‹ La légende d'Oedipe [microform], étudiée dans l'antiquité, au moyen-âge et dans les temps modernes, en particulier dans le Roman de Thèbes;Chapitre 45 sur 94 · DE LA CREATION DU MONDE · texte numérisé non relu

DE LA CREATION DU MONDE

La guerre deTlièbes, avons-nous dit, est ici longuement développée; elle occupe un espace bien plus grand que la guerre de Troie. L'auteur suit toujours le texte le plus étendu, celui de notre ms. A (B. N. 375, P fr.). Il donne comme lui, et aussi comme le ms. 15455 et toutes les autres rédactions en prose, l'épisode de la fille de Lycurgue, qui manque dans les mss. B et G. 11 y ajoute même quelques détails; ainsi, Tydée excuse son départ précipité en disant que sa femme et Polynice l'attendent. Le ms. 15455 ajoute de son crû que Lycurgue était absent, et que, s'il eût été présent, il eut fait plus d'bonncur à Tydée, car il aimait bien le roi Adrastus; ce qui enlève tout le piquant de l'épisode dont le poète a orné l'œuvre de Stace. Il y est dit, en effet, que la jeune fille cacha Tydée dans sa chambre et le soigna de ses propres mains.

De même que les autres rédactions en prose, celle-ci ne connaît pas le long passage intercalé dans BG (le conseil des dieux et la mort de Capanée); il fait survivre Gapanée avec Adraste au désastre de l'armée grecque et le fait mourir au dernier assaut de Tlièbos. Les jeux funèbres en l'honneur d'Archémorus et l'épisode de Montflor manquent complètement, comme dans les autres rédactions, et deux pages suffisent, après la mort d'Ampbiaraiis, pour arriver au combat des deux frères. L'auteur ne s'astreint pas toujours, dans les détails, à suivre le Roman ; nous en avons cité un exemple plus haut, en voici (Fautres : Adrasto adresse à ses dieux une assez longue prière pour leur demander s'il doit donner ses iilles aux deux chevaliers

Polimites ' et Thideus. Dans le combat de Tydée contre les 50Thébains, on lit ceci : «... Et avecques bûches en manière d'eschelles qu'ils dressoient amont la montaigne, ymaginerent de l'assaillir et y monter. » Il y a un chapitre intitulé : La teneur des mandemens que envoya le roy Ethiocles aux seigneurs de son pays, « Nous, Ethiocles, par la grâce des dieux roy de Thebes, a tous noz bons feals amis et serviteurs, seigneurs, barons, chevaliers, et autres gentilz hommes de nostre dit royaume, salut. Savoir faisons, etc.» Le poème ne va pas si loin dans la substitution des mœurs féodales aux mœurs de l'antiquité grecque. Dans l'épisode d'Hypsipyle, l'auteur rappelle l'épisode de la fille de Lycurgue par ces mois : « Or congnoissoit Thideus le lieu, car aultres fois y avoit esté en revenant de Thebes, et au propre vergier ou la fille de Ligurgus l'avoit trouvé s'en alla, la ou il arriva une belle jeune fille tenant ung beau petit filz entre ses braz » .

Après le chapitre : Comment la royne Jocaste s'accorde d'espouser Edipus, on lit ceci : «Doloroux fut ce mariage et piteuse assemblée : car la mère print a mary le propre enfant qui avoit tourné en ses costés, et qui avoit occis son père, en quoy nous debvons noter que le monde estoit bien adoné aux subgestions du dyable, et peu y en avoit qui creussent en Dieu % mais aux ydoles plaines de dyables, lesquels les decepvoient et tourmentoient* en plusieurs manières, etc.» Il revient sur cette idée à la fin du dernier chapitre, comme le ms. 15455. Tout cela est arrivé, dit-il, parce qu'on n'adorait pas le vrai Dieu ; et il ajoute (en son propre nom et non d'après Orose) que

1 Cette altération bizarre vient-elle de l'imprimeur, qui aurait mal lu le manuscrit' ou est-elle le fait de l'auteur ou d'un scribe? C'est ce qu'il est difficile d'affirmer. Le ms. 301 a régulièrement Po/icene^. par une metathèse facile à expli.iuer. Du reste, le traducteur pouvait savoir le latin et i-uorer la véritable forme du mot purement grec Polynices; en gênerai il reproduit assez correctement les noms propres.

•^ Cf. Roman du Thebes, v. 65-82. ci-dessus, pag. 240.

3 Imprimé ; lesquelles les decepvoit et tourmentoit.

Thèbes fut détruite environ 400 ans avant la fondation de Rome, et qu'elle fut rebâtie sous le nom de Estines (cf. plus haut ms. 15455). Le translateur intervient encore parfois pour contester les affirmations de son auteur, mais il n'oublie pas qu'il est censé traducteur, et traducteur d'Orose. Par exemple, après avoir dit que le roi fit conduire Jocaste (et ses filles) par «Polimites son propre fils, Thideus et Parthonopeus, Roy d'Archade, lequel convoitoit fort Ysmayne, la sœur de Polimites, laquelle eust bien voulu avoir a femme», il ajoute : Le translateur. — «D'aucuns disent que Polimites, Thideus et Parthonopeus, qui convoioient la royne Jocaste en la cité, entrèrent dedans et allèrent jusques au pallays par sauf conduyt, et que a rissue on les guettoit pour les occire en traïson. Mais Orose n'en parle pas\ et aussi n est pas le cas vraysemblable, congneu que ceulx estoient les principaux adversaires, avecques ce que Thideus estoit desarmé, et a peine fust entré dedans ung lieu si dangereux pour lui sans armure. Mais entrassent ou non, cela ne varie point l'intention de nostre docteur Orose, lequel tant seulement veult monstrer la fin de la misère qui y advint.» C'est sans doute parce qu'il n'a en vue, lui aussi, que la fin, qu'il court au dénouement.

Parmi les histoires universelles manuscrites qui se réclament d'Orose, mais dont les sources sont parfois très diverses, et qui donnent moins de développement à Phistoire de Thèbes, il faut citer : râla Bibliothèque nationale,

1 A l'en croire, il semblerait qu'Orose parle de tout le reste. VEdipus

dit seulement : « Et dirent plusieurs que mais je ne le croy pas

certainement, car Thideus n' estoit pas si fol qu'il sembatist sur ses ennemis desarmés [Us. desarmé), et que Policenes s'embatist soulz la promesse de son Irere Elhiocles, qui moult estoit traislre. » C'est bien le cas dédire, de ces naïfs rédacteurs en prose, ce que M. A. Chassang (Uisloirc du Roman dans Vanliquiiè, pag. 26) dit des logographes grecs : • Quand \\ leur arrivait de discuter une tradition, leurs raisonnements étaient plus naïfs encore que leurs narrations -. ces raisonnements détruisaient la chaîne de la légende, sans la remplacer par le sérieux de l'histoire. »

fonds français, le n° 39 [Lq a Premier livre d'Orose y), commençant par ces mots nQuanlDieu le créateur eut fait le ciel et la terre)), et finissant par ceux-ci : et ce fut l'an .vij. c. iiif^- et .xiij. que la cité de Ranime avoit esté fondée. — Cy fine le premier livre de Orose) et le n° 64, ancien 674 0^ {ccLes chroniques que Orosius compila » , commençant par ces mots ; Cy commencent les Chroniques que Orosius compila. — Qua7it Dieu le créateur, etc., et finissant par ceux-ci : vous commenceray ci après selon Salluste et Lucany)) ; auxquels il convient d'ajouter les n°' 182 (anc. 6844^), 246 (anc. 6890), 250 (anc. 6894), 251 (anc. 6895), 677 (anc. 7126), 678 (anc. 7127), 22986, (anc. PiNavarre 30), peut-être d'autres encore, qui ont pu échapper à nos investigations ' ; 2" à la bibliothèque de PAreenal, le n" 22, Anciennes histoires selon Orose.

' J'ai eu la curiosité de rechercher si, parmi les chroniques latines, il n'y avait pas trace d'une rédaction latiue faite sur le Roman de Thèbes, ou lui ayant servi de base, et qui, prenant le nom d'Orose, aurait justifié le titre donné par certains traducteurs français à leurs compilations. Voici le résultat de mes investigations dans le londs latin de la Bibliothèque nationale

(manuscrits) :

No 4931. __ Chronicon universale : raconte la guerre de Troie en quelques pages, puis s'occupe d'Énée et de Rome, mais ne dit rien de Thèbes.

N° 4931 A. — Chronicon ah Orbe condito ad Carolum imperatorem (1385) Pétri de Herentals, canonici Praemonsiratensis et Prions Floressiensis : la guerre de Troie y est racontée assez longuement d'après Darès (ce qui équivaut peut-être à dire : d'après Benoît de Sainte-More), et d'après llelmadus (est-ce Helmoldus ? ce serait alors une autorité fictive). L'auteur ne fait qu'indiquer la prise de Thèbes.

N» 4931 B. — Chronicon anonymi ab Orbe condito ad regnum Ezechis régis : ne s'occupe que des Hébreux.

No 4932 — Chron. anon. ab Orbe c. ad 1048 -. n'est qu'une table de noms propres distribués en ditférentes listes.

No 4933 {Chron, anon. ab 0. c. ad 11 08} et n^ 4934 (Chron. an. ab 0. c. ad 1159) : offrent un résumé très sec de l'histoire universelle par ordre de dates, en passant sans cesse d'un peuple à l'autre. Voici ce qui se rapporte à Thèbes dans le no 4934 ; « Abimelech et Thola regnaverunt annis XXVI. Priamus, Laomedontis filins, Trojae régnât. Nec multo post Pentesilea regno Amazonum polita est, que Trojano belle intus fuisse dicitur. Pcr hoc tempus urbs Thebaruma Grecis obcesa est. Post* Polliniccn,

* Abréviation douteuse : ptj avec p barré. '

330 Mî ROMAN DE THÈBES.

Une mention spéciale est due aux mss. B. N. 22554 (anc. Lavallière 11) et 24396 (anc. Lavall. 26), dans lesquels la rédaction en prose du Roman de Thèbes a autant d'importance que dans le ms. 15455, mais qui n'ont ni le \:\[VQ à' Histoires d'Orose, ni le même développement chronologique que les mss. déjà cités. Ils renferment d'abord quelques chapitres de légendes grecques ou assyriennes, puis le Roman de Thèbes mis en prose, puis quelques chapitres de légendes empruntées à différentes sources romanesques, enfin le Roman de Troie en prose (complètement séparé du reste dans le ms. 24396 par un eœplicit et un nouveau titre), ce qui justifie un peu, mais non pas complètement, le titre de la table qui commence le volume, table que nous allons reproduire, pour montrer quel est exactement le plan et l'importance de cette rédaction, très voisine de celle du ma. 15455, de la traduction d'Oroso imprimée, et de VEdipus manuscrit et imprimé dont il sera parlé plus loin :

Asclepiiis fuisse scribitur, etc. » Comme on le voit, ce n'est pas dans les trois Chroniques antérieures au Roman de Thèbes que son auteur a pu puiser.

No 4935. — Chronicon anonymi a mundi creatione ad annum 1220.

N° 4936. — Anonymi libellus memorialis , sive chron. ah 0. c. ad

ann. Chrisii 1244.

N'> 4937 et 4938. — Anon. chron. a mundi cxordio ad ann. Christi

Ces quatre chroniques ont pour base, dans leur première partie, 1 histoire résumée des Hébreux, comme le no 4931 B, avnc l'indication chronologique des événements contemporains. Mais elles ne mentionnent pas la guerre de Thèbes. Le n» 4946 (Chron. anon. a Noe usquR ad ann. Chr. 532) est écrit par un Italien, au point de vue spécial de l'histoire des villes d'Italie, et de l'histoire religieuse àpartir de Jésus-Christ. Il n'y est pas question non plus de Thèbes.

Les nos 5932 et 5949 renferment des chroniiiues de France commençant à la guerre de Troie, dont Bouquet a cité des extraits, rec. X, pag. 293 ; XI, pag. 371 ; XII, pag. 62. 208. 215, mais la guerre de Thèbes n'y est point racontée, ce qui na rien d'étonnant. Il faut donc chercher dans le Roman de Thèbes seul la source des rédactions en prose que nous possédons de la guerre do Thèbes, et le nom dOrose n'est là que pour servir d'autorité à l'abréviateur.

RÉDACITIOXS EX PROSE. 331

Cy commence la table du livre de la destruction de Troye* , et parle du roi Nimus qui premieremeiit porta armes. — Gomme la royne Semiramis tint toute Assire après lui. — Delà division de trois puissans règnes et de leur seigneuries. — Gomment Romme avet des lors qu'elle commença et a encore la seigneurie. — Gomment Romme commença quant Babiloine fut destruite. — Gi commence a parler des lignées des rois d' Assire. — Encore compte des Assiriens, et du déluge qui courut en ïhessale. — Des pestilences qui régnèrent ou tems mesmes. — Gomment Damaiis s'en alla en Grèce. — Gomment Dardanus fut la première semence de Troyc. — Des roys qui les règnes tindrent. — Encore de ceux qni régnèrent adoncques. — De Dedalus. — Des maulx du siècle et pourquoy ^.

Des hystoircs de Thèbes et du roy qui lors estoit. — Gomment le roy commanda son fils occire. — Gomment veneurs trouvèrent Tenfant. — Gomment l'enfant fut nommé Edypus et comment il fut gardé et nourri. — Gomment Edypus cuidoit estre filz au roi Polibum. — Gomment Edypus sceut que [le] roy n'estoit pas son père. — Gomment le roy dist a Edypus qu'il n'estoit pas son père. — Gomment Edypus s'en alla au temple ou estoit Appelle et lui pria qu'il lui donnast responce qui estoit son père. — Gomment Edypus occist son père. — Gomment ceulx de Thèbes firent grant dueil por le roy. — Gom.ment Edipus s'en alla à Thèbes et en son chemin trouva une beste moult diverse qui estoit nommée Spinn, qu'il occist. — Gomment Edypus print a femme la royne de Thèbes sa mère. — Gomment Edypus sceut qui estoit son père et sa mère, et la royne qui estoit son fîlz. — Gomment la royne esprouva la certainté de Edypus. — Du dueil et de la fin de Edypus".

* Il y aurait autant de raison de dire: « de la destruction de Thèbes », ou plutôt il aurait fallu dire : a de la destruction de Thèbes et de Troie r>.

- On voit ici un souvenir d'Orose et de ses imitateurs directs.

^ Tentes les rédactions en prose s'accordent à faire mourir Œdipe dans le cachot où l'avaient jeté ses fils, et il ne reparait pas, comme celaa lieu dans le Uomau. Le ms. 15455, après avoir parlé du conseil tenu par Étéocle à

— Du contens qui fut entre Ethiocles et Pollimices {sic).

— Gomment Pollimices vuida la terre. — Gomment Adrascus * {sic) fut roy d'Arges et tint Grèce. — Gomment Pollimices vint es sales du roy de Grèce.— Gomment Thydeus le filz au roi Galadoyne {lis. au roi de Galidoine =zCalydon) vint la ou estoit Pollimices. —Gomment le roy mena les chevalliers en ses salles. — Gomment le roy Adrascus manda ses filles en ses {lis. leur) chambres. - Gomment le roy Adrascus se pourpensa qu'il donneroit ses filles aux chevalliers. — Gomment Thydeus et Pollimices octroierent le mariaige. — Gomment Ethiocles ouyt nouvelles du mariaige son frère. — Gomment Pollimices se conseilla au roy Adrascus. — G. Thydeus dist qu'il iroit au messaige. — G. Th. alla a Thebes. — G. Th. iist son messaige. — G. le roy Ethiocles respondit a Th. — G. Th. respondit au roy Ethiocles. — G. Th. desfîa le roy Ethiocles. —G. le roy Ethiocles fist suivir et guetter Th.

G. le connestable du roy Ethiocles et sa chevallerie

s'embuscha contre Th. — G. Th. se desfendit contre L chevaliers. — G. la fille au roy Ligarges trouva Th. — G. Th. parla a la fille au roy Ligarges. — G. Th. se partit de la fille au roy Ligarges. — G. Th. rapporta son messaige. — Du chevallier a qui Th. avoit sauvé la vie, comme il porta les nouvelles a Ethiocles. — G. le chevalier s occist. — Du dueil que firent ceulx de Thebes pour la mort des chevalliers. — Du conseil que les barons de Grèce donnèrent au roy Adrascus pour vangier Thydeus.

Gomment le roy manda les barons de Grèce. — Quelz

gens vindrent a l'aide du roy Adrascus. — Gomment Th.

l'arrivée des Grecs, fait cette réflexioii : « Seigneurs, plusieurs (lient que le roy Edipus. le père aux deulz [sic) filz fut a ce conseil donner et faire • mais il me semble que ce ne se peust legieremeut faire. Car supposé qu il eust esté en vie, n'y feusl-il mie veuuz, tant les heoit et tant vouloit leur maleureté. « L'auteur du poème remanié était sans doute de cet avis.

i Adrascus. Ce nom se trouve également ainsi orthographié dans 1 tdipus (manuscrit et imprimé); Terreur provient du scribe, qui a lu un c la

où il y avait un t, ces deux lettres se confondant facilement dans l'écriture

du XIII* siècle.

manda ses amis. — G. eut grant joye de ceux qui vindrent a son aide. — G. le roy Ethiocles manda ses amis. — Du serement Ethiocles. — Gomme Amphoras fut espoventé des parolles des dieux. — G. Amphoras alla en Fost courroucé. — G. les barons no vouldrent croire Amphoras. — G. Tostse meut et vint en la terre du roy Ligarges. — G. ils trouvèrent eave. — G. Alchimerus le petit filz du roy Ligarges fut mort, lequel gardoit Quiziphile\ qui avoit enseigné l'eave a ceulx de l'ost. — G. Quiziphile s'en alla a Tydee plourant pour la mort de Tenfant et comment le roy lui pardonna. — G. l'ost vint devant Thebes. — G. l'ost se logea et comment Ethiocles se conseilla. — G. la royne de Thebes avec ses deux filles vint au roi Adrascus pour traictier delà paix. — G. et pourquoy la bataille commença entre ceulx de Thebes et les Grieux. — G. ceulx de l'ost s'assemblèrent a ceulx de Thebes. — G. la royne de Thebes parla au roy Adrascus. — G. Amphoras périt. — G. le roy Adrascus se conseilla a ses hommes. — G. Pollimices et Ethiocles s'entreoccirent. — De l'assault qui fut aux portes. — G. les dames de Grèce viendront a Thebes. — G. le duc d'Athènes requist au roy Greon les corps des Grieux morts. — G. le duc d'Athènes assiégea et print Thebes. — G. les dames de Grèce ensevelirent leurs barons, et du dueil qu'elles en firent. — G. le roy Adrascus retourna en Grèce. — G. Thebes fu restorée {ms. 24396 : G. les paubres gens restaurèrent la cité, qui encore est appellée E strie).

De ceulx d'Athènes et de ceux de l'isle de Grethe qui en cellui temps seignoiroient [lis. guerroioient). — Gomment le roy d'Egipte voult conquerre tout le monde par son oultrecuidance. — G. le roy d'Egipte fut desconfiz en Seiche {ms, 24396 : Siche'). —G. le roy d'Egipte {lis,

* Le rubricateur a mis : Que sa fille ; dans le texte, il y a Quiziphile (= Hypsipyle).

2 « Le roy de Syche estoit a une partie d'Europe selon la grant mer Oceane, qui tout le monde environne , et ce règne départ au règne de Paflagonie et Europe et Aise. »

de Seiche, d'après le ms. 24396) alla en Seiche (lis. eu Egiple) pour conquerre le règne. — G. les dames de Seiche allèrent vengier leur fîlz et barons. — C. les dames de Seiche portèrent premièrement armes. — G. la royne Synope alla vengier sa mère. — G. les Grieulx envaïrent Hercules. — G. Hercules occist Antheus. — Gy parle de la prouesse Theseus son compaignon. — Gomment Japhet ûlz Noé fut commencement de Troye. — Du lieu ou Troye tut fondée, etc. Ges deux chapitres appartiennent à l'histoire de la guerre de Troie (Roman de Troie mis en prose), mais en sont indépendants, comme on peut le voir par les titres mômes. Le ms. 24396 sépare cette partie du recueil. Après ces mots : ExpUcit de Hercides et de Teseus, il met au-dessous à l'encre rouge : Deo gracias. Amen ; puis, à la page suivante : Cy commence la grant et vraye hystoire de Troye la grant, en laquelle sont contenues les eplstrès et lettres que les daines envoioient aux chevaliers et les chevaliers aîcx daines, laquelle hystoire contient XXVII batailles, laquelle hystoire le roy envoya, etc. ...et est la dicte histoire toute complète sans rien abréger,

n faut classer à part le manuscrit B. N. f" fr., no 15458 (ancien Saint-Germain 88), ainsi désigné dans le catalogue : Ancienne chronique depuis Laïus, roi de Thebes, jusqu'à Charles, comte de Provence, qui fut empereur (1264); 1 vol. in-fol. papier, xv' siècle. Le premier chapitre n'a pas de titre; il traite de la destruction de Thèbes, en commençant par Laïus et Œdipe, et contient 8 pages à 2 colonnes et une demi-colonne. Le dernier chapitre est intitulé : Comment le roi Cfiarles desconfit le petit Conradin. Ge manuscrit abrège régulièrement au début l'histoire d'Œdipe ; mais ensuite il se restreint encore et supprime certains passages importants, comme Tépisode de la fille de Lycurgue et celui d'Hypsipyle. Un ou deux échantillons suffiront pour permettre d'apprécier sa manière : a Quand le roy Adrastus eut assemblé ses grants ousts, il vint de la cité d'Arles et vint a The])es et l'assist. Geulx de de-

dens s'aparillerent de deffendre ; car ils estoienl mult bien ïrarnis, et eut davant la cité mainte bataille et mainte meslée de ceulx de dedens à ceulx de dehors, et maint chevalier mort d'une part d'aultre. Ung jour avint que la roine Jocaste et ses deulx filles seurs a Polinices alerent en l'ôust pour parler a son fils de la paix; ».... et un peu plus loin : ce Ung aultre jour s'asemblerent les batailles : la fut Thideiis mort le bon chevalier, qui tant avoit esté saige* , courtoys et preus, et mult d'aultres prodomes y furent ocis. Une aultre foiz rasemblerent leur batailles : la abalit Polinices son frère Ethiocles au jouster, etc. » On voit avec quelle rapidité l'auteur mène son résumé dans la dernière partie de ce chapitre. Il s'étend un peu plus au début, mais il y est encore bien plus court que les autres abréviateurs : ce Quant il (Edipus) vint en l'aage de XV ans, il voult mestraier tous ceulx qui estoient autour de luy. Et tant que ung jour il se courrousa a ung sien compaignon qui lui dist qu'il avoit tort, quand il faisoit tant d'oultraiges ; car bien sçavoit il qu'il n'estoit pas filz de Roy, ainz avoit esté trouvé en la forest. Quant Edipus oyt cela, il fut multdoulant et traist le Roy a une part et le conjura sur ses dieux qu'il luy dist a qui fils il estoit. » Voici comment le ms. 15455 traite ce passage ^ : « Et quant il vint en l'aage de XV ans, il fut moult fier et moult orguilleux, et vouloit mestrier tous ceulx qui entour luy estoient, ne ne prisoit riens leur affaire, car il cuidoit estre seigneur et damoiseau sur tous. Et tant alla la chose que Edipus, qui estoit grant et fier, se courrouça a ung sien compaignon, et montèrent tant paroles que celluilui demanda pourquoy il se monstrait si fier et si orguilleu?; et qu'il

* Cette épithète rappelle un peu l'éloge des chefs, qu'Euripide met dans la bouche d'Adraste dans les Suppliantes (voir notre !»•• partie).

2 h' Edipus (ms. 301 et imprimé) a le même texte, sauf deux ou trois variantes insignifiantes, consistant surtout en des changements de tournure. Devant les mots : « El tant alla la chose j», il a une rubrique, comme le ms. 22554. Les chapitres de ces deux manuscrits sont plus nombreux que ceux du ms. 15455, (luoiquu le texte soit à très peu de chose près le mêm^.

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de Seiche, d'après le ms, 24396) alla en Seiche (Us. en Egiple) pour conquerre le règne. — C. les dames de Seiche allèrent vengier leur iilz et barons. — C. les dames de Seiche porteront premièrement armes. — C. la royne Synope alla vengier sa mère. — G. les Grieulx envaïrent Hercules. — G. Hercules occist Antheus. — Gy parle de la prouesse Theseus son compaignon.— Gomment Japhetfllz

Noé fut commencement de Troye. — Du lieu ou Troye fut fondée, etc. Ges deux chapitres appartiennent à Thistou^e de la guerre de Troie (Roman de Troie mis en prose), mais en sont indépendants, comme on peut le voir par les titres mômes. Le ms. 24396 sépare cette partie du recueil. Après ces mots : Expllcit de Hercules et de Teseus, il met au-dessous à l'encre rouge : Deo gracias. Amen ; puis, à la page suivante : Cy commence la grant et vraye hystoire de^Troye la grant, en laquelle sont contenues les épisires et lettres que les dames envoioient aux chevaliers et les chevaliers aîcx dames, laquelle hystoire contient XXVII batailles, laquelle hystoire le roy envoya, etc.... et est la dicte histoire toute complète sans rien abréger.

Il faut classer à part le manuscrit B. N. f' fr., no 15458 (ancien Saint-Germain 88), ainsi désigné dans le catalogue : Ancienne chronique depuis Laïus, roi de Thebes, jusqu'à Charles, comte de Provence, qui fut empereur (1264); 1 vol. in-fol. papier, xv« siècle. Le premier chapitre n'a pas de titre; il traite de la destruction de Thèbes, en commençant par Laïus et Œdipe, et contient 8 pages à 2 colonnes et une demi-colonne. Le dernier chapitre est intitulé : Comment le roi Charles desconfit le petit Conradin. Ce manuscrit abrège régulièrement au début l'histoire d'CEdipe ; mais ensuite il se restreint encore et supprime certains passages importants, comme T épisode de la fille de Lycurgue et celui d'Hypsipyle. Un ou deux échantillons suftiront pour permettre d'apprécier sa manière : ce Quand le roy Adrastus eut assemblé ses grants ousts, il vint de la cité d'Arges et vint a Thebes et l'assist. Geulx de de-

REDACTIONS EN PROSE.

dens s'aparillerent de deffendre ; car ils estoient mult bien garnis, et eut davanl la cité mainte bataille et mainte meslée de ceulx de dedens à ceulx de dehors, et maint chevalier mort d'une part d'aultre. Ung jour avint que la roine Jocaste et ses deulx filles seurs a Polinices alerent

en l'oust pour parler a son fils de la paix; » et un peu

plus loin : « Ung aultre jour s'asemblerent les batailles : la fut Thideiis mort le bon chevalier, qui tant avoit esté saige* , courtoys et preus, et mult d'aultres prodomes y furent ocis. Une aultre foiz rasemblerent leur batailles : la abatit Polinices son frère Ethiocles au jouster, etc. » On voit avec quelle rapidité l'auteur mène son résumé dans la dernière partie de ce chapitre. Il s'étend un peu plus au début, mais il y est encore bien plus court que les autres abréviateurs : « Quant il (Edipus) vint en l'aage de XV ans, il voult mestraier tous ceulx qui estoient autour de luy. Et tant que ung jour il se courrousa a ung sien compaignon qui lui dist qu'il avoit tort, quand il faisoit tant d'oultraiges ; car bien sçavoit il qu'il n'estoit pas filz de Roy, ainz avoit esté trouvé en la forest. Quant Edipus oyt cela, il fut mult doulant et traist le Roy a une part et le conjura sur ses dieux qu'il luy dist a qui ûls il estoit. » Voici comment le ms. 15455 traite ce passage ^ : ce Et quant il vint en l'aage de XV ans, il fut moult fier et moult orguilleux, et vouloit mestriertous ceulx qui entour luy estoient , ne ne prisoit riens leur affaire, car il cuidoit estre seigneur et damoiseau sur tous. Et tant alla la chose que Edipus, qui estoit grant et fier, se courrouça a ung sien compaignon, et montèrent tant paroles que cellui lui demanda pourquoy il se monstrait si fier et si orguilleux et qu'il

* Cette épitliète rappelle un peu l'éloge des c!iefs, qu'Euripide met dans la bouche d'Adraste dans les Suppliantes (voir notre 1^* partie).

2 h' Edipus (ms. 301 et imprimé) a le même texte, sauf deux ou trois variantes insignifiantes, consistant surtout en des changements de tournure. Devant les mots : « Et tant alla la chose j> , il a une rubrique, comme le ms. 22554. Les chapitres de ces deux manuscrits sont plus nombreux que ceux du ms. 15455, quoique le texte soit à très peu de chose près le mêm^.

vouloit avoir la maîtrise sur lui et sur les autres. Edipus lui respondi pour ce qu'il le vouloit et devoit faire. Et cellui lui dist tanlost : ce Ne le faites point pour ce que vous cuidez que le Roy soit vostrc père , car bien sachiez qu'il ne l'est mie, aiuz feustes trouvez en la forest obscure ; m se seitonqui vostre père ne vostre mère furent. Et pour ce ne vous devez tant enorguillir que vous malmenez moy ne les aultres; mais pourpensez vous qui vous estes, ne ne vous contoiez point trop pourtant se le Roy vous monstre la franchise de lui. » Quant Edipus ouy ainsy parler cellui, il fut moult iriez ; car il cuidoit estre fils du Roy Polibus ; si ne sçotque faire ne que dire. Lors se pourpença qu'il yroit au Roy pour apprendre et savoir, s'il onques peust, la vérité de ceste chose. Et se cellui lui a dite mençonge, il s'en vengera, s*il puelt, et a grant douleur lui fera fmcr sa vie. Et se le Roy lui affirme que ce soit vérité, lors n'y aura fors d'encerchier qui son père ne sa mère furent ou estoient.— (Rubrique). Adoncques s'en vint Edipus auroy Polibus ; si lui demanda en conseil, et sur ses dieux ([u'il adoroit le conjura qu'il ne lui celast mie s'il estoit son filz et s'il congnoissoit point sa mère. Le Roy, qui ce ouy, le re"-arda ou viaire, et lui sembla moult triste. Si luy demanda qu'il avoit qui si estoit troublé, et s'il ne savoit bien qu'il (nej feust (pas) son père ' . Edipus lui respondi : (( Sire, ainsi n'est il mie ; si vous pri, tant comme je puis, que vous m'en dictes la vérité, ou je ne demourray plus en vostre royaulme, ainz m'en irai en aultre contrée pour enquérir se de ceste chose pourray riens savoir ne apprendre. )) Quant le roi Polybus ouy ainsi parler Edipus, etc. » Gomme trait particulier au ms. 15458, il faut mentionner ceci qu'il appelle les filles d'OEdipe Gorgone et Ymaine; V Edipus les nomme Congne et Ymenée. Ainsi les deux scribes ont, chacun de son côté, identifié un des deux noms qu'ils ne connaissaient pas avec un autre à eux moins inconnu. Les

1 Edipus : Adonc il sçavoit bien que il n' estoit mye son pcre-, ce qui est plus clair.

deux formes Congne et Gorgone semblent d'ailleurs dériver d'une source commune, où la première partie du mot ^/U/^a/i(? avait été supprimée par un accident quelconque. Il est à remarquer du reste que les rédactions en prose de notre poème estropient en général davantage les noms propres, sans doute parce qu'elles s'éloignent de plus en plus de la source par la succession des manuscrits, et qu'elles sont rédigées ou transcrites à des époques encore plus ignorantes de l'antiquité classique. Mais revenons à l'étude des manuscrits.

Le no 301 du f français (anc. 6925), in-f«, fin du xiv® siècle ou commencement du xv% est intitulé : a Les livres des histoires du commencement du monde. Il commence par cette rubrique : Ci comence Vystoire de Jlœbes et comment elle fut destruite environ . F^ et .Ix. ans alns que Rome fus t commencée ne fondée. — Puis viennent ces mots : (( Un roy estoit adonc assez riche et pulssans, Layus

fu appeliez..., » Il finit par: ce Et ce fu Van qu'il ot

.vlj. cens ans que la cité de Rome avolt esté commencée a faire. » Suit une rubrique : Ici finissent les livres des hystolres du commencement du monde : c'est d'Adan et de sa llgnle, de Noé^ de la destruction de Thebes et du commence^ ment du règne de Femenle, et Vystoire de Troye la Grant ^ et de Alexandre le Grant et son père, et de Cartage et du commencement delà cité de Rome. Ce serait donc une rédaction en prose de la traduction en vers de la Bible ^ du Roman de Thebes, du Roman de Troie (qui comprend l'iiisloire du royaume de Femenie), du Roman d'Alexandre et (le VÉnéas] mais il y a là une erreur du rubricateur, car cet exemplaire commence à l'histoire de Thèbes, qui va du f" 1 au f° 20. Après l'explicit : Cy finist de Thebes la destruction, l'on trouve au commencement de la page suivante cette rubrique : Cl commence Vystoire de ceulz de Athènes et de ceulz de Vlslede Crète qui en ce temps se guerrololent, et du commencement du règne de Femenle et de Hercules et de Jason,

Gomme la prétendue traduction d'Orose, cette rédaction mène Thistoiro romaine jusqu'au retour de Pompée à Home. En ce qui concerne le R)man de TiwOes, elle offre à très peu près le même nombre de chapitres (pie celle des manuscrits 22554 et 2439G, et un texte très rapproché, mais plus ancien. M. Paul. Paris {Mss. fr. ,[om. II, pag. 318) croit qu'il est du xiii" siècle; en tout cas, la langue a certainement été rajeunie par le scribe. Cette rédaction est surtout intéressante en ce ({u'elle a fourni la matière de VEdipus imprimé, dont il nous reste à parler \

Le volume de la Bibliothèque nationale, coté Y 3671 A (anciennement Y 2— 235) renferme, reliés ensemble: rL'hystoire plaisante et récréative faisant mention des prouesses et vaillances du noble Sypcris de Dinemulx et de ses dix-sept filz, nouvellement imprimée à Paris (gravure sur bois au bas du titre). — On les vend a Paris, en la rue Neufve Nostre Dame, a l'enseigne de Sainct Nicolas (sans date). 2" Le Roman de Edipus filz du Roy Layus lequel Edipus tua son père. Et depuis espousa sa mère : Et en eut quatre enfants. Et parle de plusieurs choses excellentes. yj, L. — On les vend a Paris en la rue Neufve Nostre Dame a renseigne Sainct Nicolas (sans date). 3" Paris ei Vienne, imprimé nouvellement a Paris. — .viij. L. — (Gravure sur bois). — A Paris pour Jehan Bonfons libraire demeurant en la rue Neufve Nostre Dame a renseigne Sainct

Nicolas.

La réimpression faite dans la collection Silvestre en 1858 porte le titre suivant : S'ensuit le Roman de edipus filz du roy Layus lequel Edip^ tua son père. Et depuis espousa sa mère : Et en eut quatre enfants. Et parle de

1 C'est donc à tort que GrsDsse {Die grosscn Sagenkreise des Millelaltcrs) pense qneV Edipus, qu'il ne connaît que par l'imprimé, ou même par le titre seul de l'édition du xvie siècle, doit être attribué à Raoul le Fèvre, chapelain du duc de Bourgo^me, \\xu\,enr mconiesié du Recueil des hisloires troyennes, écrit en l'iG3 (ou, selon Dunger, en 14G4), dont d sera parlf plus loin. Gholevius {loc. laud. I, pag. 145) émet la même opinion, sans apporter aucuns preuve.

plusieurs choses excellentes. Nouvellement imprimé à Paris. — Une note placée à la fin du volume dit que cette édition est faite d'après Pexemplaire de la collection Gange, imprimé pour le libraire Pierre Sergent, qui se trouve depuis 1733 à la Bibliothèque nationale; elle ajoute que l'édition donnée par Bonfons, qui tint la même librairie, édition signalée dans le Manuel du libraire et la Bibliographie instructive^ n'est connue que par tradition. L'auteur de la note n'a qu'à moitié raison : cette édition Bonfons n'existe ni à la Bibliothèque nationale ni ailleurs, et elle n'a jamais existé. La confusion vient de ce que le dernier des trois ouvrages reliés ensemble sous le n° Y 3671 A a été réellement imprimé pour Bonfons, tandis que le second, VEdipus, l'a été pour Pierre Sergent, ainsi que l'atteste Vexplicit.

Ce qui est certain, et ce dont une comparaison attentive nous a permis de nous assurer, c'est que rédition du xvf siècle a été faite à l'aide d'un seul manuscrit, et que ce manuscrit est le n'' 301 B. N. P fr. Il n'v a d'autre dilférenceà signaler entre le ms. et l'édition que quelques mots déplacés et quelques modifications accidentelles d'orthographe, dont la plupart proviennent d'une résolution inexacte des abréviations ou de distractions de l'éditeur, par exemple, qui pour quil (ou vice versa), que \)0\xv qui, etc. Notons une importante variante dans un titre : De la grant DESTRUCTION qui fut entre les deux filz (édition : De la TENGON qui entre les .ij. frères fut pour la terre, quant leur père fut mort).

Gomme la réimpression de VEdipus est encore aujourdhui accessible, nous n'entrerons pas dans de longs détails sur ce texte, et nous emprunterons nos citations au manuscrit, les choisissant surtout dans les passages dont il n'a [loint encore été parlé. Disons d'abord que les caractères généraux de ce texte sont ceux du ms. 15455, dont d a été parlé en premier lieu : abréviation régulière du Roman de Thèbes (ms. A), jusqu'à la mort d'Amphiaralis,

avec suppression des jeux en l'honneur d'Archémorus, de l'épisode de Monlflor et des détails de la première bataille, et maintien de l'épisode de la iille de Lycurgue, puis résumé rapide de la guerre jusqu'à la mort des deux frères; la fin abrégée régulièrement comme la première partie. Les réflexions de l'auteur sont mêlées au texte, et non scrupuleusement isolées, comme dans la traduction d^Orose imprimée ; elles sont d'ailleurs plus courtes, mais placées en général aux mêmes endroits et de même sens*, ce qui semble indiquer une source commune. Est-ce le ms. 301 lui-même? Est-ce un autre ms. aujourd'hui perdu ? C'est plus probable. Il serait dilhcile de faire un choix entre les rédactions qui nous restent, car toutes ofî'rent quelques légères différences entre elles et avec le Roman, surtout pour les noms propres. Contentons-nous donc de signaler dans VEdlpus celles de ces différences dont il n'a pas encore été question.

Jocaste avait reçu des serviteurs de Laïus la confidence qu'ils n'avaient point mis à mort Œdipe, mais l'avaient

1 Le texte de ces réQcxions se rapproche beaucoup de celui du ms. 15455. Voici, pour qu'on puisse faire la comparaison, le passage où le rédacleur 'lonne la raison des suppressions qu'il opère dans son texte, passage que nous avons déjà cité d'après le ras. 15455 (v. pag. 321 sqq.) : « Ainsi furent les Grecz rassurez, a qui il voulsist mieulx qu'ilzs'en fussent allez; car moult soulfroicut de peines et de travaulx et de chault et de froit ; et dehors et dedciis s'entreocciront comme gens qui de eulx n'avoient conte ne cure. Or lairrons ester leur courroux et leur batailles, et dirons comment alla a la fin. Au commencement fut mort Thideusle bon chevalier, qui tant fat preux ([ue encores en parle Tescripture. Apres mourut Parthonoiopeus, et Ypomedon fut noyé en l'eave ou il se combatoit après ses ennemys plr sa grant prouesse. Et saichez que je ne me veulx entremetre de racompter le jugement ne de dire les noms par qui la cité deust estre perie, car trop enseroit grant paroll.'. H lairrons ester maintes choses a retraire. — Voici une autre rectilication au poème : « Les aulcuns disent que Thideus alla tout a cheval ou le roy se seoit au menger ; mais il me semble qu'il ne le fist pas, car ce sembleroit villenie et couardise, et Thideus u'avoit nulles de ces taches, car il esloil plus courtoys et plus har.ly que nul qui fust au royaulme de Hongrie. » On voit combien notre poème du xii« siècle est plus près des mucurs anli.iues, et comme les usages s'étaient modifiés du xii« au xiv« siècle.

pendu à un arbre, après lui avoir percé les pieds , dans l'espoir qu'il serait secouru; elle raconte les faits à Œdipe, quand elle a aperçu les traces des plaies à ses pieds, non pas au bain, comme le veut le poème, mais au moment où il allait se coucher et venait de se déchausser. — Le lieu où Laïus fut tué par Œdipe est appelé Pilote; c'était un château où les gens de la ville célébraient des jeux. Par une étrange inadvertance, l'auteur, quelques pages plus loin, quand Œdipe raconte à la reine son aventure, dit que ces jeux eurent lieu au château d'Éphèse. Le voisinage du temple de Telphes l'aura fait peut-être songer au temple d^Éphèse, et le temple se sera transformé en château. Pilote est sans doute Phllonie, entre la Sicyonie et l'Argolide, que l'auteur, peu versé dans la géographie ancienne, aura placée près de Thèbes. Au lieu de ce nom, le ms. B donne Fonches (où, dit-il, il y avait un beau temple), et G Porches, altérations de Foces, nom forgé, mais inspiré par le nom de la contrée, la Phocide.— Œdipe avait déjà perdu la vue à force de pleurer, quand il s'arracha les yeux. «Le roy Edipus plora tant que il en perdit la veue. Adonc doubla sa tristesse; car ses filz Ethiocles et Policenes le desprisoient pour sa vieillesse et pour sa misère, et si le gaboient. Le roy qui de ce avoit grant doideur havoit sa vie, car il disoit que oncques mais les dieux n'avoient mis si hault homme a si grant vilté. Ung jour advint que ses deux filz furent devant luy ; si luy dirent moult de villenies et villaines paroles. Si se ayra tant que en leur despit il se creva les deux yeulx du chief et les jecta devant ses deux fîlz, et ils montèrent dessus a deux piedz et les deffoullerent ; et saichez que le roy Edipus ne fut mye joyeulx. Et saichez que ses filz le mirent et avallerent en une fosse ou il mourut a moult grant douleur et a moult grant chetiveté. » Le ms. A., comme on sait, fait survivre Œdipe et le fait assister à la guerre de Thèbes ; d'après ce manuscrit, il n'avoit point perdu la vue à force de pleurer, mais il se creva les yeux aussitôt après la reconnais-

sauce, et ses fils les foulèrent aux pieds, ce qui amena la malédiction du père ; d'ailleurs il s'était enfermé volontairement. La rédaction en prose semble vouloir concilier la tradition classique et le Roman. — Ampliiaraus était monté sur un « destrier » et non sur un char, quand il fut englouti : « Apres ' ne demeura mye long temps que ceulx de dehors et de dedens s'entrearmcrent pour combatre ensemble. Et en celle bataille fut Amphoras armé sur ung riche destrier pour ayder a ceulz de Grèce ; la ou il estoit entré en la grant presse, ouvrit la terre, si que Amphoras cheut dedens et le cheval qui le portoit, et de ceulx qui avecques lui estoient. Apres se, revint la terre ensemble comme devant, et Amphoras fut trebusché en enfer tout vif: ce fut pour la grant desloyaulté qu'il avoit menée ; cartons les jours de sa vie cuidoit les diablesservir sans avoir sa desserte. » On voit qu'il n'est pas question, comme dans le Roman, de la cérémonie expiatoire à la suite de laquelle le goulTre se referma ; il n'en est pas parlé non plus après le conseil tenu par Adrascus^ et la nomination du successeur d'Amphoras, Trodinus (=Thio-

damas) .

L'allusion au noman de Troie, ou du moins à l'histoire de la destruction de Troie, qui se trouve dans le Roman placée, comme une réflexion du trouvère, après le récit de la mort de Tydée, est transportée ici après la prise de Thèbes par le duc d'Athènes, à l'endroit où il est parlé des honneurs rendus aux Grecs morts devant la ville, et en particulier des funérailles des deux frères. « La femme Thideus avait ung fdz de luy qui avoit nom Diomedes, qui moult eut valleur et proesse, ainsi comme vous orrez avant ^. Celuy enfant Diomedes la reconforta moult qui fut du ramenant. Et le roy Adrascus aussi, tant comme il fut

1 C'est-à-dire après rinsuccès de l'iulervention de Jocaste.

2 Adrascus = Adrastus (cf. ci-dessus la noie au ms. 22554.

3 \\ ne faut pas s'étonner de coUe annonce, VEdipus imprimé étant, comme nous l'avons dit, tiré du ms. 301. qui conUent aussi une rédactiou en prose du Roman de Truie.

en vie, la reconforta moult. » Il en est de même dans le ms. 15458, qui cependant, avec moins de convenance, place cette allusion après le passage où il estditqu'Adraste mourut de chagrin et de vieillesse, a Tydetis eut ung filz de la fille du roy qui fut appellée [lis. appelle) Dyomedes, qui puis fist mainz haulx faits de chevalerie devant Troie, et tint le réanime des Argiens. »

L'assaut de Thèbes par le duc d'Athènes offre plus de détails qu'il n'y en a dans le poème, du moins dans le ms. A. L'auteur n'a garde d'oublier l'anecdote des flammes qui se divisent sur le bûcher des deux frères, détail qu'il emprunte sans doute à un manuscrit de la famille BG, où elle figure comme une interpolation évidente ; il ne se souvient plus qu'il a dit quelques pages plus haut que les Tliébains avaient enseveli Etéocle avec honneur. D'après lui, Jocaste et ses deux filles furent mêlées aux autres prisonniers et emmenées à Athènes ; BG s'étaient contentés de dire :

Li dus a fet ses hommes prendre

Geus qui ne se veulent desfendre ;

Touz les a fait enchaenner,

Et puis a Athènes mener;

Li rois Gréons ne se volt rendre,

Pour ce le fist il tantost pendre.

Quant au ms. A, il n'a point ces vers, qui semblent cependant avoir fait partie delà rédaction primitive (voir plus haut le contexte et la comparaison des manuscrits pour la fin du poème, pag. 239 sqq.).

Gomme toutes les rédactions en prose déjà citées, VEdipus parle de la restauration de la ville de Thèbes: ce Apres ce, ces pauvres gens qui s'en estoyent fouyz de Thèbes et qui eschapporent de la bataille se assemblèrent et se herbergerent au mieulz qu'ils peurent. Ainsi fut recommencée la cité de Thèbes la destruicte ; mais luy changèrent son nom les citoyens de la ville. Gar honte et vergongce avoient de

ou

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