IV. — SYNTAXE
Nous croyons devoir réunir ici quelques remarques sur la syntaxe et le style de notre poème. Nous n avons point l'intention de passer en revue toutes les parties de la syntaxe; nous nous contenterons de signaler les i)oints où notre auteur semble se distinguer de ses contempoiains, comme aussi les tournures qu'il
XL APPENDICE ; — LA LANGtJE DU ROMAN DE THÈBES.
affectionne particulièrement et qui peuvent servir h caractériser son style, sans pour cela prétendre qu'elles ne se présentent pas ailleurs, ce qu'il est toujours périlleux d'affirmer. En somme, il ne s'agit ici que de faire connaître le poème et de suppléer, autant que possible, à Tabsence d'édition.
P Notons d'abord un procédé de stjle qui caractérise notre poème d'une façon toute particulière : je veux parler de la répétition. Comme la plupart des trouvère^ l'auteur du Ro77tan de Thèbes a l'habitude de revenir sur une idée déjà exprimée, en variant plus ou moins l'expression. Citons quelques exemples. Je donne ici le numéro du premier vers où commence la répétiti.in, ou du vers qui la renferme, et je conserve l'orthog-raphe an manuscrit, comme dans les exemples cités plus li>in pour UStjntaœe :
Il le fist tout selonc la letrc. Dont Jai ne sévent entremctrc, Et par chov fit II romans fais Que nclsaroU hou kl fwd lais (v. 29) \ — Ne vous plaindrai ja autrement, Car on nel doit faire noient; Poi vous plaindroie, par ma foi. Se p)ôr çou non qu'estes o mo^ (v. 3007). — /<7 ;>oV toi ne pôr ta 2yyison Certes 7ie ferai traïson, Biax fiœ, dist il, ja Diu 7ie place Que pôr C amour traï. son face (v. 0737). — Cil estoit frère Salemandre, Son frère fn, et pôr s'amour le tint H rois a grant honôr (v. 12840.).
Le nombre des répétitions de cette espèce, que j appellerai r^ja^'tition ordinaire, est ici considérable; nous citerons, entre autres passages où cette répétition se rencontre, les vers 071 1587 1G22. 1G85. 1083. 2107. 2373. 2007. 2000. 3070-80 3000 3147. 3203. 3327. 3001. 3817. 3827. 4050. 4505. 4057 5518 0'^79 0437. 0507. 0021. 7407. 7570. 7030-40. 8278 8425 0 8800* 8971. 9227. 0021. 0043. 0047. 0040. 10011. 10250. 10405-0 10527-8. 10005. 11310. 11551-2. 11701. 11845.11853-4 11021* 12741.^ 12783. 12847. 12015. 13071. 13701. 13887.
Ce n'est pas qu'on ne trouve ailîenrs des lépétitions semblables, commettons l'avons déjà dit. Ainsi, Y Alexis du xije siècle en offre plusieurs exemples : Droit a le Lice a son cemin tenu, Droit a le Lice une citcmoult hèle 350-7; cf 374-5, 873-4, et.uirtout 342-3, Saisis A lessins est issus de la nef; Sains A. est de la nef issus, qui se rapproche de la deuxième esj.èce de l'épétition; mais dan's ce poème, c'est un procédénaïf de transition, et on n'y rencontre jamais cette ré])étition que dans le passage d'une strophe à une autre. Le J^oman de Troie nous offre quelques exemples dans les niênjes (•onditions que notre texte; je citeiai seulement ceux-ci : A riens n estoit chose sève, Corn la toison en fust eïie ; Onques nus hom savoir nel pot, Et sachez bien, Dex Vesrjardot (v. 7()1 sqq.). — Tôz les ont H Grezeis ocis. Et essillié le biau j^aïs; Tôle ont
SYNTAXE
destruite la contrée. Et si ont ma serôr menée (v. 2805 sqq.). — Titit fusso7is mort, pris et vencu.... Se ne fust li filz Tideûs, Tiiit fuissions moi^t, je nen saiiplus (v. 1245 sqq.)*. — De même, Brun de la !^lontaigne : Onques ne vi plus belle entre tout mon aé, Vo chambre resplendit toute de sa biaute (v. 1045-0). — Guillaume de Palerne : Quant l'emperére ce entent, A poi que de dôl'Jr ne fent, A 'poi ne fent, tant est 7naris, Quant si le voit de mal aquis (v. 2755 sqq., cf. 0415 sqq., 0812-13); — Légende de Judas : Bien sai que, se n'ai de ce fruit, Que mors serai encor anuit ; Se des jnrmes n'ai, sans douter. En terre me ven^as bouler; De terre sui, si est droiture Que jou revoise a 7na nature; Se du fruit 7iai que je désir. En terre me verras jesir (v. 380 sqq.), où l'idée est répétée jusqu'à trois fois, et bien d'auti'es textes qu'il serait trop long d'énumérer. Mais on peut dire que nulle part, si ce n'est dans le Roman de Troie (V. Settegast, loc. laud., V), ce procédé de style n'est érigé en système. 11 e.-^t vrai que ce doi'nier poème délaie l'expression par tous les moyens possibles, surtout à l'aide de svnonvmes. ls\d\s\Q Roman de Thèbes. qui est d'ailleurs beaucoup moins prolixe, se distingue encore de Ti^oie par l'emploi fréquent d'une seconde espèce de répétition dont il nous reste à parler, et que y Sii^iieWerai 7^epétition 2^ar inversion. Elle consiste à retourner simplement le vers précédent, de façon à former une nouvelle rime, qui est alors accompagnée d'un ti'oisième vers ajoutant un nouveau détail.
Les exem]>les feront mieux com[)rendi'e ma pensée : Voelleou ne voelle Tydeûs, Venir Vestuet a cet pertrius; A ccl pertrus venir Vestuet, Car p>ar autre passer ne pue t (2121-4); — Li uns en fu Partonop)ex; Partonopex fu tins des trois ^ Rices hom fu, d'Arcage rois (v. 5402-4);— Il L'adouba môlt riconent, Môlt valurent si garnement ; Môlt ricement Vot adoube. Car ilVavoit f07vnent arae [\. 7030-42) ; — De lui ont fait 7^oi et sigwir. Roi et signnr ont fait de lui. Mais puis en ot môlt grant anui (v. 770-2) ; — Et sont lidoi mescin caucie De bon cier paile detrencié ; De bo7i cierp)aile alixa)idinn Ict^ent caucie li doi mescin (v. 1350-02) , où la répétilion par inversion est double (cf. 12010 sqq., 12703 sqq. etc.)
Certains exemples tiennent le milieu entre les deux espèces de
répétition : Cil qui mes fait doit a7yie7ider Et d7^oit faille par
voisi7iage; Droiture face par voisins, Qui plus a fre7''es que cousins (v. 10001-0); — Tydeûs est en .j. leu tal^ Ne crient que hom
' i^arfois dans Troie, la répétilion arrive après un certain nombre de vers et coastitue un résunié ; voiries vers l'^251-63, 17295-302, elc.