture saisis