PHONÉTIQUE. XXI
chus 1365, crtcAe 299, ichi 233 etc., forche 1619, achier2\^l, esleechier 173, cha 1330 etc., chi 12413 etc., chius 1709, rnerchi 2802. 3690. 3691. 12155 etc., chou 39. 186. 188. 723. 772 etc., drecha2Q9^, chite \AZ99 etc [chil pour chiel 1533, forme isolée, est sans doute une faute). Mais hâtons-nous d'ajouter qu'il n'est pas un de ces mots qui ne se rencontre au moins une fois avec la forme française, et la plupart ont la forme picarde beaucoup moins souvent que la forme française, par exemple çou, merci, ci et certaines catégories de mots (ou mots isolés) n'ont que cette dernière formel Quant à BC, ils sont foncièrement français, et ce n'est qu'exceptionnellement qu'ils offrent des formes picardes de cette espèce, comme par exemj)]e rechevras 64 B^ (correspondant à recevras 119 A), rechoivre 95 BC (manque dans A), cha 3225 B (car AC, avec un meilleur sens), archon (passage interpolé) et quelques autres mots isolés (je n^en ai point relevé de ca (ce, cie)= ca latin). Cependant ces formes, persistant dans des manuscrits postérieurs qui n'ont rien de picard*, méritent d'être prises en considération : nous y reviendrons plus loin.
En somme, lecAest rare dans le manuscrit A, le scribe observant strictement la règle du ca latin, devenu en picard ca, ce, cie = ka, ke, kie, et n'observant pas complètement, tant s'en faut, celle de ce, cî devenu che, chi. Il faut considérer à part les mots qu'on ne trouve jamais écrits ici que par ce : ce sont d'abord ceux qui en français se terminent en ce ou qui ont ce avec un e muet à la dernière syllabe. Nous ne citons que quelques rimes, mais il n'y a qu'une exception dans le manuscrit {sapienche 10) pour les mots de cette espèce : leéce : tristece 139, vengance : demorance 525, sanlance : enfance 827, lance : enfance 7023, commencent : tencentl931, lance : connissance 7289 etc., estorce : force blSS,
1 Les noms en ance, as^ez nombreux à la rime, n'offrent de l'orthographe par ch que l'exemple sapienche 10, non à la rime.
2 La différence entre les numéros de BG et ceux de A provient des différences fréquentes de rédaction : dans toute cette première partie [Uiatoire d'OEdipe), la rédaction BG u' offre qu'un petit nombre de vers qui correspondent à ceux de A ; elle n'a que 554 vers contre 93G, que donne A. Les formes picardes de BG, concernant la gutturale, qui se trouvent dans ces 55i premiers vers, s'î réduisent aux deux que nous citons.
^ Quehpies autres formes picardes nous sont encore fournies par BG : sen . (A son), saiidoier* 1537 (A -oUloUer), fin (40). fins (Interpol, .'ij^rès A 5972), biax 74, manliaux 5425 (A diffère); oisiax , biauté, hiaumcs, maienne (parties spéciales à BG); maisnie: emngnie 3273 (A estdillérenl), cf. chaude 5423 B {chauciée G, A est différent), et gaingnie 9293 {A saaignie); en (=on) 442 (passage interpolé), frajice = franche 5412 ABC, etc-
XXII AITENDICE; — la langue du roman de TIIÈlJES.
facent : kacent 0557 etc. Parmi les mots qui ne nous apprendraient rien à la rime, citons p2<C(^^e, C6^^, cèle, cest, etc., toujours écrits ainsi; de même douce, doucement, doiiçôr, cipres, cembel, etc. Quelques mots offrent les deux orthographes c, ch. Notons, en dehors de ceux que nons avons cités phis haut : adrece (: hléce] 4089 (cf. drecha 2098 etc., et la fausse rime drc'ce ifrcsce 6185), esleechier{: cier) 173 (cf. leéce : tristéce 139), /brce, passim (cf. esforchier * 103), 'peciè (; anonchie) 3727 etc., à côté depechié * 2045 etc. Les rimes dréce : frésce, esleechier: cier, peciè : anonchie, sont ce que Ton pourrait appeler dos rimes bâtai'des, c'est-àdire ni françaises ni picardes. Nous devons y ajouter les suivantes : 2W7^ce : escorce (subst.) 1077, .-force 1275. 1507, adouce : touce 10015, despeciet : esrachiet 1029, sekeréce : sèche 3395, cevauce : cnquauce 7993, hlance : connissance 0073 (cf. Guillaume de Palerne : délivrance : france 4191), rice : nies 12525, lices : vices 7283, mais rice: fice 1121, riche 2738 etc. (rare); lice : faitice 5907, et Salenike rike 11229 (cf. Vie de Saint Grégoire le Grand *, v. 1359 niche : riche, et v. 1815 avarice : nice).
Choiicié (= collocatus) 0907, chocier 9044. 13380, chocierent 13390, chouca 11391 (à côté de couciet 1073, coucié 1487. 2808, coudés 2847 etc.) ne doivent pas surprendre (cf. Le chevalier aux deux epées , 2048), car on trt)uve cette forme assez fréquemment en picard (V. Tobler, MittheiL 29, 83. Elle n'est pas la seule dont il soit difficile de rendre compte dans notre texte. En effet, comment s'exjdiquer que rice, qui, d'après la Y\mQ Salenihe : rike, semblerait devoir se prononcer rike, rime avec 7iice (= nescius) et lice (= licium) ? que hrance, qui, pour le copiste, se prononçait hrayihe (voir Vexplicit de Madot : Explicit... H tierce hranke), rimant avec hance 331, lequel rime de son côté avec mance 8051 etblance 5441 (rimes parfaitement régulières), hlance puisserimer avec co?i>ima?«ce0073 etc.? l'ourquoiàlafinaletrouvet-on toujours ce, k peu près jamais che, qu'il s'agisse de représenter ce, français, ou che = ca latin, ou encore che = pj {sace, aproce, roce etc.)? 11 est vrai que sace, qui rime ici constamment avec des mots où le c doux (pron. ^5) est assuré en français, comme face 4205. 0411, hace 10805, trace 0495^, se trouve ainsi écrit régulièrement dans plusieurs textes normands ou anglo-normands, comme le Psautier d'Oxford, le Compiit et le Bestiaire de Philipi»e
< PubliôoparM. Michelant, dans la Homania, VIII, 509 sqq.
2 Dusnace 4551, où BC donnoat busnache, semble faire exception ; mais, la véritable ctymologie de ce mot élaat inconnue, il est difficile de le faire entrer en compte ici. Dujaugc a busnachias (accus, plur.).
PHONETIQUE, XXIII
de Thaun, la Chronique et le Roman de Troie de Benoît, et même V Alexis (50 L), et dans quelques-uns la prononciation ce semble assurée par les rimes. Peut-on admettre pour notre texte l'hypothèse que semble émettre M. G. Paris dans V Alexis (pag. 88, note 1) que sace n'est qu'une notation de ch? Cela paraît d'abord difficile, et la confusion dans l'orthographe serait toujours la même; cependant les rimes messages : sages (= sapias) 1855 (B saches), messages : saces 1959 (manqua BC) semblent appuyer cette hypothèse; il en est de même de enfange : estance 7573, et de esracent : esragent 3181 '.
En ce qui concerne les mots choucié etc., cités plus haut, il faut peut-être y voir une dissimiîatirn })honétique entre les deux syllabes et la notation inverse du français; la prononciation AzVde cié, qui semble assurée par la forme chouca, ne serait pas plus étrange que la même prononciation dans cier ; mais nous trouvons au vers suivant (0908) caucié (= calceatus), qui ne saurait avoir la gutturale pure et où il faut prononcer cauchié. Quant à aprocicr 2783, aprocié 2848 etc. (toujours ainsi écrits), ils semblent devoir être prononcés comme saciés, forme constante (cf. aproce : roce 443). Il y a donc dans notre texte une notation commune cie pour ca et cea, dans choucié et caucié; mais il ne s'ensuit pas que la prononciation fût la même.
Quelle que soit l'opinion que Yov. adopte pour ces cas particuliers, il n'en reste pas moins un assez grand nombre de fausses rimes qui ne peuvent s'expliquer qu'en admettant que Fauteur prononçait de la même façon à la finale les mots où ce vient de ca latin et ceux où il vient de ce, ci et ^^ -[- voyelle, et que le scribe de A a écrit tous ces mots régulièrement ce, sauftrois exceptions : sapienche 10, cache 299, sèche 3395.
Quelle était cette prononciation? Ce ne peut être que che ou ce, la prononciation ke, qui est celle du scribe (cf. branke à Vexplicit), se trouvant écartée par les rimes. En effet, les mots connissance, lance ^ nice, lice, mélangés à la rime avec hrance, hance, hlance^ rice, ne permettent pas d'admettre pour ce issu de ca, à la finale, la prononciation ke de la part de l'auteur. Si nous admettons la
^ Saciés se trouve dans VexpHcil du Roman de Troie, lequel est l'œuvre de Madot, le copiste de notre texte (ms. A). Il y rime avec aaissiés (pour aaisiés), ce qui montre que l'auteur prononçait avec c sifflant. D'ailleurs, M. Warnhagen, dans son récent Mômoire sur le C en ancien normand, [Zeilschrift, III, 161), a montré, en étudiant les signes diacritiques du manuscrit qui contient le Psautier d'Oxford, que sace (avec c sifflant) était la vraie forme dans ce texte .
XXIV Al'l\.NDinE ; — LA LANGUE DU ROMAN DE TMÈBES.
prononciation ce pour tous les mots écrits ainsi, nous supprimons Ja difficulté que présentent les mots venant de /y latin, rimant avec des mots venant de ce, ci latin, dans un certain nombre de textes ([iii d'ailleurs connaissent le ch. Alors les rimes enfange : cstancc, esracent :esragent, messages .-sages et messages :saces seraient de simples assonances, et les formes snpienche, sdche et cache seraient dues au scribe. Si nous admettons, auconti-aire, la prononciation c/i, ces quatre rimes, il est vrai, deviennent plus correctes, sans être encore toutà fait exactes, mais la difficulté reste la même pour 5rtce rimant avec face, 'place, etc. Dans les deux cas, les auties rimes bjltardes deviennent légitimes. Le plus sûrest, je crois, d'admettre la prononciation avec c sifflant pour les mots où c est issu de p + yo^ comme exception commune à beaucoup de textes, et la prononciation ch pour les mots où ce vient de ce, ci {fi) -f- voyelle et pour ce IX où il vient de ca à la finale*. La question de ca, de ce non à la finale et de cie issus de ca reste douteuse ; mais nous écririons partout ch^ afin d'avoir une orthographe uniforme. Il reste également à expliquer pourquoi l'auteur traite ca latin (du moins à la finale) comme le français, et ce, ci ( ti) -|- voyelle comme le picard*. La l'ime Salenike : rike reste isolée; mais il s'agit ici d'un nom propre, et l'on peut admettre aisément la prononciation Saloiiche (: riche), de Thessalonica (cf. Aufrike : Salenike 5891).
Cette solution, qui nous semble plus pratique pour notre texte, ne résout pas la difficulté quant au fond. Ce ne sera que lorsqu'on aura trouvé une suite de chartes ou de monuments datés, ap[)artenant à une môme région et confondant sous une méma orthographe ce et che français, soit sous la notation ce, soit sous la notation c?ie, que la question pourra faire un pas de plus. Nous penchons à croire, en attendant, avec M. Joret, que cette prononciation uniforme des mots venant de ca et des mots venant de ce, ci {ti) -{voyelle, indique une région intermédiaire entre l'Ile-de-France et la partie de la Normandie qui traitait le ca à la picarde, ou plutôt,
ï La rime cevauchf : enquauce 7993 nous semble d'un certaiQ poids eu faveur de l'opinion à laquelle nous nous arrêtons.
3 M. Tobler (Li dis dou vrai aniel, pag. xxi) pose en principe que le c -ifllant est iaconau au picard, et que c y représente tantôt k, tantôt ch. Il croit que le sou ch aj)parlient, dans son texte, aussi bien à c, suivi de e, ie, veuaut de a latin, qu'à c provenant de ce, ci {ti) -\- voyelle, et uniformise les rime=5 bâtardes: france : France 405, toucier : adoucier 51 , nicete : ricete9 etc., en écrivant ; franche, louchier etc. Nous ne croyons pas qu'on puisse expliquer comment ca latin donnerait d'un côté ca dans (ungier, de l'autre cfie dans chemin.