‹ La légende d'Oedipe [microform], étudiée dans l'antiquité, au moyen-âge et dans les temps modernes, en particulier dans le Roman de Thèbes;Chapitre 53 sur 94 · A LA RENAISSANCE ET DANS LES TEMPS MODERNES · texte numérisé non relu

A LA RENAISSANCE ET DANS LES TEMPS MODERNES

ChénieT{Œdipeà Co/one*), qui lui a emprunté une partie de la scène où Polynice triomphe de la haine d'Œdipe, et par Guillard, dans son opévdiLVŒdipe à Colone^ donné en 1787. M. Patin croit que ce sont les idées du christianisme qui on' déterminé Ducis à remplacer l'inflexibilité traditionnelle d'Œdipe par un caractère plus sensible et plus capable de tendresse paternelle. C'est possible : quoi qu'il en soit, le succès de cette tentative prouve mieux que tous les raisonnements la difficulté de faire accepter au public de nos jours la légende antique dans sa terrible réalité.

Le PoUnice d'Alfieri mérite une mention à part parmi les pièces du théâtre italien qui se rapportent à notre légende. Le personnage de Gréon est le ressort de l'intrigue : ce prince cherche à arriver au trône par la ruine d'Étéocle et de Polynice, qu'il ne cesse d'exciter l'un contre l'autre , tandis que Jocaste et Antigène font tous leurs efforts pour les réconcilier. On ajustement admiré la scène où les deux frères, qui sentaient leur ressentiment se fondre sous cette douce influence, sont rejetés dans leur haine sauvage par Gréon, qui, après avoir conseillé à Étéocle d'empoisonner la coupe de Polynice, vient de révéler à ce dernier le terrible secret. Alfieri n'a pas craint de mettre le dénouement sur la scène : Œdipe, enfermé df^puis trois ans dans un cachot, en apprenant que ses fils vont se battre, renouvelle contre eux ses imprécations, et bientôt l'on rapporte Étéocle mortellement blessé, mais respirant encore; Polynice l'accompagne, implorant son pardon ; c'est à ce moment qu'il est poignardé par son frère, qui l'a reçu dans ses bras.

Ge dénouement a été imité par Legouvé dans son Étéocle (i799j. Pour le reste, il suit, dit-il, Euripide. Il lui a, en effet, emprunté le caractère de Polynice, qu'il oppose à celui d'Étéocle, en l'amollissant encore plus que Ducis et

* Théâtre posthume, 1818. — Sauf ce point et quelques autres de peu d'importance, l'auteur suit assez exactement Sophocle. — Son Œdipe- Roi n'est guère qu'une traduction libre.

qu'Alfieri; mais il suit aussi souvent Sénèque pour le fond des idées. C'est à la suite de la mort de Gapanée, dont le Thébain Œnomaus partage ici le sort, (lu'Éléocle propose à son frère de vider leur querelle en combat singulier, sous prétexte que les dieux s'Indignent du sang qu'ils font verser. Polynice accepte le combat, en gémissant sur la nécessité de commettre ce crime horrible, et y met pour condition que leur père sera remis en liberté. Au v'^ acte, le poète, dénaturant aussi le caractère d'Œdipe, mais allant plus loin encore que Ducis, c'est-à-dire dépassant le but, nous montre le malheureux vieillard pardonnant non-seulement à Polynice, mais encore à Étéocle, au moment môme où ses fils accomplissent leur horrible dessein.

On lit dans la BibUothèque théâtrale du duc de La Val-

lière :

« La Tournelle, commissaire des guerres :

Œdipe ou les trois /ils do Jocaste, tragédie.

Œdipe et Polybe, tragédie.

Œdipe ou V ombre de Laïus, tragédie.

Œdipe et toute sa famille, tragédie.

Ces quatre pièces d'OEdipe ont été imprimées à Paris, chez François le Breton, dans les années 1730 et 1731, mais elles n'ont point été représentées.»

Nous avons eu entre les mains la première de ces tragédies : elle se trouve dans un recueil factice de la Bibliothèque de la ville de Nîmes, qui comprend 122 volumes de tragédies ou comédies des xvif et xviii' siècles * , réunie dans le 11 G'"' volume à plusieurs autres pièces d'auteurs différents. L'auteur, qui avoue n'avoir écrit des tragédies que pour se délasser des ennuis d'un procès qui durait depuis sept ou huit ans, a complètement bouleversé les traditions reçues et combiné de la plus étrange façon l'histoire de la reconnaissance d'CEdipe et celle de la mort des deux frères: Polynice poignarde Étéocle dans un recoin obscur du

* Cette collection porte le a^' 8345 du Catalogue; le no 8344 désigne une collection semblable de 90 volumes.

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palais et meurt aussitôt empoisonné par Jocaste, qui craint de tomber sous ses coups.

La reine se tue à l'acte suivant, en apprenant qu'Œdipe est son fils, et celui-ci se tue à son tour. On nous dispensera d'entrer dans les détails : il est impossible de pousser plus loin la fantaisie que ne l'a fait l'honnête commissaire des guerres. Nous n'avons pu nous procurer les trois autres pièces de La Tournelle; mais si elles offrent trois autres manières de traiter le sujet d'Œdipe, la lecture doit en être curieuse. Ce que nous avons dit suffît pour montrer jusqu'où peut aller l'imagination en délire d'un auteur qui cherche à se distinguer de ceux qui Pont précédé, et qui, ne pouvant faire ni mieux ni aussi bien, se contente de faire autrement.

Terminons ce rapide examen par l'indication de quelques autres pièces qui se rapportent à notre sujet, en commençant par celles qui ont paru en France.

En 1684, Jean Robelin, du comté de Bourgogne, donna une rhébaïdc aujourd'hui tout à fait introuvable, et que déjà les auteurs de la Bibliothèque du duc de La Vallière déclarent n'avoir pu se procurer :

Jean Robelin , la Thebaïde, sans distinction d'actes ni de scènes, dédiée à M»'' le duc de Lorraine. Pont à Mousson, Martin Marchant, 1584, in-4° (suivant Brunet, petit in-8o de 60 ff.; est-ce une autre édition ?). La fameuse bibliothèque dramatique de M. de Soleinne n'en possédait qu'une copie manuscrite. Brunet affirme que la pièce avait 5 actes en vers, avec des arguments en prose.

Suivant de Beauchamps {Bibliothèque des théâtres, 174 6), Claude Boyer d'Alby, qui entra à l'Académie en 1666, aurait aussi donné une Thebaïde en 1660^; M. Pierrot, dans son édition de Sénèque (collect. Lemaire), en fait

' Ce pauvre poète, que Boursault n'a pas craint de louer dans la Satyre des Satyres, et qui, d'après Chapelain,, ne le cédait qu'à Corneille, est plus connu par le vers de Boileau :

Boyer est à Pinchène égal pour le lecteur, uu par l'épigranime de Furelière. qui exi)li(iuc en ces termes le peu de

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également mention. Mais les pièces de cet auteur eurent si peu de succès qu'on n'est pas même d'accord sur leur nombre qui semble devoir être porté au moins à douze, et nous n'avons pu découvrir d'indications précises sur cette JWbaïde Faut-il l'identifier avec ÏAnligone de Pader d Âssezan? C'est peu probable : cet avocat Toulousain, dont le style valait mieux que celui de Boyer, fut son disciple ou son collaborateur, et il est curieux de les voir se disputer la paternité d'un Agamemmn, paru en 1680 sous le nom de d'Âssézan. Dans la préface de son Antigone, pubbee en 1686, ce dernier combat les prétentions de Boyer, qm déclarait en tête de son Artaxercc que, pour se dérober a lu nersécution, il avait caché son nom et laissé afficher 1 A- Lmemnon sous celui de d'Assézan. Brunct affirme que V Antigone parue sous le nom de d'Assézan est bien de Bover, lequel avait obtenu le privilège sous le nom de Brico: mais il ne dit point sur quelles autorités il s'appuie Quant à la riiébaïde que citent Pierrot et de Beauchamps, il s'a"it sans doute de quelque pièce restée inédite.

Signalons encore, d'après M. Patin, UJocaste du comte de Lauraguais (1781), dont les mauvais plaisants disaien que ce qu'il v avait de plus clair dans cette pièce, c etail r énigme du "sphinx; une Antigone de Pradon, qm na iama'isété imprimée, à cause de son insuccès; une autre de Chateaubrun, qui ne fut ni jouée, ni imprimée ; enliu

succès (l'une .10 ses pièces, laquelle n'avait été jouée qu'un vendredi et uu

dimauche : ...

Quand les pièces représentées

De Boyer sont peu fréquentées,

Chagrin qu'il est d'y voir peu d'assistants,

Voici comme il tourne la chose :

Vendredi la pluie en est cause,

Et dimanche, c'est le beau temps.

Ses sermons, du reste, n'étaient pas mieux suivis que les représenta-

^T^Îe^ÏSlaisante anecdote racontée a ce sujet : le succ^seui-^ Montesquieu à l'Académie avait oublié quelque temps dans un tro Aiax et une Antigone, dont son domestique se servit pour euveloppci côtelettes de veau qu'il servait à son maître.

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