‹ La légende d'Oedipe [microform], étudiée dans l'antiquité, au moyen-âge et dans les temps modernes, en particulier dans le Roman de Thèbes;Chapitre 43 sur 94 · EXAMEN DU POÈME · texte numérisé non relu

EXAMEN DU POÈME

place. C'est par un stratagème qu'Ypomédon épouvante Tennemi, dans l'épisode du ravitaillement, en faisant traîner derrière sa troupe des branches d'arbres pour soulever la poussière et faire croire à la présence d'une véritable armée. Le même Ypomédon fait lever le camp et simuler la retraite, pour attirer l'ennemi dans l'embuscade du Malpertrus. C'est encore à un stratagème conseillé par les comtes de Venise qu'est due la prise du château (le Montflor. On sent que l'époque des héroïques et folles entreprises touche à son terme : on voit encore des exploits qui rappellent ceux de Roland ou de Godefroy de Bouillon, comme des hommes fendus en deux moitiés, etc., et Tydée est comparé à Judas Macchabée * et à Godefroy, mais cela ne l'empêche pas d'être un homme et de se sentir ému en voyant les 50 Thébains embusqués : Aperçut les, ni vausist estre; Il sot malt bien qu'il fu trahis, Mais ne s est pas espaoris (v. 2138-40).

Le mobilier, le costume et les armes ont été de la part de l'autour l'objet d'un soin particulier. Qu'on lise la description de l'armure et de l'équipement d' Athon, celle de l'épée de Tydée, du costume d'Ismène et d' Antigène, du lit que la fille de Lycurgue fait dresser pour Tydée, de celui sur lequel repose Œdipe, de l'armure d'Étéocle (dont le haubert fut forgé sur un des fleuves du paradis *) , et de son cheval Blanchenue, auquel on peut comparer celui

1 On a deux poèmes sur Judas Macchabée : Tua, de 22,000 vers, composé vers le milieu du xine siècle (Bibl. nat., f^ fr. 789, anc. 7190 *) est l'œuvre de Gautier de Belleperche et de Pierre de Ries ; l'autre, de 8,000 vers environ {Bibl. nat., f» fr. lolOi, anc. G32-21), date de 1295. Mais il a dû y avoir un texte plus ancien, comme le prouvent, outre l'allusion de notre poème, celles que l'on trouve dans Girautde Calanson et dans Flamenca. On connaît une rédaction en prose de Judas Macchabée, par Charles de Saint-Gelais, archidiacre de Luçon, plusieurs fois réimprimée, et dont plusieurs exemi)laires anciens figuraient dans la bibliothèque Didot et ont été ven lus récemment.

'^ Il faut ici retrancher ce détail d'iui goût douteux, justement blâmé par M. Joly, à propos du boucher d'Étéocle : Devant ot fait par gaberie, Peindre les jambes de sa mie ; car il appartient au remanieur.

d'Amphiaraus et celui de Polynice dans les jeux : on y trouvera une foule de détails intéressants et exacts qui nous transportent en plein xif siècle, et dont une partie ne se trouve pas ailleurs. Signalons aussi le charmant portrait de Salcmandrc que nous avons transcrit dans l'analyse (v. 1208L sqq.), et en particulier ce vers d'une grâce incontestable: Ses plors vaut d'autre fème ris (v. 12102). : Nous avons parlé plus haut (sect. Y, pag. 289-90) des allusions à l'antiquité que l'on rencontre dans le Roman de Thèbes ; les allusions à la Blhlc sont un peu moins nombreuses. Lorsque Amphiaraus est englouti, le trouvère pense à Datan ai Abyron (v. C834)'; l'aigle d'or qui surmonte la tente d-Adraste lui rappelle les richesses de David et de Salomon (v. 461 1-2) ; un juif, Salatiel, accompagne Étcocle dans la bataille où meurt Tydée (v. 8543); d'autres noms empruntés à la Bible, David, Daniel, Elêazar, sont portés par des Thébains. Enfin le nom de Z>air(? pourrait être tiré de la Bible, aussi bien que du Roman d'Alexandre, mais, à cause de la date du poème, il est plus probable qu'il a été emprunté à d'autres sources, par exemple

à Orose.

Le genre de merveilleux si fréquent au moyen-âge, et \ qui tient tant de place dans VÊnôas, le Rnman de Troie et \q Roman d'Alexandre (je veux parler de cette espèce do fantastique né de l'ignorance des sciences naturelles), tient ici en somme peu do place. En dehors de l'épée magi(iue de Tydée et du haubert d'Étéoclo, nous n'avons à signaler que «la tygre», qui remplace les deux tigresses de Stace, et qui a une escarboucle étincelante au milieu du front et le corps «plus reluisant que n'est fins ors»», et les

1 Celte allusion semble avoir /-té un lieu commun au moyen-â^n; On la relrouve, sous forme dimprécaliun, dans une cliarle latine du Carlxtlaire de Conques, n'ceuiment pui)li.' imr M. viusl. Desjardins, qu'il f;nit placer entre 107G et UiSO (n" 578).

2 Stace parle des taches des tigresses ; le prétendu traducteur d'Orose (voir section VII) décrit, dit-il, « la li-ressc privée * d'après Pline: il su vaute : vovez eu effet l'iine VlU, 23 et 25. L'Edipus amplifie le's dou-

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