‹ La légende d'Oedipe [microform], étudiée dans l'antiquité, au moyen-âge et dans les temps modernes, en particulier dans le Roman de Thèbes;Chapitre 52 sur 94 · A LA RENAISSAXCK ET DANS LES TEMPS MODERNES · texte numérisé non relu

A LA RENAISSAXCK ET DANS LES TEMPS MODERNES

teurs représentent comme amoureux d'une prétendue fille de Laïus, Eurydice, et cherchant à arriver au trône par tous les moyens possibles, ne vaut pas mieux que le Créon de Racine ou que le Thésée de Corneille. J'en dirai autant du Philoctète que Voltaire nous peint amoureux de Jocaste. Il le reconnaît lui-même implicitement, lorsqu'il dit (5'"® lettre sur Œdipe) : a II semble qu'il ne soit venu à ïhèbes que pour y être accusé ; encore est-il soupçonné peut-être un peu légèrement (de conspirer contre Œdipe). . . Il contribue un peu au nœud de la pièce, et le dénouement se fait absolument sans lui : ainsi il paraît que ce sont deux tragédies, dont l'une roule sur Philoctète^ et l'autre sur OEdipe. » Ce défaut n'empêche pas VOEdipe de Voltaire d'être la meilleure imitation du chef-d'œuvre de Sophocle, et l'on doit reconnaître avec M. Patin que, lorsqu'il s'inspire de ce grand modèle, il lui arrive parfois de le surpasser* .

Les invraisemblances inhérentes au sujet même à' OEdipe avaient frappé vivement La Motte. \)'àns^omv'' Discours sur la tragédie^ à l'occasion ci^'Œdipe, il avait d'abord essayé de les corriger; puis, joignant l'exemple au précepte, il avait écrit successivement un OEdipe en vers (1726) qui, d'après Voltaire % fut joué quatre fois, et un OEdipe en prose, qui ne fut jamais joué. « La Motte, dit M. Patin, corrige ingénieusement les invraisemblances de la fable, mais il en retire en même temps toute terreur et toute pitié»; et il ajoute finement : « de son OEdipe en vers, de

* \j OEdipe de Voltaire eut l'honneur, rare à cette époque, de la parodie. On lit, en effet, dans V Histoire du Tliéâtre français des frères Parfait cette indication :

OEdipe travesti, comédie par M. Dominique, comédien ordinaire de S. A. R. Monseigneur le duc d'Orléans. Paris, Antoine-Urbain Goutellier, in-12, 48 pages. (Elle est en vers et en un acte, et a été représentée le lundi 17 avril 1719 par les comédiens ordinaires de S. A. R. Monseigneur le duc d'Orléans, qui, après sa mort, obtinreutle titre de comédiens ordinaires du roy.)

- Lettre au père Porée (172G).

3S'2 LA LÉr.ENDE d'oEDIPE

son Œdipe en prose, rien n'est resté, ni prose, ni vers* ». Il en est de même de YOEdlpe du père Melchior Folard^ (1722) qui, vers la môme époque, avait aussi cherché à pallier les invraisemblances de la fable de Sophocle, principalement en se rapprochant de la manière dont il semble qu'Euripide ait traité le sujet.

UOEdipe à Colone de Sophocle avait d'abord semblé à Ducis trop simple pour fournir la matière d'une tragédie en cinq actes. Il y joignit VAlceste d'Euripide, et de ces deux pièces combinées il fit Œdipe chez Admèie (1778)"\ où, tour à tour terrible et pathétique, il nous fait frémir des imprécations d'Œdipe contre ses fils et pleurer des douleurs d' Admète. Mais, malgré les beautés de détail de la pièce, on s'aperçut bien vite que ce retour aux procédés de Garnier et de Rotrou diminuait l'intérêt en le divisant, et l'auteur lui-môme, qui ne s'était jamais fait illusion à cet égard, se décida à réduire sa pièce en trois actes et à se renfermer dans le sujet d'Œdipe à Colone (1797). Mais, pour ne pas priver sa pièce des ornements qui en avaient fait le succès, il donne à Thésée le rôle qu'avait Admète dans la pièce primitive, et le représente comme destiné à mourir prématurément et sauvé par le dévouement de Taveugle thébain. Le plus beau morceau de la pièce, c'est assurément l'admirable scène oùPolynice, d'abord repoussé par Œdipe, obtient enfin son pardon et renonce à ses projets criminels, pour y revenir bientôt, lorsque, voulant se dévouer pour Thésée à la place de son père, il a été repoussé par le grand-prôtre. C'était là une heureuse tentative de rajeunissement du sujet: Ducis a été imité en cela par Marie-Joseph

* Patin, Trag. grecs, IV, 157, 4m« édit.

2 M. Folard, né à Avignon le 5 octobre 1683, mort dans la môme ville le 19 février 1739. Sa pièce était dédiée à Ut' de Villeroi, archevêque de Lyon, par une épître en vers raarotiques (Paris, Jossele fils, 1722, in-8°).

^ Pour lier ces deux pièces, Ducis fait jouer à Admète le rôle de Thésée à l'égard d'CEdipe ; ce dernier se dévoue dans le temple des Euménides pour conserver les jours d'Admète, qui no peut être sauvé que par le sacrifice d'une personne de sang royal, et rend ainsi inutile le sacrifice d'Alceste.

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